Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix menace d’aggraver la faim dans le monde

Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix menace d’aggraver la faim dans le monde

L’escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner une flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant, avertit une agence des Nations Unies, qui craint des répercussions au-delà de la région et une aggravation de la faim dans le monde parmi les populations les plus vulnérables. Dix jours de guerre, qui ont fait vaciller Téhéran et embrasé le Moyen-Orient, perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement, font grimper les coûts et affaiblissent le pouvoir d’achat des familles. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les personnes qui étaient auparavant en situation précaire pourraient être poussées vers une insécurité alimentaire encore plus grave. Le conflit entraîne déjà des répercussions immédiates sur la sécurité alimentaire au Moyen-Orient. Au Liban, d’importants déplacements internes ont lieu au sein d’une population qui est confrontée depuis plusieurs années à une forte insécurité alimentaire. Transport maritime, énergie et engrais En Iran, les pressions économiques préexistantes aggravent la crise. La stagnation économique, la forte inflation alimentaire et la dépréciation rapide de la monnaie étaient à l’origine de l’insécurité alimentaire avant le conflit actuel, laissant les ménages avec une capacité limitée à absorber de nouveaux chocs. À Gaza, si certains points de passage ont depuis rouvert, les prix des denrées alimentaires restent élevés, ce qui continue de limiter l’accès à une alimentation abordable. Au-delà du Moyen-Orient, le conflit provoque de « graves perturbations » dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, avec un scénario sans précédent de « double goulot d’étranglement » pour le transport, qui affecte les marchés du transport maritime, de l’énergie et des engrais, avec des répercussions évidentes.  Cette situation se matérialise déjà dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial. Les perturbations dans cette voie de transit pour environ 20 % des expéditions mondiales de pétrole et de gaz, ont entraîné « une baisse du trafic maritime, une hausse des risques navals et le détournement ou la suspension du fret commercial ». Risque d’inflation mondiale Le PAM avertit que si le conflit s’intensifie, la combinaison du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, autre passage stratégique pour le commerce mondial, pourrait créer « un scénario sans précédent de double goulot d’étranglement pour le commerce mondial et les flux énergétiques ». « Si le scénario actuel devait perdurer, la hausse des prix du pétrole devrait entraîner une augmentation des prix des denrées alimentaires à l’échelle mondiale », prévient l’agence onusienne dans son dernier rapport de situation.  La situation actuelle menace non seulement les marchés mondiaux, mais complique aussi l’acheminement de l’aide humanitaire vers les populations vulnérables. « Cela augmente le risque que les personnes attendent plus longtemps pour recevoir de l’aide et soient confrontées à une insécurité alimentaire et à une malnutrition accrues ». Plus largement, ces tensions sur le détroit d’Ormuz font grimper les prix du carburant et du transport. Selon le PAM, cela accentue donc « le risque d’une nouvelle inflation mondiale, avec des répercussions sur les prix des denrées alimentaires dans le monde entier ». Routes et ports alternatifs Face à ces tensions et à la flambée des coûts, le PAM a obtenu des concessions auprès des compagnies maritimes pour faciliter l’acheminement de l’aide. L’agence onusienne indique avoir négocié « avec succès » la suppression des surcharges d’urgence imposées par les principaux transporteurs maritimes. L’objectif est d’alléger la charge financière qui pèse sur le PAM et d’autres partenaires humanitaires.  Alors que les fermetures d’espace aérien et de certaines routes maritimes continuent de limiter les opérations, le PAM s’adapte pour maintenir la continuité de l’aide. Il s’agit notamment de s’appuyer davantage sur les fournisseurs et les routes de transit en Turquie, en Égypte, en Jordanie et au Pakistan, ainsi que d’utiliser les corridors terrestres entre les Émirats arabes unis et le Levant lorsque cela est possible.  Les ports égyptiens, pleinement opérationnels, et le canal de Suez sont aussi mis à contribution pour soutenir les opérations régionales des agences humanitaires. ONU

MONDE. La fin d’un mythe sécuritaire?

MONDE. La fin d’un mythe sécuritaire?

LIBRES PROPOS. Pendant longtemps, on nous a fait croire qu’Israël disposait des meilleurs services de sécurité et de protection au monde. Dans l’imaginaire collectif international, l’État hébreu apparaissait comme une forteresse imprenable, un pays capable d’anticiper toutes les menaces, de neutraliser tous les complots et de protéger efficacement ceux qui faisaient appel à son expertise. Cette réputation, soigneusement entretenue pendant des décennies, a fini par s’imposer comme une évidence aux yeux de nombreux dirigeants et observateurs. C’est dans ce contexte que plusieurs chefs d’État africains ont choisi de confier leur sécurité personnelle et celle de leurs institutions à des sociétés ou à des experts israéliens. Dans le cadre de l’affaire Jeffrey Epstein, on a découvert que, si les Ivoiriens ont été placés sur écoute, cela a été possible avec le concours des services israéliens. Israël était perçu par Alassane Ouattara et d’autres dirigeants africains comme une référence mondiale en matière de renseignement, de cybersécurité et de protection rapprochée. Les technologies et les méthodes venues de Tel-Aviv étaient présentées comme les plus avancées et les plus fiables. Pourtant, les bombardements que subit quotidiennement Tel-Aviv ébranlent l’image d’une puissance sécuritaire irréprochable et neutre. En quelques heures, le monde entier a pu constater que l’appareil militaire israélien, pourtant réputé parmi les plus performants de la planète, n’était pas à l’abri de failles et de vulnérabilités. L’événement a eu un impact symbolique considérable. Pendant des décennies, l’armée israélienne a été présentée comme quasiment invincible, capable de répondre à toute menace et de maintenir un avantage stratégique permanent dans la région. Or, les attaques iraniennes ont montré que cette supériorité n’était pas absolue. Comme toute puissance militaire, Israël possède ses limites, ses points faibles et ses zones d’incertitude. Cette réalité n’est d’ailleurs pas exceptionnelle dans l’Histoire. Aucune puissance, si forte soit-elle, n’est totalement invulnérable. Les grands empires eux-mêmes ont connu des revers et des moments de fragilité. La perception d’invincibilité est souvent davantage une construction politique et médiatique qu’une vérité durable. Pour de nombreux pays africains, ces événements devraient être l’occasion de réfléchir à leur dépendance sécuritaire vis-à-vis de puissances étrangères. Confier sa sécurité nationale ou présidentielle à des acteurs extérieurs peut sembler efficace à court terme, mais cela comporte aussi des risques. La sécurité d’un État repose d’abord sur ses propres institutions, sur la formation de ses forces de défense et sur le développement de ses capacités nationales. Le débat qui s’ouvre aujourd’hui dépasse donc le seul cas d’Israël. Il pose une question plus large, celle de l’autonomie stratégique des pays africains. Pendant trop longtemps, les dirigeants du continent ont eu tendance à croire que la sécurité devait être importée, comme un produit technologique venu d’ailleurs. Or, les événements récents rappellent que la souveraineté ne peut être déléguée indéfiniment. Le mythe de l’invincibilité de Tel-Aviv apparaît désormais sérieusement ébranlé. Cela ne signifie pas qu’Israël cesse d’être une puissance militaire importante. Mais cela montre que la réalité est plus complexe que l’image qui en a été longtemps diffusée. Comme toute nation, Israël est confronté à des défis, à des adversaires déterminés et à des limites structurelles. Pour beaucoup d’observateurs, cette prise de conscience marque la fin d’une illusion entretenue depuis des années. Le monde découvre peu à peu que la puissance militaire et sécuritaire d’un État, aussi impressionnante soit-elle, n’est jamais absolue. Et c’est peut-être là la principale leçon de ces événements: aucune forteresse n’est totalement imprenable, aucun système de sécurité n’est parfait et aucun mythe ne résiste indéfiniment à l’épreuve des faits. Par Jean-Claude Djéréké Écrivain ivoirien

Iran. Comment l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a piégé Ies USA et Israël : le «guet-apens » du martyr

Iran. Comment l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a piégé Ies USA et Israël : le «guet-apens » du martyr

ON VA PLUS LOIN. Lorsque la mort du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Hosseini Khamenei, a été annoncée, ma première réaction a été de chercher à comprendre les circonstances exactes de sa disparition. On a appris par la suite qu’il est mort chez lui, lors du bombardement de sa résidence par la coalition israélo-américaine. Cela m’a paru très étrange. Pourquoi le Guide iranien est-il resté dans sa résidence, lui qui savait que sa vie était menacée par Israël et les États-Unis ? À mesure que j’écoute les responsables iraniens raconter la séquence, une hypothèse se dessine : celle d’un sacrifice assumé, presque calculé — une forme de « stratégie du sacrifice utile ». Un responsable iranien a même affirmé que le Guide avait refusé d’être évacué dans un lieu sûr. Âgé de 84 ans, affaibli, Khamenei n’avait plus grand‑chose à perdre. Il avait d’ailleurs laissé entendre, dans un discours adressé à la jeunesse iranienne, qu’il était prêt à donner sa vie. Dans un contexte de divisions internes, sa mort pouvait devenir un puissant levier de cohésion nationale, non pas autour du régime en tant que tel, mais autour de la défense de l’Iran. Il savait que sa disparition provoquerait le choc nécessaire pour produire ce que la politique échoue souvent à fabriquer : une unité émotionnelle, un sursaut patriotique qui pousserait les modérés à se rallier à une ligne souverainiste et mobiliserait les communautés chiites de la région. Nous y sommes presque. Les élites occidentales actuelles ont un rapport très conflictuel avec l’Histoire. Pendant et après la Seconde Guerre mondiale, les États‑Unis avaient choisi de préserver l’image de l’empereur Hirohito, craignant qu’une mise en accusation ne déclenche une révolte populaire et ne compromette l’occupation du Japon. L’empereur avait été maintenu comme figure stabilisatrice. L’Iran n’est pas le Japon, mais la stature symbolique de Khamenei dans l’univers chiite est comparable en termes d’impact. En le tuant, les États‑Unis et Israël ont contribué à ressouder les Iraniens — y compris certains opposants — autour de la cause défendue par la République islamique, tout en galvanisant les chiites de la région. Le rapport à la mort au Moyen-Orient est souvent imprégné d’une spiritualité musulmane où la mort est une transition vers l’au-delà, marquée par la soumission à la volonté divine (« Mektoub »), contrastant avec une approche occidentale plus sécularisée, centrée davantage sur l’individu et la douleur. Je me trompe peut-être, mais je reste convaincu que l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei a « piégé » les États-Unis et Israël en les laissant accomplir ce qu’ils désiraient depuis longtemps. C’est ce qu’on appelle le «guet-apens » du martyr. Ce n’est peut‑être pas la guerre elle‑même qui transformera durablement la région, mais la disparition du Guide suprême iranien. Face à des combattants qui ne craignent pas la mort et qui y voient un chemin vers Dieu, les menaces de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu de pulvériser le régime ne suffiront pas à faire reculer les Mollahs. Bien au contraire. Ces derniers semblent déterminés à aller au bout de leur logique, et les pays arabes de la région semblent le comprendre. En réalité, les Américains et les Israéliens mènent une guerre conventionnelle contre des gens pour qui le conflit est en train d’entrer dans sa phase « mystique ». Et, comme je l’ai déjà souligné dans un post précédent, au bout du compte, ne sortira gagnant de cette épreuve de force que le camp capable d’absorber, plus longtemps que l’autre, le choc moral et politique de pertes humaines colossales. Je bois mon lait nsambarisé. Par Patrick Mbeko

Zone euro : croissance résiliente et inflation maitrisée, mais disparités nationales persistantes

Zone euro : croissance résiliente et inflation maitrisée, mais disparités nationales persistantes

L’économie de la zone euro reste globalement résiliente. Après une croissance estimée à 1,5% en 2025, l’activité ralentirait légèrement à 1,3% en 2026 avant de se raffermir à 1,4% en 2027, selon le FMI, portée par une demande intérieure plus dynamique et un redressement progressif du commerce extérieur. La consommation tient bon, soutenue par un marché du travail robuste, le reflux de l’inflation et la progression des revenus réels. À l’inverse, l’investissement privé demeure entravé par l’incertitude, malgré un assouplissement des conditions de financement, souligne la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère marocain de l’Economie et des Finances. En parallèle, l’investissement public joue un rôle de soutien actif grâce aux fonds européens (NGEU) et aux plans de relance nationaux. La reprise reste néanmoins exposée à un contexte international fragile. Tensions commerciales et incertitudes protectionnistes pourraient pénaliser les exportations et freiner l’investissement, souligne-t-elle dans sa récente note de conjoncture (N°348, Février 2026). Sur le front interne, des obstacles structurels persistent : vieillissement démographique, faible progression de la productivité, besoins colossaux liés à la transition énergétique et retard compétitif dans les technologies avancées. Les perspectives nationales demeurent contrastées. L’Allemagne amorce un redressement progressif (1,1% en 2026 après 0,2% en 2025, selon le FMI), porté par un rebond de la consommation et de l’investissement public (infrastructures, défense), après une récession marquée en 2023 2024. La France devrait connaître une reprise modérée (1,0% après 0,9%), tandis que l’Italie resterait à la traîne (0,7% après 0,5%), freinée par une demande molle, un ajustement budgétaire graduel et des rigidités structurelles. À l’inverse, l’Espagne continuerait de surperformer ses pairs, bien que son rythme de croissance ralentisse (2,3% en 2026 après 2,8% en 2025 et un pic de 3,5% en 2024). Cette résilience s’explique par une demande intérieure robuste (hausse de l’emploi et des salaires réels), des conditions financières plus favorables et la poursuite du déploiement des fonds européens (NGEU), tandis que la contribution du tourisme se normalise progressivement. L’Espagne bénéficie également d’atouts stratégiques dans les domaines des énergies renouvelables et des services à haute valeur ajoutée. Au T4-2025, la croissance de la zone euro est restée stable à +0,3%, confirmant une reprise graduelle. Elle est soutenue par la consommation des ménages et l’investissement, tandis que la contribution du commerce extérieur demeure contrastée. Les dynamiques nationales divergent : l’Espagne mène la croissance (+0,8%), l’Allemagne et l’Italie rebondissent (+0,3% chacune), tandis que la France ralentit (+0,2%). Sur un an, la croissance ressort à 1,3%, et atteint 1,5% pour l’ensemble de 2025, au-dessus des attentes. Les données récentes montrent des évolutions contrastées, avec des disparités nationales persistantes. En février 2026, l’activité du secteur privé en zone euro accélère : l’indice PMI flash composite progresse à 51,9 (après 51,3 en janvier), son plus haut depuis novembre. Cette dynamique est portée par le rebond de l’industrie (50,8 après 49,5), qui renoue avec la croissance pour la première fois depuis août, tandis que les services confirment leur expansion (51,8 après 51,6). Les nouvelles commandes marquent le pas, pénalisées par le repli persistant de la demande étrangère. L’emploi recule légèrement pour le deuxième mois consécutif. Les disparités nationales persistent. L’Allemagne accélère nettement (53,1 après 52,1) tandis que la France se stabilise (49,9 après 49,1). En décembre, la production industrielle de la zone euro a chuté de 1,4% sur un mois, sa plus forte baisse depuis avril, après une hausse de 0,3% en novembre (chiffre révisé en baisse). Le repli est marqué dans les biens d’équipement (-1,9% après +2,6%) et plus modéré dans l’énergie (-0,3%), les biens non durables (-0,3%) et intermédiaires (-0,1%). Seuls les biens durables ont progressé légèrement (+0,2%). Toutes les grandes économies ont reculé : Allemagne (-2,7%), France (-0,7%), Italie (-0,4%) et Espagne (-2,7%). Sur un an, la hausse a ralenti à 1,2% après 2,2% en novembre. Sur l’ensemble de 2025, la production industrielle a rebondi de 1,5%. La dynamique de la consommation s’est également essoufflée en fin d’année. Les ventes au détail en zone euro ont reculé de 0,5% en décembre, après une hausse de novembre (+0,1 %). La baisse provient surtout du non-alimentaire (-1,2%), tandis que les ventes alimentaires progressent marginalement (+0,1%) et que le carburant stagne. Le recul est prononcé en France (-1,4%), en Espagne (-0,9%) et en Italie (-0,5%), alors que l’Allemagne affiche une légère hausse (+0,1%). Sur un an, la croissance ralentit nettement à 1,3% (après 2,4%). Toutefois, l’indice de sentiment économique (ESI) a rebondi à 99,4 en janvier, son plus haut niveau depuis janvier 2023, après un creux de 97,2 en décembre. L’amélioration est portée par l’industrie (+1,7), les services (+1,2 point), le commerce de détail (+0,9) et les ménages (+0,8), tandis que les anticipations d’inflation des consommateurs reculent sensiblement. Le redressement est généralisé parmi les grandes économies, notamment en France (+5,8), en Allemagne (+3,0), en Espagne (+1,7) et en Italie (+1,3), signalant un regain de confiance en début d’année. Le marché de l’emploi en zone euro a clôturé 2025 sur une note de résilience inattendue, malgré l’essoufflement économique de la fin l’année. En décembre, le taux de chômage a reflué à 6,2% (contre 6,3% en novembre), rejoignant ses plus bas historiques. Le nombre de demandeurs d’emploi a ainsi diminué de 61k en un mois. Le chômage des jeunes a également baissé (-0,1 point m/m à 14,3%), mais reste élevé. Des disparités nationales persistent : le chômage a reculé en Italie (-0,8 point sur un an à 5,6%) et en Espagne (-0,8 à 10,0%), mais a rebondi en France (+0,4 à 7,7%) et en Allemagne (+0,3 à 3,8%). Les tensions sur le marché du travail restent globalement modérées. L’inflation en zone euro a poursuivi son reflux en janvier, s’établissant à 1,7%, son plus bas niveau depuis septembre 2024, contre 2,0% en décembre2. Accentué par un euro fort, ce repli est porté par une chute des prix de l’énergie (-4,1% après -1,9%) et un apaisement des services (3,2%, au plus faible en quatre mois). En revanche, l’inflation des produits alimentaires non transformés accélère (4,4% après 3,5%). L’inflation sous-jacente (hors énergie et

Guerre États-Unis/ Israël contre Iran : le marathon vient de commencer

Guerre États-Unis/ Israël contre Iran : le marathon vient de commencer

LE TRUC A RETENIR. Le premier jour du conflit opposant la coalition Israël–États‑Unis à l’Iran apporte déjà plusieurs enseignements majeurs. Contrairement à la guerre de douze jours, Téhéran a cette fois réagi immédiatement et de manière coordonnée aux frappes américano‑israéliennes, visant simultanément Israël et plusieurs bases militaires américaines dans le Golfe. Cette capacité de riposte rapide et relativement efficace révèle un niveau de préparation élevé de la République islamique, qui semble avoir tiré toutes les leçons du précédent affrontement. Plus encore, tout indique que l’Iran n’a pas encore mobilisé l’ensemble de ses moyens, ce qui suscite une inquiétude croissante dans les monarchies du Golfe et surtout aux États‑Unis, où certains analystes estiment que les dommages infligés aux installations américaines dans le Golfe compliquent désormais la marge de manœuvre du Pentagone. Les prochains jours pourraient donc être particulièrement mouvementés. La mort du Guide suprême, l’Ayatollah Ali Hosseini Khamenei, modifiera‑t‑elle la dynamique militaire ? Rien n’est moins sûr. Le Guide est avant tout une figure religieuse, et les combattants iraniens entretiennent un rapport à la mort qui est très différent de celui des sociétés occidentales ou africaines. Son assassinat, qui en fait un martyr, va non seulement renforcer la détermination de ses partisans, mais aussi accentuer la radicalisation de la frange la plus modérée du régime. Un autre élément mérite attention : Khamenei avait émis une fatwa interdisant la fabrication, le stockage et l’usage d’armes nucléaires, les qualifiant d’haram (interdites par l’Islam). Rien ne garantit que son successeur maintiendra cette position. En vérité, les États-Unis et Israël viennent d’encourager les Iraniens à se doter de l’arme nucléaire au plus vite. Et cela arrivera tôt ou tard. À moins que les pays agresseurs ne lèvent l’option d’intervenir sur le terrain en Iran, ce qui est très peu probable. Bref. Le conflit armé qui vient de commencer n’est pas une course de vitesse, mais bien un marathon où l’avantage reviendra à la partie capable d’absorber les pertes sans vaciller. Reste à voir comment réagira l’opinion américaine lorsque les premiers cercueils de soldats reviendront sur le sol des États‑Unis. Je bois mon lait nsambarisé… Par Patrick Mbeko

Chine : entre excédent extérieur record et fragilités structurelles internes

Chine : entre excédent extérieur record et fragilités structurelles internes

L’économie chinoise a clôturé 2025 sur une croissance de 5,0%, conforme à l’objectif officiel, mais aborde 2026 avec des vents contraires plus marqués, souligne la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère marocain de l’Economie et des Finances. « Cette performance repose notamment sur des exportations robustes et des soutiens publics ciblés, masquant la fragilité de la demande intérieure et la crise immobilière persistante », explique ce département dans sa note de conjoncture du mois de février 2026 (N°348). Selon le FMI, la croissance devrait ralentir à 4,5% en 2026 puis 4,0% en 2027, sous l’effet de déséquilibres structurels durables et d’un contexte international contraignant. Les perspectives restent contraintes par la contraction prolongée de l’investissement résidentiel, ainsi que par la montée des tensions commerciales et technologiques au niveau mondial. L’économie demeure exposée à des défis structurels profonds : vieillissement démographique, chômage des jeunes persistant (16,5% en décembre 2025), ralentissement de la productivité et endettement élevé des collectivités locales. Les pressions déflationnistes persistent, l’inflation ayant atteint seulement 0% en moyenne en 2025. Au T4 2025, la croissance du PIB chinois a ralenti à 4,5% (contre 4,8% au T3), marquant son plus faible rythme depuis trois ans. Ce tassement reflète une demande intérieure fragile – la consommation n’ayant contribué qu’à hauteur de 2,4 points – et une crise immobilière persistante avec un recul de l’investissement résidentiel de 17% sur l’année. L’excédent commercial record a partiellement compensé ces faiblesses, contribuant pour 1,4 point à la croissance du trimestre. Les derniers indicateurs confirment la faiblesse persistante de la demande intérieure. En décembre 2025, les ventes au détail n’ont progressé que de 0,9% en glissement annuel, marquant la plus faible croissance depuis décembre 2022, après +1,3% en novembre. Cette tendance est alimentée par un marché de l’emploi déprimé et la chute des prix immobiliers. L’investissement en actifs fixes a chuté de 3,8% en 2025, la première baisse annuelle depuis 1989, affecté par un déclin de 17,2% dans l’immobilier, malgré une légère hausse dans l’industrie manufacturière (+0,6%). Excluant l’immobilier, l’investissement en actifs fixes a diminué de 0,5%. En revanche, la production industrielle a accéléré à +5,2% en décembre, après +4,8% en novembre, soutenue par une hausse de l’industrie manufacturière (+5,7%). Sur l’ensemble de l’année 2025, la production industrielle a augmenté de 5,9%. De même, l’activité privée s’est renforcée en janvier, avec un indice PMI composite en hausse (à 51,6 après 51,3 en décembre), soutenu par une accélération des services (52,3 après 52,0) et une légère reprise du secteur manufacturier (50,3 après 50,1).

La Convention du travail maritime a 20 ans

La Convention du travail maritime a 20 ans

Adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime La Convention du travail maritime (CTM) a soufflé ses 20 ans lundi 23 février 2026. Ce traité historique a été adopté le 23 février 2006 par la Conférence internationale du travail maritime à travers un consensus tripartite sans précédent et constructif entre gouvernements, armateurs et gens de mer. «Cet engagement partagé a permis d’aboutir à une convention à la fois ambitieuse dans ses protections et pragmatique dans sa mise en œuvre au sein d’un secteur véritablement mondial », ont affirmé l’Organisation internationale du travail (OIT), la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) dans une déclaration conjointe publiée à l’occasion des 20 ans de la CTM. Un pilier du travail décent en mer En parvenant à consolider et à moderniser près de soixante-dix instruments relatifs au travail maritime au sein d’un cadre international unique et complet,  ce jalon de la Convention du travail maritime « a établi des normes minimales contraignantes en matière de salaires, de durée du travail et de repos, de soins médicaux, d’hébergement, de rapatriement et de protection sociale, créant ainsi une base mondiale claire et cohérente pour le travail décent en mer », expliquent-ils. Appel renouvelé pour un transport maritime mondial équitable et durable, protégeant les droits des gens de mer Pour l’OIT, l’ICS et l’ITF, il ne fait aucun doute que, depuis son entrée en vigueur, ce traité « a permis des améliorations tangibles des conditions de vie et de travail à bord des navires, renforcé le respect des normes grâce aux contrôles exercés par les Etats du pavillon et les Etats du port, et offert un mécanisme structuré pour faire face aux défis émergents ». Dans un autre communiqué conjoint, l’OIT et l’Organisation maritime internationale (OMI) ont estimé que la Convention a apporté des améliorations concrètes pour des millions de gens de mer au cours des deux dernières décennies. Contribution à la réalisation du travail décent en mer  Explications : « En établissant des normes minimales claires et applicables couvrant les conditions d’emploi, les salaires, la durée du travail et les périodes de repos, le logement, la protection de la santé, les soins médicaux, le bien-être et la sécurité sociale, et en les appuyant sur des mécanismes de conformité et d’application solides, la CTM 2006 a effectivement contribué à la réalisation du travail décent en mer ». Ce n’est pas tout. Les deux organisations assurent que la Convention a parallèlement contribué à uniformiser les règles du jeu pour les armateurs responsables en réduisant la concurrence déloyale fondée sur des conditions de travail inférieures aux normes. Ce faisant, elle a renforcé la sécurité, l’efficacité et la résilience du transport maritime, pilier essentiel de l’économie mondiale. Dans leur déclaration conjointe, l’OIT, l’ICS et l’ITF se réjouissent de constater  que « les amendements adoptés au cours de la dernière décennie ont renforcé les garanties en matière de sécurité financière, soutenu les gens de mer en cas d’abandon ou de criminalisation, et consolidé les protections face à la pandémie de Covid-19 ainsi qu’aux violences et au harcèlement à bord ». De l’avis des trois organisations, ce traité a transformé les conditions de travail et de vie des gens de mer dans le monde entier et renforcé la concurrence équitable dans le transport maritime mondial. Bien qu’elle constitue un exemple emblématique du dialogue social et de la coopération multilatérale en action,  et malgré des progrès indéniables, l’OIT et l’OMI estiment que la CTM 2006 est confrontée à des défis majeurs. Et pour cause : «Les gens de mer et l’industrie maritime continuent de faire face à des attaques illégales contre les navires, à l’abandon et à la criminalisation des gens de mer, à la fatigue, aux salaires impayés et au refus de permission à terre », déplorent-elles. Garantir la solidité de la MLC et sa pleine mise en œuvre. Ainsi, l’OMI et l’OIT appellent tous les Etats et les parties prenantes de l’industrie à respecter ses normes, à renforcer la conformité et à œuvrer en partenariat pour garantir les droits des gens de mer et promouvoir un avenir équitable, inclusif et durable pour le transport maritime mondial, et saisissent l’occasion du 20e anniversaire de la MLC pour réaffirmer leur engagement envers les principes et les protections qu’elle consacre et reconnaître l’impact profond qu’elle a eu sur les gens de mer et sur le transport maritime mondial. Alain Bouithy

À Munich, les États-Unis assument leur projet de domination mondiale

À Munich, les États-Unis assument leur projet de domination mondiale

TRIBUNE. Le discours de Marco Rubio à la Munich Security Conference marque un basculement idéologique clair et net. Beaucoup d’entre nous avaient déjà compris cette trajectoire, et l’avaient annoncée, avertissant que le retour de Trump signifierait une hégémonie occidentale assumée, moins masquée teplus frontale. Cette fois, l’aveu est public. Les États-Unis affirment leur volonté de restaurer la domination occidentale et de placer leur hégémonie au-dessus des valeurs proclamées et du multilatéralisme, sans excuse, sans retenue, avec une assurance glaciale. La souveraineté, le contrôle des frontières, la puissance industrielle et la continuité civilisationnelle forment le socle de cette vision. Le ton était assumé et sans embages. À certains moments, il portait même une nostalgie pour la grandeur impériale perdue de l’Europe, accompagnée d’un appel à reprendre force et direction aux côtés des États-Unis, comme si la perte des colonies relevait d’une tragédie historique qu’il faudrait corriger par une nouvelle reconquête. La période qui a suivi la fin de la guerre froide est décrite comme une phase d’illusion. Le commerce aurait été érigé en garant de stabilité mondiale. Les institutions internationales auraient été perçues comme des arbitres suffisants. L’interdépendance globale aurait été considérée comme un substitut à la puissance stratégique. Cette confiance est aujourd’hui jugée coûteuse pour l’occident occasionnant selon lui, la désindustrialisation qui aurait affaibli les économies occidentales. Marc Rubio affirme que la souvenirté et l’hégémonie occidentale a été diluée au nom de la coopération. Et leur nouvelle doctrine replace les intérêts et le contrôle du monde par l’occident au centre de leur politique militaire et étrangère. Il parle même de la défense de la civilisation occidentale jugée supérieure. La réindustrialisation, la domination technologique, la maîtrise des minerais stratégiques et le contrôle ferme des frontières sont présentés comme les instruments d’un renouveau. Dans cette perspective, l’Occident se considère comme supérieur sur le plan civilisationnel et appelé à dominer le reste du monde. L’Europe est invitée à s’aligner sous peine de marginalisation. Son message est explicite : reprendre le contrôle du monde. Pour ceux d’entre nous qui vivent dans le Sud global, ce moment exige une forte clairvoyance. Les États-Unis et l’Occident poursuivront richesse et puissance avec détermination et sans aucune retenue sentimentale ou morale. Les minerais stratégiques, les chaînes d’approvisionnement, les marchés du Sud constituent des enjeux centraux de cette ambition. Ils ne viennent pas négocier mais arracher. La vulnérabilité la plus grave se situe pourtant en Afrique même. Nombre de nos nations sont dirigées par des élites qui abandonnent leur marge de manœuvre avant même toute pression extérieure. Elles échangent terres, ressources et souveraineté de long terme contre la garantie de rester au pouvoir et de préserver des maigres privileges. Ce que nous observons aujourd’hui ressemble à une nouvelle conférence de Berlin bis. En 1884, les puissances européennes invoquaient une mission civilisatrice pour légitimer le partage et la conquête. Aujourd’hui, aucun vernis moral n’est nécessaire. Les objectifs sont énoncés clairement: richesse, contrôle, domination. L’Afrique est déjà prise dans des systèmes qui extraient ses richesses et limitent ses choix. La dépendance financière, la dépendance technologique et la fragmentation politique renforcent cet état. Et si nous restons passifs et divisés, ces mécanismes se durciront. Le discours de Munich retire enfin le masque de l’Occident. L’époque des langages prudents et politiquement corrects est révolue. L’Afrique doit choisir si elle restera parmi les dominés ou si elle veut se soustraire à cette domination. Le danger ne nous guette plus : il est déjà là, et il nous revient de nous organiser pour ne pas revoir nos enfants se faire fouetter dans les champs de canne à sucre dans quelques décennies. Réveillons-nous, peuple africain. Par Farida Bemba Nabourema Citoyenne Africaine Désabusée!