ECONOMIE. Kristalina Georgieva : «Il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre»

Face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé Les perspectives de l’économie mondiale restent moroses, en dépit de la résilience dont elle a fait preuve face aux chocs qui se sont succédé ces dernières années, selon la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. «Nous continuons de faire face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé», a-t-elle affirmé dans un récent rapport annuel du FMI intitulé «Cap sur la croissance en période d’incertitude». D’après la DG de l’institution financière internationale, «la prévision de croissance mondiale à cinq ans s’établit à environ 3%, bien en deçà de l’expansion moyenne d’après-guerre de 3,7%». Dans ce contexte, Kristalina Georgieva estime que «les pays membres du FMI traversent des difficultés considérables» et qu’«il leur faut notamment préserver la stabilité macroéconomique et financière tout en assurant la viabilité de la dette, remédier aux déséquilibres entre pays et améliorer les perspectives de croissance». Elle prévient cependant que la réalisation de ces objectifs exige des mesures urgentes et de grande envergure. Aussi, s’il revient aux pouvoirs publics d’intervenir en premier lieu au niveau national, la patronne du Fonds soutient qu’il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre. La patronne du FMI se dit toutefois confiante quant à la capacité des autorités nationales à «stimuler la productivité et renforcer la croissance intérieure, rétablir les marges de manœuvre budgétaires nécessaires à des investissements indispensables et en prévision de futurs chocs, renforcer la stabilité financière et accroître leur résilience», estimant qu’à l’échelle internationale, les pays doivent rechercher des solutions concertées à leurs défis économiques communs. Dans ce rapport, Kristalina Georgieva rappelle un contexte économique mondial en pleine mutation depuis une année, marqué par de profonds changements: du passage au numérique à l’intelligence artificielle, en passant par les transitions démographiques. Et d’ajouter: «En outre, les politiques économiques connaissent des transformations majeures de nature à reconfigurer les échanges commerciaux et les flux de capitaux au niveau mondial». Quoi qu’il en soit, «le FMI continuera de soutenir ses pays membres», s’adaptera, si nécessaire, pour aider les pays à traverser cette période difficile et à remédier aux déséquilibres dont ils pâtissent, a-t-elle assuré. Dans son rapport, le Fonds affirme que le contexte actuel exige clarté, détermination et coordination. «Si l’économie mondiale a fait preuve d’une remarquable résilience ces cinq dernières années, les tensions commerciales se sont fortement accentuées depuis la publication du précédent Rapport annuel, et l’incertitude entourant les politiques économiques s’est accrue», fait-il remarquer. De l’avis des experts du FMI, les autorités sont en butte à un durcissement des conditions financières et à un surcroît de volatilité sur les marchés, et les chocs survenus ces dernières années ont épuisé leurs marges de manœuvre. En conséquence, les décideurs doivent rapidement s’atteler à trois priorités essentielles.L’institution estime qu’ils doivent en premier apaiser les tensions commerciales et corriger les déséquilibres qui y contribuent. Elle les invite à «faire respecter des règles équitables, d’éviter de mettre en œuvre des politiques génératrices de distorsions pour s’arroger un avantage concurrentiel, et de s’abstenir de prendre des mesures de nature à entraver les échanges commerciaux». La deuxième priorité consiste à agir collectivement pour préserver la stabilité économique et financière, en mettant leurs propres affaires en ordre en procédant de manière réaliste à des plans d’ajustement crédibles. Quant au troisième axe prioritaire, il «consiste à accélérer les réformes propices à la croissance, afin de rehausser la productivité et le potentiel de production», a indiqué le Fonds. L’institution appelle les pays à privilégier les politiques intérieures et les réformes structurelles des marchés du travail, des biens et des produits financiers, tout en continuant à faire preuve de rigueur sur le plan réglementaire. Alain Bouithy
Kristalina Georgieva: «Les tensions commerciales sont, dans une large mesure, le résultat d’une érosion de la confiance»

La résilience de pays, qui surmontaient des chocs importants grâce à des fondamentaux solides et en faisant preuve d’agilité, est de nouveau mise à l’épreuve par la remise à zéro du système commercial mondial, a estimé récemment la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, dans un discours jeudi à Washington. «Les marchés financiers deviennent plus volatils et l’incertitude qui entoure la politique commerciale est exceptionnelle», a-t-elle déclaré à la veille des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, qui se tiennent du lundi 21 au 26 avril à Washington, appelant à réagir avec sagesse pour une «économie mondiale plus équilibrée et plus résiliente». Pour une économie mondiale plus équilibrée et plus résiliente Dans un récent discours, la patronne du FMI a comparé les tensions commerciales actuelles «à une casserole qui bouillonnait depuis longtemps et a fini par déborder». Des tensions qui seraient, dans une large mesure, « le résultat d’une érosion de la confiance. Confiance dans le système international, et confiance entre les pays », a-t-elle estimé. En dépit du fait qu’elle a permis à un grand nombre de personnes de sortir de la pauvreté, l’intégration de l’économie mondiale n’a pas profité à tous, selon Kristalina Georgieva. Et pour cause, «des communautés ont été vidées de leur substance par le déplacement des emplois à l’étranger. Les salaires ont reculé sous l’effet de la disponibilité croissante d’une main-d’œuvre bon marché. Les prix ont augmenté lorsque les chaînes d’approvisionnement mondiales ont été interrompues ». Ainsi, beaucoup en sont venus à rendre le système économique international responsable de l’injustice qu’ils ressentent dans leur vie. «Les distorsions du commerce -droits de douane et mesures non tarifaires- ont alimenté l’opinion défavorable sur un système multilatéral jugé incapable d’offrir des chances égales à tous », a poursuivi la cheffe du FMI notant que ce sentiment d’injustice nourrit parfois les discours selon lesquels les règles du jeu ne sont pas respectées tandis que les déséquilibres commerciaux attisent les tensions commerciales. Evoquant des conséquences importantes, à commencer par les droits de douane, la DG a estimé que «les droits de douane effectifs imposés par les Etats-Unis ont atteint des niveaux jamais vus depuis plusieurs générations», soulignant au passage des effets de contagion internationaux. Davantage tributaires du commerce pour alimenter leur croissance, les petits pays avancés et la plupart des pays émergents sont davantage naturellement plus exposés, y compris au durcissement des conditions financières, a-t-elle fait remarquer. Et d’ajouter: «Les pays à faible revenu sont confrontés à la difficulté supplémentaire de l’effondrement des flux d’aide de la part des pays donateurs qui se recentrent sur des enjeux nationaux». Kristalina Georgieva prévient : «Une incertitude durablement élevée augmente le risque de tensions sur les marchés financiers ». Elle en veut pour preuve les fluctuations inhabituelles de certains marchés névralgiques des obligations et des devises observées au début du mois. Les fluctuations des marchés doivent avoir valeur d’avertissement Ainsi, «ces fluctuations doivent avoir valeur d’avertissement», a-t-elle lancé expliquant que «si les conditions financières empirent, tout le monde en pâtit». La DG assure toutefois que l’issue sera meilleure «si les pouvoirs publics prennent des mesures pour régler les divergences et rétablir l’équilibre». Concrètement, «tous les pays doivent redoubler d’efforts pour mettre de l’ordre dans leurs affaires », a-t-elle exhorté soutenant que dans un monde où règne une incertitude accrue et où les chocs sont fréquents, on ne peut pas se permettre de différer les réformes visant à renforcer la stabilité économique et financière et améliorer le potentiel de croissance. Selon elle, «les pays doivent relever les nouveaux défis en partant d’une situation plus fragile, et avec un fardeau de la dette publique beaucoup plus lourd qu’il y a quelques années à peine». Les équilibres intérieurs entre l’épargne et l’investissement sont fondamentaux Tout aussi important, les pays doivent se concentrer de nouveau sur les déséquilibres macroéconomiques intérieurs et extérieurs, a poursuivi Kristalina G. estimant que les équilibres intérieurs entre l’épargne et l’investissement sont fondamentaux, et l’un comme l’autre peut parfois prendre trop de poids. Et de rappeler que «les facteurs de déséquilibre sont notamment les habitudes d’épargne des pays, les distorsions résultant de l’orientation de la politique, l’ouverture des marchés des capitaux, les régimes de change et la démographie. Les politiques budgétaires, monétaires, structurelles et de taux de change constituent des leviers essentiels». Alain Bouithy
Kristalina Georgieva : «La croissance mondiale s’est marginalement accélérée »

D’après les perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international (FMI) qui paraissent cette semaine, « la croissance mondiale s’est marginalement accélérée, grâce à la bonne santé de l’activité aux Etats-Unis et dans bon nombre de pays émergents », a récemment déclaré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva. « La vigueur de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises et l’atténuation des problèmes des chaînes d’approvisionnement ont contribué à cette embellie », a indiqué la patronne de l’institution financière internationale avant de faire remarquer que l’inflation est en baisse. D’après les explications de la DG, la résilience de l’économie mondiale est principalement justifiée « par les solides bases macroéconomiques établies ces dernières années », ajoutant qu’ «elle s’appuie également sur le dynamisme des marchés du travail ainsi que sur l’accroissement de la main-d’œuvre, sous l’effet notamment de l’immigration, qui est particulièrement utile dans les pays à la population vieillissante ». Selon elle, dans l’ensemble, les données disponibles à ce jour pourraient inspirer un soulagement. Ce qui est une bonne nouvelle d’autant plus que, « contrairement à certaines prédictions, nous avons évité une récession mondiale et une période de stagflation ». L’activité économique est frêle par rapport à la moyenne historique Pour autant, Kristalina Georgieva prévient que les sujets d’inquiétude ne manquent pas, estimant que les défis se multiplient à l’échelle mondiale. En effet, fait-elle remarquer, « les tensions géopolitiques accroissent le risque d’une fragmentation de l’économie mondiale. Comme nous l’avons appris ces dernières années, nous vivons dans un monde dans lequel il faut s’attendre à l’imprévu ». A ceux qui ne l’auraient pas constaté, la DG note que « l’activité économique est frêle par rapport à la moyenne historique et les perspectives de croissance ralentissent depuis la crise financière mondiale ». L’inflation n’est pas complètement vaincue Par ailleurs, poursuit-elle, « l’inflation n’est pas complètement vaincue. Les marges de manœuvre budgétaire se sont épuisées. La dette est en hausse, ce qui est un défi de premier plan pour les finances publiques de beaucoup de pays ». Faut-il rappeler que « nous ressentons encore les séquelles de la pandémie. Les pertes de production enregistrées dans le monde depuis 2020 s’élèvent à quelque 3.300 milliards de dollars, les pays les plus vulnérables en payent un prix disproportionné », comme elle l’a relevé en évoquant la situation actuelle dans une analyse publiée sur le site Internet du Fonds. A toutes ces rasions d’être prudent, il faut ajouter la divergence au sein et entre les groupes de pays qui augmente. Soulignons que « parmi les pays avancés, les Etats-Unis ont enregistré le rebond le plus net, favorisé par une accélération de la croissance de la productivité. En contraste, dans la zone euro, l’activité reprend beaucoup plus progressivement, ce qui tient aux effets persistants des prix élevés de l’énergie et au repli de la croissance de la productivité », a fait savoir la DG estimant toutefois que des pays comme l’Inde ou l’Indonésie s’en sortent mieux parmi les pays émergents. Il sied cependant de noter que l’écart se creuse le plus avec les pays à faible revenu. Lesquels ont subi les plus graves séquelles, comme elle l’a rappelé ajoutant que « de ces nations, ce sont les pays fragiles ou touchés par des conflits qui portent le fardeau le plus lourd ». Aux yeux de Kristalina Georgieva, ces constatations ont un point commun: l’affaiblissement de la croissance est principalement dû à un ralentissement notable et généralisé de la croissance de la productivité. Selon une analyse du FMI, « ce phénomène explique plus de la moitié du ralentissement de la croissance économique dans les pays avancés et les pays émergents, et la quasi-totalité dans le cas des pays à faible revenu », a-t-elle dit concluant, en conséquence, que les perspectives de croissance mondiale à moyen terme, juste au dessus de 3%, restent de loin inférieures à la moyenne historique. Au final, si l’on ne change pas de cap, l’histoire retiendra «les Années moroses», une décennie timide et décevante sur le plan de l’économie, a-t-elle conclu. Alain Bouithy
Kristalina Georgieva : Les banques centrales doivent résister aux pressions et ingérences politiques

« Les risques d’ingérence politique dans les prises de décisions des banques centrales et les nominations de leurs responsables s’accentuent », selon la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. « Les banques centrales voient aujourd’hui leur indépendance remise en question de toutes parts. Les demandes de baisse des taux se font de plus en plus insistantes, même s’il est trop tôt pour passer à l’action, et elles devraient aller en s’intensifiant puisque la moitié de la population mondiale se rend aux urnes cette année », constate-t-elle dans une note publiée récemment. Un ingrédient essentiel pour remporter la bataille contre l’inflation Persuadée que la vague d’élections qui se profile cette année risque de mettre les décideurs sous pression, la DG du FMI appelle « les pouvoirs publics et les banques centrales à résister à ces pressions » estimant que l’indépendance est un ingrédient essentiel pour remporter la bataille contre l’inflation et stabiliser la croissance à long terme. « Les banques centrales ont accompli ces dernières années grâce à leur indépendance. Elles ont habilement négocié la pandémie en menant un assouplissement monétaire énergique qui a contribué à éviter un effondrement du système financier mondial et à accélérer la reprise », fait-elle remarquer. En outre, poursuit-elle, « lorsque la priorité s’est recentrée sur le rétablissement de la stabilité des prix, elles ont resserré leur politique monétaire à bon escient, même si elles ne l’ont pas toutes fait dans les mêmes délais. Leur riposte a permis de maintenir les anticipations d’inflation bien ancrées dans la plupart des pays, malgré des hausses de prix jamais vues depuis plusieurs dizaines d’années ». Pour la DG, il ne fait aucun doute que les banques centrales des pays émergents ont montré la voie en durcissant leur politique monétaire rapidement et vigoureusement, ce qui a assis leur crédibilité. Il faut dire que « ces mesures ont ramené l’inflation à des niveaux beaucoup plus raisonnables et réduit les risques d’atterrissage brusqué » et que quand bien même le combat n’est pas encore gagné, « leur efficacité jusqu’ici tient en grande partie à l’indépendance et la crédibilité que de nombreuses banques centrales ont acquises ces dernières décennies ». Il est une évidence que la façon dont elles ont su juguler l’inflation contraste nettement avec l’instabilité économique qui avait caractérisé la période de forte inflation des années 70, fait-elle remarquer dans sa note. Pour ceux qui l’auraient oublié, « à l’époque, leur mandat ne prévoyait pas explicitement qu’elles devaient donner la priorité à la stabilité des prix, pas plus qu’il n’existait pas de lois claires protégeant leur autonomie, si bien qu’elles ont souvent été poussées par les dirigeants politiques à baisser les taux d’intérêt en période de forte inflation », se souvient Kristalina Georgieva notant que ce n’est qu’au milieu des années 80, quand les banques centrales ont reçu le soutien politique nécessaire pour prendre des mesures agressives, qu’elles ont réussi à réduire l’inflation. Comme pour souligner les bienfaits de l’indépendance des banques centrales, la DG indique qu’une étude du FMI portant sur plusieurs dizaines de banques centrales sur la période comprise entre 2007 et 2021 a montré que celles présentant un haut niveau d’indépendance ont mieux réussi à maîtriser les anticipations d’inflation de leur population, ce qui aide à contenir l’inflation à un bas niveau. Une autre étude du FMI répertoriant les résultats de 17 banques centrales d’Amérique latine au cours des 100 dernières années examine différents facteurs, parmi lesquels l’indépendance dans les prises de décisions, la clarté du mandat et la possibilité qu’elles soient contraintes à consentir des prêts à l’Etat. Là encore, il s’avère qu’un plus grand degré d’indépendance est associé à de bien meilleurs résultats sur le plan de l’inflation. Alain Bouithy
Il est primordial de semer dès aujourd’hui les graines de la croissance et de la prospérité

INTERNATIONAL. «En cette période de difficultés économiques, de tensions géopolitiques et de guerre, il est primordial de semer dès aujourd’hui les graines de la croissance et de la coopération, de la paix et de la prospérité», a déclaré la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) soulignant le rôle de plus en plus important que joue la région arabe dans un monde en mutation rapide. Les possibilités de stimuler la croissance sont limitées par des taux d’intérêt toujours élevés et par la nécessité de rétablir la viabilité des finances publiques, selon la DG du FMI «Bien que les incertitudes demeurent élevées, alimentées par l’évolution tragique du conflit à Gaza et en Israël, nous sommes un peu plus confiants quant aux perspectives économiques», a-t-elle affirmé dans une allocution prononcée au huitième Forum arabe des finances publiques qui s’est tenu récemment à Dubaï, aux Emirats arabes unis. L’économie mondiale se dirige vers un atterrissage en douceur en 2024 Etant donné que «l’économie mondiale fait preuve d’une résilience étonnante et dans la mesure où l’inflation ralentit de façon régulière, nous nous dirigeons vers un atterrissage en douceur en 2024 », a-t-elle poursuivi arguant que la croissance a dépassé les attentes l’an dernier et que l’institution financière internationale prévoit qu’elle s’établira à 3,1% cette année. Bien que confiante au regard des évolutions observées, Kristalina Georgieva reste toutefois prudente estimant qu’« il est trop tôt pour crier victoire ». Il faut dire que les perspectives de croissance à moyen terme restent en berne, à environ 3%, pour une moyenne historique d’environ 3,8% au cours des décennies d’avant-pandémie, comme elle l’a relevé dans son allocution. De son avis, «les possibilités de stimuler la croissance sont limitées par des taux d’intérêt toujours élevés et par la nécessité de rétablir la viabilité des finances publiques après des années d’accroissement des dépenses publiques». Mais pour la DG du FMI, cela ne devrait pas poser problème dès lors qu’elles peuvent être favorisées par les progrès technologiques, comme l’évolution de l’intelligence artificielle, à condition d’y être préparés. Elle craint que de nombreux pays soient insuffisamment préparés à l’échelle et l’envergure de la transformation que vont connaître nos économies, alors qu’environ 40% des emplois sont exposés à l’IA, que ce soit à l’échelle mondiale ou dans le monde arabe. Si certains pays comme les Emirats arabes unis font preuve de clairvoyance, en renforçant leur capacité à exploiter le potentiel de l’IA, il est évident que «les pays ne disposant pas d’infrastructures et de la main-d’œuvre qualifiée pour tirer parti de cette technologie pourraient se retrouver à la traîne». Quoi qu’il en soit, s’agissant des perspectives immédiates pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le Fonds monétaire international s’attend cette année à une croissance du PIB de 2,9%. Bien qu’il soit supérieur à l’an dernier, le niveau reste encore inférieur aux projections d’octobre de l’institution financière, d’après la patronne du FMI. Pour le Fonds, cette variation résulte en grande partie des baisses de la production de pétrole à court terme, du conflit à Gaza et en Israël, et de la rigidité des politiques monétaires. Selon les explications de l’organisation, la faible croissance en dehors du secteur des hydrocarbures chez les pays exportateurs de pétrole joue également un rôle. De plus, souligne Kristalina Georgieva, «le déclin de la demande de pétrole va devenir un vent contraire de plus en plus fort à moyen terme», tandis que les pays importateurs nets d’énergie «sont freinés par des niveaux d’endettement et des besoins d’emprunt sans précédent, ainsi que par un accès limité aux financements extérieurs». Les perspectives de l’économie palestinienne s’obscurcissent à mesure que le conflit persiste Sur le plan économique, du fait du conflit en cours, Gaza a vu son activité chuter de 80% sur la période octobre–décembre par rapport à la même période un an plus tôt, tandis qu’en Cisjordanie elle a reculé de 22%. Pour la DG, «les perspectives déjà sombres de l’économie palestinienne s’obscurcissent à mesure que le conflit perdure. Seules une paix et une solution politique durables pourront les infléchir réellement». Entre-temps, dans le voisinage immédiat, le conflit impacte négativement «le tourisme, qui est pour beaucoup de gens une bouée de sauvetage. Dans la région et au-delà, les répercussions se traduisent par une augmentation des coûts de fret et une chute des volumes de transit dans la mer Rouge – en baisse de plus de 40% cette année d’après nos données PortWatch», a-t-elle noté rappelant que cela s’ajoute aux difficultés de pays qui se relèvent encore de chocs antérieurs. Pour autant, Kristalina Georgieva assure que le monde arabe peut planter la graine d’un avenir meilleur et plus stable dans ce contexte difficile, et «répondre aux besoins de reconstruction à venir, renforcer sa résilience et ouvrir des possibilités que ses populations croissantes exigent». Alain Bouithy
Kristalina Georgieva : «L’IA se démarque par sa capacité à toucher les emplois hautement qualifiés»

La communauté mondiale est «sur le point de vivre une révolution technologique susceptible de stimuler la productivité, de donner un coup de fouet à la croissance mondiale et d’élever les revenus dans le monde entier», selon Kristalina Georgieva. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui s’exprimait ainsi sur les éventuelles répercutions de l’IA (intelligence artificielle) sur les économies des différents pays, estime cependant que cette révolution «risque aussi de remplacer des emplois et de creuser les inégalités». L’IA donnera lieu à moins de bouleversements immédiats dans les pays émergents et les pays en développement, selon la DG du FMI S’il est établi que «l’essor rapide de l’intelligence artificielle fascine le monde», force est de constater que cette impulsion suscite un mélange d’enthousiasme et d’anxiété au point de soulever «des questions importantes s’agissant des répercussions qu’il pourrait avoir sur l’économie mondiale», souligne-t-elle dans une note publiée récemment sur le portail de l’institution financière. Compte tenu de la complexité avec laquelle l’IA se répercutera sur les économies des différents pays, la patronne du FMI concède que «l’effet net est difficile à prévoir». En revanche, «nous pouvons affirmer avec certitude qu’il conviendra de concevoir un ensemble de mesures permettant d’exploiter en toute sécurité l’immense potentiel de l’IA au profit de l’humanité», affirme-t-elle relevant que les services du FMI examinent dans une nouvelle analyse, les potentielles répercussions de l’IA sur le marché du travail mondial. L’IA devrait être un complément du travail humain Même si de nombreuses études ont annoncé la probabilité de voir des emplois être remplacés par l’IA, Kristalina Georgieva note cependant que, «dans de nombreux cas, l’IA devrait être un complément du travail humain», explique-t-elle précisant que l’analyse du FMI rend justement compte de ces deux forces. L’analyse des services du FMI révèle que près de 40% des emplois dans le monde sont exposés à l’IA. Elle montre également que là où l’automatisation et les technologies concernaient traditionnellement les tâches répétitives, l’IA se démarque par sa capacité à toucher les emplois hautement qualifiés. S’il apparaît que l’IA est à l’origine de risques plus importants pour les pays avancés, l’étude du Fonds suggère par contre que ceux-ci se voient également offrir plus de possibilités d’en exploiter les bienfaits que les pays émergents et les pays en développement. Revenant sur les conclusions de cette analyse, la DG du FMI note que l’IA pourrait avoir des incidences sur environ 60% des emplois dans les pays avancés et qu’environ la moitié d’entre eux pourrait bénéficier de l’intégration de l’IA, qui se traduirait par un gain de productivité. «Pour l’autre moitié, les applications de l’IA pourraient exécuter des tâches essentielles actuellement assurées par des êtres humains, ce qui pourrait diminuer la demande de main-d’œuvre, faire baisser les salaires et réduire les embauches», commente-t-elle soulignant que, dans les cas extrêmes, certains de ces emplois pourraient être amenés à disparaître. Il ressort en outre de cette même étude que l’exposition à l’IA devrait en revanche s’établir à 40% dans les pays émergents et à 26% dans les pays à faible revenu. Pour Kristalina Georgieva, «ces conclusions laissent entendre que l’IA donnera lieu à moins de bouleversements immédiats dans les pays émergents et les pays en développement. Il faut dire que nombre de ces pays ne disposent ni de l’infrastructure ni de la main-d’œuvre qualifiée pour tirer parti des bienfaits de l’IA, ce qui accentue le risque de voir la technologie aggraver les inégalités entre les pays au fil du temps». Par ailleurs, prévient-elle, l’IA pourrait aussi influer sur les inégalités de revenus et de richesse dans les pays. Concrètement, «nous pourrions également assister à une polarisation au sein des tranches de revenu, où les travailleurs qui seront capables d’exploiter l’IA verront leur productivité et leur salaire augmenter, contrairement à ceux qui ne sauront pas le faire». Qu’à cela ne tienne, «des études montrent que l’IA peut aider les travailleurs moins expérimentés à améliorer plus rapidement leur productivité», poursuit-elle estimant que les travailleurs plus jeunes pourraient avoir plus de facilités pour exploiter ces nouvelles possibilités alors que leurs homologues plus âgés pourraient peiner à s’adapter. Une chose est sûre: l’effet sur le revenu du travail dépendra en grande partie des proportions dans lesquelles l’IA viendra épauler les travailleurs à revenu élevé, affirme la DG. «Dans la plupart des scénarios, l’IA aggravera probablement l’inégalité globale, une tendance inquiétante à laquelle les décideurs doivent remédier en amont pour éviter que la technologie ne vienne exacerber les tensions sociales», conclut Kristalina Georgieva. Alain Bouithy
Pari tenu pour le Maroc qui remporte de précieux lauriers

Le Maroc a tenu son pari en organisant dans les meilleures conditions et avec un succès indéniable les Assemblées annuelles de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), un mois après le terrible séisme qui a frappé le pays. Une semaine durant, du 9 au 15 octobre, les participants à cet événement d’envergure mondiale n’ont pas tari d’éloges à l’égard du pays; à commencer par les responsables des deux institutions organisatrices de cet événement : Ajay Banga, président de la BM et Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI. Une floraison d’élogesLe président de la Banque Mondiale a notamment salué la qualité de l’organisation par le Maroc de ces assemblées et le travail incroyable accompli par le Royaume. Abondant dans le même sens, la DG du FMI a pour sa part également félicite la gestion rapide et efficace des effets du séisme d’Al Haouz ainsi que de l’élan de solidarité extraordinaire des Marocains face à cette tragédie. Il faut dire que la BM et le FMI n’ont jamais douté des capacités du Maroc d’abriter cet évènement, qui revenait en terre africaine un demi siècle après, quand bien même il sortait d’une tragédie qui aurait pu les inciter à le reporter à une date ultérieure voire l’annuler. Rappelons à ce propos qu’au terme d’un examen minutieux de la capacité de Marrakech à accueillir cet événement, les directions de la Banque mondiale et du FMI avaient convenu, en accord avec les autorités marocaines, de maintenir l’organisation des Assemblées annuelles à Marrakech du 9 au 15 octobre. Des éloges également à foison du côté d’autres institutions telle la Banque africaine de développement (BAD) qui, à travers son représentant résident au Maroc, Achraf Tarsim, a salué « l’excellente » organisation par le Maroc dans une interview accordée à la MAP. « Tous les participants ont été impressionnés par la qualité de l’organisation et par l’hospitalité légendaire du peuple marocain », a-t-il constaté. Le vice-président régional de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique, Sérgio Pimenta, a pour sa part déclaré : « nous avons été profondément impressionnés par la réponse rapide et déterminée » du Royaume après cette catastrophe naturelle. Les gains tangiblesPlusieurs accords ont été signés lors de ces assemblées : un mémorandum d’entente entre le Maroc et la Banque Africaine d’import-export d’une valeur d’un milliard de dollars en vue de consolider et promouvoir les relations de coopération entre les deux parties dans plusieurs domaines; un accord de financement d’un projet entre le Maroc et le Fonds international de développement agricole (FIDA); un partenariat de 36millions de dollars entre la Banque Centrale Populaire (BCP) avec l’IFC et la CMGP, en vue de soutenir l’expansion de la micro-irrigation, de l’énergie solaire et des systèmes de gestion efficace de l’eau au Maroc. Signalons en outre la signature d’un protocole d’accord sur la promotion de la sécurité alimentaire et le développement agricole en Afrique de l’Ouest entre l’OCP et la BM ainsi que le lancement d’une nouvelle plateforme de financement du secteur agricole par l’IFC et le Groupe OCP qui contribuera au développement des compétences, à la création d’emplois et à la sécurité alimentaire. A mettre aussi sur le compte de ces Assemblées, le lancement de la Coalition du secteur privé pour les femmes entrepreneures en Afrique, à l’initiative de l’African Women Leaders Network (AWLN) et en partenariat avec ONU-Femmes, en vue de mobiliser le soutien à l’entrepreneuriat féminin, notamment dans le secteur privé, qui constitue un pilier essentiel du développement socio-économique en Afrique. S’il y a une avancée importante à relever lors de cet événement, c’est l’attribution d’un siège supplémentaire au sein du CA du FMI à l’Afrique, et comme l’a expliqué la ministre de l’Economie et des finances, Nadia Fettah, ce siège permettra à l’Afrique d’avoir une voix permanente au sein des instances de gouvernance du FMI. Pour rappel, ces Assemblées annuelles sont l’occasion de réunir des acteurs d’horizons divers – dirigeants du secteur public (banques centrales, ministères des finances et du développement, parlementaires) et du secteur privé, (représentants d’organisations de la société civile, experts issus des milieux universitaires-) autour des grands dossiers mondiaux. Cette année, les thématiques se sont focalisées sur la conjoncture économique mondiale, la lutte contre la pauvreté, le développement économique, l’efficacité de l’aide, etc. Bangkok accueillera l’édition 2026 Les participants ont eu ainsi des échanges sur toutes ces questions et d’autres lors des séminaires, séances d’information régionales, conférences de presse et autres sessions consacrés à l’économie mondiale, au développement international et au système financier international. Signalons enfin que la capitale de la Thaïlande, Bangkok, accueillera l’édition 2026 des Assemblées annuelles BM-FMI, a annoncé, Kristalina Georgieva. Alain Bouithy
Kristalina Georgieva : les monnaies numériques de banque centrale peuvent contribuer à accroître l’inclusion

Les monnaies numériques de banque centrale peuvent contribuer à accroître l’inclusion en permettant à davantage de personnes d’accéder aux services financiers à moindre coût, à renforcer la fiabilité et l’efficacité des systèmes de paiement et à rendre les paiements et les envois de fonds internationaux moins coûteux et plus rapides. C’est ce qu’a rappelé la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, lors de son intervention à une table ronde de haut niveau sur les monnaies numériques de banque centrale : pour une nouvelle vision du rôle du secteur public en matière de monnaie et de paiements. Lors de cette rencontre tenue récemment au Maroc, la DG du FMI a par ailleurs affirmé que « les monnaies numériques de banque centrale pourraient permettre de réduire le nombre d’intermédiaires pour les paiements internationaux, de favoriser la concurrence et d’améliorer la transparence ». Kristalina Georgieva a toutefois attiré l’attention des participants à cette table ronde sur le fait que, « mal conçues, les monnaies numériques de banque centrale pourraient également générer des complications juridiques et des problèmes de confidentialité des données, des cybermenaces, et des risques pour la stabilité et l’intégrité financières, ainsi que pour les opérations des banques centrales ». Par ailleurs, a-t-elle poursuivi, « la facilité d’accès aux MNBC étrangères pourrait entraîner des risques de substitution des monnaies et de volatilité des flux de capitaux ». Pour la DG, touts ces aspects sont importants pour l’institution internationale qu’elle dirige et qui, comme elle l’a rappelé, « a pour mandat de veiller à ce que les monnaies numériques, y compris celles des banques centrales, favorisent la stabilité économique et financière au niveau national et mondial ». À cet égard, Kristalina Georgieva a déclaré considérer cette table ronde comme le prolongement de des récents échanges à Djeddah sur les MNBC dans la région, en septembre 2022, assurant que cette rencontre concorde également avec deux publications à paraître du FMI sur les monnaies numériques de banque centrale, la première sur les MNBC et les paiements numériques privés en Afrique subsaharienne, et la seconde présentant une feuille de route pour les MNBC au Moyen-Orient et en Asie centrale. Deux documents qui présenteront une nouvelle analyse et les enseignements tirés de ces régions, a-t-elle assuré. Saluant le partenariat continu qui lie le FMI et le Maroc et qui a permis l’organisation conjointe de cet événement, a déclaré à la presse que le principal objectif dans le cadre de cet événement de haut niveau était « de mener une réflexion approfondie sur les monnaies numériques de banque centrale en Afrique ». Elle a en outre confié : « nous avons convenu de la nécessité de poursuivre le dialogue sur ce type de monnaies et de rassembler et de partager les connaissances et les informations disponibles au profit de nos pays membres en Afrique, au Moyen-Orient et au-delà ». Martin Kam