
TRIBUNE. Le discours de Marco Rubio à la Munich Security Conference marque un basculement idéologique clair et net. Beaucoup d’entre nous avaient déjà compris cette trajectoire, et l’avaient annoncée, avertissant que le retour de Trump signifierait une hégémonie occidentale assumée, moins masquée teplus frontale.
Cette fois, l’aveu est public. Les États-Unis affirment leur volonté de restaurer la domination occidentale et de placer leur hégémonie au-dessus des valeurs proclamées et du multilatéralisme, sans excuse, sans retenue, avec une assurance glaciale.
La souveraineté, le contrôle des frontières, la puissance industrielle et la continuité civilisationnelle forment le socle de cette vision. Le ton était assumé et sans embages. À certains moments, il portait même une nostalgie pour la grandeur impériale perdue de l’Europe, accompagnée d’un appel à reprendre force et direction aux côtés des États-Unis, comme si la perte des colonies relevait d’une tragédie historique qu’il faudrait corriger par une nouvelle reconquête.
La période qui a suivi la fin de la guerre froide est décrite comme une phase d’illusion. Le commerce aurait été érigé en garant de stabilité mondiale. Les institutions internationales auraient été perçues comme des arbitres suffisants. L’interdépendance globale aurait été considérée comme un substitut à la puissance stratégique. Cette confiance est aujourd’hui jugée coûteuse pour l’occident occasionnant selon lui, la désindustrialisation qui aurait affaibli les économies occidentales. Marc Rubio affirme que la souvenirté et l’hégémonie occidentale a été diluée au nom de la coopération. Et leur nouvelle doctrine replace les intérêts et le contrôle du monde par l’occident au centre de leur politique militaire et étrangère.
Il parle même de la défense de la civilisation occidentale jugée supérieure. La réindustrialisation, la domination technologique, la maîtrise des minerais stratégiques et le contrôle ferme des frontières sont présentés comme les instruments d’un renouveau. Dans cette perspective, l’Occident se considère comme supérieur sur le plan civilisationnel et appelé à dominer le reste du monde. L’Europe est invitée à s’aligner sous peine de marginalisation. Son message est explicite : reprendre le contrôle du monde.
Pour ceux d’entre nous qui vivent dans le Sud global, ce moment exige une forte clairvoyance. Les États-Unis et l’Occident poursuivront richesse et puissance avec détermination et sans aucune retenue sentimentale ou morale. Les minerais stratégiques, les chaînes d’approvisionnement, les marchés du Sud constituent des enjeux centraux de cette ambition. Ils ne viennent pas négocier mais arracher.
La vulnérabilité la plus grave se situe pourtant en Afrique même. Nombre de nos nations sont dirigées par des élites qui abandonnent leur marge de manœuvre avant même toute pression extérieure. Elles échangent terres, ressources et souveraineté de long terme contre la garantie de rester au pouvoir et de préserver des maigres privileges.
Ce que nous observons aujourd’hui ressemble à une nouvelle conférence de Berlin bis. En 1884, les puissances européennes invoquaient une mission civilisatrice pour légitimer le partage et la conquête. Aujourd’hui, aucun vernis moral n’est nécessaire. Les objectifs sont énoncés clairement: richesse, contrôle, domination.
L’Afrique est déjà prise dans des systèmes qui extraient ses richesses et limitent ses choix. La dépendance financière, la dépendance technologique et la fragmentation politique renforcent cet état. Et si nous restons passifs et divisés, ces mécanismes se durciront.
Le discours de Munich retire enfin le masque de l’Occident. L’époque des langages prudents et politiquement corrects est révolue. L’Afrique doit choisir si elle restera parmi les dominés ou si elle veut se soustraire à cette domination. Le danger ne nous guette plus : il est déjà là, et il nous revient de nous organiser pour ne pas revoir nos enfants se faire fouetter dans les champs de canne à sucre dans quelques décennies. Réveillons-nous, peuple africain.
Par Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée!