Congo-Brazzaville : de l’odeur de soufre des titres publics à la faillite de l’État (lecture en 4 minutes)

PARLONS-EN. En république du Congo, les signaux économiques, budgétaires et institutionnels révèlent un État au bord de l’asphyxie. Sous la double contrainte d’une dette publique devenue refuge systématique et de recettes fiscales en chute, l’État a suspendu des missions officielles pour ses agents, sauf pour le Président de la République et les négociateurs. Les marchés des titres publics, censés offrir des financements transparents, se muent en zones opaques de commissions gonflées, rappelant le spectre de l’affaire Dongou Zidane (D.Z). À cela s’ajoute une gouvernance désavouée qui entraîne le Congo vers une dépendance ruineuse, minant toute crédibilité future. Le Congo avance au bord du précipice financier avec, un ministre des Finances perçu comme gestionnaire technique et un Premier ministre de plus en plus contesté même si la géopolitique au Pct à fait de lui n°2 de la mascarade présidentielle de M.Sassou. L’État congolais est incapable de soutenir ses dépenses courantes par ses recettes propres. Il s’en remet à une mécanique devenue réflexe : multiplier les émissions sur le marché des titres publics, afin de financer aussi bien les besoins de trésorerie que les rares investissements structurants. En 2024, près de 300 milliards FCFA ont été levés par l’émission de bons du Trésor assimilables (BTA) et d’obligations du Trésor assimilables (OTA), confirmant une dépendance structurelle à l’endettement intérieur et sous-régional. Cette fuite en avant s’inscrit dans un dispositif communautaire sous l’égide de la BEAC, dont le marché des adjudications de titres publics (MATP) offre le cadre technique et réglementaire. Officiellement, ce marché est conçu pour garantir la transparence et la compétitivité des placements obligataires. Pour renforcer encore ce pilotage, Christian Yoka a pris l’arrêté n°1493 du 5 juin 2025, créant un Cadre Permanent de Concertation entre le ministère des Finances et les spécialistes en valeurs du trésor (SVT). Ledit arrêté consacre un dialogue de façade censé coordonner les interventions de l’État et développer un marché optimal des valeurs du Trésor. Il fixe même une composition élaborée : directeur général du Trésor en président, directeurs techniques en secrétaires-rapporteurs, représentants de la BEAC, et divers hauts cadres. Malgré ce formalisme technocratique, les finances congolaises n’en finissent plus de s’enliser. Les vieilles combines sous un vernis juridique persistent L’affaire D.Z. illustre la culture de la surfacturation et des détournements sous couvert des procédures légales. Hier, ce furent des projets d’infrastructures budgétisés à coups de milliards FCFA qui se sont évaporés. Aujourd’hui, la mécanique s’est déplacée vers les marchés obligataires. Les émissions actuelles du Congo supportent des commissions et frais d’intermédiation qui dépassent les normes de la CEMAC [ 0,25 % – 0,5 % ]. Dans des récentes opérations, les commissions ont oscillé entre 1 % et 2,5 %, sans la moindre publication détaillée ni audit indépendant. En juin 2025, lors d’une émission obligataire de 50 milliards FCFA, ce sont ainsi 1,2 milliard FCFA qui ont été prélevés au titre de «frais d’émission», soit 2,4%, un taux exorbitant au regard des standards régionaux. L’arrêté 1493, tout en instituant des réunions trimestrielles et un suivi des émissions, n’impose aucune obligation stricte de transparence ni publication des barèmes appliqués, laissant libre cours à une mafia. Les concertations prévues à l’article 7 se réduisent à des échanges techniques sans contrôle sur la formation réelle des commissions ni vérification de leur conformité aux pratiques de la CEMAC. Ainsi, la mafia D.Z se perpétue : des textes soigneusement rédigés, des organigrammes rassurants, mais au final un système qui laisse prospérer les circuits discrets et les arrangements entre intermédiaires financiers et décideurs publics, sur fond de soupçons de rétrocommissions. Gouvernance disqualifiée et effondrement des recettes Le tableau serait déjà alarmant si l’on n’y ajoutait pas l’effondrement simultané des recettes pétrolières et douanières, qui prive l’État des marges de manœuvre. Les prévisions pour 2025 font état d’une baisse de production de près de 10%, couplée à une volatilité des cours qui compromet la stabilité des royalties et des taxes sectorielles. Avec plus de 70 % des recettes budgétaires encore tirées du pétrole, le choc est majeur. Parallèlement, les recettes douanières stagnent ou décroissent, victimes d’une contraction des importations d’équipements (signe du ralentissement de l’investissement domestique) et de l’extension des pratiques de sous-déclaration. Conséquences, chaque point supplémentaire prélevé sous forme de commission injustifiée sur les émissions obligataires vient aggraver la spirale de la dette. Entre avril et juin 2025, la dette publique s’est ainsi accrue de 400 milliards FCFA, et un mur de remboursement de 300 milliards FCFA attend le Congo dès octobre, menaçant la trésorerie nationale. Alors que, le gouvernement donne l’image d’un exécutif en faillite intellectuelle et morale. ACM, qui parle des réformes n’arrive pas à renforcer les dispositifs anticorruption au point de ternir son image. Sa grande vadrouille au Sénégal, Dubaï et multiples aller et retour entre Pointe Noire et Brazzaville en jet et son nez qu’il fourre çà et là, interroge plus d’une personne (nous y reviendrons). Quant à son petit Christian Yoka, véritable cheville ouvrière des dispositifs actuels d’endettement, son profil purement axé sur le management de projets multilatéraux (plus proche des logiques de l’Agence Française de Développement que des exigences pointues de macroéconomie et de marchés financiers), apparaît décalé. La complexité actuelle – arbitrages budgétaires sous contrainte, gestion active de la courbe des taux, redéploiements sectoriels urgents – exige des compétences qu’il ne maîtrise pas. (A suivre) Ghys Fortuné DOMBE BEMBA
Congo Brazzaville. Comme une odeur de soufre au Figa

INDISCRETION. Le Figa gate est en train de déboucher sur la mise au jour de pratiques de gestion peu orthodoxes. Et pour le moins indélicates. Le figa gate est à l’image d’un feuilleton brésilien, avec son lot d’épisodes à rebondissements où les acteurs se prévalent d’arguments spécieux. Pas un jour ne passe sans que, par réseaux sociaux et presse interposés, les présumés coupables d’actes de prévarication ne se jettent la responsabilité, preuves à l’appui, de ce scandale financier du Figa. Difficile, pour l’instant, de prouver l’authenticité de tous ces documents qui circulent sur la toile, même s’ils ont l’apparence d’être vrais. Sur les circonstances et les conséquences de ce méli-mélo, tout est encore flou tant que les différentes personnes impliquées dans ce scandale sont inaccessibles pour répondre à nos questions. Encore infructueuses toutes nos tentatives de rencontrer : madame la ministre des PME et de l’Artisanat, Jacqueline Lydia Mikolo; Prince Bahamboula, ancien directeur de cabinet de la ministre des PME; Armel Mbouloukoué (directeur général du Figa, suspendu) et Oscar Kimbassa, présenté, à la lecture des documents y relatifs dans les réseaux sociaux, comme le porteur de valises d’argent entre le Figa et la ministre des PME. Il y a encore, de part et d’autre, une campagne de désinformation et de propagande systématique à laquelle nous refusons de prendre part, en contrepartie des espèces sonnantes et trébuchantes. Non à l’instrumentation de la presse et des influenceurs ! Nous sommes encore en train d’enquêter pour tenter de démêler les fils de cet echeveau digne d’un énième scandale financier d’un fonds au Congo, après que le Fonds de Garantie, et le Fonds de soutien à l’agriculture, ont été aussi mal gérés. C’est un euphémisme. Ci dessous, in- extenso, des questions que nous voudrions bien poser aux présumés coupables d’actes de prévarication devenus inaccessibles. Ils sont encore prévenus innocents tant qu’ils ne sont pas inculpés par un juge d’instruction et éventuellement condamnés par une juridiction de droit commun. Protocole de questionnaire A)Madame la ministre Jacqueline Lydia Mikolo, ministre des petites et moyennes entreprises et de l’artisanat 1) Est-il possible d’en savoir davantage sur le financement- par le Figa- de votre campagne aux législatives, ainsi que le témoignent les différents documents dans les réseaux sociaux: production de pagnes et de leur transport depuis la Chine pour plus de 200 millions de fcfa ? 2) Comment justifiez-vous l’ autre document d’achat de billets d’avion en first- pour vous et votre famille par le Figa- pour vos vacances au Canada? 3) Votre époux a t-il bénéficié de votre soutien pour devenir prestataire de services au Figa? 4) Pourquoi avez-vous laissé passer un marché de gré à gré, d’un montant de 3 milliards de fcfa, accordé à des experts belges pour le renforcement des capacités opérationnelles du Figa, en violation flagrante des normes en matière de passation de marchés publics au Congo? 5) Qu’en est-il du versement mensuel des 30 millions de fcfa, au titre d’appui à l’écosystème des PME », que vous avez demandés au Figa, alors que le ministère dispose de crédit dans son budget de fonctionnement annuel? 6) un mot sur ces voitures des cadres du cabinet achetées par le Figa; 7)Avez-vous fait defenestrer Armel Mbouloukoué pour le remplacer par Branham Kitombo, votre frère du coin? B)Armel Mbouloukoué, Directeur général du Figa 1) Depuis la création du Figa, quel est le montant golabal des encours de financements palpables qui ont été accordés aux jeunes congolais? 2) Comment justifiez-vous un résultat négatif de près de 3 milliards de fcfa en 2021 et des « dépenses d’exploitation exponentielles » et injustifiées, au cours de la même période, comme le relève le procès verbal de la réunion extraordinaire du comité de direction du 17 fevrier dernier? 3) Comment justifiez-vous le fait que vous étiez le seul à avoir la signature des comptes du Figa ouverts dans les différentes banques ou micro finances, au mépris du principe de transparence qui exige une co signature? 4) Les sorties d’argent, indelicatesses observées et autres largesses accordées à la tutelle de manière irrégulière, ne relèvent-ils pas de votre propre responsabilité voire de votre couardise? 5) Aviez-vous conscience, au moment d’engager votre signature pour des sorties des fonds du Figa affectés aux dépenses sans objet avec l’orientation du Fonds, que vous êtes pénalement responsable? 6)Quelle réponse aux rapports commis par la Halc et le ministère du contrôle d’Etat, qui ont également relevé des « indelicatesses » dans votre gestion? 7) Pourquoi avoir fait perdre au Figa de l’argent en signant avec la caisse congolaise d’épargne et de crédit(ccec), un établissement de micro finance en faillite et non agréé ? Prince Bahamboula, ancien directeur de cabinet devenu député de Mayama 1) Avez-vous, vous aussi, bénéficié des financements du Figa, notamment pour soutenir votre campagne aux législatives ? 2) De mauvaises langues proches du Figa disent qu’une voiture de type 4×4 Lexus vous a été offerte par le Figa… Oscar Kimbassa 1) Avez-vous joué un rôle de transporteur de fonds destinés à madame la ministre Mikolo entre le Figa et son cabinet ou Mouyondzi, sa circonscription électorale lors des dernières législatives ? Par A. Ndongo Journaliste économique et financier.
Congo Brazzaville/Direction générale du Trésor. Comme une odeur de soufre!

DETOURNEMENT. 9 milliards de fcfa ont été disponibilisés par le ministre des finances, ordonnateur principal du budget de l’Etat, pour supporter les charges incompressibles de certaines structures étatiques, notamment les hôpitaux Blanche Gomes, Djiri et autres structures à budget de transfert. Les fonds sortis de la Banque centrale à Brazzaville, ont malheureusement été utilisés à d’autres fins autre que l’objet. Cela s’appelle détournement de chapitre. À la direction générale du Trésor, où nous avons discrètement approché plusieurs sources, des langues se délient: » Des directeurs du Trésor se sont permis de détourner ces fonds pour payer des chapitres non autorisés, tels que des opérateurs économiques ayant des arriérés de 2017… », confient, unanimes, nos sources. Pourquoi avoir payé des arriérés de la dette commerciale alors que le gouvernement vient de programmer le règlement des dettes n’excédant pas 50 millions de fcfa? Pourquoi ces directeurs ou fondés de pouvoir ont donc tenu à passer outre cette normalité en matière de finances publiques pour défier l’autorité de l’argentier congolais? « « Il n’ y a rien pour rien ici, au trésor « , s’empresse de relativiser une source ayant requis l’anonymat. Cette pratique, irrégulière en matière de finances publiques, a été davantage proscrite par le ministre des Finances, Rigobert Roger Andely. Il paraît que la pratique de retrocommissions de l’ordre de 30% voire 40% reste en vigueur à la direction générale du trésor, surtout lorsqu’il s’agit de payer un opérateur économique. « Pour s’assurer que l’opérateur économique va respecter son engagement de versement de retrocommissions, une caissière peut être invitée par un fondé ou directeur à venir effectuer le paiement dans le bureau de ce dernier », explique une victime. Selon un fin connaisseur de la situation du Trésor, « en l’absence d’une fondée de pouvoir, malade, qui joue souvent le rôle de censeur auprès du directeur général du trésor, âgé de plus 80 ans et qui présenterait une baisse de la vue, ces directeurs et fondés en auraient profité pour faire signer des ordres de décaissement « irréguliers » à leur chef. Vrai ou faux? Aux dernières nouvelles, les fins limiers de la police congolaise, en matière d’investigation, sont à pied d’œuvre. Les présumés coupables auraient déjà été convoqués. Par A.Ndongo Journaliste économique et financier.