
TRIBUNE. Après moults hésitations ou semblant d’hésitation, les États-Unis de Donald Trump ont finalement décidé de bombarder l’Iran, contredisant les prévisions et analyses de celles et ceux qui affirment que Donald Trump n’est pas un va-t-en-guerre. De mon point de vue, les choses paraissent beaucoup plus complexes qu’on ne l’imagine. Voici mes deux hypothèses :
Première hypothèse : mis sous pression par les puissants groupes d’intérêt pro-israéliens aux États-Unis, Donald Trump s’est finalement décidé à frapper l’Iran. Dans cette optique, sa décision de bombarder les sites nucléaires iraniens ne semble répondre à aucune stratégie prédéfinie. Il s’agirait plutôt de répondre aux exigences et inquiétudes du lobby pro-israélien, qui, au regard des difficultés auxquelles est confronté Israël sur le champ de bataille, voudrait voir les États-Unis s’impliquer directement dans le conflit avec l’Iran. Pour Donald Trump, qui partage sûrement le même projet que son ami Benjamin Netanyahu, il s’agirait avant tout de desserrer l’étau du lobby pro-israélien autour de sa personne et de son administration.
De cette première hypothèse découle la deuxième : le bombardement des sites nucléaires iraniens s’inscrirait dans une partie de poker menteur géopolitique à trois. Pour être plus clair : les États-Unis auraient agi en mettant au parfum la Russie, voire même indirectement l’Iran. Trois éléments confortent cette hypothèse. Le premier est que les Américains se sont « limités », du moins pour le moment, à bombarder les sites nucléaires iraniens sans nécessairement entrer en conflit avec l’Iran. Le vice-président américain JD Vance vient d’ailleurs de déclarer que les États-Unis « ne sont pas en guerre contre l’Iran » mais contre « son programme nucléaire ». Belle fuite en avant.
Deuxième élément : ce n’est la première fois que Donald Trump agisse ainsi. En avril 2017, le président américain avait déjà fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au gouvernement de Bachar el-Assad, soutenu par la Russie. On apprit par la suite que Trump, qui était mis sous pression par ses alliés européens et au Congrès américain, avait prévenu Moscou, qui avait à son tour prévenu Damas, qui avait alors fait déplacer ses avions de combat.
Troisième élément : les bombardements américains ne semblent pas avoir sérieusement entamé les sites nucléaires visés, enfouis plus de 800 mètres sous terre, et encore moins le programme nucléaire iranien. D’où la réaction relativement molle des Mollahs.
En analysant l’allocution lunaire de Donald Trump, on voit bien que le président américain souffle le chaud et le froid, déclarant d’une part que les bombardements ont été «une réussite totale», tout en appelant l’Iran à privilégier le dialogue avec Israël pour mettre fin au conflit. Mais pourquoi continuer à exiger un «dialogue» si on est sûr d’avoir affaibli l’Iran ou son programme nucléaire ?
À l’évidence, les États-Unis semblent avoir tiré trois leçons du conflit israélo-iranien : 1) le projet israélien d’affaiblir l’Iran a échoué; 2) Israël est plus vulnérable que jamais aux tirs de missiles iraniens; 3) une guerre régionale totale pourrait causer des dommages irréparables à Israël et aux intérêts américains dans la région.
Au regard de tout ceci, les bombardements américains contre l’Iran pourraient constituer une porte de sortie pour tout le monde : l’administration Trump, qui est mise sous pression par le lobby pro-israélien ; Israël, qui est aujourd’hui placé dans une situation de vulnérabilité comme on n’en avait jamais vu depuis la guerre de Kippour; et l’Iran qui est dans une situation socio-économique peu enviable et n’a donc pas besoin de cette guerre inutile.
Ceci dit, le risque d’une guerre régionale totale impliquant les États-Unis est bien réel…
Par Patrick Mbeko