Congo Brazzaville/Économie bancaire. Crise sociale à la Société Générale Congo

PREMIERE PARTIE. Le désengagement bâclé et à la hussarde du groupe Société Générale du Congo, qui n’est pas du goût des autorités congolaises et du personnel, a débouché sur une crise aiguë au sein de la banque. Crise accentuée par des pratiques de management peu orthodoxes du directeur général, Alain Calmels, aujourd’hui fortement contesté par le personnel. Enquête.

Impossible, malgré notre insistance, de rencontrer Alain Calmels, le directeur général de Société Générale Congo, pour en savoir davantage sur le climat social délétère qui prévaut à la banque, surtout depuis la cession avortée des actifs de la Société Générale Congo à Vista Bank, un groupe bancaire africain.

Le rendez-vous pris à la suite l’appel téléphonique reçu d’une dame, qui s’est présentée à moi comme la chargée de communication du groupe Société Générale Paris, a été d’attente lasse. N’empêche.

Calmels, présenté comme « infatué » et « monsieur connaît tout », confirme bien le titre: « orgueilleux comme un français en Afrique », emprunté à Antoine Glaser, journaliste émérite qui a longtemps dirigé La Lettre du Continent.

De l’avis des personnes interrogées, depuis son arrivée en 2019, comme directeur général de Société Générale Congo, ce jeune quadragénaire, sans expérience significative en matière de management et qui plus est en Afrique, n’a cure des récriminations de son personnel sur ses manières abruptes, arrogantes et désinvoltes.

Selon nos informations, Société Générale est la seule banque locale qui n’offre pas à son personnel les conditions de rémunération conformes aux standards de la corporation bancaire. Aucun accord d’établissement, ni prime de bilan, ni arbre de Noël, ni prime de rentrée scolaire, ni indemnité de transport dans la paie du 13 ème mois ne sont accordés au personnel. « Les salaires sont automatiquement coupés lorsque le personnel ne badge pas à l’arrivée même en étant présent. Le mélange du bonus et de la gratification au salaire du mois en cours entrainant le paiement par le personnel d’un IRPP sans commune mesure avec le niveau de rémunération font partie des points de tension permanente, sans compter le maintien pendant de longues années de nombreux collaborateurs dans un statut précaire sans véritable contrat de travail, etc. », confie, la main sur le cœur, un ex-agent de Société Générale Congo ayant requis l’anonymat.

Pis encore, de nombreux travailleurs ne sont pas en règle avec la Cnss, ainsi qu’ils l’ont découvert, abasourdis, à la suite de la cession des actifs de la banque. Aïe!

Ces insuffisances et indelicatesses manageriales, loin d’être l’épilogue de la « guerre » que se livrent , dans les coulisses, la direction de la Société Générale Congo et le personnel, depuis quelques mois, ressemble fort bien à un nouvel épisode d’une bataille qui s’annonce épique, surtout depuis que Société Générale Congo fait la sourde oreille aux revendications de son personnel désabusé par une cession mal conclue.

CESSION MAL CONCLUE

S’agissant du désengagement du groupe Société Congo, Calmels avait vite fait de démentir nos informations faisant état d’une OPV (offre publique de vente) de la banque avant d’opérer un rétropédalage le 08 juin dernier lorsque le groupe s’est officiellement fendu d’un communiqué pour annoncer à son personnel africain la cession de certaines de ses filiales du continent : le Tchad, la Guinée Équatoriale, la Mauritanie, la Tunisie et le Congo qui figurent dans le premier lot des filiales à céder.

Chose curieuse, alors que la banque est en plein processus de cession et que la direction se devait de se contenter d’expédier les affaires courantes, cette dernière continue comme de rien n’était à engager la banque sur de lourds projets d’investissement portant sur des sommes considérables. Ainsi en est-il, croit savoir une bonne source, de la commande d’achat des distributeurs d’un montant qui se situerait à 500 millions de fcfa. Serait-ce un moyen habile de lier les mains de l’Etat congolais ou du futur repreneur choisi par lui en lui imposant des choix d’investissement non consentis? Comment comprendre qu’une banque dont la cession est engagée arrive à trouver de l’argent pour des investissements et n’arrive pas à en trouver pour répondre aux revendications de ses collaborateurs ?

Approché, le personnel de la banque a indiqué rester fortement mobilisé autour de ses représentants du personnel pour obtenir le respect intégral de l’ensemble de ses droits.

Par A. Ndongo

Journaliste économique et financier, Brazzaville Congo.

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