Congo-Géostratégie: Sassou dans le petit jeu diplomatique sans effets devant l’extrême détresse des Congolais (lecture en 5 mins)

TRIBUNE. Après la Turquie, le président Sassou Nguesso s’est rendu à Paris dans un contexte international chaotique. Kigali, Paris, Brazzaville, Luanda, Kinshasa et Washington surveillent chacun leurs intérêts dans le cadre de rapports de forces sous-régionaux qui accélèrent l’isolement stratégique de M. Sassou. Les questions de gouvernance, de modèle économique, des alliances économiques et judiciaires démontrent l’impasse totale dans laquelle il s’est placé.

Aller à Paris comme on irait à Canossa

Depuis sa réélection, M. Sassou ne voulait plus mettre les pieds en France à cause des démêlés judiciaires familiaux, préférant les pays BRICS. Mais les questions financières et économiques occasionnées par la gestion scabreuse de son gouvernement, celles de santé, et surtout l’injonction Parisienne par rapports à la stratégie jusqu’au-boutiste de Macron l’ont contraint à revenir. Cette fois ci l’agenda national rejoint l’agenda international ouvertement et directement à travers la faillite sociale (8 à 24 mois de salaires et des pensions impayés, eau, électricité, denrées alimentaires…) et politique (libération de Jean Marie Michel Mokoko et d’André Okombi Salissa) qui se greffent aux affaires politiques et judiciaires internationales. Désormais, même lorsqu’il ne se passe rien juridiquement, le simple soupçon suffit à générer un climat de tension. C’est dans cette atmosphère que le 08 septembre, les conseils de la République gabonaise, Raphaël Gauvain et Vivien Makanga-Péa ainsi que le ministère public ont déposé une demande auprès du Juge d’instruction français Serge Tournaire pour que soient jugés Ma Antou, Omar Denis Junior Bongo, Yacine Queenie Bong… M. Sassou reçoit un camouflet diplomatique majeur en pleine face, avec le dépôt de cette note d’observations de 53 pages au moment médiatique de sa réception par Emmanuel Macron ! Serge-Constant Bounda, Nsilou Claude Alphonse, Tchystère Jean-Marc, Denis Christel Sassou, Arlette Soudan-Nonault, Steve Onanga, Frédéric Nzé (entre autres !) pour le Gouvernement et Mvouba Isidore, Ngolo Pierre pour la tête des institutions, accompagnés d’une dizaine des membres du parti congolais du travail, une centaine d’éléments de la direction générale de la sécurité présidentielle, du Protocole national et ceux des pseudo services de renseignements venus de Brazzaville, dilués dans la masse à l’aéroport et à son hôtel, n’ont pas vu venir les attaques. Le Protocole de Vienne de 1961 et de la Convention de New York de 1969 limitent, généralement, les visites d’État de 48h00, officielle de 24h00 et de travail de quelques heures. Au-delà, le risque de la perte partielle de protection peut survenir. Conscient de cette situation, M. Sassou et son monde n’ont eu que leurs pieds pour quitter Paris malgré l’audience de Macron.

Une audience présidentielle qui soulève des polémiques

L’entretien accordé par Macron à M. Sassou confirme que dans une délégation présidentielle, être présent autour de la table n’est jamais un détail. Le format très restreint de l’audience a étonné plus d’une personne : Jean-Dominique Okemba, Mvouba, Nsilou, Bounda et Cie exclus de cette séquence tandis qu’on notait la présence ostentatoire Françoise Joly devant Rodolphe Adada. Ce dispositif protocolaire inattendu masque t-il une bataille plus féroce et plus profonde ? Dans tous les cas, il est désormais clair que le portefeuille de Françoise Joly inclut désormais les aspects de politique et géostratégie, soit le niveau le plus élevé, comparable à un Premier Ministre et/ou un Directeur de cabinet présidentiel. L’accès à M. Sassou, à son entourage sécuritaire et à ses réseaux d’influence qui structurent le Congo a pris un coup de poignard brutal et fourbe. Le contexte régional rend cette séquence encore plus sensible. La présence de Paul Kagame, combiné à un dialogue direct avec Emmanuel Macron, intervient alors que les positions internationales face à Kinshasa changent. Le chancelier allemand bien que , co-organisateur du sommet de l’espace, a trouvé des excuses pour ne pas s’asseoir à coté de Kagamé et Sassou. Kigali, acteur opérationnel des Atlantistes s’aligne sur Paris. La présence des éléments de Kagamé en Centrafrique et ailleurs n’est que le prolongement concerté des intérêts de Paris. De l’autre coté, les USA, l’Angola et la RDC pactisent sur le corridor de Lobito avec la vigilence d’Israël qui entre dans le jeu. Dans ce cadre le brouillage avec Oligui Nguéma qui est accroché d’un coté à Trump et à Macron, referme le dispositif autour de Sassou. Le Congo, sans véritable doctrine stratégique, est pris dans un changement de régime qui ne dit pas son ouvertement. Nos sources confirment d’ailleurs que ce point aurait été à l’agenda des échanges. Aussi, Brazzaville dispose t-il encore de marges de manœuvres stratégiques propres pour renverser le rapports de force établis par d’autres ?

Françoise Joly : influence contestée ou revendiquée ?

Les détracteurs de Françoise Joly mettent en cause ses liaisons précédentes avec le Burkina et le Togo qui lui à delivré un passeport diplomatique et une villa à la cité de l’OUA presque mitoyenne de celle de Faure mais surtout son role dans l’exportation de 1000 tonnes de concentré d’uranium nigerien vers la Russie, ses origines rwandaises et son influence auprès de M. Sassou qui lui a ouvert les portes de sherpa avec le passeport diplomatique de représentante personnelle du président Sassou ; ses défenseurs soulignent au contraire son rôle dans plusieurs dossiers internationaux. Le dernier en date, le Congrès international des barreaux francophones, annoncé à Brazzaville du 2 au 5 décembre, présenté comme l’un des dossiers qu’elle aurait pris en main avec le gouvernement pour renforcer la visibilité internationale du Congo. 1135 avocats de tous les barreaux francophones du monde et des personnalités de haut niveau confirment, leur présence à Brazzaville. Le fait de prendre ce dossier en main vise non seulement à apaiser les ardeurs des va-t’en guerre, mais aussi à montrer la grandeur des autorités congolaises malgré l’orage qui existe entre Brazzaville et différents corps internationaux, différentes nations et conseils. Mais le prestige international suffit-il à masquer les difficultés du quotidien qui devraient préoccuper Mikolo et Joly ?

Jacqueline Lydia Mikolo

Mikolo, vraie ou pseudo maîtresse de Jean Jacques Bouya, a interrompue ses vacances pour défendre M. Sassou et sa famille tout en se consacrant aux discussions relatives aux investissements. Il est certainement intéressant de défendre M. Sassou, convaincre les partenaires internationaux, présenter le Congo comme une terre d’opportunités, mais l’urgence du citoyen lambda est de voir la baisse des prix, et pallier les difficultés du pouvoir d’achat et d’approvisionnement en carburant, en électricité, en eau, et de soins aux tarifs exorbitants des cliniques, hors de portée pour la grande majorité de la population.

La France peut être un partenaire. La Turquie, les États – Unis, la Chine, la Russie ou d’autres puissances peuvent également être des partenaires. Mais aucun ne construira le Congo à la place des Congolais. Inutile de jouer au populisme artificiel en soudoyant des jeunes et autres pour aller accueillir le président alors qu’au Burkina ou en Guinée, le peuple le fait volontairement avec enthousiasme. Il faut plutôt réfléchir à l’avenir du Congo. Une diplomatie discrète peut produire des résultats historiques lorsqu’elle débouche sur des investissements productifs, des emplois et une véritable souveraineté économique.

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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