Rabat: « Les Panafricaines » abordent la question du changement climatique avec le Ministre Nasser Bourita

Le Ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération Africaine et des Marocains Résidant à l’Etranger, Nasser Bourita, a reçu, jeudi 5 mars, 150 membres du réseau « Les Panafricaines », au siège du Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale à Rabat, pour un petit-déjeuner débat. Comptant 300 membres issues des 54 pays africains, le réseau des femmes journalistes d’Afrique se réunit les 06 et 07 mars 2020 à Casablanca pour son troisième forum sous le thème : « Urgence climatique : les médias acteurs du changement ». Une problématique qui constitue une question capitale pour le continent africain. Dans une allocution adressée aux Panafricaines, Nasser Bourita a souligné l’importance de l’action des médias face à la gravité des conséquences des changements climatiques : « Traiter de la question du changement climatique n’est pas un luxe pour l’Afrique, c’est une urgence et une nécessité. » Selon le Ministre des Affaires Etrangères, c’est la raison pour laquelle que le Royaume s’est engagé dans la promotion des énergies propres, et ambitionne de porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique marocain à 52 % d’ici 2030. Un chantier qui fait du Royaume le deuxième pays au monde en termes de performances climatiques, Le Chef de la Diplomatie marocaine a également souligné que les femmes africaines étaient les plus touchées par l’impact du réchauffement climatique sur le continent, et notamment ses conséquences socio-économiques. C’est là toute la raison d’être des Panafricaines, qui ont décidé cette année d’œuvrer pour mettre en lumière l’urgence climatique à laquelle fait face le continent. Et Nasser Bourita d’ajouter : « Les Panafricaines doivent être les porte-voix d’une Afrique qui passe du plaidoyer à l’action. » A l’issue de la rencontre, un groupe d’une cinquantaine de Panafricaines se sont rendues à la Cité Universitaire Internationale de Rabat, où elles ont été accueillies par Mohammed Methqal, Ambassadeur-Directeur Général de l’Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI). L’AMCI a pour mission de développer, d’élargir et de renforcer l’ensemble des relations culturelles, scientifiques, techniques et économiques avec les pays partenaires, notamment, dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Lors de leur visite de la Cité Universitaire Internationale de Rabat, les Panafricaines ont pu découvrir le cadre de vie des étudiants étrangers faisant leurs études au Maroc, et également rencontrer leurs compatriotes issus de divers pays du Continent, dont la Côte d’Ivoire, le Togo, le Sénégal, la Mauritanie, le Ghana et les Iles Comores. Ainsi, dans une allocution prononcée devant les Panafricaines, Mohammed Methqal, Ambassadeur-Directeur Général de l’Agence Marocaine de Coopération Internationale a souligné que la Cité Universitaire Internationale de Rabat est un lieu qui symbolise l’engagement historique et permanent du Royaume du Maroc dans la formation de la jeunesse africaine. « Plus de 70 nationalités vivent sur cet espace parmi lesquels 47 pays africains, faisant ainsi de ce lieu, un des endroits où il y a l’une des plus grandes diversités au mètre carré sur le continent Africain » a déclaré Mohamed Methqal, qui a tenu a ajouter qu’à l’heure où les pays africains font face à des défis économiques, sécuritaires et environnementaux majeurs, il est urgent pour nous tous de poursuivre notre engagement dans cette bataille à lutter contre la menace du changement climatique. Initié par 2M en 2017, « Les Panafricaines » est un réseau de femmes journalistes africaines dont les membres sont issus des 54 pays du Continent. Ce réseau a pour ambition de contribuer à une plus grande responsabilité des médias africains dans le traitement des questions centrales qui intéressent les opinions publiques du continent. Ce réseau s’assigne également comme mission de constituer une véritable force de réflexion et de proposition.
Mali : Lancement officiel du Programme de développement et d’adaptation au changement climatique dans le Bassin du fleuve Niger

La Banque africaine de développement, le Gouvernement du Mali et l’Autorité du bassin du fleuve Niger (ABN) ont lancé, mardi 04 février 2020, à Bamako, le Programme intégré de développement et d’adaptation au changement climatique dans le Bassin du fleuve Niger (PIDACC/BN). D’un coût global d’environ 122 milliards de FCFA, dont 13,8 milliards de FCFA pour le Mali, le PIDACC/BN contribuera à l’amélioration de la résilience des écosystèmes du fleuve Niger et des populations par une gestion durable des ressources naturelles en faveur de 130 millions de personnes dans 9 pays. « Le PIDACC est une réponse à la problématique du changement climatique. Il contribuera à un triple gain pour les populations du Bassin du fleuve Niger, la lutte contre la pauvreté en milieu rural, la lutte contre les changements climatiques et la lutte contre la migration ou l’exode rural des jeunes par la création d’emplois dans le développement des chaînes de valeur des produits agro-pastoraux », a précisé la responsable du bureau-pays de la Banque au Mali, Mme Haly Louise DJOUSSOU-LORNG. Le projet permettra de développer la résilience des écosystèmes et des ressources naturelles et d’accroître la résilience des populations affectées par le changement climatique. Il permettra notamment la récupération de 140 000 hectares de terres dégradées, la construction de 209 infrastructures hydrauliques pour des activités agro-pastorales et piscicoles. Il aidera aussi à la mise en œuvre de 450 sous-projets de développement de chaîne agricole et de 184 PMEs des jeunes ainsi qu’au renforcement des capacités d’adaptation au changement climatique d’un million de ménages maliens. Le Programme qui bénéficie également d’un appui d’autres bailleurs comme l’Union européenne à travers le PAGODA, le Fonds vert pour le climat (FVC), le Fonds stratégique pour le climat (FSC), le Fonds mondial pour l’environnement (FEM), le Fonds d’investissement forestier (FIF), et la Coopération allemande KFW, sera mis en œuvre dans les portions des bassins supérieurs du Delta intérieur et de la Boucle du Niger. Il couvrira six régions administratives maliennes à savoir, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao. La dernière stratégie de la Banque pour le Mali (2015-2019) s’est appuyée sur deux piliers : amélioration de la gouvernance pour une croissance inclusive, et développement des infrastructures en soutien à la relance économique. Ces piliers sont conformes à la Stratégie décennale de la Banque 2013- 2022 et les cinq grandes priorités (Top 5), à savoir : Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, Nourrir l’Afrique, Industrialiser l’Afrique, Intégrer l’Afrique, et Améliorer la qualité de vie des Africains. A propos de l’Autorité du Bassin du Niger Créée en 1964 à Niamey, l’Autorité du bassin du Niger (ABN) est l’une des plus anciennes organisations intergouvernementales africaines. L’ABN a pour mission de promouvoir la coopération entre les pays membres et d’assurer un développement intégré du bassin. Les États membres sont : le Burkina, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger, le Nigeria, et le Tchad. Son siège est à Niamey (République du Niger). CM
Tanguy Gahouma Bekale : Il nous faut mettre en place des solutions adaptées au changement climatique

Conseiller spécial du président Ali Bongo Ondimba sur les questions du changement climatique, secrétaire permanent du Conseil national climat et directeur général de l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales (AGEOS), Tanguy Gahouma Bekale a pris part à l’Africa Security Forum qui s’est déroulé du 1er au 3 décembre à Rabat. Le Gabon a été invité à la 4ème édition de l’ASF pour discuter de l’importance de la gestion de l’eau dans les conflits en Afrique. Qu’en attendiezvous ? Tanguy Gahouma Bekale : Nos attentes pour ce forum étaient multiples, mais la principale était d’amener la question du changement climatique à sa vraie place. C’est-à-dire, prendre conscience qu’il est un facteur aggravant des conflits en Afrique surtout dans les zones arides. Aujourd’hui, on en a la preuve. On sait aussi que plusieurs groupes extrémistes utilisent l’eau comme arme en coupant son accès à certaines villes. On assiste donc déjà à de vraies tensions liées à cette ressource. Pourtant, la question du changement climatique est encore largement sous-estimée. Et l’Africa Security Forum 2019 était justement l’occasion d’en discuter. Le président Ali Bongo accorde une attention particulière aux questions liées au changement climatique. Où en est aujourd’hui sa politique sur ce sujet ? La politique du président Ali Bongo sur ce sujet est effectivement reconnue au niveau du continent et à l’international. Il est le porte-parole de l’Afrique depuis trois ans et assure le rôle de coordinateur du Comité des chefs d’Etat et de gouvernement africains sur les changements climatiques. Il mène donc une politique proactive sur ces questions dont les principaux axes consistent à opérationnaliser les initiatives en matière de lutte contre le changement climatique en Afrique, à trouver des financements nécessaires à cette opérationnalisation et à promouvoir la gouvernance en mettant sur pied le cadre à même de permette à tous les pays africains de parler d’une seule voix sur la question du changement climatique (« one Africa, one Voice », comme le souhaitait le président rwandais Paul Kagamé, lorsqu’il était président de l’Union africaine. Sur le premier axe, le président veut que les initiatives sur le changement climatique soient opérationnelles. Et l’un de ses chevaux de bataille, c’est justement la promotion des initiatives sur les énergies renouvelables dont a parlé Jean Louis Borloo (président et fondateur de l’Association Energie pour l’Afrique) lors de son intervention en vue de doter l’Afrique de la capacité de production de l’énergie la plus propre possible. L’autre initiative concerne l’adaptation de l’Afrique à la situation. On sait aujourd’hui qu’elle n’est pas responsable des émissions de gaz à effet de serre. Il n’empêche que nous sommes l’un des continents les plus vulnérables du fait de notre dépendance de l’agriculture et que nous comptons une quinzaine de villes situées sur le littoral et exposées à l’érosion côtière. La question c’est de savoir comment notre continent se prépare pour faire face aux catastrophes qui pourraient survenir demain, sachant que celles qui s’y produisent aujourd’hui engendrent un véritable drame humanitaire du fait de la faiblesse de nos infrastructures. On voit bien là que nous ne sommes pas préparés à faire face aux catastrophes. Le deuxième axe concerne la mobilisation des fonds nécessaires au financement de la lutte contre les effets du changement climatique en Afrique. Sur ce sujet, nous œuvrons, par exemple, de concert avec le Fonds vert pour le climat afin que l’Afrique puisse bénéficier des conditions spéciales d’accès à ces financements sachant que 70% des pays les moins avancés (PMA) se trouvent en Afrique qui compte, par ailleurs, beaucoup d’Etats insulaires. Comment faire donc pour privilégier ou faire preuve de solidarité envers les régions les plus touchées, notamment les zones arides comme celle du Lac Tchad dont quatre pays vivent des ressources ? Un lac qui s’assèche chaque année davantage et qui va peut-être disparaître bientôt et entraîner une migration climatique énorme vers d’autres zones du continent. Vous êtes membre du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat (GCF) de l’«Afrique centrale». Les pays de la sous-région manifestent-ils vraiment leur volonté de lutter contre le réchauffement climatique ? La sous-région Afrique centrale est unie par nature. Déjà, elle se regroupe à l’intérieur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) au sein de laquelle sont débattues les questions du changement climatique. On a aussi la chance en Afrique centrale de prendre des initiatives par rapport à la question des forêts, par exemple, à travers la Commission climat du Bassin du Congo (CCBC) où le président congolais Denis Sassou Nguesso pilote les travaux du Fonds bleu pour le Bassin du Congo et de la Commission du Bassin du Congo. Il y a deux mois, lorsque le Secrétaire général des Nations unies a invité les pays à venir ensemble discuter des questions du changement climatique au sommet de New York en septembre, ceux du Bassin du Congo ont parlé d’une seule voix. On a pu présenter une proposition par le biais du président Etienne Tishekedi de la République démocratique du Congo à l’initiative du président Ali Bongo. Tout ceci montre que les pays d’Afrique centrale travaillent de plus en plus de concert et développent des initiatives communes qui fonctionnent. Quelles sont les initiatives qui vous paraissent les plus urgentes pour promouvoir la sécurité en Afrique ? La prévention des conflits reste la meilleure option. On est convaincu aujourd’hui que si on est suffisamment averti de ce que peuvent être les conséquences du changement climatique -déplacements de populations et utilisation des ressources naturelles comme armes de guerre- on pourrait développer des plans d’actions adaptés. Autre exemple, le fait de savoir que les régions côtières pourraient être submergées, nous incite à mettre en place des politiques et prévenir tout cela. Aujourd’hui, ce qu’il faut c’est comprendre ce qui va arriver demain pour pouvoir mettre en place des solutions adaptées. Un mot sur la 4ème édition de l’ASF ? Nous félicitons le Maroc pour son leadership concernant la question du changement climatique. Nous sommes très contents que les organisateurs aient pensé à nous inviter à prendre part à
VIDEO: l'ex ministre français Jean Louis Borloo à l'ouverture de la 4ème édition de l'Africa Security Forum (ASF)

L’ex-ministre d’Etat français Jean Louis Borloo a appelé une nouvelle fois à un Plan Marshall pour aider l’Afrique, à l’ouverture de la 4ème édition de l’Africa Security Forum (ASF) qui s’est déroulée du 1er au 3 décembre courant à Rabat au Maroc. Invité de la session 2019 de l’Africa Forum Security, co-organisée par Atlantis et le Forum international des technologies de sécurité (FITS), le président fondateur de l’Association Energie pour l’Afrique a soutenu que « le dérèglement climatique se combine avec un problème d’énergie sur le continent africain ». La situation est telle qu’un traité de paix pour une prospérité et une croissance soutenue s’impose, selon lui.
Monde: De nouveaux soutiens financiers dédiés aux mesures d’adaptation au changement climatique

Aider les pays à généraliser des approches de gestion systématique des risques climatiques à chaque phase de la planification des politiques et de la définition des investissements, ainsi que de leur mise en œuvre. Tel est l’objectif du nouveau « Plan d’action sur l’adaptation au changement climatique et la résilience » établi par la Banque mondiale qui a décidé de donner un coup d’accélérateur aux financements en vue de mieux préparer le monde aux changements climatiques. « Nous allons augmenter vigoureusement nos financements afin d’aider les populations à bâtir un avenir plus résilient, en soutenant tout particulièrement les plus pauvres et les plus vulnérables qui subissent de plein fouet les conséquences des dérèglements climatiques », a indiqué la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva. En effet, le nouveau plan porte sur le soutien financier direct de l’institution aux mesures d’adaptation au changement climatique à 50 milliards de dollars sur les exercices 2021-2025. Ce qui correspond à « un niveau de financement de 10 milliards de dollars par an en moyenne qui vient doubler les montants alloués sur la période 2015-2018 », a souligné la Banque mondiale dans un communiqué. Avec ce nouveau plan, qui s’inscrit dans le cadre des objectifs que la BM s’est fixés à l’horizon 2025 dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, « nous mettons pour la première fois le financement de la résilience climatique sur un pied d’égalité avec nos investissements dans la lutte contre les émissions de CO2 et un avenir décarboné», a souligné la DG de la BM. Dans le cadre de ce plan, présenté récemment, l’Institution de Bretton Woods a affirmé qu’elle s’attachera, en outre, à expérimenter de nouvelles approches afin d’accroître les financements privés dans ce domaine. Selon la Banque mondiale, la hausse des financements permettra précisément de développer des prévisions météorologiques plus fiables, des systèmes d’alerte précoce et des services d’information sur le climat afin d’aider quelque 250 millions d’habitants dans 30 pays au moins à mieux anticiper les risques climatiques. Elle viendra aussi appuyer l’élaboration des plans de gestion prenant en compte les enjeux climatiques et/ou l’amélioration de la gouvernance dans 100 bassins hydrographiques et soutenir le déploiement des systèmes de protection sociale plus réactifs face aux risques climatiques. Ce n’est pas tout. Cette hausse contribuera également à « fournir un plus grand nombre d’instruments de protection financière dans 20 pays au moins afin de permettre une réponse et un relèvement plus rapides en cas de choc climatique ou de catastrophe naturelle », a soutenu l’institution. Notons qu’à travers son plan d’action, la Banque mondiale entend consolider le lien entre adaptation et développement en promouvant des actions efficaces et précoces qui produisent aussi des résultats positifs au niveau du développement. Il faut comprendre qu’« en investissant dans la replantation de la mangrove, par exemple, on aidera la population locale à se protéger contre l’élévation du niveau de la mer et les ondes de tempêtes, tout en créant de nouveaux débouchés dans les secteurs de l’écotourisme et de la pêche », a expliqué la BM. Ainsi que l’a relevé l’institution dans son communiqué, soulignons que le nouveau plan d’action sur l’adaptation au changement climatique et la résilience prévoit, par ailleurs, « la création d’un système de notation qui doit servir de moyen de suivi des progrès accomplis dans le monde en matière d’adaptation et de résilience, mais aussi de moyen d’incitation». La même source assure que la Banque mondiale testera ce nouveau système au cours des exercices 2019 et 2020, avant de l’intégrer aux projets concernés d’ici l’exercice 2021. Alain Bouithy
Commerce agricole, changement climatique et sécurité alimentaire

Le commerce international des produits agricoles devrait contribuer de manière plus importante à nourrir la planète et à faire face aux crises alimentaires liées au climat, a indiqué l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans un nouveau rapport sur « La situation des marchés des produits agricoles ». « Les échanges internationaux ont les moyens de stabiliser les marchés et de permettre une redistribution des aliments, des régions excédentaires vers les régions déficitaires, aidant les pays à s’adapter à l’évolution du climat et contribuant à la sécurité alimentaire », a estimé le directeur général de la FAO, José Graziano da Silva. Pour parvenir à cela, il a estimé en avant-propos dudit rapport que la communauté internationale doit « veiller à ce que l’évolution et l’expansion du commerce agricole soient équitables et concourent à l’élimination de la faim, à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition à l’échelle mondiale. » Il faut dire que la situation demeure préoccupante. En effet, selon ce document, qui vise à approfondir le débat sur la vaste palette d’instruments d’action publique dont disposent les décideurs chargés de mettre en œuvre l’Accord de Paris, « le changement climatique affectera l’agriculture mondiale de manière inégale, en améliorant par exemple les conditions dans certains endroits et en ayant des répercussions négatives dans d’autres – certains s’en sortiront donc gagnants, d’autres non ». A en croire les experts de l’organisation onusienne, « il est probable que les cultures et l’élevage, ainsi que la pêche et l’aquaculture, seront perturbés d’ici le milieu du siècle par les températures moyennes plus élevées, les changements dans les régimes de précipitations, l’élévation du niveau des mers, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes et la possibilité d’une aggravation des dommages dus aux organismes nuisibles et aux maladies ». Comme l’écrit José Graziano, « le changement climatique aura des effets de plus en plus préjudiciables sur de nombreuses régions du globe, les plus durement touchées se trouvant aux latitudes les plus basses. Cela signifie que les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine vont se trouver exposés de façon disproportionnée ». Précisant sa pensée, il a ajouté que « les régions à climat tempéré, à l’inverse, pourraient bénéficier d’effets favorables, la remontée des températures profitant à leurs secteurs agricoles. Il est possible que le changement climatique creuse encore l’écart économique entre pays développés et pays en développement ». Ainsi que l’ont fait remarquer les auteurs dudit rapport, depuis le début du XXIe siècle, la structure des échanges des produits agricoles a évolué en rapport avec la croissance économique des économies émergentes. Il se trouve que « dans les années qui viennent, le commerce agricole pourrait connaître d’autres transformations, conséquences de l’absence d’uniformité et du caractère disproportionné des effets du changement climatique sur les différents secteurs agricoles de la planète », ont-ils soutenu. Le problème, c’est qu’«à mesure que le changement climatique modifiera l’avantage comparatif et la compétitivité de l’agriculture des régions et des pays, certains pays pourraient être perdants, et d’autres, gagnants ». Pour ces experts de l’organisation, c’est en cela que le commerce international pourrait jouer un rôle particulièrement important dans les initiatives d’adaptation, contribuant à la sécurité alimentaire de nombreux pays. Quoi qu’il en soit, José Graziano pense que « si nous n’agissons pas rapidement pour lutter contre le changement climatique, nous pouvons nous attendre à voir un paysage agricole très différent dans l’avenir ». Il est à noter que le rapport examine comment les différentes formes de soutien interne et de mesures commerciales nationales cadrent avec l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets; comment elles pourraient être utilisées dans l’avenir; et comment les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) déterminent les choix de politiques, peut-on lire dans ce document rendu public récemment. Selon l’organisation, ce document « étudie les possibilités d’action qui sont à la jonction entre l’Accord de Paris – un cadre offrant une certaine flexibilité dans l’établissement des cibles et le choix des interventions – et les accords de l’OMC – qui reposent sur des règles précises visant à réduire autant que possible les distorsions de la production et du commerce ». Alain Bouithy
Bâtir des communautés agricoles et forestières plus fortes et plus résilientes face au climat

Des millions de petits exploitants agricoles et de forestiers seront en mesure de mieux protéger leurs terres de l’impact du changement climatique et d’améliorer leurs moyens d’existence grâce aux nouveaux efforts bientôt déployés au niveau international. L’annonce a été faite vendredi 20 en marge de la Semaine mondiale des forêts (COFO24). Le Mécanisme Forêts et paysans – un partenariat entre la FAO, l’IIED, l’UICN et Agricord lancé en 2013 – va intensifier ses efforts en vue d’aider les producteurs agricoles et forestiers et leurs organisations à développer des paysages résilients face au climat, à renforcer leurs entreprises, à générer des opportunités d’emploi pour les femmes et les jeunes et à créer davantage de politiques environnementales en faveur des personnes pauvres vivant en milieu rural. Lancée vendredi 20, la seconde phase de l’initiative se déroulera sur les cinq prochaines années dans 25 pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique, soit dix pays de plus que lors de la phase initiale. On compte près d’1,5 milliard de producteurs agricoles et forestiers, représentant 90 pour cent des agriculteurs dans le monde. Ces derniers fournissent près de 80 pour cent des produits alimentaires en Asie et en Afrique subsaharienne, sont à la tête de près de 500 millions d’exploitations familiales et gèrent 30 pour cent des forêts dans l’hémisphère Sud. A travers le monde, les populations autochtones jouent également un rôle prédominant dans la gestion durable des forêts. «Ces groupes représentent une large proportion des pauvres vivant en milieu rural et dépendent des systèmes agricoles, forestiers et agroforestiers pour cultiver de la nourriture et gagner leur vie. Rendre leurs terres résilientes au changement climatique est essentiel pour leurs moyens d’existence et leur identité», a déclaré M. Daniel Gustafson, Directeur général adjoint chargé des Programmes, en marge de la Semaine mondiale des forêts. «Les forêts et les producteurs sont plus puissants lorsqu’ils sont organisés. En renforçant leur capacité, le Mécanisme Forêts et paysans aidera davantage de producteurs et leurs organisations à résister aux impacts du changement climatique, à créer des opportunités pour les plus vulnérables d’entre eux, à accéder à des prestations et à influencer les politiques de manière à ce qu’elles répondent à leurs besoins», a ajouté M. Gustafson. Aperçu du Mécanisme Forêts et paysans : La seconde phase du Mécanisme Forêts et paysans travaillera particulièrement à: Former et renforcer la capacité des organisations de producteurs agricoles et forestiers, en leur offrant un appui financier et technique; Développer les entreprises en leur facilitant l’accès aux marchés, financer et former les groupes vulnérables tels que les femmes et les jeunes; Organiser des activités visant à améliorer la résilience face au climat, mais aussi l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets à l’échelle du paysage, de manière à ce que les producteurs forestiers et agricoles puissent restaurer et gérer leurs forêts et leurs terres agricoles et ainsi mieux résister aux impacts du changement climatique; Améliorer la gouvernance et la représentation de ces organisations de producteurs en vue d’encourager l’élaboration de politiques environnementales favorables aux personnes pauvres vivant en milieu rural. Mécanisme Forêts et paysans (FFF) – exemples de réussite à ce jour Jusqu’à ce jour, le Mécanisme Forêts et paysans a permis de renforcer la capacité de plus de 950 organisations de producteurs dans 10 pays et a réussi à réduire la pauvreté, en influençant les politiques en faveur des communautés agricoles et forestières, en améliorant la sécurité foncière, en améliorant les prix de vente des producteurs et en facilitant l’accès de davantage de femmes et de jeunes à des opportunités de développement commercial. Quelques exemples de l’impact du FFF: Au Vietnam, les groupes de producteurs de bois ont réussi à augmenter leur prix de 15 pour cent; En Gambie, les producteurs de noix de cajou se sont réunis au sein d’une fédération nationale, ce qui a permis d’augmenter le prix de production des noix de cajou. Près de 116 groupes forestiers communautaires ont réussi à sécuriser leurs droits fonciers grâce à ces changements politiques; En Bolivie, le gouvernement a alloué plus de 90 millions de dollars à des programmes destinés à renforcer la capacité et les revenus des producteurs de cacao, de café et de produits forestiers non ligneux en provenance de l’Amazonie; Au Guatemala, la loi PROBOSQUE prévoit qu’un pour cent du budget national soit dédié aux travaux de restauration, et ce, pendant 30 ans, ce qui va bénéficier principalement aux petits exploitants agricoles.
Pourquoi faut-il à tout prix comprendre les conséquences du changement climatique sur la pêche en Afrique et agir rapidement ?

L’impact du changement climatique sur l’hydrologie, les ressources naturelles et les différents secteurs de l’économie – allant de l’agriculture au transport, en passant par l’énergie – est depuis longtemps un sujet de recherche et de débat. Mais ses effets sur la pêche, un des principaux secteurs d’activité en Afrique et qui fait vivre de nombreux Africains, sont souvent moins bien compris. Que sait-on des conséquences du changement climatique sur la pêche ? L’augmentation de la température de l’océan causée par le changement climatique, oblige les poissons à migrer des zones équatoriales vers des zones plus froides, et entraîne aussi une diminution de leur taille. Ce phénomène de réchauffement agit également sur la quantité des réserves halieutiques, leur flux migratoire et leur taux de mortalité. En Afrique de l’Est, le réchauffement de l’océan a déjà détruit une bonne partie des récifs coralliens qui abritaient certaines espèces et a considérablement réduit les stocks de poissons. Dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest, comme la Sierra Leone, l’élévation du niveau de la mer a provoqué des inondations dans les villes et villages du littoral, exposant davantage les populations déjà très vulnérables. Selon un scénario de fortes émissions de CO2,, on estime que d’ici 2050, les prises de la pêche diminueront de 7,7% à l’échelle de la planète à cause du changement climatique, entraînant ainsi une baisse de 10,4% des revenus liés à ce secteur (Lam, Cheung, Reygondeau, Sumaila, 2016). Cette baisse pourrait atteindre 26 % en Afrique de l’Ouest et encore plus dans les pays plus proches de l’Équateur : 53 % au Nigéria, 56 % en Côte d’Ivoire et 60 % au Ghana. Pourquoi s’intéresse-t-on particulièrement à l’Afrique ? En Afrique, le poisson est un des principaux aliments et souvent la principale source de protéines. C’est pour cette raison qu’il est urgent d’intervenir sur ce continent pour changer ces pronostics alarmants. Les poissons et leurs dérivés représentent 18 % de la consommation de protéines animales des Africains (selon les données de la Banque mondiale). L’Afrique produit actuellement un peu plus de 9 millions de tonnes de poissons et de produits dérivés par an, soit 5% de la production mondiale. Un chiffre pourtant insuffisant pour répondre à la demande domestique croissante, ce qui oblige le continent à dépendre des importations. En effet, en raison de la forte croissance démographique et de la hausse du revenu par habitant, la demande en poissons et produits halieutiques devrait augmenter de 30% d’ici 2030. Le ratio entre les importations et la consommation de poisson en Afrique subsaharienne devrait augmenter de 4% à 34% entre 2000 et 2030. Si aucune mesure n’est prise, les importations continueront probablement d’augmenter pour combler cet écart, et de fait pèseront sur les taux de change déjà élevés. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne emploie plus de 12 millions de personnes dans le secteur de la pêche, avec des effets multiplicateurs importants sur l’emploi en général : en Mauritanie par exemple, pour chaque pêcheur employé 1,04 poste annexe est créé sur la terre ferme. Ce ratio atteint 3,15 en Guinée. Toutefois, la surpêche, due à la pêche illégale et à une mauvaise gouvernance, ont porté un coup dur à ce secteur et les effets du changement climatique ne font qu’aggraver la situation. Il est temps de prendre des mesures draconiennes pour lutter contre le réchauffement de la planète et promouvoir une pêche écoresponsable en Afrique. Sans cela, d’ici 2030, le stock de poissons diminuera de 1 % par an, soit de 5,6 kg par personne et par an. Cela aura des conséquences dramatiques pour les Africains déjà vulnérables qui dépendent essentiellement de la pêche pour se nourrir ou gagner leur vie et n’auront pas le temps et les capacités de s’adapter. Que faut-il faire ? Afin de donner la priorité à des solutions rentables et orienter efficacement les investissements en faveur d’une pêche durable, nous devons mieux comprendre l’ampleur et les conséquences du changement climatique sur la pêche en Afrique et définir les politiques publiques à mettre en place. Pour y parvenir, la Banque mondiale a invité ses partenaires à faire le bilan des connaissances actuelles, à identifier les lacunes à combler et à proposer des solutions. L’Union africaine a récemment approuvé le projet de lancement d’une étude régionale pour évaluer les effets du changement climatique sur la pêche sur le continent et définir les mesures à prendre au niveau politique. Cette étude sera menée conjointement par la Banque mondiale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avec le soutien des pays concernés. L’étude dressera une cartographie des littoraux les plus vulnérables sur le continent ; évaluera les risques liés au changement climatique selon des critères biophysiques et socioéconomiques. Elle estimera également le coût économique de l’inaction, et les limites en termes de mise en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation. L’étude identifiera enfin les différentes actions susceptibles de stimuler efficacement le potentiel du secteur de la pêche en Afrique. Parallèlement, les économies côtières africaines doivent impérativement continuer d’investir pour améliorer la gouvernance et la gestion de la pêche, aider les communautés vivant de la pêche et déployer des actions pour permettre aux zones côtières de résister et de s’adapter au changement climatique. Des programmes nationaux et régionaux tels que le Programme régional pour la pêche en Afrique de l’Ouest et le Projet sur la gouvernance des pêches et la croissance partagée dans le Sud-Ouest de l’océan Indien (ou “SWIOFish”) y contribuent déjà. Nous devons redoubler d’efforts pour permettre aux millions d’Africains d’aujourd’hui et de demain, vivant sur le littoral de faire face au changement climatique. MAGDA LOVEI Chef de division au pôle Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale (Afrique)