Le Prix Goncourt du Lycée remis à la Camerounaise Djaili Amadou Amal

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Le jury national représentant 2000 lycéens a voté ce mercredi 2 décembre 2020 en faveur de l’écrivaine camerounaise Djaili Amadou Amal comme lauréate du prix littéraire intitulé Prix Goncourt des lycéens grâce à l’écriture de son roman « Les Impatientes » publié le 4 septembre de cette année en cours aux éditions Emmanuelle Collas.

Un roman à saveur autobiographique qui fait écho à la société dans laquelle a grandi l’écrivain camerounaise âgée maintenant de 45 ans mais dont la plume n’a rien oublié de sa propre expérience d’adolescente. Née dans l’extrême Nord du Cameroun, Djaïli Amadou Amal est peule et musulmane. Mariée à 17 ans, elle a connu tout ce qui fait la difficulté de la vie des femmes au Sahel. Elle se fait elle-même conteuse hors pair de thématique très sensible telle que le mariage forcé des jeunes filles et de la situation complexe des femmes vivant dans le harem de la polygamie.

A travers ses 250 pages, ce roman polyphonique retrace le destin de trois femmes : Ramla, 17 ans, jolie, intelligente, mariée de force à un quinquagénaire alors qu’elle était promise à un garçon de son âge qu’elle aimait. Elle arrive dans un foyer où elle n’est pas la première et elle se retrouve rivale de Safira, 35 ans, co-épouse et mère de six enfants qui voit d’un mauvais œil l’arrivée de la jeune femme après vingt-deux ans d’union monogame. Il y a aussi l’histoire d’Hindou, unie le même jour, elle aussi contre son gré, à son cousin alcoolique, drogué et violent.

Trois femmes, trois histoires, trois destins liés. Toutes se voient intimer depuis toujours un même ordre : « Munyal ! », C’est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu’il est impensable d’aller contre la volonté d’Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ? Munyal ! qui signifie patience en langue peule s’avère la seule voie tracée in illo tempore et qui dicte à la gent feminine la seule sagesse à suivre pour vivre leur condition de femmes soumises à l’ordre patriarcal et vouées à supporter viols conjugaux et vie dans une maison polygame, où tout le monde s’épie, où chaque épouse craint que les autres ne menacent sa situation et celle de ses enfants.

Avec des phrases concises, employant des mots simples et une structure de phrase très rythmée, « Les Impatientes » en revanche se veut au fond une révolution du palais car il brise le code social antique pour faire prendre conscience à la fille africaine et à celle du monde du caractère anormale de ce vécu ordinaire apparemment normal. Son propos résonne singulièrement dans une époque travaillée par les violences faites aux femmes. Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie : ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Mais que le lecteur ne s’y trompe point : ce roman dépeint une situation universelle. Dans chaque ligne qui décrit la violence faite aux femmes ou les violences conjugales tout court, chaque femme lambda se retrouve. Le dévolu par des milliers de lycéennes de France sur ce roman choisi parmi tant d’autres essais est la parfaite illustration de la résonance universelle de cette écriture romanesque.

Par Germain Nzinga (Chercheur indépendant)

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