ECONOMIE. Kristalina Georgieva : «Il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre»

ECONOMIE. Kristalina Georgieva : «Il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre»

Face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé Les perspectives de l’économie mondiale restent moroses, en dépit de la résilience dont elle a fait preuve face aux chocs qui se sont succédé ces dernières années, selon la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. «Nous continuons de faire face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé», a-t-elle affirmé dans un récent rapport annuel du FMI intitulé «Cap sur la croissance en période d’incertitude». D’après la DG de l’institution financière internationale, «la prévision de croissance mondiale à cinq ans s’établit à environ 3%, bien en deçà de l’expansion moyenne d’après-guerre de 3,7%». Dans ce contexte, Kristalina Georgieva estime que «les pays membres du FMI traversent des difficultés considérables» et qu’«il leur faut notamment préserver la stabilité macroéconomique et financière tout en assurant la viabilité de la dette, remédier aux déséquilibres entre pays et améliorer les perspectives de croissance». Elle prévient cependant que la réalisation de ces objectifs exige des mesures urgentes et de grande envergure. Aussi, s’il revient aux pouvoirs publics d’intervenir en premier lieu au niveau national, la patronne du Fonds soutient qu’il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre. La patronne du FMI se dit toutefois confiante quant à la capacité des autorités nationales à «stimuler la productivité et renforcer la croissance intérieure, rétablir les marges de manœuvre budgétaires nécessaires à des investissements indispensables et en prévision de futurs chocs, renforcer la stabilité financière et accroître leur résilience», estimant qu’à l’échelle internationale, les pays doivent rechercher des solutions concertées à leurs défis économiques communs. Dans ce rapport, Kristalina Georgieva rappelle un contexte économique mondial en pleine mutation depuis une année, marqué par de profonds changements: du passage au numérique à l’intelligence artificielle, en passant par les transitions démographiques. Et d’ajouter: «En outre, les politiques économiques connaissent des transformations majeures de nature à reconfigurer les échanges commerciaux et les flux de capitaux au niveau mondial». Quoi qu’il en soit, «le FMI continuera de soutenir ses pays membres»,  s’adaptera, si nécessaire, pour aider les pays à traverser cette période difficile et à remédier aux déséquilibres dont ils pâtissent, a-t-elle assuré. Dans son rapport, le Fonds affirme que le contexte actuel exige clarté, détermination et coordination. «Si l’économie mondiale a fait preuve d’une remarquable résilience ces cinq dernières années, les tensions commerciales se sont fortement accentuées depuis la publication du précédent Rapport annuel, et l’incertitude entourant les politiques économiques s’est accrue», fait-il remarquer. De l’avis des experts du FMI, les autorités sont en butte à un durcissement des conditions financières et à un surcroît de volatilité sur les marchés, et les chocs survenus ces dernières années ont épuisé leurs marges de manœuvre. En conséquence, les décideurs doivent rapidement s’atteler à trois priorités essentielles.L’institution estime qu’ils doivent en premier apaiser les tensions commerciales et corriger les déséquilibres qui y contribuent. Elle les invite à «faire respecter des règles équitables, d’éviter de mettre en œuvre des politiques génératrices de distorsions pour s’arroger un avantage concurrentiel, et de s’abstenir de prendre des mesures de nature à entraver les échanges commerciaux». La deuxième priorité consiste à agir collectivement pour préserver la stabilité économique et financière, en mettant leurs propres affaires en ordre en procédant de manière réaliste à des plans d’ajustement crédibles. Quant au troisième axe prioritaire, il «consiste à accélérer les réformes propices à la croissance, afin de rehausser la productivité et le potentiel de production», a indiqué le Fonds. L’institution appelle les pays à privilégier les politiques intérieures et les réformes structurelles des marchés du travail, des biens et des produits financiers, tout en continuant à faire preuve de rigueur sur le plan réglementaire. Alain Bouithy

De Charybde en Scylla : le chemin de croix de la République du Congo, bientôt défunte !

De Charybde en Scylla : le chemin de croix de la République du Congo, bientôt défunte !

TRIBUNE. Ce lundi 16 décembre 2024 vient de se dérouler à Yaoundé un psycho-drame annonciateur d’un possible arrêt systémique de l’économie congolaise. En effet, le Président Paul Biya, lors de son allocution d’ouverture a déclaré ce qui suit : « Comme vous le savez, l’environnement international, particulièrement difficile ces dernières années, a eu un impact non négligeable sur nos finances publiques. Selon les données récentes, nos avoirs extérieurs nets se sont considérablement amoindris. Cette situation est préoccupante et appelle à une action urgente de notre part pour inverser cette courbe ». En 2021, il s’était déjà déroulé un second épisode de cette situation. Le premier étant intervenu en 2017. Nous en sommes au troisième et deux grands participants d’alors ont quitté définitivement la table CEMAC : Idriss Deby Itno et Ali Bongo Ondimba. Pourquoi, cette fois-ci Sassou-Nguesso a-t-il délégué son Premier Ministre ? La raison est à trouver dans les quatre points que nous allons développer pour éclairer la lanterne congolaise : 1. La morphine a légèrement lâché le premier citoyens du pays qui n’a même plus suivi la rencontre prévue entre Tshisekedi et Kagamé ( elle à été annulée). 2. La République du Congo est le pays le plus faible de la CEMAC en matière de gestion des finances publiques et d’endettement. Cela est dû à la « fuite massive de capitaux » opérées par les membres du Clan Sassou Nguesso. En clair, les recettes du pétrole vendu en dollars par la SNPC, PETRO CONGO, AOGC et autres ne sont jamais rapatriées à la BEAC en stocks de devises. En effet, pour acheter ses médicaments (160 milliards/an), une partie des vivres congelés (poulets et viande impropres à la consommation, etc. qui coûte 200 milliards/an), les carburants (600 milliards/an), le Congo vole tranquillement dans le panier des devises rendues disponibles par le Cameroun, le Gabon et la Guinée équatoriale. Il aurait encore « emprunté » 30 milliards pour les salaires de décembre. Sans jamais contribuer en retour ; 3. Le pari totalement fou et incroyablement audacieux d’envisager une sortie par l’explosion de la zone FCFA CEMAC en pariant sur la mise en route d’une nouvelle monnaie dont les imprimantes spéciales et les coupures de papier sécurisé ont été mises à disposition par la Chine en 2017 justement à Oyo. L’idée était de monter une émission monétaire depuis la BEAC d’Oyo construite à cet effet. La BEAC d’OYO serait garantie par un fonds de dotation spécial situé à la Banque Sino Congolaise d’Afrique (BSCA), abondée par les fonds volés et détenus par les Oligarques congolais en Chine (Macau, Hong Kong et Guangzhou). On estimait alors cette dotation initiale à 65.000 milliards de FCFA, soit près de 100 milliards de dollars, mais très insuffisants pour financer une telle opération à l’échelle sous-régionale ; 4. L’incongruité absolue des mécanismes de gouvernance de la République du Congo pris dans un flagrant abandon des finances publiques, avec un Jean-Baptiste Ondaye, Ministre de l’économie et des Finances, complètement dépassé par les évènements et une atonie sévère des capacités décisionnelles du Premier Ministre Collinet Makosso dont le costume semble être trop grand pour ses frêles épaules. Pourtant l’urgence des mesures de redressement est impérieuse : une faillite imminente guette la BEAC ! La couverture des réserves de changes de la CEMAC ne représente plus que quelques semaines d’importations en lieu et place des 3 mois minimums nécessaires. Le PNOT Congolais est une catastrophe sans commune mesure tel que le rappel le point 14 de la déclaration finale de la conférence des chefs d’Etats de la CEMAC : « La conférence a invité les États membres et les institutions communautaires à prendre des mesures pour une gestion de l’exposition des banques aux risques souverains conformément aux critères de la surveillance multilatérale. Tout en saluant la contribution du secteur bancaire au financement du développement, elle a demandé aux autorités nationales et régionales de la supervision d’engager une action collective visant à préserver la solidité et la stabilité du système bancaire ». CQFD ! Il suffit donc de lire les termes du communiqué final de la CEMAC pour se convaincre que cette situation, très loin d’être résolue, va s’aggraver dès le début de l’année 2025 si des décisions vigoureuses et fortes ne sont pas prises, surtout au niveau de la gouvernance politique du Congo ! Notons que jamais une dévaluation n’a été annoncée. Elle intervient toujours avec un effet de surprise total pour créer ce que l’on appelle en finance internationale un « Effet Dornbush ». Si rien n’est fait avant le 30 janvier 2025, des décisions vont être engagées alors contre M. Sassou et ses collaborateurs désormais isolés et dos au mur, et dont les soutiens Russes et Chinois pèseront très peu comme Bachar-Al-Assad face aux Islamistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTC). Rappelons que Bachar est tombé en moins de 8 jours. Qui vivra verra. Haut les cœurs aux Hommes de bonne volonté ! Ghys Fortune BEMBA DOMBE

Tunisie : l’endettement pourrait atteindre 83% du PIB en 2024-2025

Dans son tout récent rapport concernant la Tunisie, relayé samedi par la presse locale, l’agence internationale de notation Fitch Rating estime que la dette tunisienne serait de l’ordre de 83 % du PIB du pays en 2024-2025, contre 80 % en 2023. Fitch Rating explique cela par une éventuelle progression « modérée » du solde primaire outre la faible croissance : « la trajectoire de la dette reste assez sensible par rapport aux chocs budgétaires, et ce, dans un contexte de forte vulnérabilité à la volatilité des prix internationaux des matières premières, parallèlement à la dépréciation de la monnaie tunisienne (dinar) ». Fitch Rating confirme la note de défaut de l’émetteur (IDR) à long terme en devises de la Tunisie au niveau (CCC-). D’après les analystes de cette agence de notation, plusieurs facteurs ont été pris en considération dans l’élaboration des hypothèses concernant les actions de notation relatives à la Tunisie. En effet, parmi les facteurs figure un certain « dérapage » budgétaire, puisque le gouvernement tunisien a révisé le budget de 2023, ce qui a favorisé l’impulsion du déficit à 6,8 % du PIB contre un objectif initial autour de 5 %, et contre un déficit de 6,7 % en 2022. Dans ce sens, Fitch Rating évoque le fait que le budget révisé « inclut bon nombre de charges au titre des dépenses. Le déficit serait de l’ordre de 6,4 % en 2024 et 5,7 % en 2025 ». D’autres facteurs se présentent tels que des risques élevés de financement. A ce niveau, Fitch Rating estime que la notation (CCC-) de la Tunisie ne fait qu’illustrer un constat d’incertitude quant à la capacité du gouvernement tunisien à satisfaire ses besoins de financement budgétaire. Par ailleurs, le gouvernement devrait faire face à des besoins amplifiés de financement budgétaire : « Nos prévisions tablent sur une courbe ascendante du niveau de financement budgétaire, soit égal ou supérieur à 16 % du PIB du pays, l’équivalent de plus de 8 milliards de dollars par an en 2023-2025, contre 14% (environ 6 milliards de dollars) en 2022. Les perspectives limitées de financement extérieur entrent également en jeu pour déterminer la notation de la Tunisie, indique Fitch Rating. « Nous prévoyons que le financement externe sera de l’ordre de 2 milliards de dollars d’ici la fin de l’ année en cours (…) Nous ne nous attendons pas à ce que la Tunisie accède à un financement du FMI lors de l’exercice 2024, d’où la limitation des perspectives de financement extérieur », précise l’agence de notation. Il serait aussi question de saturation du marché intérieur partant de l’hypothèse que le gouvernement tunisien devrait convertir environ 12 % du PIB en financement intérieur lors de l’exercice 2023-2024 afin de pouvoir combler le déficit de financement.

L’explosion de la dette publique, une menace pour la prospérité mondiale

L’explosion de la dette publique, une menace pour la prospérité mondiale

La dette publique mondiale a atteint un niveau record de 92.000 milliards de dollars en 2022, ont annoncé les Nations unies dans un rapport récent intitulé «Un monde de dettes: un fardeau de plus en plus lourd pour la prospérité mondiale». Un niveau record de 92 000 milliards de dollars atteint en 2022, selon les Nations unies Environ 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus en paiement des intérêts de la dette que pour l’éducation ou la santé, constate le document, préparé conjointement par le Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière de l’ONU (GCRG), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et cinq commissions économiques régionales des Nations unies : (CEA, CEE, CEPALC, CESAP et CESAO). La multiplication par cinq du niveau de la dette publique depuis 2000 exige une action immédiate pour lutter contre l’escalade des crises qui touchent en particulier les pays en développement, ont estimé les Nations unies. D’où le sérieux avertissement lancé par son Secrétaire général, António Guterres. 52 pays, soit près de 40% du monde en développement, connaissent de graves problèmes d’endettement Présentant ledit rapport, ce dernier a indiqué qu’«en moyenne, les pays africains dépensent quatre fois plus pour leurs emprunts que les Etats-Unis et huit fois plus que les économies européennes les plus riches. Au total, 52 pays, soit près de 40% du monde en développement, connaissent de graves problèmes d’endettement». D’après l’organisation internationale, «la moitié des pays en développement consacrent au moins 7,4 % de leurs recettes d’exportation au service de leur dette publique extérieure». Pour les Nations unies, la croissance rapide des paiements d’intérêts, qui dépassent les autres dépenses publiques, est particulièrement préoccupante. Il faut dire que «certains gouvernements sont contraints de dépenser davantage pour le service de la dette que pour des secteurs essentiels tels que la santé et l’éducation», a souligné l’ONU. Il est tout aussi inquiétant de constater qu’« au moins 19 pays en développement consacrent plus d’argent aux paiements de ces intérêts qu’à l’éducation, et que 45 pays consacrent plus d’argent aux paiements d’intérêts qu’aux dépenses de santé ». Toujours selon les N.U, la dépendance croissante à l’égard des créanciers privés, qui proposent des emprunts plus coûteux et des échéances plus courtes que les sources officielles, a également compliqué la restructuration de la dette des pays en développement. S’il n’existe aucun mécanisme permettant de déterminer comment restructurer la dette entre les différentes catégories de créanciers, les Nations unies notent qu’« actuellement, les créanciers privés détiennent 62% de la dette publique extérieure, contre 47% il y a dix ans». La préoccupation est telle que les Nations unies appellent de toute urgence à une réforme globale de l’architecture financière internationale, y compris de l’architecture de la dette. Le but étant de «favoriser un système plus inclusif qui permette aux pays en développement de participer activement à la gouvernance du système financier international», ont-elles expliqué dans un communiqué. Elles estiment par ailleurs important de s’attaquer au coût élevé de la dette et au risque croissant de surendettement. Pour cela, l’ONU préconise la mise en place d’un mécanisme d’apurement de la dette afin d’accélérer les progrès dans le cadre commun du G20 pour le traitement de la dette. Comme le souligne le rapport, les pays en développement, en particulier ceux qui sont lourdement endettés, ont besoin de liquidités accrues en période de crise. Sans quoi, explique l’organisation, «une crise de liquidité risque de se transformer en crise de la dette». Pour y parvenir, l’ONU propose de développer le financement d’urgence, soulignant que le filet de sécurité mondial doit fonctionner. Parmi les mesures recommandées: «le renforcement de l’utilisation des droits de tirage spéciaux, la suspension temporaire des commissions additionnelles du FMI et l’élargissement de l’accès au financement d’urgence par l’augmentation des quotas». Par ailleurs, une augmentation substantielle de financements à long terme abordables est également nécessaire. Pour cela, les Nations unies recommandent de transformer et d’élargir «les banques multilatérales de développement afin de soutenir le développement durable à long terme et  mobiliser davantage de ressources privées à des conditions plus équitables». Elles estiment tout aussi urgent «d’augmenter les financements concessionnels pour respecter les engagements en matière d’aide et de financement de la lutte contre le changement climatique». Alain Bouithy

L’endettement des pays les moins avancés continue de se creuser

L’endettement des pays les moins avancés continue de se creuser

Une plus grande transparence de la dette est indispensable pour favoriser des investissements productifs et parvenir à un endettement soutenable, selon la Banque mondiale. « Une transparence accrue autour des emprunts aidera de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire à évaluer et gérer leur endettement extérieur pendant la crise actuelle », a expliqué l’institution financière internationale. Ainsi, « les responsables politiques disposeront également d’éléments précis pour s’employer à rendre le niveau et les conditions d’endettement plus soutenables », a poursuivi la Banque mondiale qui a dès lors appelé à la vigilance face à la menace grandissante de crises de la dette souveraine déclenchées par la pandémie de Covid-19. Des craintes justifiées par de nouvelles données sur la dette extérieure, considérées comme les plus détaillées et plus finement ventilées que jamais en pratiquement 70 ans d’existence et relevées dans l’édition 2021 des « Statistiques sur la dette internationale » (IDS). Après analyse de ces dernières statistiques, il ressort que l’encours de la dette extérieure des pays éligibles à l’initiative de suspension du service de la dette – adoptée en avril 2020 par le G20 (afin d’aider jusqu’à 73 pays les plus pauvres à faire face aux conséquences de la pandémie) – « a atteint un niveau record de 744 milliards de dollars en 2019, soit une hausse de 9,5 % par rapport à l’année précédente », a indiqué la BM. L’accroissement de la dette est telle que l’institution de Bretton Woods s’est empressée de souligner « l’urgence, pour les pays créanciers comme pour les pays emprunteurs, de collaborer afin de conjurer la menace». Comme l’a relevé la Banque mondiale dans un communiqué publié récemment, «en 2019, l’accélération de l’endettement dans ces pays a été pratiquement deux fois plus rapide que dans les autres pays à revenu faible et intermédiaire». Au terme de cette même année, « l’encours de la dette des pays éligibles à l’initiative de suspension du service de la dette visà-vis des créanciers bilatéraux publics, pour l’essentiel des pays du G20, a atteint 178 milliards de dollars », a poursuivi l’institution de Bretton Woods. Ce qui correspond à 17 % des flux nets d’endettement à long terme en direction des pays à revenu faible et intermédiaire, précise-t-on de même source. Pour le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, «nous devons radicalement modifier notre approche de la transparence de la dette et de l’investissement à l’échelle mondiale si vous voulons parvenir à un niveau soutenable d’endettement», a-t-il soutenu. Selon lui, «le moment est venu d’opter pour une stratégie plus globale face à la crise de la dette qui touche les habitants des pays les plus pauvres, articulée autour d’un moratoire du service de la dette mais également, plus largement, d’une réduction de l’encours de la dette et d’une restructuration plus rapide des emprunts, avec comme socle une transparence accrue.» Dans des propos rapportés par la même source, l’économiste en chef de la Banque mondiale, Carmen Reinhart, a pour sa part soutenu que «la dette permet aux gouvernements d’obtenir des ressources supplémentaires nécessaires pour investir dans les systèmes de santé et d’éducation ou les infrastructures.» D’après ce dernier, «si l’endettement devient problématique, tous ces projets sont pénalisés. D’où la nécessité de ramener aussi vite que possible l’endettement à un niveau soutenable. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre encore dix ans.» Au final, la Banque mondiale a exhorté les créanciers et les emprunteurs à s’engager dans cette voie, afin de faciliter un travail analytique qui permettra à chaque pays d’apprécier le niveau d’endettement souverain compatible avec une trajectoire de croissance et de réduction de la pauvreté, peut-on lire. Soulignons qu’au-delà des données et des enseignements que l’on peut y tirer, le dernier rapport sur les Statistiques sur la dette internationale traduit également les efforts consentis par l’institution internationale «pour intégrer les instruments d’emprunt complexes, qui jouent un rôle grandissant dans l’endettement des pays en développement. Alors que les pays à revenu faible et intermédiaire pratiquent également des accords d’échanges de devises entre banques centrales, la Banque mondiale veille à ce que ces instruments de dette soient bien pris en compte dans les séries de données du rapport IDS». Alain Bouithy

Maroc: Les besoins de financement débouchent fatalement sur un endettement accru

Maroc: Les besoins de financement débouchent fatalement sur un endettement accru

Le Royaume devrait profiter du contexte mondial actuel et à venir « pour mieux valoriser ses atouts et lever ses contraintes de gestion et ses déficits structurels avérés et latents », a estimé le Haut-commissaire Ahmed Lahlimi Alami lors d’une rencontre tenue mardi 10 à Casablanca et au cours de laquelle il a livré son analyse de la situation macro-économique nationale en 2018 et exposé les perspectives pour l’année 2019. Abordant justement la situation économique nationale, le responsable a annoncé que l’économie marocaine devrait enregistrer un taux de croissance de 3,1% en 2018 et baisser à 2,9% en 2019. « Le PIB devrait s’accroitre en volume de 3,1% en 2018 et 2,9% en 2019, après 4,1% réalisé en 2017, dans un contexte où le taux de chômage ne devrait guère connaître d’amélioration et où l’inflation intérieure serait, avec 1,7% en 2018 et 1,3% en 2019, le double de ce qu’elle était en 2017 », a-t-il indiqué. Après s’être accrues de 13,2% en 2017, les prévisions du CHP laissent penser que la valeur ajoutée du secteur primaire devrait connaître une progression modérée de 3,1% en 2018 et un recul de 0,3% en 2019, soulignant que sa contribution au PIB serait nulle en 2019, au lieu de 0,4 point en 2018. De leur côté, les activités non-agricoles devraient poursuivre leur tendance haussière à 3,1% en 2018 et 3,2% en 2019, a affirmé le Haut-commissaire rappelant qu’elles avaient crû de 2,8% en 2017. Selon les explications du patron du HCP, cette évolution bénéficierait des activités traditionnelles du secteur secondaire, notamment industrielles et minières, et d’un secteur tertiaire, dont la croissance devrait passer de 2,7% en 2017 à 3,1% en 2018 et 2019, profitant en particulier d’un renouveau du dynamisme du secteur touristique. Si la période 2018-2019 devrait globalement connaître une croissance mondiale soutenue, dont la demande adressée en particulier au Maroc, tout porte à croire que la demande extérieure nette devrait à nouveau contribuer négativement à la croissance du PIB de 0,7 point en 2018 et de 0,3 point en 2019. L’année dernière, elle avait enregistré une contribution positive de 0,5 point. Les estimations du Haut-commissariat laissent apparaître que les exportations de biens et services devraient s’accroître en volume de 6,9% en 2018 et 2019, en ralentissement par rapport à 10,9% affiché en 2017. Tandis que les importations devraient enregistrer une baisse du rythme de croissance en volume, passant de 7,4% en 2017 à 7,1% en 2018 et 6,2% en 2019. Analysant la demande intérieure, Ahmed Lahlimi Alami a annoncé qu’elle devrait continuer à tirer la croissance économique et enregistrer « un accroissement de 3,5% en 2018 et 2,9% en 2019, avec une contribution à la croissance respectivement de 3,8 points en 2018 et 3,2 points en 2019 ». Avec une croissance de 3,3% et 3,4%, respectivement en 2018 et 2019, la consommation finale des ménages continuerait à s’améliorer au cours de cette période. Elle bénéficierait de l’amélioration des revenus agricoles et la consolidation de la croissance des activités non-agricoles, a-t-il précisé. Les prévisions du HCP font également ressortir que la consommation des administrations publiques devrait s’accroître entre les deux années de 1,8%, après 1,5% en 2017, alors que la formation brute du capital fixe continuerait d’être soutenue par la poursuite des programmes d’infrastructure et la reprise relative des activités industrielles. S’agissant du financement de l’économie nationale, l’analyse du Haut-commissariat au plan soutient qu’elle continuerait à connaître une accentuation des besoins en financement. Soulignons que l’épargne intérieure serait de l’ordre de 22,8% du PIB en 2018 et 22,6% en 2019, après 23,1% en 2017 ; alors que l’épargne nationale serait de 28,7% du PIB en 2018 et en 2019, après 28,9% en 2017. Selon l’organisme public, l’effort d’investissement représenterait 32,8% du PIB en 2018 au lieu 32,6% l’année précédente. Il devrait baisser légèrement à 32,5% en 2019. Commentant ces données, Ahmed Lahlimi Alami a, en conséquence, estimé que « le besoin de financement sera de 3,9% en 2018 et 3,6% en 2019, que notre pays doit couvrir par le recours à l’endettement », soulignant que, dans ces conditions, « l’endettement public global de l’économie serait de 82,6% du PIB en 2018 et 82,9% en 2019, au lieu de 82% en 2017 ». Globalement, le Haut-commissaire a relevé qu’au plan des équilibres macroéconomiques, le Maroc a accompli d’incontestables efforts au cours des dernières années, même si la vigilance devrait rester de rigueur. Selon lui, l’investissement a renoué avec la vigueur qu’il a connue depuis les années 2000. La consommation des ménages a maintenu une relative stabilité de son taux de croissance de l’après crise de 2008. Le taux d’inflation est resté plutôt faible, après une période où s’exprimaient des craintes d’une menace déflationniste. « Le déficit budgétaire a baissé de 6,8% du PIB en 2012 à près de 3,4% en 2017, même s’il devrait connaître une légère hausse en 2018 et 2019. Le déficit du compte courant de la balance des paiements a, de son côté, baissé de 9,5% du PIB en 2012 à 3,6% en 2017 et 4,1% en 2018. L’endettement public, après une augmentation alarmante entre 2010 et 2014, s’est relativement stabilisé au cours de la période 2015-2018 », a-t-il noté. Cependant, qu’elles soient réelles et positives, Ahmed Lahlimi Alami a attiré l’attention sur le fait que ces performances « s’inscrivent dans le cadre d’une croissance économique plutôt faible soumise encore, même avec un degré moindre, aux aléas pluviométriques avec une offre à faible contenu en technologie et en capacité d’exportation, peu créatrice d’emplois qualifiés et peu contributive à la réduction des inégalités sociales et territoriales ». Quoi qu’il en soit, il a estimé que les réformes des structures ne peuvent être évaluées ou encore moins justifiées, par référence aux seules performances macro-économiques de conjoncture. A l’entendre, « seule une analyse, dans une démarche prospective, des données structurelles de la réalité économique et sociale nationale d’une part et celles géoéconomiques et géopolitiques internationales d’autre part, devrait fonder la pertinence et la sécurisation des effets de toute décision de réforme à caractère