CONGO/LITTERATURE. Au cœur de la poésie congolaise : Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent (1), chez l’auteur, 2019

CONGO/LITTERATURE. Au cœur de la poésie congolaise : Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent (1), chez l’auteur, 2019

Voici un recueil de poésie qui a bousculé notre regard de critique car sortant des sentiers battus hérités des classiques. Avec Mon cœur, ma plume et ma muse s’amusent, chaque amateur de poésie a sa part de visibilité. Car son contenu se repose sur le travail des mots qui, souvent, nous imposent une nouvelle attitude dans l’acceptabilité de son lyrisme dilué plus dans la forme que dans le fond. Au niveau de la thématique, l’évocation sociale et sociétale de l’homme et de la femme n’échappe pas au poète. Et la présence récurrente de son continent avec quelques figures ayant marqué notre histoire, se découvre aussi dans la poésie de Pierre Ntsemou. La société et ses identités Ce recueil de poésie s’ouvre par une réflexion didactique du livre, réflexion que le poète situe dans l’imaginaire de l’enfance. Aussi, on remarque que tout enfant est poète sans qu’il le sache ; et ce n’est qu’avec le temps et l’âge qu’il découvre « son cœur, sa plume et sa muse qui s’amusent » à certains moments quand il découvre à son tour le livre : « L’ouverture solennelle de tous les livres qui pleuraient Dans les placards prison où la phobie de la lecture les clouait Libéra la muse et le lyrisme des mordus de la danse des mots » (p.11) Et la découverte de la poésie à travers certains livres, ouvre d’autres horizons aux lecteurs pour les soigner de l’ignorance qui souvent nous accompagne pendant un certain moment de la vie : « La pire des maladies de notre siècle appelée l’ignorance L’histoire du livre et ses lecteurs est une école de l’excellence » (p.12). Et se dégage dans « L’évènement du mercredi » les bienfaits de la lecture. L’homme dans la société est surtout  marqué par la présence des figures qui ont laissé leur nom dans l’histoire du continent. Une gloire est mise en exergue par le poète pour ne pas les oublier dans la lutte qu’ils ont menée pour l’émancipation de l’Afrique. Un pan de l’évolution de l’histoire déjà visité par les poètes et écrivains de la première génération, revient souvent dans l’inspiration contemporaine : « Au-delà des mers et des océans L’amertume et la nostalgie conjuguées au climat barbare Des maîtres du fouet dans les champs De canne à sucre » (p.51) De l’histoire du continent, surgissent chez le poète quelques souvenirs indélébiles comme l’image de quelques héros qui sont toujours présentes dans nos mémoires. Et l’héroïsme de l’Africain se résumerait en deux emblématiques noms : « L’homme noir n’a pas un cœur noir Et Mandela est là Pour dire à son fils Obama Que la peau le cœur et le sang humains Sont entre les tropiques en deçà et au-delà Des dons divinement sacrés Qu’il faut protéger de l’agression sauvage Des êtres qui se sont trompés de continent et de planète » (p.51) De l’Afrique, le poète jette un regard sur certains pays qui ont marqué son destin de voyageur. Du côté de l’Afrique de l’ouest, il est émerveillé par le pays d’Houphouët : « Côte d’Ivoire ma chère Reviens à tes amours et pour toujours Tu es la fée de mes rêves Dis à tes courtisans que tu es désormais reconquise Par ton prince charmant héritier d’Houphouët » (pp.48-49) Du côté de la Guinée qui a éclairé les années scolaires du poète, c’est le roman de Camara Laye, un classique de la littérature africaine, qui est toujours présente dans son esprit : « À l’école primaire tu as dompté mon esprit grégaire Comme l’enfant noir de Camara Laye » (p.72) Et l’image de la Guinée sera plus tard mise de nouveau en exergue  par un autre grand écrivain de la nouvelle génération : « À l’université le jeune homme de sable de William Sassine M’a ouvert son grand cœur » (p.72) De son Afrique centrale, le poète retient le côté musical de l’autre rive du majestueux fleuve Congo. Dans « Kin la belle des belles », est décrite la vie mondaine de Kinshasa avec ses virtuoses et ses musiques qui créent dans cette ville un paradis terrestre : « Ville électrisante se déhanchant avec la grâce du soir Pour mieux aguicher les Brazzavillois sapeurs et frimeurs Au temps du chachacha de la rumba du Boléro du Polka piqué Du Pachanga du Charanga du Mérengué du Kirikiri D’African Djazz de Fiesta national et Sukissa d’heureuse mémoire Et tutti quanti de tes rythmes langoureux et mélodieux  Avec tes tours de reins étourdissants » (p.73) Mais, c’est à partir du Sénégal, sa deuxième patrie africaine qui l’a plus hébergé au cours de ses séjours à l’étranger, qu’il clame, lors d’une « fête du livre », son africanité de Sénégalais d’adoption dans un poème intitulé par enchantement « Sénégal » : « Sénégal ! Sénégal ! Sénégal ! Trois fois j’ai crié ton nom en rêve (…) Et voici que le livre m’offre le bonheur De vivre mon rêve de caresser la crinière De ta Téranga ton Egrégore de lumière (…) Sénégal ! Congo ! Guinée ! Mauritanie ! Gambie ! Mali ! Burkina faso ! Gabon ! Maroc ! Cameroun Côte d’Ivoire ! Togo ! Tchad ! Tunisie ! Algérie ! Tous dont le cœur au mien entiché a pu se laisser séduire  Allez dire aux peuples dont vous êtes les ambassadeurs Du livre du lire du sourire du rire du délire » (pp.91-92) Du côté de l’histoire des hommes illustres, le poète, dans un long discours, nous retrace le mouvement littéraire français et francophone (pp. 32-45). Se révèle dans les méandres de l’évolution de la littérature française du Moyen Âge au siècle dernier, une littérature qui a marqué les pays des autres continents, en particulier  l’Afrique, qui ont baigné dans cette littérature par le biais de la colonisation. Une poésie multidimensionnelle dans l’œuvre de Pierre Ntsemou Les textes de ce recueil évoluent sans aiguillage thématique : la nature des hommes avec leurs valeurs et antivaleurs, l’amour du livre, l’amour de la femme dans toutes ses dimensions sociales. Femme maman : «Mère chérie comment te dire le cri de mon cœur ? Mère chérie comment te renvoyer cet ascenseur de bonheur ? », (p.22) Femme amour passion : « La caresse dans la nuit des désirs Fait oublier les fruits du plaisir Du jour chaud comme un four Et la tiédeur de tous les amours » (p.15) Dans sa poésie, Pierre

FEMME ET LITTÉRATURE CONGOLAISE. La disparue du lampadaire (1) un polar de Marie-Françoise Ibovi

FEMME ET LITTÉRATURE CONGOLAISE. La disparue du lampadaire (1) un polar de Marie-Françoise Ibovi

LIVRE. Voici l’histoire d’enlèvement d’une jeune fille étudiante sous un lampadaire ; sa mère, affectée par cette disparition, sollicite le secours d’une détective privée. Celle-ci arrive à sauver la victime de la mort après moult péripéties. La disparue du lampadaire se lit comme une œuvre qui respecte les règles élémentaires et classiques d’un polar (disparition – enquête faite par un détective ou la police – découverte de la victime). Pour ne pas tomber dans la tautologie dans ce récit de Marie Françoise Ibovi riche en révélations sociales et sociétales de son pays, nous avons privilégié, dans notre analyse, ce côté combien révélateur de l’écriture de notre auteure qui présente deux niveaux de narration. La femme au cœur du roman Si dans la majorité des polars, le rôle du détective revient à l’homme, dans La disparue du lampadaire, c’est la femme qui prend sa revanche sur le masculin. L’auteure, en plus de l’héroïne, la victime ainsi que son parent inquiété par sa disparition sont des femmes. Mais, en dehors de la détective, la majorité de ces femmes semble incarner le mal imposé à Shékina la disparue que l’on peut considérer comme une victime de la société congolaise. Shékina victime d’une société malade Abandonnée par son père dès sa naissance, victime de la perversion de son patron des éditions « Kotanga Eléki » où elle a passé son stage,  la jeune Shékina tombe dans la facilité de l’argent. Et cela va la pousser à se donner à son vieil amant comme nous le fera comprendre une employée de ce dernier : « Alors que j’allais pour passer la serpillère, je les ai surpris en train de « faire la chose » dans les toilettes » (p.63). Avec l’implication éventuelle de son patron que lui loue une maison dans la ville, sa disparition s’apparente à une fugue. Mais le travail de la détective Kimya, à qui Mâ Béa, la maman de la disparue avait confié la mission de retrouver sa fille, va nous révéler des surprises. Aussi, la pauvre fille sera naïvement victime d’une société gangrenée par la perversion, le gain facile de l’argent sale dont le couple Barango sera l’un des vecteurs. Le destin énigmatique de Shékina apparait comme une déréglementation sociale et sociétale causée par le père qui ne l’a jamais reconnue et la cupidité du couple Barango, deux raisons fondamentales de la méconduite de Shékina. Madame Barango ou la femme au service de l’argent sale Une catégorie de femmes que l’on trouve actuellement dans la société congolaise et qui n’a pas échappé au regard de Marie Françoise Ibovi. Ainsi, pour sauvegarder ses intérêts, Madame Barango n’hésite pas à négliger l’infidélité de son homme qui est devenu l’amant de la jeune Shékina. C’est sans état d’âme qu’elle entraine leur fils « Z » dans cette sale magouille avec la disparition de Shékina. Soupçonnée par la police dans le trafic de la fausse monnaie car comptable dans l’entreprise de son mari, madame Barango sera prise la main dans le sac comme le spécifie Rigo Robert, un ami de la détective dans l’exercice de son métier : « En m’approchant discrètement avec mon appareil photo, j’ai vu qu’ils étaient [la vieille Barango et deux inconnus] en train de se disputer. Ça parlait d’argent d’origine criminelle en lien avec le trafic d’organes » (p.97). La femme, dans ce roman, se remarque par son omniprésence dans les relations on ne peut plus intimes avec l’homme, l’argent étant un stimulant dans ces relations. Miezi, une des meilleures amies de Shékina, ne peut s’empêcher de s’intéresser à l’homme de cette dernière : « J’avais bien essayé de lui voler son gars (…). Mais celui-ci n’avait jamais été sensible à mes charmes. Depuis, j’ai laissé tomber » (p.61). Même une autre « amie de confiance », Ana Conda pense se donner à son homme ; mais pour des raisons personnelles, elle décide curieusement d abandonner son funeste projet. Ici, se révèle en filigrane l’argent qui servira de s’occuper d’Ana Conda et de payer sa logeuse Mâ Léonie. Comme on peut le remarquer, femme et argent font bon ménage dans ce roman, nous rappelant ainsi les conséquences malheureuses de l’argent facile.  La part du roman-journal dans La disparue du lampadaire S’il y a une spécificité  dans le polar de Marie Françoise Ibovi, c’est la présence du cahier-journal que rédige Shékina pendant qu’elle est détenue dans un lieu secret qui sera découvert au dernier moment par l’équipe de la détective à sa recherche. Ce récit-journal de Shékina s’apparente à un scénario d’un polar où sont mis en relief l’horreur et le tragique qui caractérisent ce genre de film. Avec la technique du roman-journal qui définit les mésaventures de Shékina, récit dont elle est sa propre révélatrice, La disparue du lampadaire présente deux niveaux de narration. Le récit est d’abord rapporté à la troisième personne (il) qui focalise son regard sur Kimya la détective dans l’exercice de son métier ainsi que sur la fille qu’elle doit rechercher : « Kimya raccrocha. Elle venait d’avoir un entretien avec une mère désespérée. Sa fille Shékina avait disparu (…) depuis le 10 février… » (p.15). Le personnage de Shékina nous revient comme « héroïne principale » dans la dernière partie du macro-récit par la technique du roman-journal. De l’intérieur, elle nous raconte (à la première personne) sa propre histoire fondée sur les mésaventures qu’elle a connues : « C’est la dernière fois que j’écris. Avec un ricanement malsain, « Z » m’a annoncé qu’il va me tuer » (p.116). Dans ce polar qui sort de l’ordinaire dans sa composition, Marie-Françoise Ibovi donne un nouveau souffle au roman congolais en privilégiant la dimension littérale du texte par rapport au classicisme du référentiel fictionnel auquel nous sommes habitués dans le roman traditionnel Dans cette dimension référentielle, l’auteure nous rappelle que les événements rapportés dan son polar se passent dans son pays  : « Le lendemain, elle [Kymia]  se rendit au Tribunal de Brazzaville » (p.97). Avec ce roman, cette dernière confirme sa maîtrise de la prose au niveau de la littérature dans son pays après moult publications à son compte. Et nous sommes de commun accord avec son préfacier Pierre Ntsémou qui affirme que « pour un

Congo/Littérature et Musique. La Rumba Origine et évolution (1) de Don Fadel

Congo/Littérature et Musique. La Rumba Origine et évolution (1) de Don Fadel

Voici une réflexion sur la rumba qui sort de l’ordinaire car se fondant sur l’histoire des Kongos qui ont eu à transporter  la danse nkumba à Cuba. Et sur cette nouvelle terre, la nkumba s’est transformée en rumba pour des raisons phonétiques. Cette réflexion a le mérite d’être scientifique car  étant le résultat des recherches d’un artiste musicien, auteur compositeur, interprète, chanteur, ethnomusicologue et écrivain. Et son séjour, de dix ans à la Havane de 1960 à 1970, lui avait permis de redécouvrir la musique kongo à travers l’histoire de la Traite négrière. La rumba, cette réalité congolo-cubaine se révèle comme une puissance sociale et sociétale qui s’est forgée, depuis des siècles en prenant sa source dans le Royaume kongo, est devenue une richesse culturelle universelle. Aussi, va-t-elle intéresser le patrimoine culturel au niveau de l’UNESCO. Dans cette étude combien riche et révélatrice de la société kongo, Don Fadel nous fait entrer dans l’univers de la danse nkumba qui sera la source de la rumba comme rythme musical. Et l’auteur de tracer le cheminement de ses recherches sur la rumba, du Royaume du Kongo à Cuba, pays l’ayant reçu pour ses études supérieures. Dans cette réflexion, il analyse aussi la nkumba devenu la rumba moderne qui a marqué et qui marque encore la musique des deux rives du fleuve Congo. Du Kongo à Cuba : la nkumba à la conquête d’un autre monde La Traite négrière devient, à un certain moment, et pour une raison commerciale, une grande activité pour la découverte et la conquête du Nouveau Monde entre 1492 et 1532. Beaucoup de Noirs vont être emmenés manu militari dans les Amériques et les îles. Des fils et filles du Royaume du Kongo vont se retrouver, malgré eux, à Cuba. L’auteur le remarque dans une étude de l’historien Yves Verbeek : « Une partie des esclaves déportés à Cuba, venant massivement du Royaume de Kongo depuis le port de Luanda (Angola) en transitant par l’île de Sao Tome,  étaient réexpédiés vers les Etats-Unis où ils travaillaient dans les champs de colons, mais la plupart d’entre eux restaient à Cuba » (p.42). Mais il faut noter qu’avant l’arrivée des Blancs, le Royaume du Kongo était bien organisé dans le domaine culturel, particulièrement en ce qui concerne la musique et les danses. Les Kongos fabriquaient moult instruments de musique comme le tam-tam, le saxophone, la trompette et bien d’autres instruments qui accompagnaient des chansons qu’ils composaient pour la création des danses. De la Nkumba kongo à la Rumba cubaine, naît une variété de rumbas à Cuba telles la rumba guaguano, la Rumba Colombia, la Rumba Yambu. À propos de celle-ci, Don Fadel spécifie qu’ « elle se jouait aussi avec le ngoma et la chanson antiphonale kongo, une rumba de tempo très lent que l’on dansait exclusivement en couple » (p.94). La rumba de Cuba aux rives des deux Congo : retour à la source Quand on parle de la rumba en ce qui concerne la musique et la danse sur le continent africain, ce sont les deux Congo, « enfants » du Kongo  qui viennent à l’esprit. Mais on remarque qu’au niveau de ce retour à la source, cette rumba a subi une évolution dans le rythme et la danse, particulièrement sur la rive gauche du fleuve Congo. Dans ce pays dit Congo Belge, la rumba se voit influencée par l’apport du rythme cubain ; elle accompagne l’ambiance festive de la société avec l’émergence des bar-dancings. Déjà dans les années 40-50, Wendo Kolosoy chante la belle métisse Marie-Louise à travers une rumba fantastique ; Marie-Louise, une fille née  d’un Belge et d’un Congolaise Tétéla. Voici comment Don Fadel nous révèle la rencontre entre Wendo et celle va chanter : « En 1948, Wendo Kolosoy rencontre Marie-Louise par hasard lors d’une pause, pendant les répétions avec ses camarades musiciens (…) « Je m’appelle Marie- Louise » (…). Cette rencontre inattendue provoque un coup de foudre qui poussa le musicien Wendo à composer une chanson dont le titre était le prénom de cette fille nommée Marie-Louise » (p.138).  Des années 50 jusqu’aux années 60, la rumba s’installe et s’impose sur la rive gauche du fleuve Congo. Elle attire, au niveau de la création musicale, leurs frères Congolais  de l’autre rive avant que ceux-ci regagnent le bercail à l’indépendance de leur pays pour y créer des ensembles musicaux sur fond du rythme de la rumba. Au Congo Belge devenu la République démocratique du Congo puis république du Zaïre, la rumba est omniprésente dans tous les orchestres. Et ce phénomène va aussi gagner l’autre rive du fleuve.  Du chapitre 17 au chapitre 21, l’auteur nous révèle la véritable histoire de la rumba dans son évolution à travers les nombreux orchestres qui vont naître sur les rives du fleuve Congo. Aussi, nous découvrons à travers cette réflexion de Don Fadel, pour la première fois, certains noms et musiciens et orchestres des deux Congo. À la connaissance de quelques grandes figures Congo-cubaines La déportation des Kongos vers les Amériques et plus précisément  vers Cuba,  va provoquer un tournant remarquable et remarqué  dans la musique du pays d’adoption. Aussi, va-t-on passer de la Nkumba  kongolaise à la Rumba cubaine, le mot rumba étant une déformation phonétique de nkumba, la langue des Blancs n’ayant pas de consones nasalisés, comme on le remarque dans certaines langues africaines.  Pour rappel, certains noms kongos, comme Nkouka, Nkodia, Mbemba, Nganga…vont être transformés en Kouka, Kodia, Bemba, Ganga par le Blanc. La danse de la nkumba (le mot « nkumba » signifiant  « nombril » en kongo) est une danse des deux Congo qui demande aux exécutants (hommes et femmes) de se frotter mutuellement leur nombril dans un élan érotico-sexuel. Les instruments kongos seront utilisés dans la musique cubaine, et comme le signifie Don Fadel, « Beny More fut élevé dans la pure tradition kongo (…). Il jouait de plusieurs instruments kongos : le ngoma, le likembe (sanza) et la guitare » (p.97). Des grandes figures Congo-cubaines, nous avons Carlos Patato Valdès qui, pour l’auteur, est l’inventeur du nouveau système pour accorder le ngoma qu’il nomma Conga qui fait penser au Congo. Don Fadel nous fait

CONGO : LITTÉRATURE ET POLITIQUE. NOTRE « MAISON COMMUNE » LE CONGO (1) POUR UNE COHÉSION NATIONALE

CONGO : LITTÉRATURE ET POLITIQUE. NOTRE « MAISON COMMUNE » LE CONGO (1) POUR UNE COHÉSION NATIONALE

LIVRE. Souvent la littérature congolaise nous présente le monde politique par le biais des œuvres de fiction. Peu d’acteurs politiques s’expriment ouvertement à travers des réflexions qui mettent à nu certaines tares du sociopolitique. Avec Notre « maison commune » le Congo, Jean-Pierre Heyko Lékoba (2) tente de nous présenter une réalité sociopolitique de son pays. Pour cela, il s’appuie sur l’évolution politico-sociale, de l’indépendance à la deuxième expérimentation du multipartisme en passant par l’ère du marxisme-léninisme des décennies 70-80. Cette réalité n’est autre que l’ethnocentrisme qu’il essaie de combattre pour que le Congo soit véritablement une nation, une maison commune pour ses enfants. De la proclamation de la République en 1958 à nos jours, les acteurs politiques ont joué et jouent encore un rôle très important pour réaliser le vivre-ensemble qui devrait rassembler toutes les sensibilités socio-ethniques du pays en vue de la consolidation de leur symbiose, facteur de naissance d’une nation. Aussi, dans cette réflexion, combien pertinente, on peut remarquer trois principaux segments historiques dans la relation politique-ethnocentrisme. Politique et ethnocentrisme : avant et après l’indépendance Pour Pierre Heyko Lékoba, le multipartisme des années 90 a fait resurgir les configurations ethnocentristes de la politique d’avant les indépendances. Aussi, nous rappelle-t-il  la fièvre ethnique qui a secoué les Congolais avec quelques incidents regrettables : « Depuis la naissance du Congo à la république, cette impuissance [d’éradiquer l’ethnocentrisme] confortée par des crises identitaires à répétition, domine la vie politique nationale » (p.38). Heureusement, qu’avec leur volonté de vivre en communauté, nos pères de l’indépendance avaient mis l’intérêt du pays commun dans le vivre-ensemble au-dessus de l’ethnocentrisme dont ils portaient encore des gènes en eux. Et cette maturité politique de braver l’ethnocentrisme doit être attribuée à Fulbert Youlou et Jacques Opangault pour avoir éteint à temps l’incendie de février 1959. Et les années qui vont suivre imposeront aux Congolais un vivre-ensemble en divorçant d’avec la première expérience du multipartisme pour expérimenter le parti unique, comme on va le constater après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Aussi, pour une vie en communauté interethnique, et pour freiner, tant soit peu, le pouvoir ethnocentriste, les Congolais ont décidé d’affronter quelques pans « égoïstes » de leur tradition, comme le mariage tribal : « Les mixités par le mariage sont un exemple du désir de vie ensemble, par delà les traditions particulières et les origines revendiquées » (p.42). Une longue marche vers la naissance d’une nation sur fond d’ethnocentrisme Avec cette volonté de donner naissance à la nation où le vivre-ensemble serait le leitmotiv des Congolais, on remarque que l’ethnocentrisme devient un drame. Aussi, on constate une réalité regrettable : le présent politique se voit gouverner par le passé, une situation que vivent « les élites successives, bizarrement [qui] sont incapables de s’en libérer, et pour cause, l’identité tribale décide des carrières » (p.59). Pour l’auteur, l’élite africaine en général et congolaise en particulier, devra transcender les enjeux ethno-politiques qui paralysent actuellement le continent. Mais comment peut-on espérer une nation sur la seule base des idées et convictions politiques si des discours ethno-bellicistes continuent à être divulgués par quelques éléments de la classe politique ? Et l’on remarque, excepté quelques aventuriers en politique, qu’il y a des cadres qui, eux, peuvent bien servir le pays autrement : « Et au lieu de se perdre à nouveau dans les aventures politiques sans lendemain, ils investiraient leurs métiers d’origine, y donneraient le meilleur d’eux-mêmes » (p.66). L’ethnocentrisme sur fond de tribalisme combattu par le parti unique des années d’après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, et surtout au cours des décennies 70-80, s’est curieusement réveillé au début des années 90 avec le retour du multipartisme. Démocratie pluraliste et ethnocentrisme Dans cette réflexion, Jean-Pierre Heyko Lékoba met en valeur la deuxième expérience du multipartisme que le Congo et la plupart  des états africains doivent affronter après le fameux discours de Mitterrand à la Baule. L’ethnocentrisme qui était vécu dans un seul parti avec un seul idéal, celui du vivre-ensemble, se confronte malheureusement à l’ethnicité. Les nouveaux partis politiques sont crées en majorité sur des bases ethnocentristes. Et cette situation provoque un drame national au niveau sociopolitique. Et l’auteur de se poser une question capitale : « Et si on ajoute les intonations ethno-bellicistes qui disent tout le contraire des propos entendus, comment pourrait-on espérer des rassemblements nationaux sur base des idées et convictions politiques ? » (p.62). Mais Jean-Pierre Heyko Lékoba ne désespère pas : les Congolais doivent obligatoirement vivre ensemble car « ils peuvent (…) s’obliger à regarder cette réalité en face et convenir de nouvelles modalités d’une vie ensemble qui fassent éclore une ambition nationale » (p.66). Notre « maison commune » le Congo : une pédagogie politique S’il y a un écrivain qui essaie de conscientiser politiquement les Congolais, c’est aussi Jean-Pierre Heyko Lékoba dont la pédagogie politique se manifeste par  son raisonnement dialectique : sa réflexion avance par une série de questions-réponses à travers laquelle il dévoile son patriotisme dans le vivre-ensemble congolais. Il a confiance à son peuple même si « l’ouverture démocratique [a été] mal engagée dans les années 90 (…) dans la majorité des pays africains [où] elle n’a produit que crises et drames » (p.101). Il n’est pas raisonnable pour lui de laisser l’intrigue ethnocentriste se développer longtemps dans l’espace public. Il fait sienne cette interrogation ci-après de l’écrivain Gabriel Mwènè Okoundji : « Sommes-nous à ce point incapables de récréer nos liens disloqués et distendus par les tumultes de notre histoire ? » (p.80). Mais c’est surtout dans les réalités de son terroir de la Cuvette Ouest que l’auteur réalise son optimisme du vivre-ensemble, imaginant l’ethnocentrisme mourir de sa propre mort dans l’espace et dans le temps. Ci-après une pensée mbéré qui nous est traduite par l’auteur lui-même en français : « Les contingences venus d’ailleurs peuvent déborder les rites et traditions du clan et ralentir sa marche, mais elles ne peuvent ni obstruer son horizon, ni limiter sa détermination à retrouver son chemin, encore moins, réduire sa volonté d’y arriver » (pp.102-103). Une pensée qui pousse à la réflexion sur le vivre-ensemble, sur la cohésion nationale. Notre « maison commune » le Congo, une analyse sociopolitique qui doit interpeler tous les Congolais ;

ACTUALITE. Le Conseil supérieur de la liberté de communication : mission accomplie dans la régulation de la communication pendant l’élection présidentielle au Congo

ACTUALITE. Le Conseil supérieur de la liberté de communication : mission accomplie dans la régulation de la communication pendant l’élection présidentielle au Congo

Le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, dans l’exercice de ses fonctions, a accompli sa mission au niveau de la régulation de la Communication, pendant la campagne de l’élection présidentielle du 21mars 2021, particulièrement pendant la campagne électorale. Aussi, la presse a-t-elle respecté les principes élémentaires de ce que doivent faire les Instituions ainsi que les hommes et femmes de médias dans de telles circonstances. Aucun grief n’a été porté contre des journalistes ; pas de diffamations de la part des hommes et femmes de médias à l’encontre des politiques en compétition électorale. On peut alors affirmer, sans ambages, que l’équipe de Philippe Mvouo a magistralement supervisé la régulation de la communication pendant l’élection présidentielle. Certes, on a eu à remarquer un grand décalage au niveau de la communication pendant la campagne précédant l’élection présidentielle en ce qui concerne le passage des « propagandistes atalakus» de chaque candidat sur les médias publiques. Et, sur ce point, on pourrait dire que l’exécutif, qui n’est autre que le Ministère de la Communication et des médias, s’est montré complaisant vis-à-vis des politiques dont l’arbitrage au niveau du passage dans les médias publiques n’a pas été équitable. Le Président Philippe Mvouo, dans un point de presse dans la journée du vendredi 2 avril 2021, à l’hôtel Saint-François (siège de l’Acerac), en présence du Vice-président Jean Pierre Goma et de la Secrétaire comptable Agnès Isabelle Nioko, a félicité plus ou moins la presse nationale pour le travail bien accompli pendant la campagne présidentielle. Mais, comme on peut le lire dans Horizon africain n° 98 du Vendredi 9 Avril 2021, « il [le Président du CSLC] a déploré l’absence d’émission de débats autour des projets de société des candidats et le déséquilibre constaté dans les médias publiques en raison de l’attitude de certains candidats de ne pas faire couvrir leurs activités ou d’envoyer des éléments pour diffusion dans ces médias ». Le travail du Conseil Supérieur de la de Liberté de Communication a été reconnu sous certains cieux du continent. La République du Benin, du côté de l’Afrique de l’ouest, qui a été marqué par ce travail, n’a pas hésité d’inviter le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication pour lui apporter son expérience ainsi que son expertise  dans la supervision  de la régulation  de la communication au cours de l’élection présidentielle. Et une délégation  du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, composée de son président et des Hauts Conseillers Joachim MBanza et Asie Dominique de Marseille, a débarqué à Cotonou ; ces derniers ont eu à partager l’expérience de leur Institution avec leurs homologues béninois au sujet de leur élection du 11 avril 2021. Aussi, remarque-t-on que ce nouveau mandat de Philippe Mvouo  à la tête du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication s’avère exceptionnel et productif avec ses nouveaux collègues  qui l’accompagnent merveilleusement dans  sa mission de régulation de la Communication qui, jusque là, se réalise sans entraves. Noël Kodia-Ramata         

LITTERATURE CONGOLAISE. Une peur morbide : 2è ouvrage de Jessy E. Loemba aux éditions LC

LITTERATURE CONGOLAISE. Une peur morbide : 2è ouvrage de Jessy E. Loemba aux éditions LC

Une peur morbide (1), un ensemble de quatre textes hors du commun, un ouvrage sorti des sentiers battus pour lecteur habitué à découvrir en général des recueils de nouvelles se fondant sur plus d’une dizaine de textes.  Plongée dans ce livre où l’auteur, par la multiplication des personnages et la mise en cause du suspense, casse la dynamique de la nouvelle traditionnelle. Se révèle dans ces textes un regard scriptural averti d’un écrivain à la recherche d’une nouvelle forme de l’écriture tout en ne s’échappant à sa mission de « moraliser » la société. Une société de jeunes en déliquescence : le héros face à la mort Les personnages de cet ouvrage sont presque jeunes et se confrontent aux réalités de leur société où parfois la mort serait une fatalité du destin, comme on le constate dans le texte éponyme. Le héros de ce récit, de surcroit africain, ne comprend pas l’attitude de l’Occidental qui minimise la mort quand il voyage par avion : « Je crois que nous ne sommes pas bien compris (…). J’ai simplement dit (…) que la mort ne vient pas du ciel. Chez nous, en Occident, c’est un principe avéré qu’un avion qui décolle doit forcément atterrir » (pp.19-20). Et le récit d’avancer avec le thème de la mort : nous le constatons  à travers le personnage de M. Roblot qui conçoit la mort comme une omniprésence chez l’homme : des univers tels l’hôpital, l’eau, les airs sont synonymes d’une éventuelle mort. Il  rappelle quelques péripéties tragiques comme l’accident du Titanic (p.21), l’épouvantable tragédie ferroviaire de Mvoungouti au Congo (p.21) ainsi que les tristes souvenirs de la catastrophe du DC 10 de la compagnie multinationale UTA (p.23). Mais la jeunesse apparait aussi dans certains paramètres sociaux et sociétaux dans « Cour commun » et « Une vanité » où la majorité des jeunes sont confrontés à certaines réalités de leur pays.  « Cour commune » nous fait découvrir Petit-Mago, enfant de la rue, passionné du ballon rond, et qui serait un bon footballeur. Il échoue dans ses études avant d’être au service des politiques : il devient un enfant-soldat pendant la guerre qui embrase la capitale. Aussi, devient-il un voyou pendant cette guerre civile : « Le port de l’uniforme associé à celui de la kalach lui avait donné l’illusion qu’il pouvait tout (…). C’est ainsi qu’il devint pilleur et voleur à la fois… » (p.30). Ses relations sont désagréables avec ses collègues du camp militaire tel Ondongo. Et dans ce récit, se développe l’isotopie de la présence militaire : Petit-Mago est lieutenant après ses études dans « une école de formation d’officiers précédée d’un passage en école préparatoire » (p.33). Ondongo est un ex-combattant recruté dans l’armée et nommé ensuite caporal-chef à titre exceptionnel : il a contribué à la chute de l’ancien régime. L’homme retrouvé mort dans un hôtel suite à des ébats sexuels est un officier de l’armée : « Richard-Dorian (…) s’était perdu dans les excitants (…). La pauvre dame qui s’était pourtant présentée au rendez-vous à l’heure convenue, n’avait fait que constater les dégâts : le cœur de l’officier avait subitement arrêté de battre alors même qu’il venait à peine de se mettre en tenue d’Adam » (p.42). La présence militaire revient aussi dans « Une vanité » à travers la correspondance entre l’ancien  et son bleu marqué par son échec au cours de sa formation à l’étranger : « (…) j’ai failli à ma mission. J’ai échoué sur la dernière marche à l’école du commissariat » (p.54). Se dégage dans leurs échanges épistolaires la problématique du destin de l’homme : « Notre vie n’a pas toujours été ce que nous aurions aimé qu’elle fut. Notre destin est quelquefois hors de portés de nos espérances » (p.64). La jeunesse apparait particulièrement dans le dernier texte avec d’autres paramètres sociaux et sociétaux. « Bual bua fua » : une autre façon d’écrire la nouvelle Ce récit se détache des trois autres par sa longueur un peu plus consistante. C’est l’histoire d’un personnage énigmatique qu’est Machiti. Plusieurs thématiques tournent au tour de ce dernier qui évolue dans une société dont les vices sont décriés par l’auteur. Et le refrain « Bual bua fua », (instance linguistique congolaise que l’auteur traduit (note p.71) par « Le pays est à terre ; le pays est livré au chaos. Tout est sens dessus sens dessous ») justifie ce pessimisme qui définit le récit. L’oncle Makaya-Makaya, adepte de la tradition, s’oppose à sa sœur Mbi-Fani qui a regagné son homme en ville, ne respectant pas les principes élémentaires du mariage traditionnel. Il sépare sa sœur de son homme et adopte son neveu. A travers le portrait des amis de Machiti, sont mis à nu certains vices de la société congolaise dénoncés par l’auteur.  Georges s’inquiète du métissage dans nos sociétés : « Pas étonnant que certains enfants issus du métissage (…) soient plongés dans une quête infinie d’identité » (p.100). Avec Rodrigue, ce sont les gouvernants qui sont décriés pour leur mauvaise gestion de la cité puisque « les gens sont nommés ministres à vie et bénéficient d’une prime à la médiocrité » (P.102). Richard, de son côté, vit « dans un pays où les gens n’ont aucune culture de livre » (p.106). « Bual bua fua », un texte qui nous plonge dans certaines tristes réalités  d’une société que les politiques tireraient par le bas.   Une peur morbide : une intertextualité avérée Une spécificité dans ce recueil de nouvelles : l’intertextualité qui est agréablement développée dans le texte éponyme. On remarque dans son coulé narratif des titres de certains ouvrages sans pour autant en tâcher la littéralité de la diégèse. Cette technique de découvrir un livre dans un autre livre pousse le lecteur à être concomitamment en face de deux ou plusieurs récits : « Lacara dans Les Balançoires ne fantasmait-elle pas à la vue des aéronefs qu’elle apercevait au décollage comme à l’atterrissage, depuis la demeure familiale de Ouenzé ? Moussa Ndiaye n’avait-il pas dans Drôles d’histoires françafricaines ou la fesse de l’affaire, jubilé à l’idée de quitter Dakar… ? » (p.11). Et dans cette peur morbide que développe le héros tout au long du récit se découvrent aussi Ce foutoir est pourtant mon pays et Un voyage à New York (p.12) qui appellent un peu plus loin des textes tels Tremblement de terre au ministère des Affaires alimentaires (p.17) et Mvoungouti ou le rêve dans la tombe (p.21) qui spécifient le spectre de la mort. A propos de cette technique de

CONGO. Le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication interpelle les médias à l’approche de la présidentielle de mars 2021

CONGO. Le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication interpelle les médias à l’approche de la présidentielle de mars 2021

Dans sa communication du 23 février 2021, M. Philippe Mvouo, en sa qualité de Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication a recadré les hommes et femmes des médias et les a invités à faire preuve de professionnalisme dans l’exercice de leur fonction, surtout que nous sommes à l’approche de l’élection présidentielle prévue pour le 21 mars 2021. À quelques semaines de l’élection présidentielle du 21 mars 2021, on remarque une grande effervescence dans le monde de la communication en ce qui concerne quelques activités de certains organismes et regroupements  politiques. Quelques journalistes confondent leur mission de reporter à celle de propagandiste. Et le Ministre de la Communications et des Médias semble indifférent devant cette situation. Le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, dans son rôle de régulation de la communication, a rappelé à l’ordre les médias de l’Etat, comme ceux du Privé qui doivent être équitables vis-à-vis de toutes les instances politiques intéressés par l’élection présidentielle. Ce qui ne semble pas être le cas en cette période qui précède le jour officiel, plus précisément le 5 mars 2021, du démarrage des campagnes, date officielle qui permettra aux médias d’être au service des acteurs politiques dans la diffusion de leur programme de société tout en les accompagnant dans leurs activités de campagne. Et cela va de la crédibilité de notre pays au niveau international. Le Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication a Invité les médias plus connus dans le pays et très suivis par les larges masses populaires tels Radio Congo, et Télé Congo qui ont connu l’époque du monopartisme de faire un effort de naviguer dans le pluralisme démocratique. Il a aussi interpelé les nouvelles radios comme Radio Brazzaville et Radio Liberté de jouer aussi le jeu de la démocratie pluraliste. Pour cela, tous ces Médias  doivent s’ouvrir à toutes les instances politiques avec équité. Ainsi, la déclaration du Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication, envers tous les hommes et femmes de médias, peut se résumer par ce rappel, combien pertinent, défini en trois points : « [primo] : les spots, communiqués ou tout élément de campagne des associations et dynamiques dites politiques ne doivent plus être diffusés dans les médias, encore moins dans les journaux ; [secundo] : la diffusion des donations diverses en signe de soutien aux candidats est désormais interdite ; [tertio] : le respect des symboles de la République doit être scrupuleusement observé ».    Ainsi, on peut affirmer sans ambages que le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication demande  aux hommes et femmes des médias de respecter l’impartialité devant tous les candidats à la présidentielle, impartialité  que nous imposent ces moments délicats qui précèdent et accompagnent les campagnes électorales. Aussi, le Président Philippe Mvouo, soucieux de voir les campagnes électorales se dérouler dans de bonnes conditions, a promis de remettre, à cette occasion, aux responsables des médias publics et privés « un document constitué de décisions et de directives qui [les] aidera à organiser [leurs] programmes et à traiter l’information électorale avec rigueur et professionnalisme durant cette période d’extrême sensibilité ». Notons que le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication est une autorité administrative indépendante, chargée de réguler la liberté de communication. Il veille au bon exercice de la liberté de l’information et à l’accès équitable des partis, associations et groupements politiques à l’audiovisuel public. Noël Kodia-Ramata

POESIE CONGOLAISE. La Morsure du soleil (1) ou le premier souffle poétique de Liss Kihindou

POESIE CONGOLAISE. La Morsure du soleil (1) ou le premier souffle poétique de Liss Kihindou

Voici une quarantaine de poèmes qui constituent La Morsure du soleil et qui nous fait découvrir le lyrisme de Liss Kihindou, plus connue comme prosateur. Un lyrisme multidimensionnel qui construit un pont entre la mort et la vie. Ici, on peut s’apercevoir du paradoxe qu’assume l’écrivaine car généralement l’homme élabore son destin sur la passerelle qui va de la vie à la mort ; peut-être nous révèle-t-elle inconsciemment que l’homme est un mort-vivant sur cette terre. Aussi, quatre mouvements peuvent se dégager de cette « morsure du soleil » qui brille devant nous dans les heurs et malheurs de l’humain. La mort dans l’esprit des inoubliables La mort accompagne indubitablement la conscience de l’homme, à plus forte raison celle des créateurs des œuvres de l’esprit. Rares sont les poètes et poétesses qui n’ont pas été marqués par la thématique de la mort. Femme sensible,  Liss Kihindou nous livre ici sa douleur après la disparition de deux grandes figures de la littérature congolaise. Dans « Année impitoyable », un poème où s’échappent douleur et tristesse, l’écrivaine se retrouve dans une situation psychologique où elle réalise la mort de deux illustres écrivains de son pays dans les méandres de l’année 1995 : « Mille neuf cent quatre vingt quinze / Jamais autant une année ne restera gravée / Dans mon cœur séché de tristesse / (…) Année qui a creusé dans la Littérature / Deux trous, deux trous béants » (p.13). Et, c’est en filigrane que s’exprime Liss Kihindou en faisant allusion implicitement à Sony Labou Tansi et Sylvain Bemba arrachés à la vie presqu’au même moment. Mais cette mort devrait frapper à toutes les portes des créateurs des œuvres de l’esprit. Ainsi, un ami de la poétesse, un passionné de poésie, un certain B. Dady n’hésite pas de pleurer avec son amie dans « Les larmes de Liss » quand la douleur devient intense et insupportable : « 1995 Liss pleure (…) / Les morts ne sont jamais morts / Est-ce raison Liss de toujours pleurer ? / Puisque tout compte fait / Les vitamines STL et SNB / Survivent et survivront / inexorablement à la mort » (pp.15-16). Aussi, certaines personnes qui ont marqué sa vie d’étudiante et ses liaisons culturelles reviennent sans cesse dans l’effluve de son inspiration. Dans « Une lumière éteinte », Liss Kihindou rend hommage à un grand universitaire de son pays, fauché trop tôt par la mort : « Qui va te remplacer / Toi baobab de la grammaire française ? / Qui va te remplacer / Toi qui enseignais le français aux Français ? » (p.19). Et cet universitaire dont fait allusion la poétesse n’est autre que le défunt professeur Augustin Niangouna qui aura marqué moult étudiants de l’université Marien Ngouabi. À son ami Eugène Miakakouba de la revue Ngouvou où elle publie ses premiers poèmes, elle dédie ces quelques vers poignants : « Eugène / Tu vis toujours dans nos mémoires / Au creux de nos cœurs repose ton histoire / À cette heure, Ngouvou te pleure » (p.21). En mémoire de son bel oncle, l’époux de sa tante Céline, elle écrit : « Il n y a plus que ton nom / Pour rafraichir les traces de ton passage sur terre » (p.22). Et ce cri de douleur nous rappelle la disparition d’un grand poète de sa génération, Congo Mbemba qu’elle interpelle dans « Tu n’es que cendre » : « Congo Mbemba / Ton corps / disparait dans le néant / (…) Congo Mbemba / Tu es / Un Ténor-Mémoire » (pp.2324). Dans les méandres du cœur Le sentiment d’aimer et d’être aimé se découvre dans le cœur de tout poète. Les créateurs des œuvres de l’esprit sont des « amoureux de l’amour » ; et Liss Kihindou s’échappe pas au feu de l’amour avec un cœur froid, mais qui sera réchauffé par l’être aimé : « Mon cœur était froid / Dedans il faisait sombre / (…) Dans ton cœur / Il puisa l’amour / Et mon cœur se mit à vivre » (p.31). Aussi, sur l’élan qui l’emmène vers son amour dans « La route de ton cœur » (p.32), tout est allégresse et synonyme de bonheur à travers l’image de la fleur et du miel. Ce bonheur que l’on peut rencontrer dans « Mes joies secrets » où brillent des rayons sur le visage de l’être aimé : « Me perdre / Dans les eaux mystérieuses / De tes yeux / M’accrocher aux rayons satisfaisants / De ton sourire » (p.33). L’image de l’homme aimé apparait aussi dans « La preuve » où elle demande à son homme la preuve idéelle et non matérielle de ses sentiments : « Les mots qui sortent de ta bouche / (…) ne sont pas une preuve / Ni les vêtements que tu m’offres / (…) La preuve que tu m’aimes / C’est l’épreuve » (p.34). Dans « Mystère », c’est la magie de l’amour qui s’extériorise : « Ton nom / Devient chaque jour plus précieux / Mes pensées sont pleines de toi » (p.35). Et le bonheur que provoque un amour est pleinement valorisé dans les textes tels « Délices » (p.36), « Quand on est amoureux » (p.37), « Ivresse » (p.38), et «Frissons » (p.39) avec cette attention de la poétesse pour l’être aimé : « J’attends que naissent sur ses lèvres / Les mots tant désirés » (p.39). Si l’auteure manifeste un grand amour à son homme, elle n’oublie pas ses « mamans-femmes » auxquelles elle adresse un long poème où se manifeste, à certains moments, le langagier du terroir : « Femmes, bakento / Laissez parler votre cœur / Batika basi ba loba (Laissez parler les femmes) / Mbikeno na zonza (Laissez-mi parler » (p.27). Une poésie de l’intérieur philosophique et psychologique De l’éclatement des sentiments dans ce recueil, Liss Kihindou se refugie parfois dans la méditation pour réfléchir sur certains aléas de la société qui la rattrapent. Dans « Complainte », elle met en exergue la fatalité qu’impose le Sida à l’Homme : « Sida si invulnérable / Que tu sois, deux sont capables / De nous servir de bouclier / Et nous permettre de lier / Ton destin, ton sort funeste » (p.43), cette société qui oppose simultanément le bonheur des nuits de la campagne : « Tu nous grises de bonheur / Tu es la nuit des campagnes »(p.45) aux vices des nuits de la ville : « Nuit meurtrie par