Congo Brazzaville. White micmacs à Société Générale Congo (Deuxième partie)

ÉCONOMIE BANCAIRE. En proposant la ridicule somme de 400 mille fcfa à chaque salarié, comme prime de bonne ou mauvaise séparation -selon qu’on est expatrié français ou agent congolais à SG- au terme de la cession d’actifs de sa filiale congolaise à Vista Bank, le groupe Société Générale confirme bien le qualificatif d’ »harpagon » qui lui colle à la peau lorsqu’il s’agit du traitement réservé à ses collaborateurs africains. Tout autant le caractère d’ »infatué » de ses dirigeants qui, dans une opacité étonnante, ont pu occulter l’offre publique de vente de la banque au personnel, aux membres du conseil d’administration et à l’Etat congolais, son unique co actionnaire au capital social. Comment un groupe bancaire aussi important et bien implanté en Afrique a t-il pu ainsi gérer de manière catastrophique son desengagement du continent, échouant au passage là où le groupe BPCE (Banque Populaire, Caisse d’Epargne), son alter ego, a réussi à céder ses filiales africaines sans tambour ni trompette? « Les congolais ne s’entendent pas entre eux », ainsi s’exprimait publiquement, d’un air goguenard et devant un personnel médusé, Alain Calmels, directeur général de Société Générale Congo. Est-ce qui explique la désinvolture avec laquelle la direction Afrique du groupe à Paris a fait l’annonce officielle de la vente de la banque au personnel congolais, non pas en mode présentiel, comme le recommandent les meilleurs usages d’une communication interne dans ce genre de cas, mais plutôt par visioconférence, pour lui annoncer, de manière inélegante, que » le départ du groupe de la République du Congo se ferait sans le paiement d’une quelconque indemnité au personnel. Qui devrait, argumentait-elle, se contenter de la poursuite des contrats de travail avec le repreneur ». Une déclaration pour le moins irresponsable et immature, surtout que depuis son arrivée au Congo en 2019, Alain Calmels, le directeur général de Société Générale Congo, fait montre d’un management blâmable, couplé à un comportement qui rappelle bien l’époque révolue et douloureuse du passé colonial. Comme pour sauver les meubles, la directrice Afrique centrale du groupe, Marème Mbaye, a été dépêchée à Brazzaville pour faire baisser la tension et ouvrir de nouvelles discussions avec les représentants du personnel auxquels il a fait une proposition de verser à chaque salarié une misérable somme de 400 mille fcfa! « Inacceptable et ridicule proposition! », ont violemment protesté les travailleurs qui étaient sur le point de se mettre en grève. Un autre pied de nez de Calmels à l’égard des autorités congolaises: le courrier à lui adressé par l’argentier congolais, Jean Baptiste Ondaye, le 25 janvier 2023, par lequel ce dernier précisait à la banque que l’Etat congolais entendait faire valoir son droit de préemption, serait resté sans réponse. Bien au contraire, le groupe Société Générale a poursuivi ses consultations en toute discrétion pour aboutir au rachat de ses filiales africaines par deux groupes bancaires africains. Un passage en force qui a amené le ministère de l’économie et des finances à publier un communiqué officiel pour s’opposer à cette cession non consensuelle. La stratégie de rachat par l’Etat congolais actionnaire est en marche L’Etat congolais, actionnaire à hauteur de 6,5%, se propose de faire usage de son droit de rachat prioritaire. La date du 17 juillet dernier avait été retenue pour son offre de rachat au groupe Société Générale. Selon nos informations, des fins limiers congolais en économie bancaire auraient été mis à contribution pour ficeller une bonne stratégie de rachat via un autre groupe bancaire privé. D’incroyables exonérations fisacalo- douanières accordées à Société Générale Congo pour zéro dividende versé à l’Etat actionnaire Pour la petite histoire, le statut d’Etat actionnaire minoritaire a permis à Société Générale Congo de bénéficier d’avantages divers: dotation d’un vaste immeuble, au centre de Brazzaville, qui fait office de siège social et d’agence centrale, des exonérations fiscalo- douanières sur une très longue période, la tolérance à un grand nombre de prestataires domiciliés à l’étranger avec, comme conséquence sur le plan comptable et financier, une forte pression sur les résultats de la banque qui ne reverse aucun dividende à son unique co actionnaire, etc. Slawomir Krupa, le nouveau directeur général, débauché d’une banque d’investissement, a vraiment du pain sur la planche pour rattraper une opération de rachat mal ficellée. L’image de la banque en Afrique en est écornée. Songera t-il à faire un ménage pour confier les postes de responsabilité à « ses » hommes de main? Possible, en interne, que des lobbies qui n’approuvent pas son arrivée soient à la manœuvre pour l’aider à échouer. À l’observation, Calmels ne serait pas un bon lieutenant pour lui. Au-delà de son caractère de « monsieur connaît tout, d’infatué et d’arrogant ». Par A. Ndongo Journaliste économique et financier.
Congo Brazzaville/Économie bancaire. Crise sociale à la Société Générale Congo

PREMIERE PARTIE. Le désengagement bâclé et à la hussarde du groupe Société Générale du Congo, qui n’est pas du goût des autorités congolaises et du personnel, a débouché sur une crise aiguë au sein de la banque. Crise accentuée par des pratiques de management peu orthodoxes du directeur général, Alain Calmels, aujourd’hui fortement contesté par le personnel. Enquête. Impossible, malgré notre insistance, de rencontrer Alain Calmels, le directeur général de Société Générale Congo, pour en savoir davantage sur le climat social délétère qui prévaut à la banque, surtout depuis la cession avortée des actifs de la Société Générale Congo à Vista Bank, un groupe bancaire africain. Le rendez-vous pris à la suite l’appel téléphonique reçu d’une dame, qui s’est présentée à moi comme la chargée de communication du groupe Société Générale Paris, a été d’attente lasse. N’empêche. Calmels, présenté comme « infatué » et « monsieur connaît tout », confirme bien le titre: « orgueilleux comme un français en Afrique », emprunté à Antoine Glaser, journaliste émérite qui a longtemps dirigé La Lettre du Continent. De l’avis des personnes interrogées, depuis son arrivée en 2019, comme directeur général de Société Générale Congo, ce jeune quadragénaire, sans expérience significative en matière de management et qui plus est en Afrique, n’a cure des récriminations de son personnel sur ses manières abruptes, arrogantes et désinvoltes. Selon nos informations, Société Générale est la seule banque locale qui n’offre pas à son personnel les conditions de rémunération conformes aux standards de la corporation bancaire. Aucun accord d’établissement, ni prime de bilan, ni arbre de Noël, ni prime de rentrée scolaire, ni indemnité de transport dans la paie du 13 ème mois ne sont accordés au personnel. « Les salaires sont automatiquement coupés lorsque le personnel ne badge pas à l’arrivée même en étant présent. Le mélange du bonus et de la gratification au salaire du mois en cours entrainant le paiement par le personnel d’un IRPP sans commune mesure avec le niveau de rémunération font partie des points de tension permanente, sans compter le maintien pendant de longues années de nombreux collaborateurs dans un statut précaire sans véritable contrat de travail, etc. », confie, la main sur le cœur, un ex-agent de Société Générale Congo ayant requis l’anonymat. Pis encore, de nombreux travailleurs ne sont pas en règle avec la Cnss, ainsi qu’ils l’ont découvert, abasourdis, à la suite de la cession des actifs de la banque. Aïe! Ces insuffisances et indelicatesses manageriales, loin d’être l’épilogue de la « guerre » que se livrent , dans les coulisses, la direction de la Société Générale Congo et le personnel, depuis quelques mois, ressemble fort bien à un nouvel épisode d’une bataille qui s’annonce épique, surtout depuis que Société Générale Congo fait la sourde oreille aux revendications de son personnel désabusé par une cession mal conclue. CESSION MAL CONCLUE S’agissant du désengagement du groupe Société Congo, Calmels avait vite fait de démentir nos informations faisant état d’une OPV (offre publique de vente) de la banque avant d’opérer un rétropédalage le 08 juin dernier lorsque le groupe s’est officiellement fendu d’un communiqué pour annoncer à son personnel africain la cession de certaines de ses filiales du continent : le Tchad, la Guinée Équatoriale, la Mauritanie, la Tunisie et le Congo qui figurent dans le premier lot des filiales à céder. Chose curieuse, alors que la banque est en plein processus de cession et que la direction se devait de se contenter d’expédier les affaires courantes, cette dernière continue comme de rien n’était à engager la banque sur de lourds projets d’investissement portant sur des sommes considérables. Ainsi en est-il, croit savoir une bonne source, de la commande d’achat des distributeurs d’un montant qui se situerait à 500 millions de fcfa. Serait-ce un moyen habile de lier les mains de l’Etat congolais ou du futur repreneur choisi par lui en lui imposant des choix d’investissement non consentis? Comment comprendre qu’une banque dont la cession est engagée arrive à trouver de l’argent pour des investissements et n’arrive pas à en trouver pour répondre aux revendications de ses collaborateurs ? Approché, le personnel de la banque a indiqué rester fortement mobilisé autour de ses représentants du personnel pour obtenir le respect intégral de l’ensemble de ses droits. Par A. Ndongo Journaliste économique et financier, Brazzaville Congo.