RD Congo. On ne peut pas continuer à jouer sur deux tableaux selon les intérêts du moment

HAUT-ET-FORT. D’un côté, l’État congolais n’hésite pas une seule seconde à faire appel aux binationaux pour défendre les couleurs nationales dans le football. Lorsqu’il s’agit de redorer l’image du pays, de gagner des matchs, de faire vibrer la nation et de générer de la fierté collective, la double nationalité ne pose soudainement aucun problème. Ces Congolais sont célébrés, applaudis, présentés comme des héros nationaux.

Mais de l’autre côté, lorsqu’il s’agit de servir le pays dans les institutions, de participer à la gestion de l’État ou d’assumer des responsabilités politiques, ces mêmes Congolais sont brutalement rejetés, soupçonnés, exclus par la loi. Cette contradiction est inacceptable.

On ne peut pas, dans un État sérieux, considérer un citoyen comme pleinement congolais un jour et comme indésirable le lendemain. La citoyenneté ne peut pas être à géométrie variable. Soit on est Congolais, soit on ne l’est pas. Et si l’on reconnaît qu’un binational est assez congolais pour représenter la nation sur la scène internationale, alors il doit être assez congolais pour servir son pays dans ses institutions.

Cette loi n’est pas une loi de protection nationale, c’est une loi de manipulation politique. Elle est utilisée comme un instrument d’exclusion, pour éliminer des adversaires potentiels, pour verrouiller le pouvoir entre les mains d’un cercle restreint, souvent incapable, mais protégé par une nationalité dite « pure ». Or, être Congolais à 100 % n’a jamais été un certificat de compétence, de patriotisme ou de bonne gouvernance. L’histoire récente du pays en est la preuve éclatante.

La médiocrité, la corruption, l’échec et l’irresponsabilité ne sont pas importés par la double nationalité. Ils sont le résultat de mauvais choix, de l’impunité et de l’absence de mérite. À l’inverse, la compétence, la vision et le sens de l’État ne dépendent pas du nombre de passeports que l’on possède.

L’exemple de Moïse Katumbi est révélateur. Malgré les polémiques autour de sa nationalité, il a démontré, par des faits concrets, une capacité de gestion et des résultats largement supérieurs à ceux de nombreux gouverneurs pourtant « 100 % congolais ». Les routes, les infrastructures, l’organisation administrative et le développement économique parlent pour lui. Les faits sont têtus, et ils détruisent le mythe selon lequel la pureté de la nationalité garantit la performance.

Refuser la double nationalité, c’est se priver volontairement de compétences, d’expériences et de ressources humaines précieuses, alors même que la RDC en a cruellement besoin. C’est fermer la porte à des millions de Congolais de la diaspora qui aiment leur pays, qui veulent y contribuer, mais que l’on maintient à distance par peur politique et par calcul égoïste.

Tous les Congolais doivent avoir les mêmes droits et les mêmes chances dans leur pays, sans discrimination déguisée.

Par Fiston Mukunayi

Avocat pénaliste et Homme politique

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