Pourquoi l’Afrique doit-elle investir dans l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle (IA) est bien plus qu’un simple progrès technologique : elle incarne une nouvelle révolution industrielle. Partout dans le monde, elle transforme les économies, bouleverse les modèles d’affaires, et redéfinit les relations entre les humains et les machines. Pour l’Afrique, continent jeune, dynamique mais confronté à de nombreux défis structurels, investir dans l’IA ne représente pas une option secondaire, mais une réelle opportunité de transformation. Loin des discours alarmistes sur la « machine qui remplace l’homme », l’IA pourrait bien être un catalyseur de développement durable, d’innovation sociale et d’indépendance économique pour le continent. Répondre aux défis structurels avec des solutions intelligentes L’Afrique est confrontée à des défis profonds : accès inégal à l’éducation et aux soins, infrastructures déficientes, services publics surchargés, et changements climatiques qui menacent les moyens de subsistance de millions de personnes. L’IA peut jouer un rôle décisif dans l’amélioration des conditions de vie des populations. Prenons le domaine de la santé. Dans des régions où les médecins manquent cruellement, des applications basées sur l’IA peuvent aider à poser des diagnostics, lire des radiographies, ou orienter les patients vers des soins adaptés, même à distance. Des start-ups africaines commencent déjà à utiliser l’IA pour détecter des maladies comme la tuberculose, la malaria ou les complications liées à la grossesse. En agriculture, secteur vital pour l’économie de nombreux pays africains, l’intelligence artificielle permet de prédire les rendements, d’analyser la qualité des sols grâce à des images satellites, et d’alerter les agriculteurs en cas de conditions météorologiques extrêmes. Cela contribue à une agriculture plus productive, durable et résiliente. Créer des opportunités économiques et des emplois d’avenir Contrairement à certaines idées reçues, l’IA ne supprime pas seulement des emplois : elle en crée aussi de nouveaux. Bien utilisée, elle peut être un formidable levier pour diversifier l’économie africaine, souvent trop dépendante des matières premières et peu industrialisée. L’IA alimente aujourd’hui des secteurs comme la fintech, l’e-commerce, la logistique, ou encore l’énergie. Par exemple, des entreprises utilisent des algorithmes d’IA pour accorder des microcrédits à des populations non bancarisées, en analysant des données alternatives comme les habitudes de consommation ou la géolocalisation. Mais au-delà de ces usages, l’IA représente aussi une source d’emplois qualifiés. Data scientists, ingénieurs en apprentissage automatique, spécialistes de l’éthique de l’IA, développeurs d’applications intelligentes… Ce sont autant de métiers en forte demande dans le monde, et l’Afrique a tout intérêt à former ses jeunes à ces compétences de demain. Le continent étant le plus jeune du monde – avec près de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans – il possède un atout unique pour bâtir un vivier de talents compétents dans le domaine de l’intelligence artificielle. Développer des solutions africaines pour des problèmes africains Un des risques majeurs de la révolution numérique, c’est que les technologies soient conçues ailleurs, avec des données venues d’ailleurs, et qu’elles ne répondent pas aux réalités locales. Aujourd’hui, la plupart des systèmes d’IA sont développés en Amérique du Nord, en Europe ou en Asie, à partir de données peu représentatives du continent africain. Résultat : des outils peu adaptés aux langues locales, aux usages culturels, ou aux défis spécifiques des sociétés africaines. Investir dans l’IA, c’est aussi reprendre la main sur les données africaines, et concevoir des solutions pensées par et pour les Africains. C’est par exemple développer des interfaces vocales en langues locales pour les services publics, ou entraîner des modèles capables de comprendre les réalités linguistiques, géographiques et économiques des pays du continent. C’est aussi poser les bases d’une souveraineté numérique, indispensable dans un monde où les données valent de l’or. Saisir l’opportunité de la quatrième révolution industrielle L’histoire industrielle du monde a souvent laissé l’Afrique en marge. Que ce soit lors de la première révolution industrielle (mécanisation), de la seconde (électricité et production de masse), ou de la troisième (numérique), le continent a été plus consommateur que créateur de technologie. La révolution de l’IA peut être différente. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’avoir une grande infrastructure physique pour innover. Un ordinateur, une connexion Internet, des jeux de données ouverts et une bonne formation suffisent parfois à créer des solutions de rupture. De plus, l’open source et la collaboration internationale facilitent l’entrée dans le monde de l’IA, même avec des ressources limitées. Plusieurs pays africains commencent à prendre le virage. Le Rwanda a lancé une politique nationale d’IA pour améliorer ses services publics. Le Maroc mise sur la formation de talents en data science. Le Nigeria héberge un écosystème de start-ups technologiques très dynamique. Ces initiatives montrent que le mouvement est déjà en marche, mais il doit être généralisé à une échelle continentale. Pour un développement inclusif et éthique Enfin, l’Afrique a une opportunité rare : celle de concevoir une IA inclusive, éthique et au service de l’humain. Là où d’autres régions du monde font face aux dérives de l’ultra-surveillance, de la désinformation automatisée ou de l’exploitation des données personnelles, l’Afrique peut inventer un autre modèle. Un modèle où l’IA est un outil au service du bien commun, un levier pour l’inclusion sociale, et un support à la décision humaine, et non un substitut. Cela suppose de former, réguler, investir, mais aussi de coopérer. Coopérer entre pays africains, avec les diasporas, avec les universités, avec les grandes organisations internationales. L’IA ne doit pas être l’affaire de quelques ingénieurs dans des laboratoires : elle doit être discutée, pensée, encadrée, pour qu’elle profite au plus grand nombre. Conclusion L’Afrique ne peut pas se permettre de rester spectatrice de la révolution de l’intelligence artificielle. Elle doit en être actrice, voire même pionnière dans certains domaines. En investissant dans l’IA dès aujourd’hui, le continent peut rattraper son retard technologique, résoudre des problèmes de manière innovante, créer des emplois durables, et surtout, construire un futur à son image. Car au fond, l’IA n’est pas seulement une affaire de machines. C’est une affaire de vision, d’ambition, et d’humains. Et dans ce domaine, l’Afrique a tout pour réussir. Par Ahmed OUTZOURHIT Directeur de l’école d’Ingénierie Institut Supérieur d’Ingénierie et des Affaires ISGA
Maroc/2ème Fintech Day au Maroc : ouverture des candidatures pour le Programme Visa Africa Fintech Accelerator jusqu’au 15 août 2025

Visa, leader mondial des paiements numériques, a récemment organisé la deuxième édition de son Fintech Day sous l’égide duMinistère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, et en partenariat avec l’Agence de Développement du Digital (ADD), Technopark, le Morocco Fintech Center et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Cette journée a été l’occasion de mettre en lumière le rôle transformateur de l’intelligence artificielle et de l’innovation digitale dans la promotion de l’inclusion financière, tout en réaffirmant l’engagement de Visa à contribuer au développement d’un écosystème fintech dynamique, inclusif et tourné vers l’innovation au Maroc. Amal El FallahSeghrouchni, Ministre déléguée auprès du Chef du Gouvernement chargée de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, et Leila Serhan, Vice-Présidente Exécutive et Directrice Générale du groupe pour l’Afrique du Nord, le Levant et le Pakistan chez Visa, ont prononcé les discours d’ouverture. Placée sous le thème « Intelligence artificielle et inclusion financière: transformer le paysage fintech au Maroc », l’édition 2025 du Fintech Day a réuni les acteurs majeurs de l’écosystème fintech marocain: institutions financières, startups de premier plan, partenaires technologiques et incubateurs clés tels que Technopark et l’UM6P. Lors de l’événement, Visa a annoncé l’ouverture des candidatures pour la cinquième cohorte de son programme Visa Africa Fintech Accelerator. Les startups opérant en Afrique, de l’amorçage jusqu’aux séries A, et répondant aux critères d’éligibilité, sont invitées à soumettre leur candidature via le site de Visa d’ici le 15 août 2025. Leila Serhan a ouvert l’événement en adressant un message empreint d’ambition et d’optimisme : « Le fait que nous organisions la deuxième édition du Visa Fintech Day témoigne du dynamisme de l’écosystème fintech marocain. Chez Visa, nous croyons au pouvoir de la technologie pour élargir l’accès aux services financiers et favoriser une croissance inclusive. Le Maroc réunit tous les facteurs de réussite : une population connectée, un cadre institutionnel favorable et un écosystème d’innovation en pleine effervescence. Aux côtés de nos partenaires, nous sommes déterminés à contribuer à bâtir un écosystème fintech prospère, au service de tous, partout. » Pour en savoir plus sur le programme Visa Africa Fintech Accelerator, rendez-vous sur :https://africa.visa.com/visa-everywhere/innovation/visa-accelerator.html
Casablanca : L’intelligence artificielle au cœur d’une masterclass tenue au profit de TPME membres de la CGEM

La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a organisé récemment la deuxième édition des Rencontres de la TPE-PME, une série de rendez-vous mensuels créés pour renforcer le soutien et l’accompagnement des petites et moyennes entreprises, sous le thème « L’IA au service des TPME : Outils pratiques pour booster votre performance ». Mme Meriem ZAIRI, Présidente de la Commission Entrepreneuriat et TPME, a ouvert cette 2ème édition animée par AI Crafters, autour du thème de l’intelligence artificielle (IA) et son impact direct sur la performance des entreprises, en particulier dans l’optimisation de la gestion opérationnelle. L’objectif était de démontrer l’importance des outils d’IA dans l’amélioration de l’efficacité des TPE et PME, dans la rationalisation de leurs processus internes, dans l’optimisation des ressources et dans l’automatisation de certaines tâches récurrentes. En intégrant l’IA dans leurs stratégies opérationnelles, les entreprises peuvent non seulement améliorer leur productivité, mais aussi renforcer leur compétitivité sur le marché. Cette rencontre a réuni plus d’une cinquantaine d’entrepreneurs et de dirigeants de petites et moyennes entreprises et a permis aux participants de se familiariser avec les concepts essentiels de l’intelligence artificielle, de découvrir les différentes solutions accessibles à leur niveau et d’explorer des cas d’utilisation concrets. L’accent a ainsi été mis sur des applications concrètes de l’IA dans la gestion quotidienne des TPE et PME. Les participants ont pu interagir avec des experts en IA et bénéficier de conseils pratiques sur la manière d’intégrer ces technologies innovantes dans leurs processus métier, tout en prenant en compte les contraintes spécifiques liées à la taille de leurs structures. Ces échanges ont permis de lever certains freins à l’adoption de l’IA, notamment les préoccupations liées aux coûts, à la complexité d’implémentation et à la gestion du changement au sein des entreprises. Pour rappel, ces rencontres ont pour objectif de faciliter les échanges, d’offrir un espace de partage d’expériences et de renforcer la compétitivité des TPE/PME à travers des thématiques stratégiques et des solutions pratiques adaptées à leurs besoins spécifiques.
Combler le fossé de l’intelligence artificielle garantira un avenir équitable pour tous

La révolution de l’intelligence artificielle ne fera que creuser les écarts entre les pays à hauts revenus et les pays à faibles revenus, à moins qu’une action internationale coopérative ne soit entreprise, prévient un nouveau rapport de l’OIT et du Bureau de l’Envoyé du Secrétaire général des Nations Unies pour la technologie. Le rapport, intitulé Mind the AI Divide: Shaping a Global Perspective on the Future of Work constate que l’IA est en train de révolutionner les industries du monde entier, offrant de formidables opportunités d’innovation et de productivité. Cependant, elle exacerbe également les inégalités économiques et sociales en raison des taux inégaux d’investissement, d’adoption et d’utilisation. Cette «fracture de l’IA» émergente signifie que les pays à hauts revenus bénéficient de manière disproportionnée des avancées de l’IA, tandis que les pays à faibles et moyens revenus, en particulier en Afrique, sont à la traîne. C’est sur le lieu de travail que l’intelligence artificielle peut entraîner des gains de productivité et une amélioration des conditions de travail. Un accès inégal aux infrastructures, à la technologie, à une éducation de qualité et à la formation pourrait toutefois conduire à une adoption inégale de l’IA, ce qui, à son tour, aggraverait les inégalités au niveau mondial. Les pays à revenu élevé sont bien placés pour tirer parti de l’IA afin de réaliser des gains de productivité, tandis que les pays en développement pourraient être confrontés à des goulets d’étranglement en raison d’un manque d’infrastructures numériques. Cette disparité pourrait transformer un tampon temporaire contre les changements induits par l’IA en un obstacle à long terme pour la prospérité économique. Des partenariats mondiaux et des stratégies proactives pour soutenir les pays en développement, y compris l’accès à l’infrastructure numérique, la formation continue et le dialogue social, sont des conditions préalables nécessaires pour combler le fossé technologique et s’assurer que la révolution de l’IA ne laisse pas de côté des parties importantes de la population mondiale. Chaque année, plus de 300 milliards de dollars sont dépensés dans le monde pour améliorer les capacités de calcul, mais ces investissements se concentrent principalement sur les pays à revenu élevé, ce qui crée une disparité dans l’accès aux infrastructures et le développement des compétences qui désavantage fortement les pays en développement et leurs jeunes pousses locales. En outre, en l’absence d’industries technologiques nationales, les travailleurs des pays en développement qui possèdent les compétences nécessaires les proposeront par l’intermédiaire de plateformes d’indépendants, ce qui permettra de créer des entreprises dans d’autres pays, créant ainsi une véritable fuite des cerveaux. Le rapport note également que les femmes sont les plus vulnérables aux effets de l’automatisation de l’IA, en particulier dans les emplois de bureau et les activités externalisées, telles que les centres d’appel, qui prévalent dans les économies en développement. Cependant, l’étude indique que si l’automatisation risque de provoquer des déplacements d’emplois, elle offre également un potentiel de développement de l’emploi, améliorant ainsi la qualité et la productivité du travail. Le rapport propose trois piliers politiques: le renforcement de la coopération internationale, le renforcement des capacités nationales et la prise en compte de l’IA dans le monde du travail. Ces piliers incluent: D’améliorer l’infrastructure numérique: Les pays en développement ont besoin d’une infrastructure numérique solide pour soutenir l’adoption de l’IA. Cela comprend l’accès à l’électricité, au haut débit et aux technologies de communication modernes. De promouvoir le transfert de technologies: Les pays à revenu élevé devraient contribuer au transfert des technologies et des connaissances en matière d’IA vers les pays en développement, en favorisant un environnement de collaboration pour le progrès technologique. De développer les compétences en matière d’IA: L’investissement dans l’éducation et la formation est essentiel pour doter la main-d’œuvre des compétences nécessaires en matière d’IA. Cela permettra aux travailleurs de s’adapter aux changements induits par l’IA et d’en tirer profit. D’encourager le dialogue social: L’intégration efficace de l’IA sur le lieu de travail nécessite un dialogue social afin de garantir que les avancées technologiques respectent les droits des travailleurs et améliorent la qualité de l’emploi. Le rapport Mind the AI Divide appelle également les décideurs politiques, les chefs d’entreprise et les organisations internationales à collaborer pour façonner un avenir équitable et inclusif basé sur l’IA. OIT/ONU
Kristalina Georgieva : «L’IA se démarque par sa capacité à toucher les emplois hautement qualifiés»

La communauté mondiale est «sur le point de vivre une révolution technologique susceptible de stimuler la productivité, de donner un coup de fouet à la croissance mondiale et d’élever les revenus dans le monde entier», selon Kristalina Georgieva. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), qui s’exprimait ainsi sur les éventuelles répercutions de l’IA (intelligence artificielle) sur les économies des différents pays, estime cependant que cette révolution «risque aussi de remplacer des emplois et de creuser les inégalités». L’IA donnera lieu à moins de bouleversements immédiats dans les pays émergents et les pays en développement, selon la DG du FMI S’il est établi que «l’essor rapide de l’intelligence artificielle fascine le monde», force est de constater que cette impulsion suscite un mélange d’enthousiasme et d’anxiété au point de soulever «des questions importantes s’agissant des répercussions qu’il pourrait avoir sur l’économie mondiale», souligne-t-elle dans une note publiée récemment sur le portail de l’institution financière. Compte tenu de la complexité avec laquelle l’IA se répercutera sur les économies des différents pays, la patronne du FMI concède que «l’effet net est difficile à prévoir». En revanche, «nous pouvons affirmer avec certitude qu’il conviendra de concevoir un ensemble de mesures permettant d’exploiter en toute sécurité l’immense potentiel de l’IA au profit de l’humanité», affirme-t-elle relevant que les services du FMI examinent dans une nouvelle analyse, les potentielles répercussions de l’IA sur le marché du travail mondial. L’IA devrait être un complément du travail humain Même si de nombreuses études ont annoncé la probabilité de voir des emplois être remplacés par l’IA, Kristalina Georgieva note cependant que, «dans de nombreux cas, l’IA devrait être un complément du travail humain», explique-t-elle précisant que l’analyse du FMI rend justement compte de ces deux forces. L’analyse des services du FMI révèle que près de 40% des emplois dans le monde sont exposés à l’IA. Elle montre également que là où l’automatisation et les technologies concernaient traditionnellement les tâches répétitives, l’IA se démarque par sa capacité à toucher les emplois hautement qualifiés. S’il apparaît que l’IA est à l’origine de risques plus importants pour les pays avancés, l’étude du Fonds suggère par contre que ceux-ci se voient également offrir plus de possibilités d’en exploiter les bienfaits que les pays émergents et les pays en développement. Revenant sur les conclusions de cette analyse, la DG du FMI note que l’IA pourrait avoir des incidences sur environ 60% des emplois dans les pays avancés et qu’environ la moitié d’entre eux pourrait bénéficier de l’intégration de l’IA, qui se traduirait par un gain de productivité. «Pour l’autre moitié, les applications de l’IA pourraient exécuter des tâches essentielles actuellement assurées par des êtres humains, ce qui pourrait diminuer la demande de main-d’œuvre, faire baisser les salaires et réduire les embauches», commente-t-elle soulignant que, dans les cas extrêmes, certains de ces emplois pourraient être amenés à disparaître. Il ressort en outre de cette même étude que l’exposition à l’IA devrait en revanche s’établir à 40% dans les pays émergents et à 26% dans les pays à faible revenu. Pour Kristalina Georgieva, «ces conclusions laissent entendre que l’IA donnera lieu à moins de bouleversements immédiats dans les pays émergents et les pays en développement. Il faut dire que nombre de ces pays ne disposent ni de l’infrastructure ni de la main-d’œuvre qualifiée pour tirer parti des bienfaits de l’IA, ce qui accentue le risque de voir la technologie aggraver les inégalités entre les pays au fil du temps». Par ailleurs, prévient-elle, l’IA pourrait aussi influer sur les inégalités de revenus et de richesse dans les pays. Concrètement, «nous pourrions également assister à une polarisation au sein des tranches de revenu, où les travailleurs qui seront capables d’exploiter l’IA verront leur productivité et leur salaire augmenter, contrairement à ceux qui ne sauront pas le faire». Qu’à cela ne tienne, «des études montrent que l’IA peut aider les travailleurs moins expérimentés à améliorer plus rapidement leur productivité», poursuit-elle estimant que les travailleurs plus jeunes pourraient avoir plus de facilités pour exploiter ces nouvelles possibilités alors que leurs homologues plus âgés pourraient peiner à s’adapter. Une chose est sûre: l’effet sur le revenu du travail dépendra en grande partie des proportions dans lesquelles l’IA viendra épauler les travailleurs à revenu élevé, affirme la DG. «Dans la plupart des scénarios, l’IA aggravera probablement l’inégalité globale, une tendance inquiétante à laquelle les décideurs doivent remédier en amont pour éviter que la technologie ne vienne exacerber les tensions sociales», conclut Kristalina Georgieva. Alain Bouithy
Combattre les préjugés pour un juste équilibre : lutter contre la menace des préjugés sexistes dans l’Intelligence Artificielle (IA)

En 2020, la Commission européenne a publié un document novateur intitulé « Concernant l’intelligence artificielle : une approche européenne de l’excellence et de la confiance ». Elle a certes suscité des débats concernant la réglementation, la technologie et la concurrence, cependant un aspect crucial est passé largement inaperçu : la nécessité urgente d’empêcher l’IA de perpétuer des discriminations interdites. Trois ans plus tard, avec l’essor de ChatGPT et l’augmentation des investissements dans l’intelligence artificielle générale (IAG), il devient évident que les préjugés sexistes dans l’IA requièrent notre attention immédiate, déclare Anna Collard, Vice-présidente en stratégie de contenu et conseillère auprès de KnowBe4 AFRIQUE. « À mesure que l’IA s’infiltre dans tous les aspects des activités commerciales et de la société, nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer le débat concernant l’égalité des genres. Si nous nous abstenons d’aborder cette question, nous risquons d’ancrer la discrimination et les préjugés dans nos systèmes », déclare-t-elle. « Pour y parvenir, il nous faut procéder à un examen approfondi des fondements du développement de l’IA, des données sur lesquelles elle repose et de la manière dont nous identifions et combattons les préjugés au sein de son code. » La question a également été soulevée par Gabriela Ramos, sous-directrice générale des sciences sociales et humaines à l’UNESCO, lors du Forum économique mondial (FEM). Mme Ramos met en évidence une préoccupation majeure : l’exclusion des femmes à chaque étape du cycle de vie de l’IA, source d’un fossé entre les genres entraînant un risque significatif, à savoir la création d’un système économique et technologique immensément inéquitable à l’ère d’une numérisation accélérée. Les statistiques relatives à cette question sont alarmantes : les hommes diplômés en TIC sont plus nombreux que les femmes de 400 %, les femmes représentent seulement environ 33 % de la main-d’œuvre des grandes entreprises technologiques mondiales, seulement 22 % des femmes exercent une profession dans le domaine de l’IA, les femmes auteurs contribuent à seulement 14 % des articles de recherche concernant l’IA, et les entreprises dirigées par des femmes reçoivent un maigre 2 % du financement en capital-risque. Ces chiffres soulignent l’urgence d’agir pour lutter contre les préjugés sexistes dans l’IA et promouvoir l’inclusion et la diversité dans ce secteur. La présence de préjugés sexistes ressurgit clairement dans les statistiques et suscite des inquiétudes légitimes quant à leur répercussion potentielle dans les systèmes d’IA. Nous devons reconnaître l’existence de ces préjugés, le risque significatif lié à la perpétuation de ces pratiques, et unir nos efforts afin d’y remédier et de les limiter. En favorisant la sensibilisation, la collaboration et les mesures proactives, nous pouvons œuvrer à la création d’un paysage de l’IA plus équitable et plus inclusif au bénéfice de tous. « Cela suscite des inquiétudes légitimes quant au risque de voir ce préjugé influencer l’intelligence artificielle. », déclare Mme Collard. « Il est essentiel de reconnaître l’existence de ces préjugés, le risque significatif lié à la perpétuation de ces pratiques discriminatoires, et nous unir afin d’y remédier et de les limiter. » Plusieurs femmes ont déjà tiré la sonnette d’alarme dans ce domaine. Dans un article publié dans la revue Gender, Technology and Development, Subadra Panchanadeswaran, professeure à l’école de travail social de l’université Adelphi, et Ardra Manasi du Centre for Women’s Global Leadership de l’université Rutgers, ont fait part de leurs préoccupations concernant les préjugés sexistes dans l’IA. Elles ont souligné la nécessité d’établir des cadres éthiques et d’inclure l’égalité entre les genres dans le développement de l’IA, des politiques gouvernementales et des approches globales de l’égalité. Anu Madgavkar, dans une analyse de McKinsey, partage un sentiment similaire. Elle souligne la nécessité d’aller au-delà du simple codage de l’IA et des données acquises par cette dernière. Il est primordial d’examiner l’impact de cette technologie sur la vie, l’emploi et la carrière des femmes. Mme Madgavkar insiste sur l’importance pour les femmes, comme pour d’autres groupes, de s’adapter et d’apprendre à utiliser ces technologies. En effet, selon les estimations, 160 millions de femmes devront opérer des transitions professionnelles en raison de l’IA. « L’IA présente le potentiel de révolutionner diverses industries et d’améliorer nos vies de multiples façons », déclare Mme Collard. « Toutefois, il est essentiel de s’attaquer aux nombreux risques associés à l’IA, tels que les préjugés sexistes et raciaux. Conscients de ces préoccupations, nous pouvons œuvrer à la conception de systèmes d’IA brisant les normes de genre et encourageant la diversité et l’inclusion. » L’un des objectifs fondamentaux est de veiller à ce que les algorithmes d’IA soient exempts de préjugés et favorisent la diversité, selon Mme Collard. Il représente le fervent espoir de la plupart des chercheurs et des analystes qui se tournent vers l’avenir. L’IA détient le potentiel de combler le fossé entre les genres et instaurer l’égalité si longtemps insaisissable. Toutefois, ceci nécessite des efforts conscients pour éliminer les préjugés dans la collecte des données et une plus grande diversité dans les domaines de la technologie et du développement de l’IA, la résolution de ce problème restant une priorité au sein du développement dans son ensemble. Dans son livre « Femmes invisibles : comment le manque de données sur les femmes dessine un monde fait pour les hommes », l’auteure Caroline Criado Perez décrit les effets néfastes des préjugés sexistes sur les femmes dans la collecte de données massives (big data). « Comme le décrit le livre de Mme Perez, il existe une statistique alarmante selon laquelle les femmes sont 47 % plus exposées à des blessures graves dans le même accident de voiture que les hommes, uniquement en raison de la conception des ceintures de sécurité basée sur des données centrées sur l’homme. Imaginez maintenant que l’IA reproduise ces préjugés à différents niveaux de la société et de l’entreprise, les implications en deviennent dès lors très réelles », conclut Mme Collard.
Gabon : lutter contre le braconnage grâce à l’intelligence artificielle
Afrowave : l’intelligence artificielle au service des RP au Maroc

Face à l’évolution constante des médias, à la démultiplication des sources de contenus, au défi de l’immédiateté, à la rapidité de diffusion de l’information ou encore à la disparition de nombreux médias, le métier des RP se voit exposer à de nouveaux enjeux. C’est dans ce contexte que l’agence AFROWAVE, spécialisée en communication digitale, vient de mettre sur le marché une nouvelle solution économique basée sur l’intelligence artificielle, une première au Maroc, qui permet d’améliorer le ciblage des médias partout dans le monde et de créer une parfaite adéquation entre le contenu et les spécialités des journalistes. « L’explosion du digital ces dernières années a mis fin aux pratiques traditionnelles en matière de RP. Aujourd’hui, avec l’abondance de la data, l’enjeu du communicant n’est donc plus de collecter l’information mais de savoir l’analyser et de lui donner du sens. En automatisant le processus du ciblage, l’attaché de presse peut alors passer plus de temps à travailler son contenu et à entretenir ses relations avec les journalistes », a déclaré Soufiane El Hamdaoui, directeur général de AFROWAVE. « Grâce à un système innovant, créé par des experts cosmopolites, nous disposons d’un vaste réseau médiatique en Afrique, dans les pays du Golfe et dans la région Mena. En Afrique, par exemple, nous avons une base de données active de plus de 400 agences de presse, couvrant 54 pays, dont le Maroc », a-t-il ajouté. En outre, l’agence AFROWAVE fait partie d’un écosystème international qui vise à réinventer les métiers de la communication, principalement les relations presse qui ont restées cantonnées à des pratiques traditionnelles. Aujourd’hui, l’algorithme est capable de proposer une liste ciblée de journalistes potentiellement intéressés par le contenu, ce qui signifie moins de temps perdu à créer des fichiers presse, c’est tout simplement plus de temps pour l’échange avec le journaliste sur des sujets qui l’intéressent vraiment.