Lancement de l’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG) 2022

L’Indice Ibrahim de la gouvernance africaine 2022 (IIAG), publié mercredi 25 par la Fondation Mo Ibrahim, révèle que la gouvernance africaine a stagné depuis 2019, reflétant une série de perturbations qui compromettent sérieusement plusieurs années de progrès sur le continent. Commentant ces données, Mo Ibrahim, fondateur et président de la Fondation Mo Ibrahim, a déclaré : « L’indice Ibrahim 2022 de la gouvernance africaine souligne que la gouvernance africaine a stagné depuis 2019. Si nous ne remédions pas rapidement à cette tendance inquiétante, les années de progrès dont nous avons été témoins pourraient être perdues, et l’Afrique ne sera pas en mesure d’atteindre en temps voulu les Objectifs de Développement Durable ou ceux de l’Agenda 2063. Notre continent est exposé de manière unique aux conséquences convergentes du changement climatique, plus récemment de la Covid-19, et maintenant de l’impact indirect de la guerre Russie-Ukraine. Nos gouvernements doivent simultanément résoudre l’absence de perspectives décentes pour notre jeunesse, l’aggravation de l’insécurité alimentaire, le manque d’accès à l’énergie pour près de la moitié de la population du continent, l’alourdissement du fardeau de la dette et la multiplication des mouvements sociaux. Les coups d’État sont de retour et le recul de la démocratie fait tache d’huile. Nous traversons à l’évidence une zone de vents mauvais. Plus que jamais, l’engagement à renforcer la gouvernance doit être renouvelé, faute de perdre tous les progrès acquis. » Selon l’IIAG 2022, même si le niveau continental moyen de Gouvernance Globale est meilleur en 2021 qu’en 2012 (+1,1), les progrès ont stagné depuis 2019. Cette stagnation résulte de la détérioration conjointe des deux dimensions Sécurité et État de droit et Participation, droits et inclusion, du fait de la multiplication des conflits armés, des actes de violence contre les civils et d’un recul de la démocratie qui s’étend sur le continent. L’IIAG 2022 confirme que ces tendances préoccupantes sont antérieures à la pandémie. Mais la mise en place de mesures restrictives et de dispositions d’urgence pour faire face à la pandémie de la COVID-19 et à ses retombées les a exacerbées. Les mesures prises ont accéléré le déclin des pratiques démocratiques, accentué la répression contre la dissidence politique, rétréci l’espace de la société civile et justifié un moindre contrôle démocratique. L’évolution des deux autres dimensions de l’IIAG – Développement humain et Fondements des opportunités économiques – autorisent toutefois un certain optimisme, car elles ont toutes deux progressé entre 2012 et 2021. C’est particulièrement le cas pour le Développement humain, qui s’est amélioré d’année en année tout au long de la décennie : en 2021, plus de 90 % de la population du continent vit dans un pays où la situation en la matière est meilleure qu’en 2012. S’agissant des Fondements des opportunités économiques, non seulement le niveau atteint en 2021 est plus élevé qu’en 2012, mais c’est la seule catégorie à avoir même continué à progresser depuis 2019, malgré le choc sismique de la pandémie, principalement grâce aux améliorations considérables de la sous-catégorie Infrastructure, à partir d’un niveau initial faible. Le rapport 2022 de l’IIAG relève par ailleurs la persistance de lacunes statistiques critiques pour un certain nombre de priorités de gouvernance, concernant notamment les secteurs de l’emploi, de la santé, du monde rural ou du changement climatique. Il demeure ainsi impossible d’inclure dans la sous-catégorie Santé les données souhaitables sur les infrastructures et les ressources humaines – pourtant essentielles pour répondre efficacement à toute pandémie. Or d’une manière générale, il n’est pas de politiques publiques efficaces sans données fiables. Le renforcement de la production et de l’utilisation des données en Afrique restera une priorité de la Fondation Mo Ibrahim. Au total, l’IIAG 2022 montre que les progrès de gouvernance sont entravés par des trajectoires désormais clairement divergentes, les progrès en matière de Développement humain et de Fondements des opportunités économiques étant contrecarrés par la détérioration à la fois de la Sécurité et de l’État de droit et de la Participation, des droits et inclusion. Faute de renouveler fortement l’effort et les engagements envers une gouvernance équilibrée, des décennies de progrès ainsi que la capacité de l’Afrique à atteindre les ODD et l’Agenda 2063 seront compromises.
Les progrès de la gouvernance restent en deçà des attentes de la jeunesse en Afrique

Il n’y a pas de quoi se réjouir. A en croire la Fondation Mo Ibrahim (MIF), les progrès réalisés au niveau de la gouvernance sur le continent africain sont restés en deçà des attentes de la population et particulièrement du côté des jeunes. Tout aussi moins réjouissante, la forte croissance du PIB du continent africain ne s’est traduite par aucune perspective économique pour une jeunesse explosive, souligne la Fondation qui a rendu public le 12ème Indice Ibrahim de la gouvernance africaine (IIAG). Après analyse des données de ces dix dernières années, il ressort de l’IIAG 2018 que « le niveau de gouvernance globale en Afrique maintient une tendance moyenne à l’amélioration au cours de la décennie écoulée, et environ trois citoyens du continent sur quatre (71,6 %) vivent en 2017 dans un pays où la gouvernance s’est améliorée ». Pour la MIF, trop de gouvernements auraient échoué à convertir la croissance économique de leur pays en développement économique durable pour leurs concitoyens. Elle en veut pour preuve que depuis 2008, le score moyen continental en matière de Développement économique durable n’a progressé que de 0,2% en moyenne, tandis que, sur la même période, le PIB du continent enregistrait une croissance de près de 40,0 %. La MIF en déduit que « la progression moyenne du continent en matière de développement économique durable pour ses citoyens s’avère quasi nulle, et cette dimension reste à la fois la moins performante et la plus lente à progresser de tout l’IIAG ». La Fondation note également que la tendance presque stagnante de la dimension développement économique durable contraste de façon brutale avec une croissance démographique explosive et une attente exacerbée de la jeunesse du continent, rappelant que la population du continent s’est accrue de 26,0% au cours de la décennie écoulée et que 60,0% de ses 1,25 milliard d’habitants ont aujourd’hui moins de 25 ans. Soulignant la disparité de plus en plus marquée des scores de gouvernance globale entre pays africains, l’étude montre que « la progression moyenne du continent est en réalité désormais uniquement tirée par une quinzaine de pays qui accélèrent leur progression au cours des cinq dernières années », notant qu’entre 2008 et 2017, le Kenya, le Maroc et la Côte d’Ivoire ont réalisé des bonds spectaculaires. Comme le souligne la Fondation, « si 27 pays du continent enregistrent une amélioration en termes de développement économique durable sur la décennie, pour 25 autres, hébergeant près de la moitié (43,2 %) des citoyens du continent, cette dimension est en régression ». Pointant la faiblesse de la corrélation entre le PIB d’un pays et son score en matière de développement économique durable, l’étude fait remarquer qu’en 2017, « quatre des dix pays ayant le PIB le plus élevé du continent réalisent un score inférieur à la moyenne continentale en matière de développement économique durable et se situent dans la moitié inférieure du classement africain : Algérie, Angola, Nigeria et Soudan ». Ce qui n’est pas le cas du Cap-Vert et des Seychelles qui réalisent les 6e et 5e meilleurs scores en matière de développement économique durable, alors que ces deux pays sont respectivement les 6e et 5e plus petites économies du continent. A propos de la dimension environnement des entreprises, l’étude estime que sa détérioration va à l’encontre de la forte croissance de la population en âge de travailler. D’après l’IIAG, « la détérioration de presque – 5,0 points au cours de la décennie écoulée est alarmante, face à une croissance attendue sur le continent de près de 30,0 % de la population en âge de travailler (15-64 ans) au cours des dix prochaines années ». En ce qui concerne la composante éducation, il apparaît qu’elle enregistre une régression préoccupante. Et pour cause : «Si les progrès enregistrés en termes de développement humain constituent un des résultats les plus positifs de l’IIAG 2018, la stagnation déjà enregistrée l’an dernier en matière d’éducation s’est désormais transformée en déclin », note-t-elle. L’autre inquiétude concerne l’espace de la société civile qui s’est rétréci. En effet, si la dimension participation et Droits humains, a en moyenne, progressé au cours de la décennie écoulée, force est de constater que « la tenue plus fréquente d’élections “libres et équitables” ne suffit pas à garantir un meilleur environnement participatif. Par ailleurs, « de façon préoccupante, l’espace civique et politique enregistre en moyenne sur le continent un rétrécissement, avec une détérioration moyenne des indicateurs mesurant la participation de la société civile, les libertés d’association et de réunion, les droits et libertés individuels et la liberté d’expression », selon l’étude. Enfin, l’étude concède des gains encourageants en matière d’Etat de droit et de Transparence et redevabilité, considéré comme des piliers d’une bonne performance en matière de gouvernance publique. A en croire la fondation, « la composante Etat de droit est celle qui a le plus progressé au cours des cinq dernières années de tout l’IIAG (sur les 14 qui le composent) », notant que les résultats de l’IIAG montrent que les facteurs clés de la performance en matière de gouvernance publique résident dans une attention particulière aux droits des citoyens et à la protection sociale. Pour Mo Ibrahim, président et fondateur de ladite Fondation, il ne fait aucun doute que la poursuite de la progression de la gouvernance globale sur le continent est une bonne chose. Cependant, il estime que « les occasions manquées de la dernière décennie en matière de développement économique durable constituent un sujet majeur de préoccupation ». Alain Bouithy