
OPINION. Il m’a semblé que Mouamba Clément était un bon gestionnaire. Je l’ai constaté dès ses premiers mois à la primature alors que l’opinion publique congolaise le condamnait sans concession.
Il a su faire preuve de beaucoup de tact pour pouvoir tenir une barre entravée par les chasses gardées ou interdites telles que le pétrole, la dette, la lutte contre la corruption, la garantie des droits et libertés des citoyens, l’opacité de la force publique ou encore la justice partiale. Autant de secteurs directement influencés et gérés par le clan au pouvoir et sur lesquels celui-ci croit reposer sa force.
Ainsi, c’est sous Mouamba que le Congo a été humilié aux yeux du monde par la justice de pacotille qui a condamné les candidats concurrents de Denis Sassou Nguesso. C’est sous lui que la question de la retraite des fonctionnaires s’est creusée à cause des détournements sans limites des deniers publics et de l’impossibilité de désigner un coupable. C’est Mouamba qui a vu passer la saignée du trésor public pour financer une énième guerre du Pool terminée en queue de poisson sans que le populations endeuillées, massacrées, affamées n’aient une explication et moins encore la moindre indemnisation. C’est sous sa primature que les négociations avec le FMI ont échoué. C’est avec lui que Ecair a déposé le bilan sans mettre fin à la vie de l’entreprise qui continue à accumuler des dettes, sans que personne n’y soit poursuivi alors qu’il est avéré que c’était une vache à lait de nombreux dirigeants etc.
Sous Mouamba il n’y a eu que des échecs, cessez de raconter des fariboles.
Certes il avait comme circonstance atténuante de n’être qu’un premier ministre pour gérer les affaires courantes. On pourrait aussi dire qu’en acceptant de servir de faire valoir à un gouvernement qui en réalité se gère ailleurs, il s’est rendu complice et donc coupable des échecs de sa gouvernance nominale.
Ce n’est toutefois pas lui qu’il faut blâmer car n’importe quel homme politique qui a des idées claires pour le pays tenterait de faire l’impossible avec le peu d’espace qui lui sera laissé, même si à postériori cela peut paraitre naïf. Il n’a pas eu tort de relever le défi. La faute revient à ceux qui ont tout fait pour qu’il n’exerce pas la plénitude de ses missions, et qui le font encore subir en pire à son successeur, désormais officiellement confronté à un gouvernement bis confié à Ondongo. Pourquoi?
Si le passé upadésien de Mouamba pouvait conduire à la réserve, que reproche t-on à Anatole Collinet Makosso dont la fidélité au régime, au clan et à son chef Denis Sassou Nguesso ne souffre d’aucune contestation? Lui qui va même jusqu’à présenter les condoléances au Président de la République avant de les adresser à la famille du défunt (un aplaventrisme qui entrera dans les annales!). Le voici pourtant en train d’être brimé et bridé pour impacter le moins possible sur la vie de la nation. Dans quelques années comment pourrions nous faire le bilan Makosso?
Je profite ainsi du décès de Clément Mouamba pour interpeller le clan Sassou Nguesso afin qu’il cesse de faire subir à tous les premiers ministres cette humiliation, au Congo ce manque de cohérence et d’afficher un déficit de crédibilité à la communauté internationale. J’enfonce une porte ouverte puisque le FMI l’a entre quatre murs dit lors de sa dernière revue, appelant à mettre fin à cette dualité de gouvernement. Cela n’a pas fonctionné durant les 5 ans de Mouamba où c’est Lucien Ibata qui était chef de la dette devant la communauté internationale, croyez vous que ça fonctionnera plus sous Makosso?
La duperie de mettre le ministre des finances par exemple dans les deux gouvernements ne trompe personne du fait qu’on veut que les opérations frauduleuses de la gestion de la manne pétrolière échappent au gouvernement régulier de la République, pour être plutôt gérées par ceux qui en ont profités, ceux qui veulent se masquer, ceux qui sont comptables au sein du clan. Je l’ai entendu d’un cadre de la Banque mondiale qui s’occupe pourtant d’Amérique du sud et qui l’a entendu dans les couloirs de Bretton Wood, comme ça, en passant. C’est dire que c’est un secret de polichinelle et un sujet de raillerie internationale. La précipitation de la déclaration des biens faite récemment par les rentiers de la République, est elle aussi une couche de fumée très bien comprise par les partenaires.
Nous pouvons arrêter cette fuite en avant en mettant fin au désordre de gouvernance qui a régné jusque là. C’est pas honorable que la presse vous qualifie de plus grande kleptocratie du monde et cela ne s’efface pas en créant un gouvernement bis.
Aujourd’hi lorsque l’on veut parler d’un pays ridicule, on cite le Congo. Pourtant le pays a besoin de renouer avec ses partenaires, de relancer son économie, de moderniser son administration, d’assainir son climat des affaires et des investissements et d’apaiser son climat social et politique. Il y a des solutions bien sûr. Il est même préférable que vous votiez une loi d’amnistie générale sur tous les crimes d’Etat et que nous repartions à zéro, plutôt que de s’obliger à recréer des Mouamba à l’infini et retarder le fonctionnement du pays juste pour protéger certains qui ne savent plus comment s’en sortir pour justifier leurs détournements colossaux. L’argent, les richesses on peut en recréer mais à condition qu’on se (re)mette au travail, pas que l’on passe toute l’énergie du pays à maquiller les comptes et son gouvernement réduit à faire de la représentation symbolique. Mouamba est mort, mais n’allez pas faire semblant de reconnaitre son talent après l’avoir tant humilié, diminué, ignoré en reproduisant son drame sur Makosso en pire encore.
Pour la mémoire de Mouamba, pour les 5 ans perdus de sa primature, pour la nation congolaise qui attend un mieux être, libérez les énergies.
Reposez en paix, monsieur le premier ministre.
Par Hervé Mahicka