La Convention du travail maritime a 20 ans

Adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime La Convention du travail maritime (CTM) a soufflé ses 20 ans lundi 23 février 2026. Ce traité historique a été adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime à travers un consensus tripartite sans précédent et constructif entre gouvernements, armateurs et gens de mer. «Cet engagement partagé a permis d’aboutir à une convention à la fois ambitieuse dans ses protections et pragmatique dans sa mise en œuvre au sein d’un secteur véritablement mondial », ont affirmé l’Organisation internationale du travail (OIT), la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) dans une déclaration conjointe publiée à l’occasion des 20 ans de la CTM. Un pilier du travail décent en mer En parvenant à consolider et à moderniser près de soixante-dix instruments relatifs au travail maritime au sein d’un cadre international unique et complet, ce jalon de la Convention du travail maritime « a établi des normes minimales contraignantes en matière de salaires, de durée du travail et de repos, de soins médicaux, d’hébergement, de rapatriement et de protection sociale, créant ainsi une base mondiale claire et cohérente pour le travail décent en mer », expliquent-ils. Appel renouvelé pour un transport maritime mondial équitable et durable, protégeant les droits des gens de mer Pour l’OIT, l’ICS et l’ITF, il ne fait aucun doute que, depuis son entrée en vigueur, ce traité « a permis des améliorations tangibles des conditions de vie et de travail à bord des navires, renforcé le respect des normes grâce aux contrôles exercés par les Etats du pavillon et les Etats du port, et offert un mécanisme structuré pour faire face aux défis émergents ». Dans un autre communiqué conjoint, l’OIT et l’Organisation maritime internationale (OMI) ont estimé que la Convention a apporté des améliorations concrètes pour des millions de gens de mer au cours des deux dernières décennies. Contribution à la réalisation du travail décent en mer Explications : « En établissant des normes minimales claires et applicables couvrant les conditions d’emploi, les salaires, la durée du travail et les périodes de repos, le logement, la protection de la santé, les soins médicaux, le bien-être et la sécurité sociale, et en les appuyant sur des mécanismes de conformité et d’application solides, la CTM 2006 a effectivement contribué à la réalisation du travail décent en mer ». Ce n’est pas tout. Les deux organisations assurent que la Convention a parallèlement contribué à uniformiser les règles du jeu pour les armateurs responsables en réduisant la concurrence déloyale fondée sur des conditions de travail inférieures aux normes. Ce faisant, elle a renforcé la sécurité, l’efficacité et la résilience du transport maritime, pilier essentiel de l’économie mondiale. Dans leur déclaration conjointe, l’OIT, l’ICS et l’ITF se réjouissent de constater que « les amendements adoptés au cours de la dernière décennie ont renforcé les garanties en matière de sécurité financière, soutenu les gens de mer en cas d’abandon ou de criminalisation, et consolidé les protections face à la pandémie de Covid-19 ainsi qu’aux violences et au harcèlement à bord ». De l’avis des trois organisations, ce traité a transformé les conditions de travail et de vie des gens de mer dans le monde entier et renforcé la concurrence équitable dans le transport maritime mondial. Bien qu’elle constitue un exemple emblématique du dialogue social et de la coopération multilatérale en action, et malgré des progrès indéniables, l’OIT et l’OMI estiment que la CTM 2006 est confrontée à des défis majeurs. Et pour cause : «Les gens de mer et l’industrie maritime continuent de faire face à des attaques illégales contre les navires, à l’abandon et à la criminalisation des gens de mer, à la fatigue, aux salaires impayés et au refus de permission à terre », déplorent-elles. Garantir la solidité de la MLC et sa pleine mise en œuvre. Ainsi, l’OMI et l’OIT appellent tous les Etats et les parties prenantes de l’industrie à respecter ses normes, à renforcer la conformité et à œuvrer en partenariat pour garantir les droits des gens de mer et promouvoir un avenir équitable, inclusif et durable pour le transport maritime mondial, et saisissent l’occasion du 20e anniversaire de la MLC pour réaffirmer leur engagement envers les principes et les protections qu’elle consacre et reconnaître l’impact profond qu’elle a eu sur les gens de mer et sur le transport maritime mondial. Alain Bouithy
La négociation collective, levier essentiel pour un secteur artistique plus équitable

L’OIT met en lumière l’importance des conventions dans un récent rapport Le recours aux conventions collectives permet aux syndicats et aux employeurs de rendre le secteur des arts et du divertissement plus équitable et plus durable, affirme l’Organisation internationale du travail (OIT) dans une nouvelle note d’orientation. D’après l’agence spécialisée de l’ONU, « la négociation collective et le dialogue social peuvent promouvoir une rémunération équitable, la sécurité et la protection sociale pour des millions de travailleurs du secteur des arts et du divertissement ». Intitulée «Achieving decent work in the arts and entertainment sector: The role of collective bargaining» (Parvenir à un travail décent dans le secteur des arts et du divertissement: le rôle de la négociation collective), la publication insiste ainsi sur le rôle clé des négociations collectives dans le secteur artistique, persuadé qu’un dialogue social efficace peut rendre l’économie créative plus équitable, inclusive et durable. Elaborer des solutions ancrées dans les réalités du secteur En effet, comme l’indique Frank Hagemann, directeur du Département des politiques sectorielles de l’OIT, «la négociation collective permet aux travailleurs et aux employeurs d’élaborer des solutions qui reflètent les réalités du secteur, qu’il s’agisse des conditions d’emploi ou des questions émergentes liées à la numérisation». Il soutient en outre qu’une négociation collective bien construite « peut aider à faire face à l’impact des nouvelles technologies telles que l’intelligence artificielle et à renforcer la protection des artistes indépendants ». Dans sa publication, qui s’appuie sur plus de 50 conventions collectives et exemples nationaux du monde entier, l’organisation internationale montre également comment le financement public peut servir de levier pour le travail décent en liant les subventions au respect des conventions collectives et des normes de rémunération équitable. Dans cette perspective, l’OIT invite « les gouvernements, les employeurs et les travailleurs à renforcer le dialogue social, à adapter les cadres juridiques et à développer les capacités afin de garantir que tous les professionnels de la création puissent jouir du droit à la négociation collective ». Il est important de souligner que le secteur des arts et du divertissement englobe le cinéma, la musique, le théâtre, la radiodiffusion, les arts visuels et le segment en pleine expansion des médias numériques, comme le rappelle l’OIT dans son rapport. Cependant, quand bien même il constituerait une source majeure d’emploi, d’innovation et d’expression culturelle, ce secteur « continue de faire face à des déficits persistants en matière de travail décent, notamment l’informalité, des conditions de travail imprévisibles et un accès limité à la protection sociale », déplore la publication. Précisons à ce propos que le rapport « fournit aux mandants de l’OIT des pistes concrètes pour faire du travail décent une réalité dans l’économie créative», comme l’explique Margherita Licata, spécialiste technique au département des politiques sectorielles de l’agence onusienne. La publication « montre que grâce à la négociation collective, les partenaires sociaux peuvent faire face aux changements technologiques, promouvoir l’égalité et garantir que la liberté artistique aille de pair avec des conditions de travail équitables et sûres», précise-t-elle. Alain Bouithy
Le Directeur général de l’OIT renforce le partenariat avec le Nigeria pour le travail décent et la justice sociale

Lors de sa visite à Abuja, M. Houngbo a rencontré des hauts responsables gouvernementaux, des représentants des employeurs et des travailleurs ainsi que des partenaires des Nations Unies pour discuter des réformes du marché du travail, de la création d’emplois et de la protection sociale. Gilbert F. Houngbo, a conclu une visite officielle au Nigeria les 12 et 13 février 2025, réaffirmant l’engagement de l’OIT à promouvoir le travail décent, la protection sociale et des politiques inclusives du marché du travail dans le pays. Lors de sa visite, M. Houngbo a rencontré le vice-président Kashim Shettima, des hauts responsables gouvernementaux, des représentants des employeurs et des travailleurs ainsi que le Coordinateur résident des Nations Unies au Nigeria. Les discussions ont porté sur la création d’emplois, les réformes du marché du travail et l’importance du dialogue social pour relever les défis tels que le chômage des jeunes, le travail informel et l’impact des réformes économiques sur les travailleurs. Dans le cadre de ses engagements, le Directeur général a participé à une discussion sur la Coalition mondiale pour la justice sociale, assisté au Forum national d’arbitrage et d’adjudication du travail organisé par l’Association consultative des employeurs du Nigeria (NECA) et lancé un site web ainsi qu’une application mobile pour signaler le travail des enfants, renforçant ainsi les efforts de lutte contre ce fléau. Il a également pris le temps de rencontrer l’équipe du Bureau de l’OIT à Abuja. OIT
La reprise du marché du travail s’essouffle, selon un nouveau rapport de l’OIT

Les tensions géopolitiques, les coûts croissants du changement climatique et les problèmes de dette non résolus mettent les marchés du travail sous pression, selon l’Organisation internationale du Travail. L’économie mondiale ralentit, ce qui rend plus difficile la reprise complète des marchés du travail, selon le rapport Emploi et questions sociales dans le monde: Tendances 2025, (WESO Trends) qui vient d’être publié. En 2024, l’emploi mondial est resté stable, n’augmentant que grâce à la croissance de la population active, ce qui a permis de maintenir le taux de chômage à 5 pour cent, indique le rapport. Cependant, le chômage des jeunes ne s’est guère amélioré, restant élevé à 12,6 pour cent. Le travail informel et la pauvreté des travailleurs ont retrouvé leurs niveaux d’avant la pandémie, et ce sont les pays à faible revenu qui ont eu le plus de difficultés à créer des emplois décents. Les défis de la reprise Le rapport met en évidence des défis tels que les tensions géopolitiques, les coûts croissants du changement climatique et les problèmes de dette non résolus, qui mettent les marchés du travail sous pression. Bien que l’inflation ait diminué, elle reste élevée, ce qui réduit la valeur des salaires. Les salaires réels n’ont augmenté que dans certaines économies avancées, et la plupart des pays se remettent encore des effets de la pandémie et de l’inflation. La participation au marché du travail diminue, en particulier chez les jeunes Selon le rapport, les taux d’activité ont baissé dans les pays à faible revenu tout en augmentant dans les pays à revenu élevé, principalement chez les travailleurs âgés et les femmes. Toutefois, les écarts entre les sexes restent importants, les femmes étant moins nombreuses sur le marché du travail, ce qui limite les progrès en matière de niveau de vie. Chez les jeunes hommes, le taux d’activité a fortement baissé, et nombreux sont ceux qui ne suivent pas d’études, d’emploi ou de formation (NEET). Cette tendance est particulièrement prononcée dans les pays à faible revenu, où les taux NEET des jeunes hommes ont augmenté de près de 4 points de pourcentage par rapport à la moyenne historique d’avant la pandémie, ce qui les rend vulnérables aux défis économiques. Les taux de NEET dans les pays à faible revenu ont augmenté en 2024, les jeunes hommes atteignant 15,8 millions (20,4 %) et les jeunes femmes 28,2 millions (37,0 %), soit des augmentations respectives de 500 000 et 700 000 par rapport à 2023. Au niveau mondial, 85,8 millions de jeunes hommes (13,1 %) et 173,3 millions de jeunes femmes (28,2 %) étaient des NEET en 2024, soit une augmentation de 1 million et 1,8 million respectivement par rapport à l’année précédente. Le déficit mondial d’emplois s’élève à 402 millions Le déficit mondial d’emplois – le nombre estimé de personnes qui souhaitent travailler mais n’ont pas d’emploi – atteindra 402 millions en 2024. Ce chiffre comprend 186 millions de chômeurs, 137 millions de travailleurs découragés et 79 millions de personnes qui souhaiteraient travailler mais qui ont des obligations, telles que la garde d’enfants, qui les empêchent d’occuper un emploi. Si l’écart s’est progressivement réduit depuis la pandémie, il devrait se stabiliser au cours des deux prochaines années. De nouvelles opportunités dans les secteurs verts et numériques L’étude identifie un potentiel de croissance de l’emploi dans les énergies vertes et les technologies numériques. Les emplois dans le domaine des énergies renouvelables sont passés à 16,2 millions dans le monde, grâce aux investissements dans l’énergie solaire et l’hydrogène. Toutefois, ces emplois sont inégalement répartis, près de la moitié d’entre eux se trouvant en Asie de l’Est. Les technologies numériques offrent également des opportunités, mais de nombreux pays manquent d’infrastructures et de compétences pour tirer pleinement parti de ces avancées, note le rapport. Des solutions innovantes Le Directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, a souligné l’urgence d’agir. « Le travail décent et l’emploi productif sont essentiels pour atteindre la justice sociale et les Objectifs de développement durable. Pour éviter d’exacerber une cohésion sociale déjà mise à rude épreuve, l’escalade des impacts climatiques et l’augmentation de la dette, nous devons agir maintenant pour relever les défis du marché du travail et créer un avenir plus juste et plus durable. Tout retard risque d’aggraver la crise et de laisser des millions de personnes sur le carreau », a-t-il déclaré. Le rapport formule un certain nombre de recommandations pour relever les défis actuels : Stimuler la productivité : investir dans la formation professionnelle, l’éducation et les infrastructures pour soutenir la croissance économique et la création d’emplois. Développer la protection sociale : offrir un meilleur accès à la sécurité sociale et à des conditions de travail sûres afin de réduire les inégalités. Utiliser efficacement les fonds privés : les pays à faible revenu peuvent exploiter les transferts de fonds et les fonds de la diaspora pour soutenir le développement local. OIT
Les travailleurs de plus en plus exposés au stress thermique. Ouf ! Quelle chaleur !

L’exposition à la chaleur excessive sur le lieu de travail dans les Etats arabes a affecté 83,6% de la main-d’œuvre, selon l’OIT Le stress thermique accable un nombre croissant de travailleurs dans le monde, constate l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un nouveau rapport mettant en garde contre l’augmentation du nombre d’employés exposés à la chaleur excessive. «La chaleur est un tueur silencieux qui menace la santé et la vie de plus en plus de travailleurs dans toutes les régions du monde», affirme l’agence spécialisée des Nations Unies s’occupant des questions relatives au travail, à l’emploi et aux normes sociales dans le monde entier. Selon le rapport intitulé «Heat at work: Implications for safety and health», (La chaleur au travail: Implications pour la sécurité et la santé), de nouvelles données montrent que les régions qui n’étaient pas habituées à des chaleurs extrêmes seront confrontées à des risques accrus, tandis que les travailleurs des climats déjà chauds seront confrontés à des conditions de plus en plus dangereuses. La crise du stress thermique s’accélère En effet, «le rapport indique que les travailleurs d’Afrique, des Etats arabes et d’Asie-Pacifique sont le plus souvent exposés à une chaleur excessive», comme le relève l’organisation internationale précisant que 92,9%, 83,6% et 74,7% de la main-d’œuvre respective sont concernés dans ces régions. L’analyse des données les plus récentes disponibles (2020) suggère que ces chiffres sont supérieurs à la moyenne mondiale de 71%, poursuit l’agence onusienne. D’après ledit document, les conditions de travail évoluent le plus rapidement en Europe et en Asie centrale où, entre 2000 et 2020, cette région a enregistré la plus forte augmentation de l’exposition à la chaleur excessive, la proportion de travailleurs concernés ayant augmenté de 17,3%. Ce qui correspond à près du double de la hausse moyenne mondiale. Les Amériques, l’Europe et l’Asie centrale enregistrent, de leur côté, la plus forte hausse des accidents du travail dus au stress thermique depuis l’an 2000, avec des augmentations respectives de 33,3% et 16,4%. Selon les explications de l’OIT, cela est peut-être dû à des températures plus élevées dans des régions où les travailleurs ne sont pas habitués à la chaleur. Tueur invisible et silencieux, le stress thermique «peut rapidement provoquer une maladie, un coup de chaleur ou même la mort. Avec le temps, il peut également entraîner de graves problèmes cardiaques, pulmonaires et rénaux chez les travailleurs», prévient l’organisation internationale rapportant qu’environ 4 200 travailleurs dans le monde ont perdu la vie à cause des vagues de chaleur en 2020. Au cours de cette même année, 231 millions de travailleurs ont été exposés aux vagues de chaleur, traduisant une augmentation de 66% par rapport à 2000. A noter toutefois que «neuf travailleurs sur dix dans le monde ont été exposés à une chaleur excessive en dehors d’une vague de chaleur et que huit accidents du travail sur dix dus à une chaleur extrême se sont produits en dehors des vagues de chaleur», comme le souligne le document. Quoi qu’il en soit, alors que le monde continue de lutter contre la hausse des températures, le directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo, estime que «nous devons protéger les travailleurs contre le stress thermique tout au long de l’année». Car, fait-il remarquer, « la chaleur excessive crée des défis sans précédent pour les travailleurs du monde entier tout au long de l’année, et pas seulement pendant les périodes de canicules intenses». Il est important de savoir qu’en plus de prévenir les blessures dues à la chaleur excessive sur le lieu de travail, l’amélioration des mesures de sécurité et de santé pourrait permettre d’économiser jusqu’à 361 milliards de dollars dans le monde – en perte de revenus et en frais de traitement médical. D’ailleurs, les estimations de l’OIT montrent à ce propos que « les économies à faibles et moyens revenus, en particulier, sont les plus touchées, car les coûts des blessures dues à une chaleur excessive sur le lieu de travail peuvent atteindre environ 1,5% du PIB national », souligne le rapport. Ce qu’il faut comprendre, c’est que le changement climatique a créé un «cocktail» de risques sanitaires graves pour environ 2,4 milliards de travailleurs exposés à une chaleur excessive, comme cela avait déjà été souligné dans un précédent rapport de l’OIT. Publié en avril de cette année, ledit rapport indiquait en outre que la chaleur excessive était à elle seule à l’origine de 22,85 millions d’accidents du travail et de la perte de 18.970 vies chaque année, rappelle l’OIT. Alain Bouithy
Les profits annuels tirés du travail forcé s’élèvent à 236 milliards de dollars, selon un rapport de l’OIT

Le travail forcé dans l’économie privée génère 236 milliards de dollars de profits illégaux par an, selon un nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Le montant total des profits illégaux tirés du travail forcé a augmenté de 64 milliards de dollars (37 pour cent) depuis 2014, une hausse spectaculaire qui a été alimentée à la fois par une augmentation du nombre de personnes forcées à travailler et par des profits plus élevés générés par l’exploitation des victimes. Le rapport de l’OIT, Profits et pauvreté: La dimension économique du travail forcé estime que les trafiquants et les criminels génèrent près de 10 000 dollars par victime, contre 8 269 dollars (ajusté après inflation) il y a dix ans. C’est en Europe et en Asie centrale que les profits illégaux annuels tirés du travail forcé sont les plus élevés (84 milliards de dollars), suivis par l’Asie et le Pacifique (62 milliards de dollars), les Amériques (52 milliards de dollars), l’Afrique (20 milliards de dollars) et les États arabes (18 milliards de dollars). Lorsque les profits illégaux sont exprimés par victime, les profits illégaux annuels sont les plus élevés en Europe et en Asie centrale, suivis par les États arabes, les Amériques, l’Afrique et l’Asie et le Pacifique. L’exploitation sexuelle commerciale forcée représente plus des deux tiers (73 pour cent) du total des profits illégaux, alors qu’elle ne représente que 27 pour cent du nombre total de victimes du travail forcé dans le secteur privé. Ces chiffres s’expliquent par l’énorme différence de profits par victime entre l’exploitation sexuelle commerciale forcée et les autres formes d’exploitation du travail forcé non étatique – 27 252 dollars de profits par victime pour la première contre 3 687 dollars de profits par victime pour la seconde. Après l’exploitation sexuelle commerciale forcée, le secteur où les profits illégaux annuels tirés du travail forcé sont les plus élevés est l’industrie, avec 35 milliards de dollars, suivie des services (20,8 milliards de dollars), de l’agriculture (5 milliards de dollars) et du travail domestique (2,6 milliards de dollars). Ces profits illégaux correspondent aux salaires qui reviennent de droit aux travailleurs, mais qui restent dans les mains de leurs exploiteurs, en raison de leurs pratiques coercitives. “Le travail forcé perpétue les cycles de pauvreté et d’exploitation et porte atteinte à la dignité humaine. Nous savons aujourd’hui que la situation n’a fait qu’empirer. La communauté internationale doit s’unir d’urgence pour prendre des mesures afin de mettre fin à cette injustice.»Gilbert F. Houngbo, Directeur général de l’OIT En 2021, 27,6 millions de personnes ont été soumises au travail forcé un jour donné. Ce chiffre correspond à 3,5 personnes pour mille habitants dans le monde. Entre 2016 et 2021, le nombre de personnes soumises au travail forcé a augmenté de 2,7 millions. «Les personnes soumises au travail forcé sont soumises à de multiples formes de coercition, la rétention délibérée et systématique des salaires étant l’une des plus courantes. Le travail forcé perpétue les cycles de pauvreté et d’exploitation et porte atteinte à la dignité humaine. Nous savons aujourd’hui que la situation n’a fait qu’empirer. La communauté internationale doit s’unir d’urgence pour prendre des mesures afin de mettre fin à cette injustice, protéger les droits des travailleurs et défendre les principes d’équité et d’égalité pour tous», a déclaré le Directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo. Le rapport souligne le besoin urgent d’investir dans des mesures d’application pour endiguer les flux de profits illégaux et tenir les auteurs pour responsables. Il recommande de renforcer les cadres juridiques, de former les responsables de l’application des lois, d’étendre l’inspection du travail aux secteurs à haut risque et d’améliorer la coordination entre l’application du droit du travail et du droit pénal. Le rapport souligne qu’il n’est pas possible de mettre fin au travail forcé uniquement par des mesures d’application de la loi et que ces mesures doivent s’inscrire dans le cadre d’une approche globale qui s’attaque en priorité aux causes profondes et protège les victimes. Le Protocole de 2014 à la convention sur le travail forcé, 1930 , et la recommandation (n° 203) sur le travail forcé (mesures complémentaires), 2014 , fournissent un cadre stratégique pour une action globale. OIT.
Mettre fin à la pauvreté des enfants est un choix politique

ECO. « Moins d’un enfant sur dix dans les pays à faible revenu a accès aux allocations familiales », constatent l’Organisation internationale du travail (OIT) Save the Children et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), alors qu’elles constituent une forme essentielle de protection sociale, destinée à promouvoir le bien-être à long terme de ces enfants. D’après les nouvelles données publiées par ces trois organisations, « 1,4 milliard d’enfants, âgés de moins de 15 ans, ne bénéficient d’aucune forme de protection sociale ». La couverture des prestations pour enfants en Afrique du Nord est passée de 22,7% à 32,5%, entre 2009 et 2023 L’absence de protection sociale est préoccupante dans ce sens que cela «les rend vulnérables aux maladies, aux lacunes en matière d’éducation, à une mauvaise alimentation, à la pauvreté et aux inégalités », ont indiqué les trois agences dans un récent rapport. Versées en espèces ou sous forme de crédits d’impôt, les allocations familiales sont essentielles pour réduire la pauvreté et permettre aux enfants d’accéder aux soins de santé, à la nutrition, à une éducation de qualité, à l’eau et à l’assainissement. Cependant, il se trouve que « de nombreux enfants sont privés des ressources et des services de base dont ils ont besoin pour échapper à la pauvreté et sont donc exposés à l’impact durable de la faim, de la malnutrition et d’un potentiel non réalisé », soulignent les trois organisations rappelant que ces prestations soutiennent en outre le développement socioéconomique, en particulier en période de crise. Le document rendu public mercredi 14 février note toutefois une modeste augmentation globale de l’accès aux allocations familiales sur une période de 14 ans. En effet, les données montrent qu’elles sont passées de 20% en 2009 à 28,1% en 2023, mais que les progrès sont inégaux. Il est à noter que les taux de couverture restent extrêmement bas, aux alentours de 9%, dans les pays à faible revenu tandis que, dans le même temps, 84,6% des enfants des pays à revenu élevé sont couverts. Les données recueillies suggèrent aussi que les taux de couverture des enfants dans les pays très vulnérables à l’impact du changement climatique sont inférieurs d’un tiers à ceux des pays qui ne sont pas classés comme étant à haut risque, comme le rapportent les trois agences. Pour Natalia Winder Rossi, directrice de la politique sociale et de la protection sociale à l’UNICEF, « il est essentiel d’étendre la couverture de la protection sociale des enfants dans la lutte contre la pauvreté, notamment par la mise en place progressive d’allocations familiales universelles ». Trop d’enfants sont encore laissés pour compte De l’avis de cette dernière, «mettre fin à la pauvreté des enfants est un choix politique» et cela devient urgent d’autant plus que 333 millions d’enfants vivent dans l’extrême pauvreté dans le monde, « luttant pour survivre avec moins de 2,15 dollars par jour, et près d’un milliard d’enfants vivent dans une pauvreté multidimensionnelle ». C’est dire qu’« il est urgent d’élaborer des politiques efficaces pour nous aider à combler les lacunes en matière de protection », comme le suggère Shahra Razavi, directrice du département de la protection sociale de l’OIT, rappelant que « c’est une crise qui concerne près d’un milliard d’enfants qui ne sont pas couverts par des prestations et pour les pays dans lesquels ils vivent ». Les prestations pour enfants sont essentielles pour construire des économies inclusives et résilientes Si les prestations pour enfants permettent aux familles de mieux se nourrir, de mieux se soigner, de mieux s’éduquer et de mieux se protéger, et donc essentielles pour construire des économies inclusives et résilientes pour l’avenir, force est de constater que « de nombreux pays n’ont pas donné la priorité à l’investissement dans la protection sociale », déplore pour sa part David Lambert Tumwesigye, responsable mondial de la politique et du plaidoyer en matière de pauvreté infantile, Save the Children International. Face à cette situation, l’OIT, Save the Children et l’UNICEF exhortent les décideurs politiques et les donateurs à prendre des mesures décisives pour parvenir à une protection sociale universelle pour tous les enfants. Ces trois organisations appellent ainsi à construire des systèmes de protection sociale fondés sur les droits, sensibles au genre, inclusifs et réactifs aux chocs ; combler le « déficit de financement » ; fournir une gamme complète de prestations pour enfants par le biais de systèmes nationaux de protection sociale qui relient également les familles à des services sociaux et de santé essentiels ; garantir un financement durable des systèmes de protection sociale en mobilisant les ressources nationales et en augmentant les investissements publics en faveur des enfants ainsi qu’à renforcer la protection sociale des parents et des personnes qui s’occupent des enfants en garantissant l’accès à un travail décent et à des prestations adéquates. Alain Bouithy
Le taux de chômage mondial devrait remonter en 2024

Le taux de chômage mondial devrait augmenter en 2024, a annoncé l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un récent rapport. D’après le rapport, intitulé «Emploi et questions sociales dans le monde: Tendances 2024», les perspectives du marché du travail et le chômage mondial vont tous deux s’aggraver durant la nouvelle année. En 2024, précise le document rendu public récemment, deux millions de travailleurs supplémentaires devraient être à la recherche d’un emploi, ce qui ferait passer le taux de chômage mondial de 5,1 % en 2023 à 5,2 %. Selon une analyse de l’agence spécialisée de l’ONU, les revenus disponibles ont diminué dans la majorité des pays du G20 et, de manière générale, l’érosion du niveau de vie résultant de l’inflation «ne sera probablement pas compensée rapidement». Les prévisions pessimistes de l’OIT n’excusent en rien les difficultés qu’éprouve le gouvernement actuel à réduire ce phénomène Ces prévisions pessimistes n’excusent en rien les difficultés que connaît le gouvernement marocain à résoudre la question du chômage et améliorer la situation de l’emploi. Rappelons à ce propos que le marché de l’emploi continue d’éprouver des difficultés à surmonter les impacts d’une perte de près de 432 mille postes d’emplois sous le choc du Covid, comme l’a relevé le Haut-commissariat au plan (HCP) dans son Budget économique prévisionnel 2024. De l’avis de l’institution publique, « la croissance économique peine à soutenir efficacement la création de postes d’emploi permettant de revenir aux taux de chômage d’avant crise », notant que l’économie nationale est en perte nette annuelle moyenne de plus de 75 mille emplois durant les trois dernières années. L’accroissement des inégalités sociales suscite des inquiétudes Quoi qu’il en soit, les données recueillies montrent que le chômage et le déficit d’emplois sont tout de même tous deux tombés sous les niveaux d’avant-pandémie. En effet, d’après le rapport, le taux de chômage mondial s’élevait à 5,1 % en 2023, soit une légère amélioration par rapport à 2022, où il atteignait 5,3 %. Bien que l’accroissement des inégalités et la stagnation de la productivité restent des causes de préoccupation, l’agence onusienne relève en outre une amélioration du déficit d’emplois et des taux de participation au marché du travail au cours de l’année écoulée. Dans son rapport, l’OIT relève le fait que la reprise post-pandémie reste inégale alors que de nouvelles vulnérabilités et des crises multiples compromettent les perspectives d’une plus grande justice sociale. Selon l’agence onusienne, d’importantes différences persistent entre les pays à revenu élevé et les pays à faible revenu. « Alors que le taux de déficit d’emplois en 2023 était de 8,2% dans les pays à revenu élevé, il s’élevait à 20,5 % dans le groupe des pays à faible revenu. De même, alors que le taux de chômage en 2023 se maintient à 4,5% dans les pays à revenu élevé, il est de 5,7% dans les pays à faible revenu », fait-elle remarquer. Par ailleurs, et en dépit d’une diminution rapide observée après 2020, il ressort dudit rapport que le nombre de travailleurs vivant dans l’extrême pauvreté (gagnant moins de 2,15 dollars par personne et par jour en termes de parité de pouvoir d’achat) a augmenté d’environ 1 million en 2023. Quant au nombre de travailleurs vivant dans une pauvreté modérée (gagnant moins de 3,65 dollars par jour et par personne en termes de PPA), les chiffres suggèrent qu’il a connu une augmentation de 8,4 millions en 2023. Soulignons en outre que les inégalités des revenus se sont également creusées, comme l’a souligné le rapport de l’OIT, ajoutant que l’érosion du revenu disponible réel «n’augure rien de bon pour la demande globale et une reprise économique plus soutenue». Quant aux taux de travail informel, l’organisation internationale prévoit qu’ils devraient rester stables, représentant environ 58% de la main-d’œuvre mondiale en 2024. Alain Bouithy