
TRIBUNE. Le lundi 28 octobre 2024, Mathias Dzon, président de l’ARD a rendu publique sur les réseaux sociaux, une déclaration relative à l’effondrement actuel du Congo-Brazzaville.
Cette intervention a suscité beaucoup de réactions des Congolais de l’Intérieur et de la Diaspora. Même la présidence de la République n’y est pas restée insensible. Son service de propagande s’est fendu d’un post sur Internet, post dans lequel, tordant le cou à la réalité sur le terrain, les propagandistes de la présidence congolaise prétendent, toute honte bue, que « contrairement aux allégations de Mathias Dzon, sous la conduite éclairée du président Denis Sassou Nguesso, le Congo-Brazzaville est aujourd’hui, un eldorado et un havre de paix où il fait bon vivre », affichant ainsi un mépris hautain et total aux souffrances sociales atroces qu’endurent les couches populaires, du fait de la faillite totale du pays.
Nous ne nous attarderons pas sur les contrevérités révoltantes et nauséabondes débitées dans ce post, car, les faits sur le terrain parlent d’eux-mêmes : illiquidité de l’Etat, cessation des paiements courants, pénuries chroniques d’eau potable, d’électricité, de carburant, bref, faillite financière.
En revanche, la réaction intitulée : « Congo : transition pacifique ou transition révolutionnaire », publiée sur la plateforme You Tube, a retenu tout particulièrement notre attention. Nous y répondons par ce qu’elle s’attaque au cœur même des propositions de l’ARD, à savoir, la nécessité absolue de tenir un véritable dialogue politique national, rassemblant sans exclusive, les représentants de toutes les forces vives du pays et débouchant sur l’ouverture d’une transition pacifique, ce, pour éviter à notre pays de sombrer à nouveau dans des guerres fratricides sanglantes et destructrices, comme en 1993-1994, 1997, 1998, 1999, et 2016.
Notre approche s’inspire de la sagesse édictée par ce proverbe congolais qui dispose : « Dans un village, quand une case brûle, il ne faut pas jeter l’huile sur le feu, mais l’eau pour éteindre l’incendie ». Notre maison commune, le Congo, est aujourd’hui gravement menacée par un retour des guerres fratricides à répétition qui ont engendré une profonde fracture sociale du pays, dans un passé récent. Le peuple congolais a déjà trop pâti des affres de la guerre. Il faut lui éviter de nouvelles épreuves tragiques. C’est la raison pour laquelle nous considérons que dans le contexte national explosif actuel, la tenue d’un vrai dialogue politique national inclusif, devant déboucher sur l’ouverture d’une transition pacifique, est la seule et unique bonne solution de sortie de la crise généralisée et gravissime qui enserre le Congo comme un boa constricteur. Hors de cette voie, notre pays court le grave danger de sombrer dans de nouveaux conflits sanglants, meurtriers et destructeurs. Tirant les leçons des expériences néfastes évoquées supra, nous disons : « Plus jamais ça », car, comme le déclarait avec raison dans une chanson culte, le chanteur congolais Zao : « La guerre ce n’est pas bon, ce n’est pas bon ».
D’entrée de jeu, nous voudrions remercier notre compatriote, auteur du live : « Congo : transition pacifique ou transition révolutionnaire » qui, dans son argumentaire, tout en reconnaissant la pertinence des propositions techniques formulées par l’ARD, rejette le choix d’une transition pacifique, comme voie de sorite de la crise actuelle et propose en lieu et place, une transition révolutionnaire, articulée sur une insurrection populaire. L’auteur justifie le choix de cette option en développant l’argumentaire ci-après :
(…) Les propositions techniques proposées par Mathias Dzon sont judicieuses et nécessaires. Nous les approuvons. Cependant, elles ne peuvent être mises en œuvre efficacement que dans le cadre d’une transition révolutionnaire, à l’issue d’un soulèvement populaire… Mathias Dzon se trompe sur toute la ligne à propos de la transition pacifique qu’il propose, car, la seule alternative efficace, c’est l’insurrection populaire (…).
L’orateur va jusqu’à qualifier Mathias Dzon « d’opposant subitement inventé par le régime actuel et le néo-colonialisme, pour neutraliser en amont un soulèvement populaire qui est absolument nécessaire pour opérer une table rase, seule capable d’assurer un nouveau départ ». Selon l’orateur, la transition pacifique que propose l’ARD va conduire le Congo dans une impasse. Comme la Conférence nationale de 1991, elle va perpétuer et renforcer le pouvoir en place. A ses yeux, la seule alternative qui vaille, c’est l’insurrection populaire. D’un point de vue strictement théorique, un tel raisonnement peut se comprendre.
Cependant, sur le plan pratique, cet argumentaire est totalement déconnecté de la réalité sur le terrain et dénote de la part de son auteur, une méconnaissance grave de l’état réel des forces politiques en présence au Congo, du rapport de force sur le terrain, et surtout, fait fi du principe cardinal selon lequel, l’insurrection populaire n’est pas une génération spontanée, mais bien plutôt un processus de longue haleine, qui nécessite en amont, un travail long et patient d’intégration aux masses populaires, de mobilisation, d’organisation et de conscientisation du peuple. Le mécontentement populaire consécutif à la vie de galère que le pouvoir impose aux couches populaires n’engendre pas mécaniquement chez elles, une conscience rationnelle et une volonté politique claire de se mobiliser et de se soulever contre leurs exploiteurs et oppresseurs.
Certes, au Congo, du fait que la pauvreté se répand partout et que le peuple mène une existence sociale épouvantable, les conditions objectives d’un soulèvement populaires sont réunies. Toutefois, les conditions subjectives (l’accès à la conscience claire par le peuple), qui sont la condition sine qua num d’un tel soulèvement, ne sont pas remplies. En effet, le peuple ne peut pas par lui-même, spontanément se soulever. Il faut en amont, une force motrice, c’est-à-dire, un catalyseur ou une locomotive ou un destinateur qui inspire l’action, l’oriente et la canalise. C’est ici que la responsabilité des patriotes, des démocrates et des républicains congolais de l’Intérieur et de la Diaspora est interpellée. C’est à eux qu’incombe l’exaltante mission de mobiliser, de conscientiser et d’organiser le peuple, pour le préparer à des actions de masse.
Malheureusement, dans notre pays, la plupart des acteurs politiques et sociaux qui devraient faire ce travail, n’accomplissent pas leur office. Ils sont uniquement mus par la recherche du confort matériel personnel et succombent très souvent à l’appel de l’argent facile. Ils pratiquent la politique du ventre et vont à la soupe du côté du pouvoir. On le sait, celui qui tient les cordons de la bourse, détient les rênes du pouvoir. Comme l’écrivait très justement l’écrivain français Jean de la Fontaine : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». La politique est un écosystème où
le plus fort dicte sa loi au plus faible, c’est-à-dire, impose par la force ses désidérata.
Pour changer cet état des choses, il faut inverser le rapport de force politique. De ce point de vue, la construction d’un rapport de force politique en faveur des forces du vrai changement ne peut pas résulter de déclarations martiales déclinées du haut d’un balcon, mais sur le terrain, à travers l’intégration aux masses populaires, leur mobilisation et leur organisation. Sans un peuple mobilisé, conscientisé et organisé, il ne saurait y avoir d’insurrection populaire. Il faut se garder de mettre la charrue avant les bœufs. Pour promouvoir une transition révolutionnaire, il faut d’abord s’en donner les moyens humains, financiers et organisationnels.
A moins de se mentir à soi-même, il est illusoire de prétendre qu’aujourd’hui, au Congo-Brazzaville, les conditions subjectives d’un soulèvement populaire sont réunies. La politique est un état de rapport de force. Nous invitons en conséquence, notre compatriote qui appelle à une transition révolutionnaire, articulée sur une insurrection populaire, à revenir sur terre et à comprendre qu’aussi longtemps que le peuple congolais ne sera pas mobilisé, conscientisé et organisé, sur l’ensemble du territoire national, il sera vain de parler de transition révolutionnaire.
Le pouvoir congolais tient les consciences insuffisamment averties par le recours à la force brutale, la peur, la corruption, des promesses mielleuses, jamais tenues, la ruse politique, le lavage des cerveaux et l’unanimisme social. Plus que jamais, nous devons faire preuve de beaucoup d’intelligence politique et d’habileté tactique. Nous devons apprendre à devenir de grands stratèges et de grands artistes. Aujourd’hui, la transition pacifique est la seule voie de sortie de la tragédie actuelle sans trop de dégâts humains et sociaux. De ce fait, elle est un impératif catégorique.
Fait à Brazzaville, le 6 novembre 2024
Pour la Conférence des présidents
Mathias DZON
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