L’économie mondiale se stabilise, mais la tâche s’annonce bien plus ardue pour les pays en développement

L’économie mondiale se stabilise, mais la tâche s’annonce bien plus ardue pour les pays en développement

Les perspectives de croissance à long terme sont au plus bas depuis le début du siècle  Selon les dernières Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, les économies en développement, qui contribuent à 60 % de la croissance planétaire, devraient terminer le premier quart du XXIe siècle avec des perspectives de croissance à long terme au plus bas depuis 2000. Alors même que l’économie mondiale se stabilisera au cours des deux prochaines années, la dynamique de rattrapage des économies en développement sur les niveaux de revenu des économies avancées va marquer le pas. Dans un contexte marqué par le repli progressif de l’inflation et des taux d’intérêt, l’économie mondiale devrait croître de 2,7 % en 2025 et 2026, soit un taux comparable à celui de 2024. Dans les économies en développement, la croissance se consolidera autour de 4 % au cours des deux prochaines années, mais cette performance, en deçà des niveaux pré-COVID, ne sera pas suffisante pour permettre les progrès nécessaires à la réduction de la pauvreté et, plus largement, à la réalisation des objectifs de développement. L’analyse conduite par la Banque mondiale livre un examen systématique sans précédent des performances réalisées par les économies en développement au cours du premier quart du XXIe siècle. Il en ressort que ces pays ont connu, au cours de la première décennie, des niveaux de croissance record depuis les années 1970, avant de voir leurs progrès se tasser à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009. L’intégration économique mondiale s’est essoufflée : les flux d’investissements directs étrangers vers les économies en développement ont été réduits de moitié environ (en pourcentage du PIB) par rapport au début des années 2000. En 2024, les nouvelles restrictions commerciales mondiales étaient cinq fois supérieures à la moyenne de 2010-2019. Ces facteurs ont entraîné une chute de la croissance économique globale, qui est passée de 5,9 % dans les années 2000 à 5,1 % dans les années 2010, avant de tomber à 3,5 % dans les années 2020. Depuis 2014, les taux de croissance moyens du revenu par habitant dans les économies en développement (à l’exception de la Chine et de l’Inde) sont inférieurs d’un demi-point de pourcentage à ceux des économies à revenu élevé, creusant d’autant le fossé entre pays riches et pays pauvres. « Pour les économies en développement, les 25 prochaines années seront plus difficiles que les précédentes, souligne Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale, chargé de l’Économie du développement. La plupart des forces qui avaient autrefois contribué à leur essor ont disparu, pour laisser place à de puissants vents contraires : fardeau de la dette, croissance atone des investissements et de la productivité, impact et coût croissants du changement climatique… Dans les années à venir, les économies en développement auront besoin d’un nouveau modèle stratégique qui mette l’accent sur l’adoption de réformes visant à accélérer l’investissement privé, à approfondir les relations commerciales et à promouvoir une utilisation plus efficace des capitaux, des talents et de l’énergie. » L’importance des pays en développement pour l’économie mondiale est plus grande aujourd’hui qu’elle ne l’était au début du siècle, puisqu’ils représentent actuellement environ 45 % du PIB mondial, contre 25 % en 2000. Leur interdépendance s’est également accrue : plus de 40 % de leurs exportations de biens sont destinées à d’autres économies en développement, soit deux fois plus qu’en 2000. Les économies en développement sont également devenues une source importante de flux de capitaux, d’envois de fonds et d’aide au développement : entre 2019 et 2023, elles ont représenté 40 % des remises migratoires, contre 30 % dans les années 2000-2010. Par conséquent, ces économies jouent désormais un rôle accru sur la croissance et le développement de leurs pairs. Une augmentation d’un point de pourcentage de la croissance du PIB dans les trois plus grandes économies en développement — Chine, Inde et Brésil — entraîne en général une augmentation cumulée du PIB de près de 2 % dans les autres économies en développement après trois ans. Cet effet ne représente toutefois que la moitié environ de celui engendré par la croissance dans les trois premières puissances économiques du monde, à savoir les États-Unis, la zone euro et le Japon. Autrement dit, le bien-être des économies en développement reste étroitement lié à la croissance des trois grandes économies avancées. « Dans un monde marqué par les tensions commerciales et dans un climat d’incertitude politique, les économies en développement devront prendre des mesures audacieuses et de grande envergure pour s’emparer des possibilités encore inexploitées de coopération internationale, explique M. Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque mondiale et directeur de la cellule Perspectives. Un bon point de départ serait d’établir des partenariats stratégiques en matière de commerce et d’investissement avec les marchés en pleine expansion d’autres pays en développement. La modernisation des infrastructures de transport et la normalisation des procédures douanières sont des mesures essentielles pour réduire les dépenses inutiles et favoriser une plus grande efficacité des échanges commerciaux. Enfin, la mise en place de politiques macroéconomiques saines et solides renforcera la capacité de ces pays à composer avec les incertitudes de la conjoncture mondiale. » Une conjoncture qui, au cours des deux prochaines années, pourrait exposer les économies en développement à de graves difficultés, comme le note le rapport. Les fortes incertitudes entourant les politiques internationales pourraient en effet saper la confiance des investisseurs et restreindre les flux de financement, et la montée des tensions commerciales freiner la croissance mondiale. La persistance de l’inflation pourrait en outre retarder les baisses attendues de taux d’intérêt. Cependant, l’économie mondiale pourrait croître davantage qu’anticipé, surtout si ses deux principaux moteurs, les États-Unis et la Chine, parviennent à prendre de la vitesse. En Chine, une intensification des mesures de relance pourrait stimuler la demande, tandis qu’aux États-Unis, le niveau soutenu des dépenses des ménages pourrait se traduire par une croissance plus forte que prévu, ce qui aurait des retombées bénéfiques pour les économies en développement. Le rapport fait valoir que les économies en développement disposent de nombreuses options pour améliorer leurs perspectives de croissance, malgré ces vents contraires. Avec des politiques appropriées, elles peuvent même transformer certains de ces défis en opportunités. En répondant aux besoins d’infrastructures, en accélérant la

Le Fonds de lutte contre les pandémies annonce un troisième cycle de financement et franchit un nouveau jalon dans les efforts de préparation

Le Fonds de lutte contre les pandémies annonce un troisième cycle de financement et franchit un nouveau jalon dans les efforts de préparation

Le Conseil de direction du Fonds de lutte contre les pandémies a approuvé une enveloppe de 500 millions de dollars au titre de son troisième cycle de financement. Cette initiative va permettre d’intensifier les efforts déployés par les pays à revenu faible et intermédiaire pour renforcer les capacités des systèmes de santé en matière de surveillance des maladies, les équipements de diagnostic et de laboratoire, ainsi que les personnels de santé — soit les trois pierres angulaires de la prévention et de la réponse aux pandémies futures. Les pays, organisations régionales et organismes de mise en œuvre intéressés pourront déposer leurs propositions sur un portail en ligne à partir du mois de mars 2025. Ce troisième appel à propositions sera lancé en deux phases : la première, dédiée aux propositions nationales et plurinationales, sera ouverte dès mars 2025, tandis que la deuxième, destinée aux organisations régionales, débutera en juin. Conformément au plan stratégique à moyen terme du Fonds, les propositions devront, dans leur conception et leur mise en œuvre, accorder une attention particulière à quatre aspects de fond — l’approche « Une seule santé », la participation des communautés et de la société civile, l’égalité des genres et l’équité en matière de santé. Les investissements devront également s’attacher à renforcer deux « catalyseurs » transversaux : les instituts nationaux de santé publique (et autres institutions publiques) et les réseaux, organisations et pôles régionaux ou mondiaux. « Ce que le Fonds a accompli en seulement deux ans est remarquable. Près de la moitié des 2 milliards de dollars collectés ont été alloués dans le cadre de deux séries de financement, et de nombreux projets permettent déjà de renforcer la sécurité sanitaire dans des communautés et des pays du monde entier, ont déclaré les coprésidents du Conseil de direction du Fonds de lutte contre les pandémies, Chatib Basri, ancien ministre indonésien des Finances, et Sabin Nsanzimana, ministre rwandais de la Santé. Les récentes épidémies de variole simienne et du virus de Marburg nous rappellent avec force qu’il n’y a pas de temps à perdre sur le front de la préparation aux pandémies. Nous devons veiller à ce qu’aucun pays ne soit laissé pour compte. » Le Fonds a accordé à ce jour un montant total de 885 millions de dollars de financements, qui ont permis de mobiliser 6 milliards de dollars supplémentaires de cofinancements internationaux et de co-investissements nationaux en faveur du renforcement des capacités des systèmes de surveillance, des laboratoires et des personnels dans 75 pays répartis dans les six régions du monde. Plus de 50 % des ressources allouées au titre du deuxième cycle de financement sont destinées à l’Afrique subsaharienne, région du monde dans laquelle la demande d’aides est la plus forte. « Les pays à revenu faible et intermédiaire ne veulent pas être pris de nouveau au dépourvu. La demande d’aides auprès du Fonds de lutte contre les pandémies a largement dépassé les ressources disponibles, ce qui témoigne du déficit de financements que nous contribuons à combler, a souligné Priya Basu, directrice exécutive du Fonds. À l’heure où nous lançons le troisième appel à propositions, nous constatons déjà des résultats tangibles sur le terrain dans les pays qui mettent en œuvre les projets ayant bénéficié de notre première série de financements. Ces investissements permettront de sauver des vies et de protéger des économies pour de nombreuses années à venir. » Le portail de dépôt des propositions nationales et plurinationales sera ouvert du 14 mars au 30 mai 2025. Les organisations régionales pourront quant à elles soumettre leurs projets à partir de la mi-juin environ et jusqu’à mi-septembre. Les financements alloués dans le cadre de ce troisième appel à propositions devraient être annoncés au début du mois de novembre prochain. D’autres cycles de financement devraient être lancés fin 2025, sous réserve des ressources disponibles et dans la lignée du plan stratégique du Fonds. Face à l’ampleur de la demande de financements par rapport aux ressources disponibles, le Fonds de lutte contre les pandémies a engagé en juillet 2024 une campagne de mobilisation de ressources ayant pour objectif de collecter à court terme 2 milliards de dollars supplémentaires. Aujourd’hui, cinq mois après le lancement de cette initiative, le Fonds est parvenu à plus de la moitié de son objectif, avec 1 milliard de dollars de nouvelles promesses de contribution de la part des gouvernements, tout en obtenant des engagements de soutien auprès de nouvelles organisations philanthropiques et du secteur privé. Cette campagne de levée de fonds se poursuivra jusqu’au printemps 2025. BM

Un nouveau projet de productivité des terres et de résilience climatique soutient la création d’emplois au Burundi

Un nouveau projet de productivité des terres et de résilience climatique soutient la création d’emplois au Burundi

Un nouveau projet transformateur vise à augmenter la productivité des terres, à améliorer la résilience climatique pour 1,3 million de personnes et à soutenir la création de 42 000 emplois indirects. S’appuyant sur les réalisations du Projet de Restauration et de Résilience des Paysages au Burundi, qui a fait de grands progrès dans la restauration de 22 collines dégradées, le Projet de Résilience Climatique des Collines du Burundi, localement appelé « NAGURA », vise à augmenter la productivité des terres et la résilience climatique des communautés fragiles dans 80 collines à travers 87 bassins versants ciblés. Le projet adopte une approche globale qui cherche à pallier l’absence de politique intégrée et de réponse institutionnelle coordonnée, la fragmentation et la dégradation des bassins versants, ainsi que la participation limitée des communautés aux actions climatiques et leur accès restreint au financement. Le projet améliorera l’environnement propice à la résilience climatique en soutenant des réformes politiques et réglementaires clés. De plus, le projet développera des plans de gestion intégrée des bassins versants, renforcera la préparation aux chocs climatiques, restaurera les zones de terres dégradées grâce aux efforts communautaires, impliquera les communautés des collines dans des associations d’usagers de l’eau, diversifiera les droits d’utilisation des terres et favorisera des investissements sensibles au genre. « Ce projet est une étape importante dans nos efforts pour lutter contre le changement climatique et améliorer les moyens de subsistance des communautés », a déclaré Hawa Cisse Wagué, Représentante Résidente de la Banque mondiale pour le Burundi. « En abordant les problèmes critiques de la dégradation des terres et de la résilience climatique, nous ouvrons la voie à un avenir plus durable et prospère pour le Burundi. » Le projet bénéficiera à une population plus large grâce à des réformes systémiques visant à une meilleure coordination de l’action climatique et de la gestion des paysages. Parmi les personnes comptant comme des bénéficiaires directs figurent213 320 ménages, y compris des femmes et des individus vulnérables, qui bénéficieront de pratiques de gestion durable des bassins versants. Le projet devrait contribuer à la création de 42 000 emplois indirects. Le projet devrait aussi générer des revenus supplémentaires significatifs et des opportunités d’emploi, en particulier pour les micros, petites et moyennes entreprises (MPME) bénéficiant de facteurs ou de conditions de production améliorés. De plus, 309 680 résidents bénéficieront de la création d’emplois, dont 40 % de jeunes et 51 % de femmes. En outre, 10 000 micro-entrepreneurs et coopératives/associations engagés dans des activités rentables et résilientes au climat, ainsi que des institutions gouvernementales, des organisations du secteur privé, des universités et des institutions de recherche, recevront des investissements pour renforcer leurs capacités. Financé à hauteur de 88,3 millions de dollars (dont 70 millions de dollars provenant de l’Association Internationale de Développement (IDA), et un cofinancement équivalent à 18,3 millions de dollars du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM)), ce projet représente une avancée significative dans la lutte contre les défis du changement climatique, de la fragilité et de la dégradation des terres au Burundi. La Banque mondiale vise à construire un avenir plus résilient et productif pour le Burundi, en favorisant des réponses politiques intégrées, en améliorant la gestion des bassins versants et en autonomisant les communautés. BM.

Togo : un financement de 100 millions de dollars pour accélérer la transformation numérique

Togo : un financement de 100 millions de dollars pour accélérer la transformation numérique

La Banque mondiale a approuvé (mercredi 18 décembre, DNR) une première série de financement de 100 millions de dollars (environ 62 milliards de FCFA) de l’Association internationale de développement pour soutenir le gouvernement du Togo dans son ambition d’utiliser les technologies numériques comme levier essentiel pour accélérer la croissance, la création d’emplois et la compétitivité des secteurs prioritaires. Cette série de projets d’accélération numérique au Togo représente un engagement programmatique de la Banque mondiale visant à favoriser l’inclusion numérique, grâce à la connectivité haut-débit, les compétences numériques, l’entrepreneuriat numérique ainsi qu’au renforcement de la résilience au changement climatique par les technologies. Cette opération permettra de connecter environ 8 000 institutions publiques au haut-débit et à plus d’un million de personnes de bénéficier d’un accès Internet nouveau ou amélioré. Le projet mobilisera des financements du secteur privé et créera des conditions favorables pour étendre la connectivité aux ménages et aux entreprises à proximité. De plus, avec la collaboration de la Société Financière Internationale, le projet fournira des financements pour stimuler les compétences numériques, améliorant l’employabilité de la population, et l’écosystème entrepreneurial, le rendant plus attractif pour les investisseurs institutionnels. Les investissements dans la connectivité résiliente au climat et le développement de directives informées par le climat pour le secteur numérique renforceront l’efficacité énergétique et la résilience des infrastructures, essentielle pour déployer des solutions numériques pour l’adaptation au changement climatique. « Cette initiative est une véritable révolution pour le Togo, car nous connectons nos écoles, nos établissements de santé et nos institutions publiques à l’internet très haut débit, ouvrant ainsi la voie à l’innovation et au progrès », a déclaré Mme Cina Lawson, Ministre togolaise de l’Économie numérique et de la transformation digitale. « En dotant notre jeunesse de compétences numériques et en favorisant un environnement propice à l’entrepreneuriat, nous posons les bases d’une économie plus compétitive et résiliente. » Ce financement s’aligne avec la Feuille de route du gouvernement et le nouveau Cadre de Partenariat Pays du Groupe de la Banque mondiale pour le Togo qui identifie la technologie numérique comme un catalyseur transversal essentiel pour la réalisation de ses objectifs stratégiques. La transformation numérique du Togo et la réduction des fractures numériques existantes aideront le pays à accélérer une croissance inclusive et résiliente, à stimuler la création d’emplois de qualité et améliorer sa compétitivité. Cela s’inscrit dans le droit fil des priorités stratégiques du Groupe de la Banque mondiale, telles que décrites dans le nouveau programme de défi mondial « Accélérer la digitalisation ». « En mettant l’accent sur les technologies numériques, nous visons à soutenir la stratégie du gouvernement d’accélérer la transformation économique du pays, de stimuler la productivité et l’innovation. Cela sera réalisé en connectant les établissements de santé et d’éducation à Internet et en aidant les populations, notamment les jeunes et femmes, à accéder à des contenus éducatifs et à développer des compétences et l’entreprenariat numériques », souligne Fily Sissoko, représentant résident de la Banque mondiale pour le Togo. BM.

Dette extérieure : les pays en développement ont déboursé un montant record de 1 400 milliards de dollars en 2023

Dette extérieure : les pays en développement ont déboursé un montant record de 1 400 milliards de dollars en 2023

Selon la dernière édition du Rapport sur la dette internationale de la Banque mondiale, les pays en développement ont dépensé un montant inédit de 1 400 milliards de dollars au titre du service de leur dette extérieure, la charge des intérêts ayant atteint en 2023 son niveau le plus élevé depuis vingt ans. Les paiements d’intérêts ont augmenté de près d’un tiers et se sont élevés à 406 milliards de dollars, grevant dans de nombreux pays les budgets pouvant être alloués à des domaines critiques tels que la santé, l’éducation et l’environnement. Les données révèlent que la pression financière a été la plus intense dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables, ceux qui sont éligibles aux prêts de l’Association internationale de développement (IDA) du Groupe de la Banque mondiale. Ainsi en 2023, ces pays ont payé un montant record de 96,2 milliards de dollars pour rembourser leur dette extérieure. Bien que les remboursements du principal aient diminué de près de 8 % pour atteindre 61,6 milliards de dollars, les charges d’intérêt ont grimpé à un niveau sans précédent de 34,6 milliards de dollars en 2023, soit quatre fois plus qu’il y a dix ans. En moyenne, les paiements d’intérêts des pays IDA s’élèvent aujourd’hui à près de 6 % de leurs recettes d’exportation, une proportion qui n’a pas été observée depuis 1999 et qui va même jusqu’à 38 % pour certains d’entre eux. En raison du resserrement des conditions de crédit, la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales sont devenues la principale bouée de sauvetage des économies les plus pauvres. Depuis 2022, les créanciers privés étrangers ont reçu près de 13 milliards de dollars de plus en remboursement de la dette contractée par des emprunteurs du secteur public des pays IDA que ce qu’ils ont déboursé en nouveaux financements. Au cours de la même période, la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales ont injecté près de 51 milliards de dollars de plus en 2022 et 2023 par rapport aux remboursements perçus au titre du service de la dette. La Banque mondiale a financé un tiers de cette somme, soit 28,1 milliards de dollars. « Les institutions multilatérales sont devenues la dernière planche de salut pour les économies pauvres qui s’efforcent d’équilibrer les paiements de la dette avec les dépenses consacrées à la santé, à l’éducation et à d’autres priorités de développement, explique Indermit Gill, économiste en chef et vice-président senior du Groupe de la Banque mondiale. Dans les pays pauvres très endettés, les banques multilatérales de développement jouent désormais le rôle de prêteur en dernier ressort, un rôle pour lequel elles n’ont pas été pensées. C’est le reflet d’un système de financement défaillant : à l’exception des fonds injectés par la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales, l’argent sort des économies pauvres alors qu’il devrait y entrer. » La pandémie de COVID-19 a fortement alourdi le fardeau de la dette de tous les pays en développement, et la flambée des taux d’intérêt mondiaux qui s’en est suivie a rendu plus difficile le redressement de la situation pour bon nombre d’entre eux. Fin 2023, la dette extérieure totale de l’ensemble des pays à revenu faible et intermédiaire atteignait le chiffre record de 8 800 milliards de dollars, soit une augmentation de 8 % par rapport à 2020. La progression en pourcentage a été deux fois plus importante pour les pays éligibles à l’IDA, dont la dette extérieure totale a grimpé à 1 100 milliards de dollars, c’est-à-dire une hausse de près de 18 %. En 2023, les emprunts à l’étranger sont devenus beaucoup plus coûteux pour tous les pays en développement. Les taux d’intérêt sur les prêts des créanciers publics ont doublé et excèdent 4 %, tandis que les taux appliqués par les créanciers privés ont augmenté de plus d’un point pour atteindre 6 %, leur niveau le plus élevé en 15 ans. Enfin, si les taux d’intérêt mondiaux ont commencé à baisser, ils devraient rester supérieurs à la moyenne qui prévalait au cours de la décennie précédant la pandémie. Le Rapport sur la dette internationale présente les principaux éléments issus de la base de données de la Banque mondiale sur les statistiques relatives à la dette internationale, la source la plus complète et la plus transparente de données sur la dette extérieure des pays en développement. Il témoigne d’un effort accru pour garantir l’exactitude des informations relatives à la dette des pays IDA, grâce au rapprochement des données que ces économies communiquent au système de notification des débiteurs de la Banque mondiale avec celles fournies par les créanciers du G7 et du Club de Paris. Cet exercice de rapprochement prêt par prêt a permis d’obtenir un taux de concordance des données de 98 %, ce qui réduit la marge d’erreur de dix à seulement deux points. « Des données exhaustives sur les engagements des gouvernements peuvent favoriser de nouveaux investissements, réduire la corruption et prévenir de coûteuses crises de la dette, précise Haishan Fu, statisticien en chef de la Banque mondiale et directeur du Groupe de gestion des données sur le développement de l’institution. La Banque mondiale a joué un rôle de premier plan dans l’amélioration de la transparence de la dette à travers le monde, en particulier dans les pays éligibles à l’IDA. En 2023, près de 70 % de ces économies ont publié des données sur la dette publique, entièrement accessibles sur un site web gouvernemental, soit une augmentation de 20 points par rapport à 2020. C’est un signe encourageant pour l’avenir. »

Investir dans la réussite des adolescentes en Afrique exige une approche ciblée

Investir dans la réussite des adolescentes en Afrique exige une approche ciblée

Alors que se multiplient les appels à investir dans le capital humain et à accroître les possibilités d’emploi pour une jeunesse africaine en plein essor, un nouveau rapport met en lumière les difficultés auxquelles se heurte un groupe démographique important : les adolescentes. En Afrique subsaharienne, plus de la moitié des filles âgées de 15 à 19 ans ne sont pas scolarisées, sont mariées ou ont déjà des enfants.Un rapport conjoint de la Banque mondiale, du Center for Global Development et de Population Council, Parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique, souligne l’urgence de se pencher sur le cas souvent négligé de ces jeunes filles et propose des mesures politiques ciblées pour répondre aux situations diverses des adolescentes de la région. Qu’elles soient poussées à quitter l’école en raison de contraintes familiales, de nécessités économiques ou de conflits, les filles sont plus nombreuses que les garçons à ne pas accéder à l’enseignement secondaire et supérieur, à exercer des emplois peu qualifiés ou à s’occuper d’un conjoint ou d’enfants avant d’avoir atteint l’âge de 19 ans. Il en résulte une perte de capital humain et une baisse de la croissance économique. Selon le rapport, il existe de grandes disparités entre les pays d’Afrique subsaharienne. Certains pays parviennent à retarder l’âge du mariage et de la procréation et assurent un niveau élevé d’éducation aux filles, alors que dans d’autres pays, souvent en situation de fragilité et de conflit, le taux de scolarisation des filles est très faible et celui des mariages précoces est très élevé. Ces tendances sont étroitement liées aux cadres juridiques des pays, en particulier aux lois relatives à l’éducation, à l’emploi et au mariage. « La particularité de ce rapport est d’aller au-delà de conseils avisés mais généraux qui consistent simplement à garder les filles à l’école. Il analyse les différentes réalités que vivent des millions d’adolescentes aujourd’hui et propose des pistes pour répondre aux besoins de groupes qui ont tendance à être négligés, comme les adolescentes mariées, les jeunes mères et les jeunes travailleuses dans le secteur informel », explique Estelle Koussoubé, économiste senior à la Banque mondiale et coéditrice du rapport. L’Afrique subsaharienne compte aujourd’hui environ 145 millions d’adolescentes et, en 2030, jusqu’à un tiers des adolescentes du monde vivront dans cette région. Les auteurs du rapport estiment que chaque dollar investi dans l’autonomisation des adolescentes africaines d’ici 2040 – par exemple en améliorant leur accès à la santé et à l’éducation ou en favorisant leur réussite économique – pourrait plus que décupler l’impact économique, avec des gains potentiels de 2 400 milliards de dollars. La nouvelle stratégie du Groupe de la Banque mondiale en matière de genre se concentre sur l’élimination des violences de genre et le renforcement du capital humain, l’amélioration de l’accès à de plus nombreuses opportunités économiques, et la participation des femmes à des fonctions décisionnelles afin d’accélérer l’égalité des sexes à l’échelle mondiale. Le rapport Parcours vers la prospérité pour les adolescentes en Afrique appuie cette stratégie en formulant des recommandations concrètes à l’intention des décideurs. Il s’agit notamment de réduire les frais de scolarité à la charge des familles grâce à des approches éprouvées telles que l’alimentation scolaire et les transferts monétaires, de combiner des formations professionnelles adaptées au marché du travail avec le développement de compétences utiles à la vie courante et d’étendre les services de santé conformes aux besoins des jeunes. Le rapport souligne aussi la nécessité d’interventions ciblées pour les groupes vulnérables tels que les jeunes mères qui ont besoin d’aide pour la garde des enfants et de perspectives génératrices de revenus durables. « Notre analyse révèle l’énorme potentiel économique qui est en jeu. Lorsque nous investissons dans la santé, l’éducation et les perspectives économiques des adolescentes, nous façonnons non seulement leur avenir, mais aussi la trajectoire de communautés et d’économies entières », souligne Kehinde Ajayi, Senior Fellow et directrice du programme d’égalité des sexes et d’inclusion du Global Development, coéditrice du rapport. La forte incidence de la violence de genre, y compris dans le cadre scolaire, est un phénomène critique pour la vie des adolescentes en Afrique. Il est urgent de poursuivre les recherches pour déterminer quelles sont les interventions les plus efficaces pour réduire la violence et rendre plus sûres les écoles et d’autres activités de la vie quotidienne des jeunes filles. Afin d’encourager la recherche et l’action, les données de cette étude sont disponibles dans un Atlas des adolescents pour l’action, disponible sur un portail web dédié de Population Council. « Ce rapport présente une approche fondée sur des données et des approches éprouvées pour comprendre la diversité des besoins des adolescentes et les voies vers l’autonomisation économique. Le travail à venir sera difficile, mais nous sommes maintenant mieux équipés pour relever ces défis avec un cadre multidimensionnel qui peut guider efficacement les programmes et les politiques qui soutiennent les filles dans le monde entier », déclare Karen Austrian, directrice du GIRL Center du Population Council et co-auteur du rapport.

Nouveau rapport de la Banque mondiale : croissance économique en Tunisie et perspectives pour son système fiscal

Nouveau rapport de la Banque mondiale : croissance économique en Tunisie et perspectives pour son système fiscal

L’économie tunisienne a enregistré une croissance de 0,6 % au premier semestre 2024, marquant une légère amélioration par rapport à 2023, selon la dernière édition du rapport sur la conjoncture économique de la Banque mondiale. Des signes encourageants apparaissent, notamment une amélioration du solde extérieur et une réduction de l’inflation. Parallèlement, si le secteur agricole montre des signes de reprise, d’autres secteurs clés, dont le pétrole et le gaz, l’habillement et la construction, continuent rencontrer des obstacles. Le rapport intitulé « Équité et efficience du système fiscal tunisien » prévoit une croissance de 1,2 % pour 2024. Cette performance intervient dans un contexte de ralentissement de la croissance économique au cours de la dernière décennie, marqué par des taux d’investissement et d’épargne modérés. Le rapport insiste sur la nécessité d’augmenter les investissements pour soutenir la croissance et renforcer la concurrence. Les énergies renouvelables font figure de secteur dynamique où les investissements et la concurrence progressent, avec la mise en œuvre d’un ambitieux programme tunisien prévoyant la construction de 500 mégawatts de capacité via des projets solaires dans les régions de Kairouan, Sidi Bouzid et Tozeur. De plus, le gouvernement prévoit 1.700 mégawatts supplémentaires d’ici 2026, visant à porter la part des énergies renouvelables à 17 % du mix électrique et ainsi économiser 1 million de tonnes d’équivalent pétrole en importations de gaz, soit environ 30 % des importations totales de gaz en 2023. La Tunisie est aussi parvenue à contenir son déficit courant, principalement grâce à une amélioration des termes de l’échange, dont la baisse des coûts d’importation d’énergie et la hausse des prix à l’exportation de l’huile d’olive, en plus du rebond du secteur touristique. Le déficit commercial a baissé de 3,4 % sur les neuf premiers mois de 2024 par rapport à l’année précédente, représentant désormais 7,8 % du PIB, contre 8,8 % en 2023. L’inflation est tombée à 6,7 % en septembre 2024, son niveau le plus bas depuis janvier 2022, tandis que l’inflation alimentaire reste stable à 9,2 %. La Tunisie s’oriente de plus en plus vers des sources de financement internes, la dette intérieure étant passée de 29,7 % de la dette publique totale en 2019 à 51,7 % en août 2024. Cette tendance oriente une part croissante des financements des banques vers les besoins du gouvernement et les éloigne du reste de l’économie. Elle présente également des défis pour la monnaie et la stabilité des prix. La seconde partie du rapport examine le système fiscal tunisien, soulignant l’importance d’un meilleur équilibre entre la fiscalité sur le travail et celle sur le capital pour promouvoir une approche plus équitable. Actuellement, la charge fiscale sur le travail, y compris les importantes cotisations sociales, même pour les personnes à faible revenu, peut encourager l’informalité, freiner l’embauche et limiter les salaires. Le rapport recommande aussi davantage de transparence au sein du système fiscal pour renforcer l’équité et la responsabilité. L’instauration d’une taxe foncière annuelle et l’augmentation des taxes sur les carburants en 2023 ont constitué des mesures positives, et un rééquilibrage de la structure fiscale et un renforcement de la taxe carbone contribueraient à un cadre économique plus stable et durable. « Malgré des défis persistants, l’économie tunisienne continue de faire preuve de résilience, et de nouvelles opportunités se présentent, souligne Alexandre Arrobbio, responsable des opérations de la Banque mondiale pour la Tunisie. La Banque mondiale reste déterminée à soutenir la Tunisie à relever les défis soulignés dans le rapport, en particulier pour soutenir la croissance et le développement du secteur privé. » BM

Selon un nouveau rapport, l’action climatique est essentielle à l’ambition du Sénégal de devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure

Selon un nouveau rapport, l’action climatique est essentielle à l’ambition du Sénégal de devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure

Un nouveau rapport du Groupe de la Banque mondiale met en lumière les retombées économiques et sociales considérables de l’action climatique au Sénégal dans le cadre de la mise en œuvre de son plan de développement Vision 2050. Le nouveau Rapport national sur le climat et le développement (CCDR) pour le Sénégal souligne le coût de l’inaction climatique et avertit que sans adaptation, les effets du changement climatique pourraient réduire le PIB du Sénégal de 9,4 % d’ici 2050. À l’inverse, l’action climatique peut inverser ces impacts, en particulier pour les plus vulnérables, et stimuler la croissance. Les investissements nécessaires à l’action climatique sont estimés à 1,36 milliard de dollars par an jusqu’en 2030 et à 530 millions de dollars par an entre 2031 et 2050. À elle seule, l’adaptation pourrait accroître le PIB du Sénégal d’au moins 2 % d’ici 2030 et réduire la pauvreté induite par le climat de 40 %. « L’action climatique est plus qu’une réponse aux défis environnementaux ; c’est investir dans la prospérité et la résilience du Sénégal », explique Keiko Miwa, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal. « Grâce à ces initiatives transformatrices, le Sénégal peut renforcer son capital humain, protéger ses écosystèmes et bâtir une économie robuste et durable pour tous, soutenant une croissance à long terme et conforme à la vision du pays. » Le rapport recense les principales priorités pour lutter contre le changement climatique tout en maximisant les gains en matière de développement : Développer les énergies renouvelables et les transports durables pour atténuer le changement climatique, réduire les coûts de l’électricité, améliorer la santé publique et créer des emplois. En s’appuyant sur le nouveau système de transport rapide par bus (BRT) électrique de Dakar, le Sénégal peut réduire davantage la pollution atmosphérique, améliorer la mobilité et stimuler la productivité urbaine. Améliorer la gestion des ressources naturelles pour favoriser une activité économique résiliente et protéger les moyens de subsistance, en donnant la priorité à la résilience côtière. Plus de la moitié de la population du Sénégal et les deux tiers du PIB sont concentrés dans des zones très vulnérables aux risques climatiques. Promouvoir une agriculture climato-intelligente pour aider les agriculteurs à s’adapter au changement climatique, protéger la biodiversité et assurer la sécurité alimentaire tout en diversifiant le secteur et en augmentant la production. Ceci peut permettre d’augmenter les rendements agricoles de 20 % et les revenus des agriculteurs de 26 %. Renforcer la gestion des risques de catastrophe afin de réduire les coûts socioéconomiques des phénomènes météorologiques extrêmes grâce à des systèmes d’alerte précoce, à une planification coordonnée et au financement des risques de catastrophe afin d’aider les communautés à mieux se préparer et répondre aux catastrophes. Investir pour doter les jeunes et les femmes de compétences et de filets de santé et de protection sociale adaptatifs afin d’atténuer la menace à long terme du changement climatique et de réduire les inégalités de revenus. Créer un environnement propice au développement et au financement de solutions climatiques par le secteur privé. Au moins 40 % des financements nécessaires à l’action climatique devront provenir d’investissements privés. L’alignement des prix du carbone, le renforcement du secteur financier national et l’expérimentation d’instruments financiers innovants tels que les obligations et les prêts liés à la durabilité peuvent soutenir cet effort. « Le secteur privé peut jouer un rôle central dans le renforcement de la résilience climatique et du développement durable au Sénégal », souligne Olivier Buyoya, directeur régional d’IFC pour l’Afrique de l’Ouest. « L’apport d’un soutien réglementaire et financier à l’adaptation au changement climatique peut permettre aux entreprises d’intégrer des mesures d’adaptation au changement climatique, d’établir des normes de résilience et de promouvoir des pratiques durables. En outre, des produits financiers adaptés tels que des prêts à faible taux d’intérêt, des garanties de crédit et des allégements fiscaux et subventions ciblés peuvent aider les entreprises à investir dans des infrastructures essentielles résilientes au climat. Le rapport appelle à des investissements stratégiques et à des réformes des politiques pour mobiliser des ressources et créer un environnement propice à l’action climatique. La participation du secteur privé et la mobilisation de diverses sources de financement sont des étapes essentielles pour atteindre les objectifs climatiques et de développement du Sénégal. BM