Musique : Romain Gardon : «Nous allons proposer la suite logique de ce que vous avez déjà écouté et aimé»

Musique : Romain Gardon : «Nous allons proposer la suite logique de ce que vous avez déjà écouté et aimé»

L’artiste-musicien Romain Gardon est en ce moment en studio où il travaille sur un autre album. Il affirme que ce que son orchestre va proposer au public dans son album à paraître, est la suite logique de ce qu’il a déjà entendu et aimé. Il l’a dit au cours de l’interview qu’il a accordée le 13 avril 2019 à Brazzaville à la rédaction de Pagesafrik.info. Pagesafrik.info : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs si ça ne vous dérange ?   Je suis l’artiste musicien Romain Gardon. A la naissance, je suis Romain Nimi. Je suis auteur compositeur et pianiste et président fondateur de l’orchestre SOS Salsa. Pagesafrik.info. Que devient cet orchestre ? SOS Salsa est né le 27 août 1995 à Brazzaville. L’orchestre a aujourd’hui 23 ans de vie avec trois albums sur le marché. Le premier est bien sûr Somos africanos, le second, Gracias avec comme titre phare «Taba mobangue» puis un single en featuring en 2017 avec la Cléopâtre Mbilia Bel. Nous préparons un autre album, Avenir. Je vous informe que nous sommes en studio et celui-là s’intitule «Foula-Foula». Pagesafrik.info. : Un titre fort et de quoi s’agit-il ? C’est un peu pour consoler ceux qui vivent dans les ghettos, ceux qui vivent dans les quartiers où tous les services publics ne sont pas encore arrivés, comme l’électricité, l’eau et les difficultés d’accès avec des routes non praticables. Il sied de comprendre que nous avons tous emprunter le foula-foula à quelque degré que ce soit. Il va là où personne ne va et nous savons le confort qu’on y trouve. Parfois, il n’est pas rare de se retrouver à côté d’une chèvre ou de recevoir un sac de foufou sur la tête. Des véhicules pas toujours techniquement corrects. En réalité, je veux dire qu’on peut également caresser des rêves depuis ces quartiers et voir scintiller les étoiles. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Peut-on avoir une idée du bulletin de santé de SOS Salsa à ce jour ? SOS Salsa est en santé de fer. Je crois que la discographie le témoigne. Nous avons sorti un album tous les cinq ans. Ce n’est pas assez mais l’orchestre a fait le tour de l’Afrique. L’orchestre a été au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Mali, en RDC, en Angola et a livré de nombreux spectacles sur la place de Brazzaville. J’ajoute que l’orchestre est passé maître dans l’animation des soirées de gala, des soirées de salon et des dîners. Il y a aussi le fait que l’orchestre est présent au FESPAM depuis la première édition en 1996. Je souhaiterais signaler que nous avons reçu trois fois le Tam-Tam d’or. Et en studio ? Oui, Romain Gardon est en studio et ce que nous allons vous proposer est la suite logique de ce que vous avez écouté et avez aimé et je profite de cette occasion que vous m’offrez pour remercier tous ceux qui nous ont soutenu jusque-là et qui continuent à le faire. Des perspectives ? Il y en a. Nous envisageons par exemple de remodeler les accents rythmiques et les arrangements et évidemment essayer de nous adapter aux sonorités actuelles parce que les musiques urbaines sont aujourd’hui plus présentes sur le marché. Nous ne pouvons plus rester sur des airs authentiques et originaux de la salsa comme avant. Propos recueillis par Florent Sogni Zaou

Manuel Mayungu d’Oliveira : Il y a un peu plus de 31 ans que le célèbre musicien congolais, d’origine angolaise a rejoint le panthéon des grands monuments de la musique congolaise

Manuel  Mayungu d’Oliveira : Il y a un peu plus de 31 ans que le célèbre musicien congolais, d’origine angolaise a rejoint  le  panthéon des  grands monuments  de la musique congolaise

Il était l’homme de la « Polka Piké », inoubliable danse bantoue qui s’inspire des références et influences Kongos. Plus qu’un chanteur ou guitariste, Manuel Mayungu s’était inscrit, de son vivant déjà, dans le patrimoine congolais. Pour tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître ou de l’admirer sur scène, tous sont en mesure de fredonner l’un de ses tubes des années 50 aux éditions Ngoma : « Basi banso tapale », « Chérie Bondowe », »Elongi ya chérie » évidemment, ou « Mwasi kitoko kulala na nkuala », pour n’en citer que quatre. Retour sur la vie d’un monstre sacré, à l’œuvre foisonnant, qui avec son groupe « San Salvador » a fortement marqué l’histoire de la musique congolaise moderne. Né en 1915 à San Salvador (Mbanza Kongo) au nord de l’Angola  et mort le 12 janvier 1988 à Luanda, dans la capitale angolaise Manuel Mayungu d’Oliveira est l’un des plus célèbres auteurs de la musique congolaise des années 50 et 60. En 1921, alors que le jeune Manuel n’avait que six ans, ses parents s’installent  à Matadi (Congo Belge) où très tôt  Manuel Mayungu se spécialise en menuiserie après avoir enchainé des petits boulots au port de Matadi. Plusieurs années après c’est la musique qui l’attire. Il découvre la guitare à 22 ans, et pour ses premiers pas c’est auprès d’un maître-guitariste belge, puis auprès des guitaristes « coast-men » (matelots ouest-africains en escale au port de Matadi) qu’il acquiert un solide bagage théorique et pratique, grâce à laquelle il développe son doigté guitaristique. A partir de l’année 1937, Manuel d’Oliveira  fréquente les jeunes originaires d’Angola passionnés de la musique comme lui, et se produisent en public. Il connait désormais une bienveillante audience et une réputation flatteuse à travers les milieux musicaux de Matadi et de Boma. 1944 – Création du groupe « San Salvador » Excellent musicien, Manuel Mayungu d’Oliveira parvient à fonder en 1944 à Matadi son propre groupe musical qu’il nomme, « San-Salvador » (Mbanza Kongo) en souvenir de la capitale du Royaume du Kongo qui portait ce nom. (Lequel royaume regroupait les deux Congo et l’Angola) Le groupe « San Salvador » était constitué par le quatuor Edouard Bila, Henri Freitas, Georges Edouard Dula et le chef du groupe Manuel Mayungu d’Oliveira. Tous ont particulièrement  appris à jouer la guitare auprès  des musiciens ouest-africains qui exerçaient le métier de « krou-boy » (matelots) dans les navires accostant à Matadi et à Luanda. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à maitriser la technique de jouer la « Polka piqué », rythme qui en dehors de la Rumba, était la spécialité du groupe. 1947 – Le Groupe « San Salvador » s’installe à Léopoldville (Kinshasa) Pour développer le savoir faire du groupe, Léopoldville la capitale demeure le lieu privilégier. Il approfondit l’apprentissage de la langue « Lingala », se produit tôt dans les bars et cabarets, où il rencontre ses premiers grands succès et surtout une préparation de  l’accès au studio d’enregistrement. 1948 – Adhésion de Manuel D’Oliveira et son groupe San Salvador aux éditions « Ngoma » En 1948, Manuel D’Oliveira accède au studio musical « Ngoma » de l’éditeur grec Nico Jeronimidis. Ses premières chansons en kikongo, en lingala et en portugais sont absolument remarquables. Comme : « Umbanzanga moyo », « No me digas no », « Yoka biso ban ‘Angola », « Maria Tchebo », « Mwasi kitoko kolala na nkuala », « Elongi ya chérie lokola mwinda », « Chérie Bondowe »… qui évoquent souvent la beauté de la femme congolaise. Dans certaines de leurs chansons la présence de l’organiste belge des éditions Ngoma ; Gilbert Warnant au Solovox est très marquante. Chef du groupe, et membre influent des éditions Ngoma, Manuel Mayungu D’Oliveira va composer sans relâche et  obtient une large audience auprès du public. Enfin, Manuel Mayungu d’Oliveira, c’est près de 44 ans de carrière, plus d’une centaine de chansons interprétées et enregistrées, des dizaines de succès populaires… Parmi eux nous en avons sélectionné 38 entre 1948/1952 aux éditions « Ngoma » qui ont contribué à faire du guitariste-chanteur un mythe, une figure de l’histoire de la musique congolaise : 110-« Muasi kitoko akolala na nkuala » / »Maria Tchebo »-111–« Basi banso tapale »/ »Mama abuti biso »-112–« Na Angola basi bazali mingi »/ »Ticketébungi »-113-« Meno nluta kwame »/ »Avo se mokema ya ndumba »-114-« Mbula ya sala kwame »/ »Umbanzanga » 115 -« Ozola yela »/ »Ndumba yadisompa kwame »116-« Omambu yavangwa »/ »Okuntadilanga ne kunzeyeko »  117–« Elisa muasi kitoko moyibi »/ »Basi na Kinshasa botiaki tembe » – 118 -« Mbamba solo olingi naboma »/ »Elongi ya chérie lokola mwinda »119-« Bana Boma »/ »Kifunga ntumbu ya mulenda » 131-« Bino banso yaka toyemba »/ »Obango Filomèhe » -132 « Edumbanga yabondela » / »Mono kwenda kwame nkwenda kwame » –  212-« Yo mobali ya tembe »/ » Ata nasali yo boni » 213-« Otoko mpene eblondia »/  » Omono i djoko » – 214-« Nutul’omwiwi« ; « Mu Léo kwenda »  241-« Biguini, biguini »/ » Ayi olele » 379–« Djibola Ngoma »/ » Gabi-Gabi eyamba » 380-« Djole nwaba »/ » Ngai na boyi » 1095-« Tin Tin »/« Boni boni muana oyo ». 1984 – Manuel D’Oliveira – Retour au pays natal : l’Angola Manuel d’Oliveira qui éprouve une certaine nostalgie depuis l’accession  à l’indépendance en 1975 de son pays l’Angola, décide d’aller passer ses vieux jours à Luanda. Il est accueilli avec beaucoup de dignité par les autorités angolaises qui le décore en 1987 de la médaille du mérite angolais pour avoir honoré plusieurs années durant la culture traditionnelle « Kongo » de Mbanza Kongo, (San Salvador ) voire de toute l’Angola durant son exil de 63 ans au Congo-Belge et en République Démocratique du Congo. Une de ses chansons célèbres exprime ce long exil : « Ticket ebunga » (perte du de retour).  Manuaku Pépé Felly (guitariste-solo), petit-fils de Manuel d’Oliveira. Le célébrissime guitariste-solo Manuaku Pépé Felly n’a pas seulement hérité du talent de son grand-père, mais tout au long de sa carrière a enchainé des œuvres à succès, les uns derrière les autres. Il a véritablement l’ADN de la scène et il lui revient tout droit de son grand père Manuel d’Oliveira. Manuel Mayungu d’Oliveira s’en est allé le 12 janvier 1988, après une mort suspecte dont on a attribué à un poison. Il est mort à Luanda en Angola, sans avoir connu les honneurs qu’auraient pu lui réserver ses nombreux fans de Kinshasa et de Brazzaville. Clément Ossinondé

‌‌NOVELTY : Un des orchestres qui ont fait la musique congolaise dans les années 50 et 60 – L’âge d’or.

‌‌NOVELTY : Un des orchestres qui ont fait la musique congolaise dans les années 50 et 60 – L’âge d’or.

Parler d’âge d’or de la musique congolaise n’est pas ici usurpé. En 1960, la musique congolaise, précisément au Congo-Brazzaville avait déjà atteint son apogée dans la mesure où elle faisait danser toute l’Afrique! Cette spécificité culturelle est le fruit de l’éclosion de grands orchestres nés vers la fin des années 50 et qui se sont illustrés chacun dans leur style pour atteindre avec beaucoup d’acharnement, des résultats élogieux marquant à jamais, sinon le patrimoine mondial, du moins le patrimoine continental. Ces groupes de musique sont : Cercul Jazz (1954) ; Maquina Loca (1957) ; Negro Band (1958) et enfin Novelty en 1959 (quelques mois avant Les Bantous). 1959 – NOVELTY (Nouvel Orchestre) Dans les coulisses de la danse : Trois frères C’est en marge de leur travail à la fonction publique de l’Etat congolais, que trois frères : Grégoire Poaty, Benjamin Poaty et Joseph Mountou Poaty « Typoa » tous guitaristes, ont eu pour ambition de développer leur approche du milieu musical et des danses tout en permettant aux jeunes de leur quartier à Ouénzé de s’investir bénévolement pour l’animation de leur secteur. Les premiers acteurs à se joindre aux trois frères, s’appellent Albert Nkouka. Il est directeur d’école et joue à la mandoline, puis François Nganga, agent de la maternité de l’Armée, qui lui manie avec beaucoup de dextérité la guitare solo. Les cinq musiciens amateurs s’affirment peu à peu comme une véritable école d’expérimentation. De retour d’un voyage à Libreville au Gabon, Albert Nkouka ramène avec lui, le peu de matériel de musique qu’il faut pour pouvoir se produire en public. Le cercle s’agrandit avec l’intégration de deux fortunés : le guitariste Ebongué, agent de l’Etat, et le mécène camerounais Gabriel Touneleck (commerçant). Ensemble ils prennent la décision de créer au cours du premier semestre 1959, un orchestre pour lequel ils attribuent le nom «NOVELTY» (Nouvel orchestre). Le Bar Super Jazz, lieu de naissance de Novelty Après avoir fait ses premières armes, au  début de l’année 1959, chez « Dadet Bar » à Moungali, (4eme arrondissement  de Brazzaville) l’orchestre va effectuer sa première sortie solennelle au bar « Petit Faignond » rebaptisé « Super Jazz » (Poto-Poto, 3ème arrondissement). La nouvelle formation de Novelty Sous la direction de Joseph Mountou Typoa, on compte désormais au sein du groupe des musiciens de talent comme Paul Gombe «Pincki» (saxo), Jean-Baptiste Miyouna Yano, Benjamin Massamba « Baby » (chant) Hilarion Malemba, Simon Kieya, Bernard Kibangani, Toussaint Moumbenza, et autres, qui ont permis à Novelty de passer progressivement à une musique plus élaborée. Novelty, un orchestre qui sonnait bien, car venant en bonne position après le Negro Band créé en 1958. La nouvelle formation sert la très bonne musique à une foule nombreuse des brazzavillois, venus acclamer l’orchestre des intellos. Les musiciens ont surtout en tête l’avènement très prochain de l’Indépendance du Congo (1960). On peut dire de Novelty, qu’il est aussi le premier groupe à prendre conscience du rôle moteur et vital que la musique pouvait apporter dans la prise de conscience, des congolais pour la consolidation de l’unité nationale. Novelty aux  Editions Ngoma à Kinshasa, quelques mois après. Motivés par la découverte des coulisses de la danse à travers des concerts toujours bondés, les artistes s’investissent avec beaucoup de force pour marquer leur présence sur le marché du disque avant la fête de l’Indépendance. C’est ainsi que l’orchestre va sortir en 1959, aux éditions Ngoma à Kinshasa deux 45 tours avec les titres ci-après : « El Rytmo Novelty » (« Assassin »), « Proclamation République 28 Novembre », « Indépendance » et « La communauté » (Philos). On lui doit également aux éditions « Ngoma », deux  titres au rythme de « cha cha cha » qui ont brûlés l’envie de bouger différemment des nombreux mélomanes de cette époque. Mais, le plus grand mérite de Novelty revient à la composition « Indépendance »  plébiscitée meilleure chanson de l’Indépendance en 1960, et pour lequel il a obtenu le premier prix national. Egalement pour cette qualité, Novelty est ainsi retenu officiellement pour animer les fêtes de l’Indépendance à Pointe-Noire au palais présidentiel pour les VIP, puis le lendemain au bar « Chez Palladium » pour le public de Pointe-Noire. Pendant que l’orchestre Les Bantous était retenu au palais présidentiel à Brazzaville. « Novelty » a surtout rivalisé si bien dans le cadre d’une émulation fructueuse avec les orchestres Cercul Jazz, et Negro Band qui comptaient avant l’arrivée des Bantous, les plus grands orchestres de Brazzaville. De NOVELTY à AFRICA MOD En 1964, cinq ans après un parcours élogieux, L’orchestre Novelty qui est demeuré longtemps au cœur des amateurs de la danse et des amoureux de la chanson au Congo, se disloque malheureusement, à la suite d’un conflit d’intérêt. En effet, tous les musiciens du groupe dans un élan de solidarité, relevant des mauvaises pratiques de la direction, décident en bloc de se séparer de leur chef Mountou Typoa. Le collectif ainsi séparé de son chef fonde un nouvel orchestre qui porte le nom AFRICA MOD « Matata » sous la direction du chanteur Jean Baptiste Miyouna Yano. En réalité c’est Novelty qui a changé de nom. (Le même phénomène s’est produit quelques années après(1967) avec la création de Manta Lokoka dont les musiciens sont issus de l’Africa Mod « Matata », mais sous la direction de Paul Ngombé « Pincki »). Le premier concert du groupe Africa Mod « Matata « qui a eu lieu chez « Elysée Bar » à Moungali (Avenue des 3 martyrs) fut un succès. De fil en aiguille « Africa Mod » apparait désormais comme un grand groupe dont la forme rythmique va rapidement capter l’attention du public et recueillir absolument son adhésion. Mountou Typoa de son côté, crée l’orchestre « Tumba » Si, Jean Baptiste Miyouna Yano est parvenu à assurer à Africa Mod un meilleur niveau, grâce surtout à la maturité de ses musiciens et à leur expérience, Mountou Typoa par contre n’a pu asseoir à sa formation « Tumba » une longue vie. Notons que Joseph Mountou Typoa a eu l’honneur de présider de 1965 à 1967 la première Union des Musiciens Congolais (UMC). Clément Ossinondé

L’épopée des éditions musicales congolaises « Kina » et « Opika » des Frères Moussa Benatar (1949 -1955)

L’épopée des éditions musicales congolaises « Kina » et  « Opika » des Frères  Moussa Benatar  (1949 -1955)

1945, période de la vulgarisation de la musique congolaise de danse, coïncide avec la création des premières Maisons de disques à Léopoldville (Kinshasa). Elle donne effectivement l’occasion aux  précurseurs de la musique congolaise moderne de s’employer activement dans une carrière phonographique qui précisément commence en 1946 avec les éditions « Olympia » (1946-1948) – « Ngoma »(1948-1958) – « Gallotone »  (1949-1952). Editions « Kina » 1949 – Les frères Solomone et Joseph Moussa Benatar  (belgo-juifs) qui appartiennent à une famille de musiciens et propriétaires d’une grande entreprise de vêtements : « Solbena » donnent naissance aux Editions musicales dont ils attribuent l’appellation « KINA »(danser en kikongo). Les frères Moussa Benatar bénéficient du précieux service technique de Mr. Patou, promoteur en 1946 des éditions « Olympia » dissoutes. Dès cette époque, l’honneur échoit au chanteur Paul Mwanga d’enregistrer le premier sur cette marque en compagnie de l’accordéoniste Crispin Loleka (qui avec Camille Feruzi étaient les meilleurs de leur génération) et du guitariste Michel Buta. L’un des premiers disques de cette firme, qui a rendu Paul Mwanga célèbre, a pour titre : « I yaya naboyi monoko ya mobka » qui fit longtemps classé dans la catégorie des chefs-d’œuvre. Conflit entre les Editions « Kina » et « Ngoma » Sur un terrain où la firme « Ngoma » du grec Nico Jeronimidis faisait cavalière seule, la présence du nouveau venu « Kina » poseproblème. En effet, la Firme « Ngoma » revendique devant les tribunaux, l’appellation « Kina » dont elle serait propriétaire depuis sa création en 1948, c’est-à-dire « Kina Ngoma » (jouer au tam-tam en dialecte kongo) Les tribunaux tranchent en faveur de « Ngoma », d’où le changement de l’appellation « Kina » en 1950 par celle d’ »Opika »(tenir bon en lingala). Une trouvaille de Camille Yambi, un proche collaborateur des frères Moussa. 1950 – Les éditions « Opika«  A l’instar de la Firme « Ngoma », la Firme « Opika » va au mieux valoriser le talent de ses musiciens, qui dans leurs premières œuvres recherchent des subtilités sonores dans l’harmonie et le rythme, ce qui fait de leur art l’un des mieux traités. En effet, les frères Moussa Benatar qui s’imposent comme les novateurs de la musique congolaise entrevoient davantage d’excellentes possibilités d’expression musicale à partir desquelles ils font le choix des musiciens d’un bon niveau, et s’attellent à élargir immédiatement leur champ d’action. Ils s’appuient surtout sur un collectif dénommé, le groupe « Bana Opika » qui rassemble tous les musiciens de l’écurie, qui se donnent la main en studio (indépendamment du groupe de chacun) pour enregistrer des superbes disques, fruit d’un travail magnifique conduit par des meilleurs arrangeurs. Ci-après, quelques noms qui ont marqué l’existence des deux  premières années des éditions « Opika », ses acteurs les plus célèbres et qui ont eu à rivaliser avec les éditions « Loningisa » (1950). Ils tiennent une part de leur célébrité à leur remarquable justesse de ton dans l’accompagnement clair, précis et décontracté qu’ils offrent  partir de 1953 à ce que l’on appelé « l’Ecole African Jazz ». Citons : les guitaristes François Boyimbo « Gobi », Albert Yamba Yamba « Kabondo », Charles Mwamba « Dechaud »,Albert Taumani, Zacharie Elenga Jhimmy, Tshilumba Baloji « Tino Baroza« , les chanteurs Joseph Kabaselle, Lucie Eyenga, Paul Mwanga, Nico Kasanda (chant, puis guitariste), les saxophonistes Fud Candrix, Isaac Musekiwa, André Menga, les groupes San Salvador Nelson Simon, Rancho Sébastien et Alvaro Rodriguez, Marcellin Laboga, Etienne Diluvila (percussion), etc… 1955 – La firme Opika cesse d’exister à la faveur des éditions  « Esengo » de l’éditeur grec Dino Antonopoulos, et après avoir racheté le matériel du studio « Opika ». Entre 1957 et 1960 Le Rock-A-Mambo, l’African Jazz et le Conga Jazz constitueront les orchestres vedettes des nouvelles éditions « Esengo ». Clément Ossinondé

L’apparition des deux premiers grands orchestres de cuivres de Brazzaville et de Kinshasa en 1940

L’apparition des deux premiers grands orchestres de cuivres de Brazzaville et de Kinshasa en  1940

1940 marque le début d’un genre de musique qui est à la faveur de la présence des instruments à vent, communément appelé les cuivres. A cette époque expérimentale de la musique congolaise moderne, le besoin se fait sentir d’observer minutieusement  le genre « Bamboula »  de la New-Orléans (1) pour ce qu’elle a de proximité avec notre musique traditionnelle, mais surtout par l’évolution des techniques harmoniques ou de l’avancée des recherches dans le domaine  des cuivres et de la batterie de jazz. Deux groupes congolais,  sur  les deux rives du fleuve Congo sont nés. Ils se veulent les intellectuels d’une musique, inspirée du « Jazz Band » et davantage orientée vers la Rumba et le rock. Leurs efforts furent couronnés de succès, carEmmanuel Damongo Dadet et Antoine Kasongo deviendront les tous premiers artistes à moderniser la musique « folk » par l’apport de nouvelles influences et à l’amener au sommet des chants congolais de l’époque. I – LE MELO CONGO (Mélomanes congolais) Au début des années 40, Brazzaville, où la musique avait déjà atteint son intensité, disposait déjà de quatre fanfares, notamment la Fanfare Militaire, la Fanfare de la Milice, la Fanfare Catholique et la Fanfare Municipale d’où est sorti le Mélo Congo d’Emmanuel Damongo Dadet qui s’était magistralement imposé sur les deux rives du fleuve Congo. En effet, c’est à la suite de la dislocation de la Fanfare de la Municipalité de Brazzaville, qu’Emmanuel Damongo Dadet crée le Mélo Congo. Il est l’un des rares musiciens qui soit à la fois saxophoniste, clarinettiste et guitariste. Inspiré par les grands solistes de jazz, il élabore une forme de musique qui fait un pas en avant dans l’utilisation de divers instruments (saxo, clarinette, violon, trompette, guitare, piano, batterie de jazz…) et vers l’affranchissement de la polyphonie. Le groupe Melo Congo, connaît rapidement un succès immense qui repose sur le soutien inconditionnel des musiciens de talents fascinés par  les cuivres, les guitares, la batterie de jazz,  le chant. Et bien sûr les concerts spectaculaires de ses musiciens qui ne reculaient devant  rien pour satisfaire le public malléable, et user pour cela de tous les artifices en vogue à l’époque. Parmi les noms qui ont constitué la première équipe de Mélo Congo, on compte : Pierre Mara, Georges Ondaye, Jean-Marie Okoko, Philippe Ngaba, Pierre Kanza, Casimir Bounda, Jean Dongou, Augustin Thony, André Tsimba, Pierre Loemba, Barète Mody, Pascal Kakou, acosta, Félix Maleka  et Botokoua. Le groupe Melo Congo inaugure son premier concert dans l’agglomération de Poto-Poto  au dancing-bar « PICKUP », puis on le verra faire la ronde des dancings « Chez Faignond », « Macumba », « Beauté Brazza »  et Chez Ngambali « Mon Pays » , rencontrant partout le succès qui résume bien toute  l’analyse grâce à laquelle Dadet est parvenu à inventer ses propres cadences. De là s’ouvre le chemin de Léopoldville (Kinshasa) où le groupe Melo Congo est régulièrement sollicité pour le grand plaisir des mélomanes kinois. Tout au long de sa carrière musicale, Emmanuel Damongo Dadet su exploiter toutes les possibilités de son instrument, le saxo, particulièrement, au point où il légua plus tard à son jeune cadet Nino Malapet tout son talent. Mais, la musique n’a pas été le seul job de DADET  dont le succès grandira ensuite progressivement dans le domaine de la boxe et du football pour atteindre les sommets élogieux. Formé, en outre,  dans la haute administration coloniale française, Emmanuel Damongo Dadet, connait une renommée amplement méritée, après plusieurs dizaines d’années à l’exercice des fonctions de Conseiller territorial, sénateur et ambassadeur. Au début des années 50, Damongo Dadet qui se voit affecté à Dolisie, cède la direction du Melo Congo à Félix Maleka. Au même moment arrive dans le groupe les musiciens Léon Boungou, Jacquet Opangault (cadet), Raphaël Kakou, Lekassa et Jean Bounda. En 1955, c’est au tour du pilier de l’orchestre Félix Maleka de se retirer pour tendre la perche à Jean Ndongou. Dans cette attitude, il fait une preuve supplémentaire de son adaptabilité et de sa fidélité à un groupe qu’il aime tant, mais il reste que ses conceptions n’obéiront plus à celles qu’avaient tracées ses prédécesseurs. Le groupe se laissera engloutir vers la fin des années 50. Quant à Emmanuel Damongo Dadet, c’est en pleine retraite bien méritée qu’il meure en Mars 1973 à Brazzaville II – L’ODEON KINOIS ou « l’harmonie kinoise » A Kinshasa, et également en 1947 apparait sur la scène musicale congolaise, rive gauche,  l’orchestre ODEON KINOIS ou « l’harmonie kinoise » d’Antoine Kasongo. A l’origine, une bande de copains qui touchent un peu à toutes les musiques qui leur plaisent. Avec la présence en vogue de la Rumba, ils trouvent leur identité, avant d’adapter, puis de transformer considérablement cet idiome. Antoine Kasongo réalise aussi une série de chansons à succès aux éditions Olympia en 1947 – sinon par disque entier – produisant  des œuvres d’une grande qualité sonore. L’Odéon Kinois, est le premier groupe qui aura le mérite  de lancer une forme toute spéciale et particulière de musique de divertissement, en introduisant  le « Sebene », qui est une répétition successive d’un certain nombre de notes, dont l’accent est mis sur la guitare rythmique. Fort heureusement, car les cuivres sont ici prédominants. Antoine Kasongo, guitariste et saxophoniste,  fit de son orchestre à cuivre le premier de Kinshasa, par la qualité de ses musiciens et de la discipline qu’il sut leur imposer. Son œuvre claire, équilibré, d’une grandeur chaude, est l’image de l’art de son temps. Le propos d’Antoine Kasongo est de bâtir une somme musicale tendant  constamment à la perfection. Aidé en cela par un talentueux guitariste « hawaïen »  Zacharie Elenga « Jhimmy »,  il a produit en 1949 aux éditions Ngoma, des disques les plus marquants de l’époque, et dont les chansons « libala liboso se sukali », Baloba balemba », « Naboya ki kobina », « Se na mboka », etc,  sont parvenues à traduire une nouvelle fois cet univers à la fois sympathique et merveilleux, avec sa poésie particulière. Au cours des années 50, sans complètement renoncer à son feeling «  rumba-jazzy », qui a parcouru tous ses disques depuis 1947, Antoine Kasongo, au sommet de sa gloire est revenu à des harmonies, des sentiments plus proches de la tradition

LA RUMBA : peut-on l’inscrire pour la seconde fois au Patrimoine Culturel de l’UNESCO ?

LA RUMBA : peut-on l’inscrire pour la seconde fois au Patrimoine Culturel de l’UNESCO ?

Or, la Rumba cubaine a été sacrée, depuis le mercredi 30 novembre 2016, « Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité » par une décision du comité ad hoc de l’Unesco réuni à Addis-Abeba (Ethiopie) Pourquoi Rumba cubaine et non pas Rumba congolaise ? Il semble que les ministres de la culture de la RDC, du Congo-Brazzaville et de l’Angola n’ayant pu se mettre d’accord pour des raisons bien égoïstes, on longtemps trainé les pieds pour présenter un dossier commun qui aurait permis à l’Unesco de statuer rationnellement. On peut dire que Cuba a triomphé du Bassin du Congo (Congo, RDC, Angola), en s’octroyant la paternité de la Rumba. Pourtant, quelques mois auparavant, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) avait accepté d’entamer le processus du classement de la rumba comme patrimoine immatériel de l’humanité. Le directeur et représentant de l’Unesco en RDC, Abdouramane Diallo, l’avait annoncé mercredi 5 mai 2016 à Kinshasa :  «Le processus est en cours pour que la rumba soit en fait inscrite comme élément immatériel au niveau de la région. La RDC, le Congo-Brazzaville et même l’Angola, vont introduire et soumettre la candidature de la rumba comme élément immatériel du patrimoine de l’humanité », avait affirmé Abdouramane Diallo, lors de la conférence de presse hebdomadaire des Nations unies. Le directeur de l’UNESCO en RDC avait indiqué que ce dossier de classement de la rumba comme patrimoine de l’humanité est soutenu par plusieurs pays, dont ceux de l’Amérique latine. « Nous sommes en bonne voie, il y a juste un exercice technique qui doit être fait ici par le ministre de la Culture. Il s’agit de faire des inventaires, de commencer par un exercice d’inventaire et par après le processus poursuivra », avait ajouté Abdouramane Diallo. Nkumba ou Rumba ? En fait, la Rumba est issue de la danse « Nkumba » (la danse du nombril) au Royaume Kongo. Elle née à CUBA des parents « KONGO » (issus du Royaume  du Kongo : les  deux Congo et  l’Angola). Après son arrivée à Cuba, au XVe siècle, par le canal de la traite négrière, la danse « Nkumba » selon l’alphabet phonétique espagnol va s’appeler désormais « Rumba ». De son évolution à Cuba, trois tendances : la Columbia, le Guanguanco et le Yambu, vont connaître, à partir de 1932, un rayonnement international (Amérique Europe). Le Congo, par le truchement de l’Europe, va se l’approprier, au cours des années 30, pour un retour aux sources. Depuis plus de quatre générations, la rumba congolaise proche de la tendance «Yambu » (« yambula » en Kongo) s’est installée définitivement. La rumba congolaise est un style musical riche par la diversité des thèmes inspirant les chansons congolaises. Chanté en lingala, le rythme de la « rumba » se compte en 4 temps. Le pas de base consiste à faire un pas sur chacun des 3 premiers temps et une suspension sur le dernier temps. Il faut deux mesures pour faire une boite complète. Désormais, la Rumba la vraie est cubaine ! La Rumba cubaine est estampillée depuis mercredi 30 novembre 2016, patrimoine culturel immatériel de l’humanité, devenant une tradition digne d’être protégée. Cuba, avait défendu l’inscription de la rumba « mélange festif de musiques et de danses », « symbole d’une société marginalisée à Cuba ». « La rumba à Cuba, avec ses chants, ses mouvements, ses gestes et sa musique, est une expression de résistance et d’estime de soi qui évoque également la grâce, la sensualité et la joie de rapprocher les individus« , résume le communiqué. La délégation de Cuba à Addis Abeba a indiqué dédier cette inscription à la mémoire du leader de la révolution cubaine Fidel Castro, décédé le 25 novembre 2016  Quoi qu’il en soit la Rumba a des origines Africaines (Kongo) La musique et les mouvements de la rumba à Cuba sont principalement associés à la culture africaine (Kongo), mais comportent également des éléments de la culture antillaise et du flamenco espagnol. La rumba à Cuba a pris son essor dans les quartiers marginalisés de plusieurs villes de Cuba telles que La Havane et Matanzas, près d’autres ports et dans les bidonvilles, et est devenue particulièrement populaire dans les zones rurales où vivaient les communautés d’esclaves africains (Kongo). Connaissant une expansion d’ouest en est sur le territoire, la rumba a constitué un symbole majeur pour une couche marginalisée de la société cubaine et pour l’identité cubaine ; elle permet d’exprimer l’estime de soi et la résistance et contribue au rayonnement social en enrichissant la vie des communautés qui la pratiquent. Notons que Le Comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, qui a siégé du 28 novembre au 2 décembre 2016 en Éthiopie, a examiné 37 dossiers portant sur différents types de patrimoine vivant (danse, musique, gastronomie, fêtes ou festivals…). Enfin, retenons que la RDC (République Démocratique du Congo) travaille depuis plusieurs mois sur le dossier, et éventuellement associera les deux autres pays issus du Royaume Kongo (Congo-Brazzaville, Angola et éventuellement le Gabon) pour la conduite à tenir. Clément Ossinondé

Amadou & Mariam s’expriment au sujet de leur tournée en Chine

Amadou & Mariam s’expriment au sujet de leur tournée en Chine

Après un premier concert où ils sont entourés d’un public très chaleureux à Beijing en Chine, le très célèbre couple de musiciens et chanteurs maliens, Amadou et Mariam, a accordé une interview exclusive à la chaîne CGTN. Le couple, qui a été choisi pour interpréter l’hymne officiel de la Coupe du monde en 2006, est invité en Chine pour une tournée de concerts dans le cadre du mois de la francophonie. Pour rappel, Amadou et Mariam ont été nommés à la 52e cérémonie des Grammy Awards en 2010 dans la catégorie « Meilleur album contemporain de world music » avec leur opus  »Bienvenu au Mali ». Ils sont aveugles, mais ils ont illuminé le monde avec leurs voix et des paroles toujours très encourageantes. A suivre ci-dessous: