Entrée en vigueur de l’Accord de Paris sur le changement climatique

L’Accord de Paris sur le climat a été ratifié en un temps record par plus de 90 pays à ce jour, s’est réjoui le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim. Entré en vigueur le vendredi 4, il « est devenu l’instrument qui façonnera notre avenir à tous », a-t-il souligné dans une déclaration rendue publique la veille de son entrée en vigueur. Si la date du 4 novembre 2016 marque un moment décisif dans l’histoire de l’humanité, ce n’est pas pour autant que tout a été réglé. Et pour cause, « malgré les engagements pris à Paris et les actions prometteuses qui fleurissent sur le terrain, nous ne parviendrons pas à limiter le réchauffement à 1,5 °C sans une accélération et une intensification significatives de nos efforts », a constaté le patron du Groupe BM. A quelques encablures du coup d’envoi de la COP 22, à Marrakech, ce dernier pense que « nous devons renouer avec le sentiment d’urgence qui nous animait il y a un an. (Car) chaque jour qui passe aggrave le défi climatique », a-t-il lancé. Pour espérer pouvoir atteindre les objectifs consacrés par l’Accord de Paris, Jim Yong Kim pense qu’« il faudra agir rapidement sur au moins quatre axes prioritaires ». Le premier axe impose que soit intégré des stratégies climatiques dans les plans de développement de chaque pays. Mais avant, il rappelle qu’« au cours des quinze prochaines années, les investissements d’infrastructure dans le monde se chiffreront à plus de 90 000 milliards de dollars » et concerneront en majeure partie les pays en développement. Ainsi, soutient-il, qu’« en veillant à ce qu’ils soient sobres en carbone et résilients au changement climatique, on favorisera la croissance économique durable sans laquelle nous ne parviendrons pas à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée ». Dans ce cas, poursuit Jim Yong Kim, les pays pourront utiliser le cadre fourni par l’Accord de Paris pour déployer les politiques climato-intelligentes qui, à l’instar de la tarification du carbone, permettront d’attirer les bons investissements d’infrastructure. Car, « l’après-Paris, c’est un monde où il n’est plus de mise de rechercher la croissance à n’importe quel prix ». Le deuxième axe vise à accélérer la transition énergétique. A ce propos, le président du Groupe BM rappelle que « l’Agence internationale de l’énergie a revu à la hausse ses prévisions de croissance à cinq ans pour les énergies renouvelables en raison de l’appui soutenu dont elles font l’objet de la part de pays de premier plan et de la forte diminution des coûts qui leur sont associés ». Selon lui, cette évolution a été telle que la capacité de production d’électricité à partir des énergies renouvelables a dépassé le charbon en 2015. Jim Yong Kim estime ainsi urgent de « poursuivre cette dynamique et porter en particulier notre attention et notre action sur l’Asie, où, alors que la demande d’énergie s’accroît, des pays continuent de privilégier le charbon. Nous devons aider les pays à faire le bon choix, c’est-à-dire à délaisser les sources d’énergie à forte intensité de carbone au profit des alternatives renouvelables ». Le troisième axe consiste à aider les pays à renforcer leur résilience aux chocs climatiques. « Nous devons renforcer la résilience des populations, des économies et des écosystèmes », a estimé Jim Yong Kim indiquant que plus de 100 millions de personnes pourraient basculer de nouveau dans l’extrême pauvreté d’ici 2030 en l’absence d’une action climatique d’ampleur. Que faut-il faire alors? La réponse du président du Groupe BM : améliorer l’approvisionnement en eau, promouvoir une agriculture climato-intelligente, généraliser les systèmes d’alerte précoce, favoriser la réduction des risques de catastrophe et renforcer la protection sociale. Le quatrième axe veut que l’on « verdisse » le secteur financier. Explications de Jim Yong Kim : « Nous avons besoin d’un système financier mondial qui soit en mesure de prendre en compte les risques et les opportunités associés au changement climatique ». De l’avis de ce dernier, « c’est une condition indispensable pour mobiliser auprès du secteur privé les milliers de milliards de dollars nécessaires pour faire face au changement climatique ». D’autant plus que « les grands investisseurs institutionnels sont de plus en plus nombreux à incorporer les enjeux climatiques dans leur processus de décision ». A propos de financements, le président de BM indique que nombre de pays en développement continueront d’avoir besoin d’un volume considérable de financements concessionnels pour pouvoir respecter leurs plans pour le climat. Et si à Paris les pays donateurs se sont fortement engagés dans ce sens, « il faudra à présent transformer ces engagements en action », a-t-il lancé. Notons enfin que Jim Yong Kim a assuré, dans sa déclaration, que « les termes de l’Accord de Paris constitueront désormais un principe fondamental pour les activités du Groupe de la Banque mondiale ». Avant d’ajouter : « L’élimination de l’extrême pauvreté est indissociable de la lutte contre le changement climatique, et l’une n’ira pas sans l’autre ».
Afrique: Les compagnies d’électricité ont bien du mal à maintenir un service fiable et constant.

Selon la Banque mondiale (BM), un Africain sur trois seulement aurait actuellement accès à l’électricité et les pannes de courant sont en outre fréquentes. A court d’argent et pénalisées par des infrastructures obsolètes qui auraient besoin d’investissements, les compagnies d’électricité auraient ainsi du mal à maintenir un service fiable et constant, souligne-t-elle. Dans un nouveau rapport, « Making Power Affordable for Africa and Viable for Its Utilities », rendu public récemment, la Banque mondiale assure que ces compagnies peuvent devenir rentables tout en proposant des tarifs abordables. Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, avertit toutefois que « nous ne parviendrons pas à accélérer la marche vers un accès universel à l’électricité sans améliorer la performance des réseaux de distribution ». Pour ce responsable, « il est essentiel de baisser les coûts de raccordement et de consommation pour les usagers tout en limitant les pertes financières pour les fournisseurs d’électricité ». Pour permettre aux fournisseurs de recouvrer leurs coûts tout en rendant l’électricité abordable, la Banque mondiale propose d’améliorer l’efficacité opérationnelle, en réduisant les pertes liées au transport, à la distribution et à la facturation à hauteur de 10 % de l’électricité fournie. La BM note cependant que le besoin de financement ne pourra pas être uniquement comblé par une amélioration de l’efficacité opérationnelle. Par conséquent, elle estime que « des hausses limitées et fréquentes des tarifs seront probablement mieux acceptées, à condition de garantir la fiabilité de l’alimentation ». Autres solutions : l’installation des compteurs individuels dans les foyers pauvres qui auraient l’avantage d’améliorer le ciblage des subventions et des compteurs prépayés dans les ménages à faible revenu. Dans le second cas, la banque explique que la possibilité de régler régulièrement de petites sommes permettrait de « caler ces dépenses sur les rentrées de fonds, tandis que les compagnies d’électricité sont assurées de toucher un paiement anticipé ». La BM prône également le partage des frais de raccordement afin, soutient-elle, d’élargir l’accès à l’électricité pour les pauvres. « L’une des options consiste à répartir ces frais sur tous les usagers, y compris les grandes et moyennes entreprises », dit-elle. Enfin, les mini-réseaux ou les dispositifs hors réseau (basés notamment sur l’énergie solaire) seraient d’un grand soutien pour assurer l’électrification des zones rurales d’Afrique subsaharienne, pense la Banque mondiale.
La Banque mondiale exhorte le Maroc à renforcer la création d’emplois

Le Maroc devrait être capable d’accélérer sa croissance économique tout en préservant sa stabilité macroéconomique, a indiqué récemment la Banque mondiale dans son dernier rapport de suivi de la situation économique (octobre 2016). Selon l’institution financière, «la bonne performance des industries nouvelles (automobile, aéronautique et électronique) et l’expansion des entreprises marocaines en Afrique de l’Ouest ont le potentiel d’instaurer les conditions d’un renforcement de la position du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales ». La BM prévient toutefois que ses perspectives économiques et la consolidation de ses gains en matière de stabilité macroéconomique à moyen terme dépendront de la formulation de politiques macroéconomiques saines. Des perspectives qui dépendront aussi de « l’approfondissement de réformes structurelles visant à accélérer les gains de productivité, à réduire le chômage des jeunes, à accroître la participation des femmes au marché du travail et à réduire davantage la pauvreté et les inégalités », a-t-elle soutenu. La Banque mondiale assure que la croissance pourrait accélérer jusqu’à atteindre 4 % à moyen terme, avec une inflation maintenue aux environs de 2 %, si le prochain gouvernement venait à mettre pleinement en œuvre un programme complet de réformes. « Les inégalités spatiales sont susceptibles de persister en l’absence de politiques ciblées qui répondent à la multitude des défis à relever dans les régions du pays à la traîne », note-t-elle. Plusieurs défis attendent donc le Maroc. Pour l’institution de Bretton Woods, il devrait accroître la compétitivité de l’économie, accélérer la croissance et la création d’emplois, réduire les inégalités, accroître la prospérité partagée, étoffer les tampons fiscaux et tirer parti de la stabilité politique. Dans son rapport, elle a également relevé un fait qui n’a pas échappé au gouvernement en place. C’est qu’en dépit des performances économiques relativement flatteuses du Maroc dans la région MENA, l’économie est restée structurellement orientée vers des activités échappant aux échanges commerciaux (par exemple, le bâtiment, les travaux publics et les services à faible valeur ajoutée) et vers une agriculture volatile, à faible productivité et non irriguée. En conséquence, le Maroc aurait réalisé peu de gains de productivité au cours des deux dernières décennies malgré des niveaux élevés d’investissement. « Les efforts d’investissement -dominés par des grands projets d’infrastructure sur financement public- n’ont pas encore déclenché un décollage de la croissance», a-t-elle constaté. Dans ce cas, poursuit-elle, il resterait au Maroc à obtenir les gains de productivité et la compétitivité nécessaires à la poursuite de son intégration dans les marchés mondiaux. Ce qui va nécessiter davantage d’efforts pour renforcer la gouvernance publique, améliorer l’environnement économique et le climat d’investissement et accroître le capital humain. La BM estime aussi qu’«une plus grande flexibilité des taux de change aiderait l’économie à absorber les chocs (y compris ceux liés à une croissance plus faible dans la zone euro et à l’incertitude du Brexit) et à réaliser la diversification économique ». Par ailleurs, elle pense que «la stratégie nationale pour l’emploi récemment mise en chantier, visant à créer 200 000 emplois nouveaux par an et à faire baisser le chômage à 3,9 % en dix ans, ce qui exigera des réformes non moins ambitieuses pour assurer le bon fonctionnement d’un marché du travail propice à la création d’emplois par le secteur privé». Analysant les développements récents, la Banque mondiale note que le déficit budgétaire du Maroc est en voie de résorption et la balance extérieure des paiements s’est considérablement améliorée, grâce notamment à la libéralisation réussie des prix des carburants (essence et gazole) et d’autres efforts d’assainissement des finances entamés depuis 2013. «Si l’on se fonde sur les performances réalisées depuis le début de l’année, le Maroc devrait ramener son déficit budgétaire à 3,5 % du PIB en 2016 », a-t-elle soutenu. En revanche, la BM est persuadée que « l’objectif budgétaire de fin d’année ne pourra être atteint qu’en parvenant à une maîtrise encore meilleure des dépenses, en particulier pour ce qui est des transferts aux entreprises publiques ».