Congo. Message de Denis Sassou N’GUESSO sur l’état de la Nation

Avant tout propos, je voudrais rendre un vibrant hommage à nos jeunes enfants, à ces jeunes citoyens, arrachés à l’affection de la nation, suite au drame survenu au stade d’ornano, dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 novembre 2023. Il nous faut analyser froidement les circonstances de cette effroyable tragédie afin de situer, pour l’histoire, toutes les responsabilités et, pour l’avenir, tirer les enseignements et les leçons utiles. Ce triste événement nous renvoie à la problématique cruciale de l’avenir de notre jeunesse que j’évoquerai dans la suite du présent message. En leur mémoire, je vous prie de bien vouloir vous lever pour une minute de silence….. Merci A la différence des éditions antérieures, nous avons décidé, depuis l’année dernière, de rendre, avec plus de densité, hommage à la république. Désormais, nous célébrons la journée de la république, le 28 novembre de chaque année, sur fond de message consacré à l’état de la nation. 65 ans après sa proclamation et en dépit de toutes les difficultés et embûches rencontrées, les institutions de la république demeurent stables et fonctionnent normalement. La nation congolaise se structure et se consolide au fil des jours. C’est pour cela que je salue la tenue réussie, en août dernier, des élections sénatoriales qui se sont déroulées dans la quiétude, les normes et les délais requis et j’appelle nos institutions à plus d’efficience. En adressant mes sincères félicitations aux nouveaux élus, j’exhorte le parlement à plus d’efficacité, par la qualité de ses initiatives et des débats. La célébration de la journée de la république, couplée au message sur l’état de la nation, nous offre l’opportunité de tirer les leçons de nos insuffisances, nos contre-performances. C’est également l’occasion de mettre en évidence les progrès accomplis qui sont à la base des avancées réalisées. Le 21 mars 2021, notre projet de société « ensemble, poursuivons la marche » a été largement plébiscité par le peuple. Pour le peuple, ce projet est porteur d’une ambition collective, déclinée dans le plan national de développement 2022 – 2026 qui couvre les 5 années du mandat. En lien avec l’exécution de ce plan, il s’avère primordial d’examiner la tenue des principaux secteurs pourvoyeurs de la bourse de l’etat, à savoir les finances, les hydrocarbures, l’économie forestière. Sur le plan économique et financier, souvenons-nous de l’effondrement brutal des cours du pétrole en juin 2014 et de la contraction, par la suite, de la demande intérieure induite, sans le moindre répit, par les mesures de riposte contre la pandémie de covid19. Dans le même registre, les chocs exogènes engendrés par la guerre russo- ukrainienne mettent à rude épreuve l’économie nationale. La conclusion, le 21 janvier 2022 par le gouvernement et le fonds monétaire international, du programme appuyé par la facilité élargie de crédit pour la période triennale 2022 – 2024, contribue à la relance de l’économie nationale et augure des perspectives encourageantes. Ainsi, l’on peut noter, avec intérêt, l’issue positive, en février et juillet 2023, de la deuxième et la troisième revue dudit programme. Nous sommes en voie de passer la quatrième revue que nous espérons avec succès. La reprise économique se poursuit et se confirme, malgré un environnement économique mondial marqué par la montée de plusieurs incertitudes. La croissance économique devrait s’établir à 4% en 2023 après un taux de 1,7% en 2022. Le redressement de la situation budgétaire se poursuit également grâce à une mobilisation accrue des recettes internes et des dépenses publiques plus maîtrisées. Le remboursement de la dette extérieure s’exécute normalement à la satisfaction de nos partenaires techniques et financiers tandis que le processus d’apurement de la dette intérieure évolue de manière positive. Il convient de relever que la notation financière de notre pays a, de nouveau, été rehaussée cette année. Ce résultat découle des efforts consentis par le gouvernement dans le cadre de la consolidation de nos finances publiques. Pour soutenir cette embellie qui se dessine grâce aux réformes audacieuses qui sont engagées, l’effort de rigueur et de vigilance doit être soutenu. En cela, il nous faut rigoureusement appliquer les mesures adoptées au cours des trois dernières années et qui visent l’amélioration des recettes. Il s’agit, en l’occurrence, des paiements électroniques, de l’élargissement de l’assiette fiscale par le biais, notamment, de la systématisation du numéro d’identification unique et de l’accélération du recouvrement des arriérés d’impôts et des droits de douane. Il nous faut aussi maintenir le taux et la suppression des exonérations de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que la réduction des droits de douane sur les importations de denrées alimentaires essentielles. Les engagements relatifs aux investissements porteurs de croissance ainsi que ceux inhérents aux biens et services autant qu’à la couverture des dépenses sociales doivent s’exécuter, conformément au plan national de développement 2022 – 2026. Enfin, il nous faut poursuivre, avec opiniâtreté, le processus d’amélioration du climat des affaires. Cette option légitime et justifiée implique la mise en perspective de l’éminent rôle régulateur d’une justice caractérisée par l’application stricte, cohérente et uniforme du droit dans l’arbitrage des conflits socio-professionnels ou commerciaux qui peuvent survenir. Dans cette optique, le conseil supérieur de la magistrature a, lors de sa session de mars 2023, réaffirmé sa détermination d’écarter les magistrats indélicats pour garantir une justice favorable à la bonne gouvernance. Pour des faits constitutifs de manquements graves au devoir de leur état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de leurs charges, 23 magistrats Ont fait l’objet de sanctions diverses. De ce qui précède et au moment où nous célébrons la journée de la république, ce message sur l’état de la nation m’offre l’opportunité de réitérer l’appel à nos partenaires techniques et financiers, en vue d’un accompagnement plus efficace et plus conséquent à notre pays. Par la même occasion, je voudrais rassurer le parlement que le gouvernement veillera toujours à limiter l’impact, sur les populations, des réformes engagées et de certaines mesures prises dans le cadre du programme avec le fonds monétaire international. Je salue la résilience et l’esprit de sacrifice du peuple pour permettre à notre
Congo : Réaction de Mathias Dzon et l’Alliance ARD au bilan creux et aux promesses démagogiques de l’Etat-PCT sur l’état de la nation du 28 novembre 2022

Le lundi 28 novembre 2022, le président de la République s’est adressé aux Congolaises et aux Congolais par un discours sur l’état du Congo-Brazzaville en 2022, discours que le chef de l’Etat délivre habituellement au mois de décembre, à la veille des fêtes de fin d’année. De fait, il ne s’est pas agi d’un discours sur l’état de la nation, dont la vocation traditionnelle est de présenter avec objectivité et rigueur, la situation générale et réelle d’un pays pour l’année en cours, en indiquant avec précision et concision, les réalisations physiques des actions programmées pour l’année, les ressources financières engagées, ainsi que les faiblesses de l’action gouvernementale, les défis à relever et les réponses appropriées à apporter. En lieu et place d’un état de la nation, tel que défini ci-dessus, le chef de l’Etat congolais a prononcé un discours de campagne électorale dans lequel, tordant le cou à la vérité des faits sur le terrain, il a présenté un bilan largement positif de l’action gouvernementale pour l’année 2022. Ce discours a été émaillé de nombreuses promesses et a fait l’impasse totale sur la situation sociale très préoccupante des couches populaires, alors que les populations attendaient du président de la République, l’annonce d’actions concrètes, appropriées et fortes, visant l’amélioration de leur pouvoir d’achat gravement érodé par les hausses abusives des prix des denrées alimentaires de première nécessité. Il s’est agi, non pas d’un état du Congo en 2022, mais d’un discours électoral lénifiant, ayant pour but de magnifier l’action gouvernementale, aux fins de faire croire à l’opinion nationale et internationale que le bilan de l’Etat/PCT est largement positif, et ainsi, tromper les consciences insuffisamment averties. Dans son adresse à la nation, le président de la République s’est employé à faire croire que contrairement aux affirmations de l’opposition, le Congo est bel et bien gouverné, qu’il n’a pas reculé d’un pouce, loin s’en faut, mais qu’il a, au contraire, fait un bond remarquable en avant dans tous les secteurs de la vie nationale, comme en témoignent les avancées significatives réalisées dans les secteurs de l’éducation, de la santé, des infrastructures de base, de l’agriculture avec les zones agricoles protégées, de l’économie avec le lancement du processus de déploiement des zones économiques spéciales et surtout, avec la stratégie du partenariat public/privé, qui va booster les investissements privés. Toutes ces affirmations du chef de l’Etat sont démenties par la réalité sur le terrain, réalité marquée entre autres, par : – l’effondrement de l’économie nationale ; – la faillite des systèmes d’enseignement, de santé, de recherche scientifique et d’innovation technologique ; – la dette publique abyssale (116% du PIB) ; – la très grande dépendance alimentaire du pays par rapport à l’étranger (le Congo dépense chaque année plus de 700 milliards de francs CFA, au titre des importations des produits alimentaires et agricoles) ; – l’épuisement des réserves internationales de change (aujourd’hui le Congo n’importe les produits qu’il consomme que grâce à la gestion commune des réserves de change de l’ensemble des pays de la CEMAC) ; – l’illiquidité générale de l’économie ; – l’illiquidité de l’Etat ; – l’incapacité du gouvernement à assurer les paiements courants (salaires, pensions, bourses, service de la dette) ; – l’extrême pauvreté des populations ; – l’explosion de la morbidité et de la mortalité dans toutes les familles congolaises ; – les inégalités et injustices sociales criardes; – le délitement de l’unité et de la concorde nationales ; – la montée en flèche des comportements déviants, notamment l’exacerbation des crispations géo-ethniques, le népotisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, la préférence ethno-régionale, la corruption, la concussion, l’appropriation personnelle des biens de l’Etat, le détournement des deniers publics, l’enrichissement illicite, les violences urbaines, les violences en milieu scolaire, les violences faites aux femmes, etc. Telle est, sans addition étrangère, la réalité congolaise en 2022. Toute autre façon de la présenter relève du travestissement. Abordant les questions économiques et financières, le président de la République a indiqué que l’économie congolaise se redresse et qu’en 2022, le taux de croissance est évalué à 2,6%. Cependant, le chef de l’Etat a oublié de nous dire deux choses : d’une part, que le taux de croissance évoqué est dû, non pas aux performances économiques de notre pays, mais tout simplement, à la hausse du prix du baril de pétrole sur le marché mondial à la suite de la guerre d’Ukraine (le renchérissement du pétrole a rapporté au Congo, une cagnotte, évaluée par le gouvernement lui-même, dans le collectif budgétaire, à près de 800 milliards de francs CFA) ; d’autre part, que la croissance dont il parle n’induit pas une amélioration du vécu quotidien des populations et ne s’accompagne pas de l’élévation du pouvoir d’achat du plus grand nombre. Elle est une croissance creuse, c’est-à-dire, non inclusive. Malgré les 2,6% du taux de croissance, 95% des Congolais continuent de vivre en dessous du seuil de pauvreté. Par ailleurs, portés uniquement par la volonté de s’enrichir à des fins personnelles, les tenants du pouvoir passent le plus clair de leur temps à réfléchir sur les stratégies à mettre en œuvre pour grossir leurs comptes bancaires dans les paradis fiscaux. Ainsi, après la stratégie « des municipalisations accélérées » des années 2004-2016, qui leur avait permis de s’octroyer tous les marchés publics juteux et qui a fait de plusieurs d’entre eux des multimilliardaires, ils viennent d’inventer une nouvelle stratégie leur permettant de blanchir les fortunes colossales qu’ils ont amassées et cachées, soit dans des domiciles privés, soit dans des cimetières ou placées dans les paradis fiscaux. Aux fins de recycler l’argent public qu’ils ont détourné, plusieurs tenants du pouvoir ont, en violation des articles 81 et 106 de la Constitution, créé par des intermédiaires (Libanais, Chinois, Indiens, Rwandais, membres des entourages immédiats), des entreprises privées, candidates au partenariat public/privé. Astucieux, ils ont habillé cette stratégie de blanchiment de l’argent public détourné, du nom pudique de : « partenariat public privé». Or, au Congo, il n’y a pas d’opérateurs économiques nationaux ayant une surface financière suffisante pour participer au financement