La Gifle du défi : un roman politique de Dominique M’Fouilou sur les dérives du pouvoir

La Gifle du défi : un roman politique de Dominique M’Fouilou sur les dérives du pouvoir

Le romancier et dramaturge y explore la peur et l’autoritarisme LIVRES. Les Éditions Jets d’Encre annoncent la parution de « La Gifle du défi », du romancier et dramaturge Dominique M’Fouilou, qui explore les mécanismes de la peur et de l’autoritarisme à travers le destin d’un homme ordinaire confronté à l’arbitraire du pouvoir. Dans ce roman politique de 104 pages, publié en mars dernier, l’écrivain congolais y expose ainsi les fractures politiques et humaines, capables de transformer un fait minuscule en tragédie universelle. Jean Martial Combo dirige la Maison de la Radio nationale avec la rigueur tranquille de ceux qui croient encore aux règles. Jusqu’au jour où une coupure de discours provoque l’irruption du Président lui-même, furieux, humiliant, violent. Une gifle tombe. Puis une autre, rendue, irrépressible. En un instant, le geste fait basculer une vie. Dès lors, Jean Martial est traqué, observé, cerné par un pouvoir qui ne pardonne pas l’affront. La peur s’installe, l’étau se resserre, et l’exil devient la seule échappatoire pour sauver sa liberté – et sa dignité. Diplômé de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), docteur 3e cycle de connaissance du tiers-monde, à Paris VII, Dominique M’Fouilou réside à Neuilly-sur-Marne en France. « La Gifle du défi » est disponible dans toutes les librairies et sur le site de l’éditeur (www.jetsdencre.fr) Patricia Engali

LIVRE. LA TÉLÉVISION AU SÉNÉGAL : ÉVOLUTION ET PROBLÉMATIQUES ACTUELLES (1)

LIVRE. LA TÉLÉVISION AU SÉNÉGAL : ÉVOLUTION ET PROBLÉMATIQUES ACTUELLES (1)

NOUVELLE PARUTION. La télévision sur le continent, dans son évolution, a pris une place prépondérante dans le sociopolitique africain. Ainsi l’universitaire sénégalais Mor Faye n’est pas resté indifférent à l’évolution et aux problèmes posés par la télévision de son pays. Au Sénégal, la télévision fait son apparition sous le régime socialiste ; aussi sera-t-elle sous le joug des tenants du pouvoir. Contrairement à certains pays du continent, la télévision sénégalaise va s’inscrire dans un « multipartisme limité » qui va ensuite se transformer en « multipartisme intégral ». Mais, comme dans la plupart des pays francophones africains, la télévision au Sénégal se voit manipulée par le pouvoir socialiste. Et comme l’affirme Mor Faye, « sous l’impulsion du parti au pouvoir, les outils de propagande ont été mis en place, notamment à travers l’audiovisuel » (p.46). Un constat à cette époque : les Sénégalais n’ont pas échappé à cette maladie infantile des politiques africains qui veulent contrôler leur média. Au Sénégal, se révèle l’étouffement de l’expression plurielle. À ce propos, on peut se référer à la réflexion de l’auteur quand il annonce clairement que « la première forme d’allégeance de la télévision nationale sénégalaise au régime socialiste est l’absence de pluralisme dans [son] fonctionnement » (p.46). Aussi, dans son évolution, dans l’espace et dans le temps, l’audiovisuel au Sénégal va connaitre la fin du monopole d’état et d’autres opérateurs privés nationaux vont s’intégrer dans le monde de l’audiovisuel. Et c’est le processus de libéralisation du secteur télévisuel national sénégalais qui voit le jour. Mor Faye révèle que, de 1973 à 2003, le secteur télévisuel dans son pays ne comptait que la télévision nationale, la RTS. Sous le gouvernement du président Abdoulaye Wade Sénégal, se remarque l’ouverture du secteur télévisuel aux opérateurs privés nationaux. Malheureusement ce processus laborieux sera fortement contesté. Et Mor Faye de nous rappeler que la « loi 7351 du 3 décembre 1973 qui crée l’office de Radiodiffusion Télévision du Sénégal (ORTS) lui confie le monopole de toutes les émissions de radiodiffusion ou de télévision. (…) Ainsi, en dehors des pouvoirs publics sénégalais, nul n’avait le droit de créer une station ou une chaine de télévision indépendante » (p.95). Mais les partis d’opposition ne vont être statiques devant cette loi qu’ils jugent injuste ; aussi, sous la pression constante de ceux-ci, le secteur de la télévision est obligé de sortir de sa monopolisation. Et progressivement la création de chaines de télévision privée est autorisée ; elles vont jouer un rôle important car étant des chaines de télévision commerciales sénégalaises. On spécifie alors l’égal accès à la télévision, le pluralisme ainsi que la diversité des points de vue. Dans la dernière partie de sa réflexion, Mor Faye essaie de mettre en exergue les défis majeurs de la télévision au Sénégal, défis qui se manifestent explicitement dans le monde de la télévision dans les autres pays africains.  La télévision au Sénégal, une étude riche, pédagogique et didactique qui révèle l’évolution ainsi que les problématiques posés par la télévision sénégalaise. C’est une étude qui montre que l’auteur est plus qu’un enseignant chercheur en matière de communication dans l’audiovisuel. La télévision au Sénégal, un ouvrage qui devrait intéresser les journalistes de l’audiovisuel des pays francophones où se posent les mêmes problèmes que ceux du Sénégal. Noël Kodia-Ramata Mor Faye, La télévision au Sénégal, éd. L’Harmattan, Paris, 2026

Edition. Loubaba Laalej dévoile sa « Voix intérieure » 

Edition. Loubaba Laalej dévoile sa « Voix intérieure » 

Dans son ouvrage « Voix intérieure : Écrits et œuvres », l’écrivaine, poétesse et artiste-peintre marocaine Loubaba Laalej invite les lecteurs à un débat sur la nature de la voix intérieure et la forme de ce dialogue silencieux fait d’images et de mots que l’on médite au fond de soi. Pour elle, cette « voix intérieure » s’apparente même à une forteresse intime, un espace protégé où réside l’âme humaine dans toute sa profondeur et sa particularité. Cette réflexion dense et philosophique est structurée en trois chapitres : « Voix de sagesse, m’entends-tu ? », « Voix des échos ! » et « Langage intérieur ». Loubaba soulève une question fondamentale : doit-on comprendre la notion de « voix intérieure » comme étant simplement les « pensées intérieures » traduites sous forme de langage en soi?Si cela est vrai, cela impliquerait que toute pensée est intrinsèquement liée au langage. Pour l’auteure, cependant, penser revient à « parler intérieurement ». Ce qu’elle désigne comme une « parole intérieure » serait donc une forme primordiale de pensée capable d’exister avant le langage lui-même.  C’est ce que pense aussi l’écrivain français Jean-Baptiste Baldini, préfacier de cet ouvrage : « Il est surtout question de repérer ce qui dans notre propre humanité relève du jeu de la voix intérieure. L’idée même d’une intériorité psychique, d’un monde à soi caché au regard des autres, est sans doute tributaire de la possibilité d’entretenir à tout instant un dialogue avec soi-même. Cette possibilité, que l’auteure a largement mise en acte, de délibérer dans son for intérieur, confère à la vie psychique une profondeur délibérative et un recul face au flux du monde, sans qu’il soit véritablement question d’un espace clos sur lui-même, que le terme intériorité pourrait laisser entendre ». D’autre part, lire les poèmes de Loubaba Laalej procure une impression persistante d’une parole qui se lève, une manière d’appel ou d’invitation essentielle. L’emploi du vers, en offrant une liberté d’articulation à la phrase, agit comme une cadence singulière et marque visuellement, pour le regard, la tension née de la désillusion ou de l’interrogation humaine. Selon l’écrivain et poèteMounir Serhani, en lisant « Voix intérieure » de la poétesse marocaine Loubaba Laalej, nous pourrons dire que la voix/la voie poétique y est un moyen d’extérioriser les dedans humains (sentiments, cris, contemplations, méditations, aveux, etc.), notamment par le biais du registre lyrique.  « Dans ce sens, elle a bien réussi à exprimer l’authenticité de ses émotions, de sa sensibilité, de son intimité. Sensibilité poétique et sensibilité plastique, picturale, car l’union passionnelle de la poésie et de la peinture enfante de merveilleux fragments poétiques d’une richesse et d’une sensibilité jubilatoires. Les illustrations viennent autrement à la langue et même sans écrire. Il suffit de lire, d’accueillir la parole de la poétesse qui tombe en ces dedans comme la différence bienfaisante, la confirmation de soi par le tout extérieur », note-t-il dans la préface de cet ouvrage. Le recueil « Une voix intérieure » de la poétesse Loubaba Laalej, accompagné de l’élégante traduction du critique Abdallah Cheikh, constitue un dialogue poétique et plastique qui puise ses racines dans la philosophie de la poésie, dans sa quête incessante de l’exploration des distances et de la proximité, selon l’expression de l’anthropologue Abdallah Hamoudi. « L’œuvre poétique tissée par la plume de la poétesse dépasse tout ce qui est superficiel et tente de pénétrer l’intime. Mais quelle est ici la différence entre l’intime et la profondeur ? Dans la poétique du son, l’intime est voilé par une référence inspirée du monde de la psychologie ; bien que ce soit une âme qui refuse de s’installer dans cette existence poétique humaine limitée que Sigmund Freud a définie », souligne le critique et poèteIbrahim El Keraoui dans sa préface.  Pour sa part le poète et journaliste Driss Allouch considère qu’il s’agit d’une voix intérieure qui vient du fond de l’âme et qui, en apaisant son inquiétude, trace les premiers mots dans le journal de l’univers et de de l’existence.«Le journal de la vie qui s’attarde sur les détails du quotidien, du vécu, de la réflexion et de l’irréfléchi, et qui explore les profondeurs des contradictionsde la vie dans son ensemble : celle de la poétesse et plasticienne Loubaba Laalej.C’est ce que racontent ces textes, ainsi que ces fragments qu’elle tisse en phrases, bénissant le pas vers les deux rives, à savoir la forme et le contenu, le sens et la structure, l’architecture des textes et l’ingénierie de leur composition, selon le gré des doigts de leur créatrice», indique-t-il dans sa préface de cet ouvrage. A.A Loubaba Laalej met la poésie et l’art à l’honneur au SIEL. Dans une atmosphère chaleureuse, empreinte de partage intellectuel et de célébration artistique, la séance de dédicace de l’ouvrage «Voix intérieure » de l’écrivaine et artiste peintre Loubaba Laalej a captivé un public enthousiaste lors du Salon International de l’Édition et du Livre 2026. Cet événement culturel a rassemblé un vaste panel d’intellectuels, écrivains, artistes, universitaires ainsi qu’un public passionné par la littérature et les arts plastiques, curieux de plonger dans l’univers unique de l’auteure. L’occasion a permis d’instaurer un espace exceptionnel d’échange sur l’écriture poétique, l’expression artistique et les liens profonds unissant texte et image. Les discussions ont révélé toute la profondeur humaine et artistique de l’œuvre, en mettant en lumière la richesse créative insufflée par Loubaba Laalej. Le public, captivé et réceptif, a manifesté une vive admiration pour cette approche où poésie, peinture et introspection s’entrelacent dans une recherche commune de sens, de beauté et d’émotion. Il convient également de souligner que la traduction en arabe de ce recueil a été réalisée par Abdellah Cheikh. L’ouvrage est enrichi par des préfaces signées par deux figures majeures de la littérature marocaine, Driss Allouch et Ibrahim El Keraoui, ajoutant une dimension supplémentaire à cette œuvre déjà saisissante. 

Paris. Cérémonie de présentation du livre consacré à Mgr Hervé Itoua

Paris. Cérémonie de présentation du livre consacré à Mgr Hervé Itoua

LIVRE. Dimanche 3 mai 2026, sous un ciel printanier, une salle au cœur de Paris s’est remplie bien avant l’heure du début de l’événement. L’Église et des gens de culture, dont de nombreux fidèles, s’étaient donné rendez-vous pour une belle et rare cérémonie qui a consisté à présenter solennellement à Mgr Hervé Itoua, ancien Évêque du Diocèse de Ouesso, en République du Congo, un livre qui lui est entièrement dédié. L’ouvrage, fruit d’un long travail de mémoire et de gratitude, est signé de deux prêtres du Diocèse de Ouesso, les Pères Lys Mokoko et Chanel Motondo. La forte affluence témoignait de l’intérêt de la cérémonie. Prêtres, laïcs engagés, membres de la diaspora congolaise, amis de l’Église d’Afrique y étaient. Présence par ailleurs remarquée de Son Excellence M. l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République du Congo en Italie, M. Henri Okemba, venu à titre individuel. À ses côtés, M. Armand Remy Balloud Tabawe Ministre Conseiller, représentant Son Excellence M. l’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République du Congo en France, M. Rodolphe Adada. Parmi les hommes d’Église, on reconnaissait Messeigneurs Jean Cardin et Abagna, sur les lieux pour entourer leur frère Mgr Hervé Itoua. Dans ce décor, à la fois solennel et familial, en ma qualité de modérateur, j’ai eu l’honneur d’ouvrir et de conduire la cérémonie. Ma mission a consisté à veiller à la solennité des prises de parole, maintenir le fil spirituel de la rencontre et honorer la mémoire vivante de Mgr Hervé Itoua. J’avais conscience d’accompagner un moment d’histoire pour le Diocèse de Ouesso et pour l’Église qui est en France et au Congo. L’ensemble des interventions avait une empreinte religieuse axée sur l’apostolat de Mgr Hervé Itoua. Chaque orateur a déposé sa pierre. Les Pères Lys Mokoko et Chanel Motondo ont raconté le pasteur de terrain, l’homme des pistes de la Sangha, le formateur exigeant et aimant. Ils ont salué un bâtisseur de paix, un homme de culture et de dialogue. Témoigné de sa paternité exigeante, envers les jeunes prêtres et de son zèle missionnaire en terre Sangha-Likouala. Messeigneurs Cardin et Abagna, MM. les Abbes Suijes Samba et Thierry Dorel ont évoqué, Mgr Itoua, l’évêque de prière, d’annonce et de charité. Des interventions qui respiraient l’Évangile la foi, la fidélité, le don total. Pour sa part, M. le Ministre Conseiller Armand Remy Balloud Balawe a souligné l’esprit constructif de Mgr Hervé Itoua et mis en relief son rôle de pont entre les peuples et les cultures. Saluant par ailleurs, l’ouvrage écrit pour matérialiser son apostolat et relever son parcours d’homme. En soutane et bonnet rouge, Mgr Hervé Itoua avait une allure grave qui fera date. Sa voix posée a livré un enseignement d’une densité rare. Avec des brins de conseils offerts comme un testament, il a exhorté l’assistance à ne jamais se détacher de Dieu. Restez greffés au Christ », a-t-il lancé. C’est là, a t-il ajouté notre force, notre joie, notre avenir. S’en sont suivis un silence, puis une ovation debout, respectueuse. A cet instant, l’expression Mgr Hervé Itoua  » Fondateur » a traversé la salle comme un refrain. En effet, fondateur de paroisses au fond de la forêt, fondateur de structures de formation, fondateur de vocations, Mgr Itoua a posé des fondations invisibles dans les cœurs. Le livre en témoigne. Mgr Hervé Itoua a semé. D’autres moissonnent. Si cet après-midi du 3 mai 2026 doit laisser une trace, c’est une convergence des pensées vers l’apostolat de Mgr Hervé Itoua. Les prises de parole, les présences, le livre, les applaudissements, le silence même, n’avaient qu’un seul centre de gravité, Mgr Hervé Itoua. Un homme qui a donné sa vie pour l’Évangile à Ouesso. Dans sa vie, Mgr Hervé Itoua n’a pas cherché les honneurs. Il a cherché les âmes. Et ce 3 mai 2026 à Paris, l’Église et les fidèles, réunis autour d’un livre, n’ont fait que rendre à son apostolat ce qu’il a lui-même reçu de Dieu. Comme l’a écrit Mme l’Ambassadrice Rosalie Kama Niamayoua, dans la préface du livre, l’Évêque fondateur demeure l’apôtre. Et l’apôtre continue de parler, à travers ceux qu’il a engendré à la foi. La séance de dédicace du livre par les Révérends Pères Lys Mokoko et Chanel Motondo, suivie d’un verre d’amitié offert aux participants, a clos la cérémonie après le mot de remerciement de M. Jean Pierre Benga. Au final, la cérémonie a été pour moi, et j’imagine pour d’autres participants aussi, un vrai moment de bonheur. Paris, 4 mai 2026 Ouabari Mariotti Ancien élève du Collège Catholique Chaminade des Pères Marianistes, Brazzaville République du Congo

INTERVIEW. Lucile Bernard : L’amour est la colonne vertébrale affective de tout individu

INTERVIEW. Lucile Bernard : L’amour est la colonne vertébrale affective de tout individu

Entre la France et le Maroc, Lucile Bernard poursuit son exploration de l’écriture avec une sensibilité qui lui est propre. Dans son nouveau roman, « Le monde peut tourner sans nous », paru aux Editions L’Harmattan (collection Amarante), la romancière, poétesse et nouvelliste explore les fragilités humaines, les non-dits familiaux, les liens qui nous unissent et ce qui demeure lorsque tout vacille. Alors qu’elle termine actuellement une série de rencontres en France, la  fondatrice du Centre de création artistique Riad Sahara Nour à Marrakech s’apprête à retrouver, dès le mois d’octobre, ses lecteurs marocains lors de séances de signatures prévues notamment à Marrakech, Rabat et Tanger, dans ces librairies «qui ont une âme» auxquelles elle est profondément attachée. Entretien. Pagesafrik.com/Libé : Votre nouveau roman, «Le monde peut tourner sans nous», est désormais disponible en librairie. Avant d’y revenir, pourriez-vous nous parler de votre précédent ouvrage, «Carrousel d’automne», et nous dire ce qui a évolué dans votre écriture depuis ? Lucile Bernard : Chaque roman que j’écris est toujours pour moi une nouvelle expérience. C’est à la fois une histoire enfouie au plus profond de moi, toujours la même, qui m’habite avec ses thèmes récurrents, déclinés en différentes versions, et en même temps c’est une recherche inlassable, obstinée de l’écriture, un désir d’aller toujours plus loin dans cette exploration des mots, dans ce territoire infini de création. Dans « Carrousel d’automne» (L’Harmattan), ma recherche dans l’écriture a été de naviguer dans l’espace-temps en entremêlant les dates et par là même de perdre, de déstabiliser le lecteur, le faire sortir de ses points de repère. Moi-même en écrivant ce livre, j’avoue que je me suis aussi un peu perdue… J’ai été très fortement inspirée pour cela par l’immense écrivain William Faulkner, plus précisément par son roman «Le bruit et la fureur», par cette façon que ce génie de l’écriture a d’embarquer le lecteur à son insu, de brouiller les pistes. Dans mon nouveau roman «Le monde peut tourner sans nous », j’ai eu cette fois-ci envie de m’atteler à l’écriture de dialogues, de faire cette expérience qui mettrait en avant la communication orale entre les différents personnages, de planter un décor, qui ferait de ce roman un genre de littérature cinématographique. Mes sources d’inspiration furent à la fois le metteur en scène François Truffaut et l’écrivaine Marguerite Duras, deux grands géants eux aussi, chacun dans sa spécificité. C’est pour cela qu’on ne peut pas parler véritablement « d’évolution dans l’écriture » mais d’une recherche différente, tout aussi passionnante dans laquelle je m’aventure à chaque fois. Dans la famille d’Auguste, personnage central de votre nouveau roman, «on n’a jamais trop su se dire des mots d’amour». Ce manque d’expression des sentiments est-il, selon vous, à l’origine de sa détresse et des épreuves qu’il traverse ? Oui, je le pense sincèrement. L’amour, dès le plus jeune âge, est nécessaire à l’évolution, la structure psychique de tout individu. Il constitue la colonne vertébrale sur le plan affectif pour le devenir de l’enfant et de l’adolescent jusqu’à l’âge adulte. Dans certaines familles, un manque d’amour peut se faire cruellement ressentir pendant cette période et être la source de maux tels que le mal-être, la souffrance psychologique, le renfermement, l’agressivité. Il peut être à l’origine de déviations comportementales parfois graves qui peuvent perdurer tout au long de sa vie. Parfois l’amour est là mais il y a quelque part une incapacité à le dire, le formuler, mettre des mots dessus, soit par pudeur, soit parce dans la famille on n’a jamais trop su se dire «ces choses-là». Et cette incapacité à se le dire, ces non-dits peuvent engendrer chez l’autre un sentiment d’incompréhension, d’amertume, voire de colère, de regrets et être source de conflits. Auguste entretient des relations souvent tendues avec ses frères et sœurs et peine à trouver sa place au sein de la famille. A travers cette cellule familiale, quel regard portez-vous sur les dynamiques familiales contemporaines ? Chaque famille est une cellule familiale avec ses propres règles, ses propres fonctionnements, ses valeurs. Au sein de cette cellule, on retrouve des choses pérennes comme l’amour, le non-amour, le respect, la violence, l’indifférence, la jalousie, la tendresse, etc.  A l’heure actuelle, il semblerait qu’il y ait une évolution vers une prise en compte des désirs de l’enfant, l’enfant devient sujet, (cf. les recherches de la psychanalyste Françoise Dolto «L’enfant est une personne»). Il paraît qu’il y ait moins de coercition dans l’éducation, on sort de l’emprise parentale, d’une autorité aveugle qui s’exerçait alors parfois au détriment de l’enfant. On voit aussi dans certains pays émerger une prise en compte de la femme quant à sa liberté, ses droits… Mais malheureusement dans cette société actuelle où tout va trop vite, dans cette accélération forcenée qu’on est en train de vivre à tous les niveaux, on peut être aussi confronté parfois à des cellules familiales qui éclatent du fait d’un manque de points de repères, voir s’installer un manque véritable de communication induite entre autres par cette prise de pouvoir monstrueuse qu’opèrent ces géants de l’informatique Microsoft, Apple, Meta… Il n’y a qu’à s’attabler sur une terrasse de café et voir le spectacle désolant de ces familles, assises autour d’une table, chacun sur son portable… Auguste, dit Gus, véritable orfèvre de l’imaginaire, multiplie les plans qu’il échafaude sans échapper à la solitude et aux désillusions. Comme dans «Carrousel d’automne», la joie reste rare. Est-ce un choix délibéré dans votre univers romanesque? J’ai toujours une vision assez pessimiste sur l’amour mais aussi sur le monde actuel, même si cela n’enlève en rien à cette foi irréductible que j’ai en eux. Nous vivons en ce moment dans un monde hanté par les guerres, les catastrophes écologiques, asservi à la cause du profit, la toute-puissance des médias. Nous vivons dans un monde en pleine perte de sens. Et c’est justement ce que dénonce Auguste dans le roman, une des raisons pour laquelle il aboutit à ce constat amer de désillusions, «les autres, ils se sont bien foutus de nous». Avec ces mots, il porte par là même sur

Roch Régis BIKOUA : Nous continuons à brasser du vent pendant que les catastrophes climatiques se multiplient

Roch Régis BIKOUA : Nous continuons à brasser du vent pendant que les catastrophes climatiques se multiplient

INTERVIEW. « Dix ans après l’Accord de Paris, les promesses ne sont toujours pas tenues », constate l’écrivain congolais Roch Régis Bikoua qui a construit une réflexion profondément nourrie par son engagement pour l’environnement et par les réalités climatiques vécues sur le continent africain. Dans La gouvernance responsable pour le climat, son nouvel ouvrage paru aux éditions libres-opinions, le Président de l’association Espoir pour l’avenir dénonce une diplomatie climatique mondiale qu’il juge prisonnière des discours, des effets d’annonce et de l’inaction. Pour l’auteur de Un regard sur l’environnement au Congo et L’excellence environnementale, une énergie à bon marché, l’heure n’est plus aux grands discours.  PAGESAFRIK.COM : « La gouvernance responsable pour le climat » est le titre de votre nouvel ouvrage. Quel constat principal vous a poussé à poursuivre cette réflexion et pourquoi estimez-vous que, dix ans après l’Accord de Paris, les résultats restent insuffisants ? Roch Régis BIKOUA : L’idée de mon troisième livre est née d’une colère froide, celle de voir l’intelligence humaine et la puissance diplomatique s’enliser dans une mise en scène permanente où l’on feint de soigner le malade tout en alimentant sa fièvre. J’ai écrit ce livre pour celles et ceux qui, comme moi, se sentent trahis par l’écart considérable entre les discours et les actes lors des grands soirs de signatures internationales sur le climat. On organise des sommets qui coutent très chers pour promouvoir juste «  les effets d’annonce » pendant le monde brule. Les populations les plus vulnérables payant le prix d’une crise qu’elles n’ont pas provoqué, ont besoin des actes palpables sur le terrain que les effets d’annonce des décideurs. Le problème est que les promesses des Etats riches ne sont toujours pas tenues et qu’ils refusent de financer d’avantage et c’est le point de blocage dans les négociations internationales. C’est ainsi où je me suis posé des questions sur la crédibilité de la parole politique. Comment sortir de la pauvreté sans polluer la planète ? Comment donner l’accès à l’énergie aux populations du sud qui ont des problèmes d’électricité ? Comment se développer ? Bref ! Dix ans après l’accord de Paris, les promesses ne sont toujours pas tenues Les Pays riches font un semblant de promouvoir les énergies renouvelables avec les publicités des voitures électriques mais aucune mesure sur les énergies fossiles qui continuent à faire d’eux les pays les plus riches. Dix après l’accord de Paris, la planète est loin d’être sauvée. On nous embrouille dans les médias des pays riches avec des trajectoires montrant une légère baisse des émissions du CO2  alors que sur le terrain Il y a un constat sur la hausse des émissions de gaz à effet de serre causant des catastrophes énormes dans les pays pauvres. Ceci étant, dix ans après l’accord de Paris, dix ans après la mise en place des objectifs de développement durables des Nations unies, rien n’a avancé dans les actes et cela met en cause le leadership climatique. C’est ainsi où j’alerte que La COP21 est un accord histotoxique trahi par l’inaction d’une part, et d’autre part il y a l’échec des ODD en matière climatique. Vous évoquez un fossé entre les discours et les actes, tout en dénonçant l’écoblanchiment et l’inaction institutionnelle. Comment ce décalage se manifeste-t-il aujourd’hui dans les politiques climatiques internationales ? Des prétentions écolo qui ne sont pas appuyées par les faits se manifestent du jour au lendemain. Ce marketing commercial originaire des pays riches, a été inventé pour plonger le monde dans un embrouillamini, est une preuve de l’irresponsabilité pour le climat. Il se manifeste en attirant les consommateurs soucieux de l’environnement en présentant des publicités, des slogans, des logos et des emballages soulignant les attributs ou les avantages environnementaux d’un produit ou service. Le non-respect des engagements climatiques est aussi une forme d’écoblanchiment malgré la multiplicité des discours écolo sans lendemain. Présenter un produit ou service comme ayant plus d’avantage environnemental qu’ils n’en ont pas, est illégal car c’est une publicité trompeuse. Dans les politiques climatiques internationales, on nous fait croire que le thermomètre mondial est placé sous haute surveillance diplomatique. Pourtant, quand on regarde les graphiques de concentration de concentration de CO2 dans l’atmosphère, on a l’impression d’observer les débris d’un naufrage. Quand l’accord de Paris devient aujourd’hui une cathédrale de papier, magnifique à contempler mais incapable de nous abriter contre les catastrophes climatiques, est une trahison historique. Car il est insupportable de voir un succès médiatique planétaire se transformer en un désert législatif national. Les grandes puissances économiques portent-elles, selon vous, une responsabilité particulière dans l’échec des engagements climatiques et l’inefficacité des mécanismes de justice climatique ? Les responsables historiques de la dégradation du climat mondial sont censées être exemplaires dans la lutte contre le réchauffement climatique surtout en ce qui concerne le respect des engagements. Triste est de constater l’écart considérable entre les discours et les actes. La diplomation mondiale pour le climat a brillamment échoué. Cependant, je m’explique : Les pays ayant ratifié l’accord de Paris, avaient pris l’engagement de le faire valider au niveau de leur parlement respectif ? Est-ce le cas aujourd’hui ? Même la France, pays organisateur de la COP21 n’a jamais pensé faire valider cet accord dans son arsenal législatif. Pourquoi ce refus tacite des dirigeants du monde d’intégrer l’accord de Paris dans la loi nationale des pays ayant ratifié ledit accord? A mon avis, les décideurs ont peur que le juge puisse annuler une décision gouvernementale au nom de la protection du climat. Voilà la raison du refus de faire entrer l’accord de Paris dans la loi ; le refus de donner le pouvoir au citoyen de trainer leur propre Etat devant les tribunaux pour « faute climatique ». Vous affirmez que l’Afrique paie le prix d’une crise qu’elle n’a pas provoquée. Quels sont aujourd’hui les impacts climatiques les plus alarmants sur le continent et que faudrait-il changer concrètement ? Les impacts climatiques les plus alarmants sont partout en Afrique : Bref, la liste des catastrophes climatiques en Afrique est tellement longue que le temps de cette interview n’y suffirait pas. Voilà pourquoi le changement ne peut que

Parution imminente : Sur les traces de Saint Augustin : Léon XIV en prière à Hippone, l’Afrique aux sources du christianisme de Serge Armand Zanzala

Parution imminente : Sur les traces de Saint Augustin : Léon XIV en prière à Hippone, l’Afrique aux sources du christianisme de Serge Armand Zanzala

LIVRES. La Société Littéraire annonce la sortie prochaine de l’ouvrage : Sur les traces de Saint Augustin : Léon XIV en prière à Hippone, l’Afrique aux sources du christianisme de Serge Armand Zanzala « À travers une plongée à la fois spirituelle, historique et intellectuelle, cet ouvrage met en lumière la place fondamentale de l’Afrique dans la naissance et le développement du christianisme, en s’appuyant sur l’héritage intemporel de Saint Augustin », souligne La Société Littéraire dans une annonce officielle. Entre mémoire et réflexion contemporaine, Serge Armand Zanzala , par ailleurs Directeur de Publication de La Société Littéraire, nous entraîne dans un voyage symbolique à Hippone, sur les traces d’une pensée qui a façonné le monde chrétien, tout en interrogeant les silences de l’histoire, poursuit la même source soulignant « un livre essentiel pour comprendre les racines africaines du christianisme, l’influence majeure de Saint Augustin et les enjeux de mémoire, de foi et d’identité ». Disponible très prochainement, l’ouvrage est publié aux Éditions La Société Littéraire

Collection « Nid d’artistes » : Une archive vivante pour une souveraineté culturelle africaine

Collection « Nid d’artistes » : Une archive vivante pour une souveraineté culturelle africaine

Une consécration internationale pour l’édition marocaine et continentale : le 4ème opus sur Cotonou sacré « Plus beau livre africain » à Paris. C’est une reconnaissance internationale qui vient couronner une démarche éditoriale inédite sur le continent. À l’occasion du Salon du livre africain de Paris, qui s’est tenu du 21 au 22 mars 2026, Malika Éditions s’est vue décerner le prestigieux Prix du plus beau livre africain pour le quatrième opus de sa collection « Nid d’artistes », dédié à Cotonou et au Sud Bénin. Décerné par la Maison de l’Afrique, ce prix réaffirme une ambition claire : valoriser l’excellence éditoriale et artistique du continent tout en faisant rayonner la richesse de ses patrimoines. Réalisé avec le soutien de BANK OF AFRICA, cet ouvrage vient récompenser un projet de longue haleine. Après avoir exploré l’âme de Casablanca, le souffle de Dakar et l’énergie d’Abidjan, la collection « Nid d’artistes » confirme, avec cette distinction, son statut d’œuvre majeure à l’échelle du continent. Initiée en 2019 par Malika Éditions, cette collection s’impose aujourd’hui comme une archive précieuse et nécessaire : une mémoire vivante de l’Afrique racontée par ceux qui la créent. Une série de beaux-livres qui dépasse la simple chronique artistique pour s’affirmer comme un acte de résistance culturelle. Réappropriation du récit : Une mémoire construite de l’intérieur À une époque où l’image de l’Afrique a trop souvent été construite par un regard extérieur, « Nid d’artistes » opère un renversement fondamental. La collection est née d’une conviction profonde : la souveraineté culturelle commence par la maitrise de son propre récit et l’archivage de sa mémoire. Il ne s’agit pas seulement de montrer l’art, mais de documenter l’histoire en train de s’écrire. En donnant la plume et la voix aux artistes, écrivains et penseurs locaux, la collection répond à un véritable impératif d’archivage. Elle constitue une mémoire sensible, émotionnelle et visuelle de l’effervescence africaine pour les générations futures, offrant un espace d’expression à ceux et celles qui façonnent l’imaginaire de leurs villes. C’est une réappropriation du narratif, une manière de dire au monde : « Voici qui nous sommes, vus par nous-mêmes ». « Il est crucial que l’Afrique se raconte elle-même au lieu de laisser les autres la raconter à leur façon. Les artistes, les écrivains et les penseurs savent mieux que quiconque percevoir ce que nous ne voyons pas et exprimer ce que nous n’arrivons pas à dire », affirme Malika Slaoui, éditrice et fondatrice de la collection. « Ces ouvrages sont une source d’information pour les prochaines générations. C’est un travail de mémoire engagé : archiver la parole des créateurs aujourd’hui, c’est préserver l’identité de demain et protéger des voix, des visions et des gestes qui, sans cela, risqueraient de se perdre ». Une promenade émotionnelle et une archive esthétique À travers une mise en page exigeante et une iconographie généreuse, ces beaux-livres invitent à une promenade émotionnelle guidée par les gardiens du temple artistique africain. Véritable conservatoire vivant, chaque volume fédère une centaine d’acteurs culturels : plasticiens, photographes, designers, slammeurs, écrivains et musiciens. Qu’ils soient jeunes talents émergents ou ténors reconnus à l’international, ils tissent ensemble le récit intime et mémoriel de leur cité. Ils y déposent leurs visions singulières dans une histoire commune et une mémoire partagée, transformant chaque page en une archive précieuse du présent. C’est une ode à la diversité, une palette inépuisable de couleurs et de mots qui capture l’effervescence des capitales créatives. L’immersion et l’humilité comme méthode de travail La force de la collection « Nid d’artistes » réside aussi dans la méthodologie unique de son éditrice. Rejetant l’approche superficielle et loin de la compilation à distance, chaque livre est le fruit d’une immersion longue et patiente sur le terrain. C’est cette présence qui permet de constituer une équipe au niveau local (auteurs, contributeurs…) et favorise la rencontre, le dialogue et la collaboration dans une dynamique collective où la création se construit à plusieurs voix. « Pour chaque ville, je mène un travail immersif de terrain de plusieurs mois. Je vais personnellement à la rencontre des artistes, des écrivains et des acteurs culturels. Cette proximité constitue le socle de ma démarche. Elle me permet de tisser des liens forts et de restituer une vision juste, sensible et profondément humaine de la scène artistique. Le partage et l’échange sont au cœur de ce projet, qui s’inscrit pleinement dans notre ligne éditoriale axée sur la préservation de la mémoire, la transmission et le dialogue entre les cultures », explique l’éditrice.« J’ai profondément ressenti que, de Casablanca à Cotonou, ces scènes ont en commun une volonté farouche de raconter le monde depuis leur propre réalité. » Cette méthode, fondée sur l’humilité et l’écoute, permet de capter l’énergie brute des métropoles africaines. De Cotonou à Casablanca, ces villes partagent une vitalité incroyable et une volonté commune : interroger l’identité, le territoire et le présent. À propos de Malika Éditions. Fondée en 1998, Malika Éditions est une maison indépendante spécialisée dans les beaux-livres sur le patrimoine historique et artistique. Reconnue pour ses co-éditions prestigieuses avec des maisons européennes (Actes Sud, Gallimard, Somogy), elle a su enrichir sa ligne éditoriale en s’ouvrant à la scène contemporaine africaine. Sa signature : un dialogue constant entre l’image et le texte, au service de la transmission et du dialogue entre les cultures.