REGARD SUR LE PASSE/Antoine Moundanda. Hommage à Paul Kamba

CONGO/RDC. La nouvelle qui frappa d’affection profonde l’Afrique Centrale entière fut annoncée par Radio Brazzaville le 19 mars 1950 date à laquelle Paul KAMBA quitta ce monde juste quelques mois avant son départ à Paris, où il était attendu pour une formation musicale dans un conservatoire de musique. Brazzaville et Léopoldville lui réservèrent des obsèques grandioses, (chez son oncle dans la rue Kassai à Poto-poto où sa dépouille a été transférée sous une pluie battante de son domicile dans la rue Banza ) auxquels prirent part plusieurs grands musiciens kinois et Brazzavillois, parmi lesquels : Zacharie Elenga « Jhimmy », Antoine Kolosoy Wendo et Antoine Moundanda qui pour la circonstance chantèrent à sa mémoire des chansons d’adieux qui sont restées mémorables : – « Paul Kamba atiki biso na mawa » de Wendo Kolosoy sur disque Ngoma. – « Liwa ya Paulo » de Zacharie Elenga « Jhimmy » sur disque Opika et – « Mabele ya Paulo » d’Antoine Moundanda sur disque Ngoma, que nous écoutons ci-après. Clément Ossinondé
Congo Brazzaville. En honneur à Antoine Moundanda

RETRO. Il nous a quittés, plusieurs années passées, notre compatriote Antoine Moundada, Chef de « Likembé Geant ». Lui qui a chanté » Poto Poto mboka monènè, solo Kinshasa poto moyindo » , « Nzila ya Ndolo », « Paul Kamba ». Le rythme de la légende Antoine Moundanda est basé sur un instrument traditionnel la « Sanza », alors que, de manière générale, les formations musicales congolaises utilisent la guitare. Depuis lors, en imitation à Anroine Moundanda, la « Sanza » fait son chemin et brille de mille feu, concurrençant la guitare. C’est probablement, le succès de la « Sanza » qui a poussé les ensembles folkloriques, groupes musicaux des cantiques religieux et autres profanes a utiliser ce bel instrument traditionnel. Je pense aux groupes Ognègnè, Na Mbon, Ebouka, Ossii Yien, des Terres de Gamboma, dans le Centre du Congo. Également aux groupes similaires de la Cuvette Ouest et de la Cuvette Centrale au Congo. Leur production, à la « Sanza » qui a fini par devenir électrique, comme la guitare, est sensationnelle. Elle écume les veillées funèbres, les cérémonies de retrait de deuil et les manifestations populaires. Le célèbre chroniqueur musical Clement Ossinonde partage cet avis. Que la mémoire d’Antoine Moundanda qui a introduit la » Sanza » dans la musique moderne soit ici honorée. Et là bas, à l’éternel infini, qu’il repose en paix. Lui et son « Likembé Géant » vivent en nous. Ouabari Mariotti Paris 13.11.2020
Antoine Moundanda, lauréat du tout premier prix international attribué à la musique congolaise en 1954.

Le genre musical « Likembé » Dans son histoire, la musique traditionnelle congolaise s’est enrichie de l’apport extérieur, du croisement avec d’autres cultures notamment au niveau des instruments. Créant ainsi un nouveau genre musical appelé tradi-moderne. Ce genre, a commencé à émerger dans les années 50, avec Maurice Mitolo « Depewe » chez Opika et surtout avec le groupe « Likembé » d’Antoine Moundanda, aux éditions Jeronimidis Ngoma. Une voix et une sanza parsemées d’ornements Considéré comme le plus grand joueur de «Sanza» de la musique congolaise tradi-moderne de tous les temps, Antoine Moundanda, est demeuré le type même du «sansiste » qui, à partir de son Kimpala natal, a gravi progressivement les échelons jusqu’à devenir une vedette internationale en 1954. A 84 ans, il nous quitte le lundi 2 Avril 2013, après 57 ans de carrière musicale. Il a été le véritable créateur d’un art qui puise dans les rythmes et les thèmes populaires. Navigant souvent entre le tradi-rumba, Polka-piké, zebola…, sur fond de la sanza. La musique, le choix de son cœur Très jeune, il maîtrise, déjà si bien le «Likembé» encore appelé «sanza », un instrument qu’il va incorporer dans la musique moderne. C’est le début d’une carrière de virtuose qui le conduira, le 18 Avril 1953, aux Editions « Ngoma », du grec Nico Jeronimidis à Kinshasa, alors Léopoldville, en compagnie d’un petit groupe composé de Ignace Mbemba (Likembé-chant), Gabriel Bassoungouna (Likembé-chant) Jean Mbaloula et Albert Makoundou (chant). Il trouve, à cette époque, aux Editions «Ngoma», les musiciens déjà connus, comme Antoine Kolosoy « Wendo », Camille Feruzi, Adou Elenga, Paul Mwanga, Camille Mokoko, Antoine Kasongo, De Saio, Manuel d’Oliveira Mayungu, avec lesquels il tisse de très bonnes relations. Moundanda étant devenu, lui aussi, une des meilleures vedettes de l’écurie. C’est durant cette période qu’il écrit des vastes compositions qui ont largement contribué à assurer sa réputation, comme, « Nzila ya ndolo », « Banani babenga mwana », « Mawa ya Ngoma Ibiri », «Mabele ya Polo». Lauréat du premier prix de la gloire de la musique tradi-moderne congolaise en 1954 La grandeur de l’art d’Antoine Moundanda lui fait remporter en Afrique du Sud, le «Prix Osborne Awards », de l’African Music Society (la discothèque internationale de la musique africaine). En effet, sur un total de 275 disques reçus de toute l’Afrique, en 1954, seule la chanson d’Antoine Moundanda « Mwana aboyi mama » (vidéo jointe) obtient le premier prix. Grâce au fait que l’artiste congolais a incorporé un instrument traditionnel dans la musique moderne: La Sanza. En effet, alors que de nombreux artistes congolais imitaient les musiques afro-cubaines, avec des instruments modernes, Moundanda, plus innovateur, a recherché son propre identité culturelle. La musique tradi-moderne s’est avérée alors une source d’inspiration riche et variée. Les félicitations de l’Unesco Le meilleur témoignage de l’œuvre accomplie par la Maison Ngoma est aussi, une lettre de l’Unesco, Paris en 1954, dans laquelle Mr Philippe Soupault écrit ce qui suit : « Je suis très heureux de pouvoir vous renouveler mes félicitations pour le travail si précis et si complet que vous avez accompli dans le domaine du folklore. Grâce à vous toute la richesse musicale du Congo ne sera pas perdue et vous aurez contribué à agrandir le domaine des connaissances humaines. La grande collection d’airs populaires et de chants traditionnels que vous avez réunis est un trésor qui retiendra l’attention des musiciens du monde entier. » Antoine Moundanda aura été pour beaucoup dans cette reconnaissance de l’Unesco.