Cameroun. Quand le droit meurt, la nation s’éteint
HAUT-ET-FORT. La désacralisation du droit est l’une des plus grandes tragédies du Cameroun. Elle n’a pas seulement ralenti le développement du pays ; elle a surtout ôté à tout un peuple sa capacité à s’indigner.
Aujourd’hui, au Cameroun, on peut brûler vif un voleur en pleine rue devant une foule presque admirative, à deux pas d’un commissariat.
On peut se réjouir de la condamnation d’un innocent, simplement parce qu’il serait un ennemi présumé du pouvoir ou d’un camp.
On peut applaudir l’exclusion arbitraire d’un candidat à la présidentielle, sous prétexte qu’il n’est ni de notre région, ni de notre bord politique, ni de notre famille.
Le plus inquiétant, c’est que la loi peut être piétinée devant nous sans que cela ne suscite de colère, tant que la victime, c’est l’autre.
Mais ce que nous semblons oublier, c’est que cautionner l’injustice, c’est s’y condamner soi-même.
Car si lundi est pour Pierre, mardi sera pour Jacques.
Depuis la publication de la liste des candidats retenus pour la prochaine présidentielle, un malaise profond s’est installé.
Le nom de Maurice Kamto, principal opposant au régime en place, en est absent.
Motif avancé : la “multiplicité de candidatures”, un prétexte juridique inexistant dans le code électoral.
Une invention de circonstance pour justifier une décision purement politique.
Et pourtant :
• Le parti MANIDEM, qui a investi Kamto, n’est pas le seul à avoir présenté plusieurs candidatures.
• Le RDPC, parti au pouvoir, a lui aussi eu plusieurs investitures.
• L’UPC en a eu jusqu’à quatre.
• Le parti UNIVERS, deux.
Ce traitement à géométrie variable révèle une volonté claire d’écarter un adversaire crédible, capable de battre le président sortant malgré des conditions électorales biaisées.
Maurice Kamto, figure politique respectée, est systématiquement empêché de manifester, de se réunir, voire d’exister politiquement dans son propre pays.
Emprisonné, assigné a résidence, ses plaintes restent sans suite.
Ils ont d’ailleurs poussé le cynisme plus loin: l’expulser à deux reprises de villes camerounaises, escorté comme un étranger.
Et pourtant, c’est le même Maurice Kamto qui, à la place de la république à Paris mobilise plus de 70 000 Camerounais de la diaspora.
Ce harcèlement constant n’est pas une démonstration de force, mais un aveu de faiblesse, une fébrilité.
Le régime montre qu’il ne peut survivre qu’en neutralisant l’alternance par la force, en substituant le droit par la ruse, et la justice par la peur.
La conséquence de tout cela, c’est la fragilisation totale de notre pacte national.
Un peuple épuisé, résigné, sans boussole morale.
Un peuple atteint du syndrome de Stockholm, qui défend parfois ceux qui l’oppressent.
Un peuple exilé dans la misère à l’étranger (il suffit de nous voir dans les rues de l’Algérie, du Maroc….) pourtant toujours prompt à justifier le système qui nous a jeté sur les routes.
Nous sommes les enfants d’un pays-continent, doté d’immenses richesses.
Mais nous sombrons dans la pauvreté, la débrouille et la désespérance.
Pas seulement privé du bonheur matériel, mais également devenus orphelins d’un État de droit.
Ce n’est pas un simple débat politique. C’est un enjeu vital pour notre avenir collectif.
La neutralité dans pareil contexte, est le soutien implicite de la forfaiture. Le silence est complice.
Refuser de s’indigner, c’est accepter la soumission.
Et refuser la justice, c’est accélérer la chute de notre propre maison.
Oui, le président Paul Biya nous aura fait beaucoup de mal.
Mais ce qui est encore plus tragique, c’est que nous l’avons laissé faire.
Par Teddy Patou
Journaliste et animateur radio

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