Renforcer les filets sociaux peut soutenir la reprise économique de la Tunisie

L’économie tunisienne montre des signes de reprise, soutenue par une production agricole plus robuste, un regain d’activité dans le secteur de la construction, et une amélioration du tourisme, selon la dernière note économique de la Banque mondiale intitulée « Renforcer les filets de sécurité sociale pour plus d’efficacité et d’équité ». Le PIB réel a progressé de 2,4 % au cours des neuf premiers mois de 2025, après des années de croissance modérée et les effets persistants de la crise de COVID-19. La croissance devrait atteindre 2,6 % en 2025, et se stabiliser autour de 2,4 % en 2026-2027. Si des conditions météorologiques favorables et un regain d’activité dans les secteurs clés devraient soutenir la reprise, des contraintes structurelles — notamment des financements extérieurs limités, une croissance de la productivité atone et un niveau d’investissement insuffisant — continuent de peser sur les perspectives à moyen terme. S’agissant des autres indicateurs macroéconomiques, l’inflation a poursuivi sa baisse pour le septième mois consécutif, atteignant 4,9 % en octobre, après un pic de 10,4 % en février 2023. Cette baisse est principalement liée au recul des prix mondiaux de l’énergie et des céréales, l’inflation alimentaire s’étant repliée à 5,6 %. Le déficit du compte courant s’est accentué pour atteindre 2 % du PIB au premier semestre, sous l’effet d’une hausse des importations et d’exportations stagnantes. Toutefois, la solidité des recettes touristiques et des transferts des Tunisiens résidents à l’étranger auront contribué à atténuer les pressions extérieures. Les investissements directs étrangers ont augmenté de 41 % au cours des sept premiers mois, tirés par les projets dans les énergies renouvelables, soutenant ainsi la stabilité extérieure malgré un accès limité aux marchés internationaux. Sur le plan budgétaire, le déficit public s’est réduit à 6,3 % du PIB en 2024, tandis que la dette publique s’établit autour de 84,5 % du PIB. Le chapitre spécial du rapport examine le système tunisien de protection sociale, en mettant l’accent sur les programmes d’assistance sociale. L’analyse montre que le programme de transferts monétaires AMEN a joué un rôle central dans la réduction de la pauvreté et des inégalités, sa couverture ayant triplé au cours de la dernière décennie pour atteindre environ 10 % de la population. Le rapport suggère de poursuivre les efforts pour améliorer le ciblage et l’équité, tout en développant davantage les outils numériques, soulignant également l’importance de renforcer l’inclusion économique et d’étendre progressivement l’assurance aux travailleurs informels, afin de tendre vers un système plus efficace et équitable. « La Tunisie a réalisé d’importants progrès en matière de couverture en faveur des plus pauvres » souligne Alexandre Arrobbio, le représentant résident de la Banque mondiale pour la Tunisie. « Conformément à l’accent que notre partenariat avec la Tunisie met sur le capital humain et la résilience, améliorer l’efficacité et l’équité des filets de protection sociale pourrait réduire les inégalités et stimuler l’inclusion économique des ménages vulnérables. » Continuer de préserver la stabilité macroéconomique et de renforcer la viabilité budgétaire, tout en étendant une protection sociale bien ciblée, sera essentiel pour assurer une prospérité partagée à l’ensemble de la population tunisienne. Il est tout aussi crucial de poursuivre les initiatives visant à améliorer la performance des entreprises publiques et à améliorer la concurrence et le climat d’investissement. BM
Tunisie : la Banque mondiale approuve un nouveau projet pour accompagner la transformation énergétique

La Banque mondiale et le gouvernement tunisien ont signé un accord de financement pour accompagner le programme de modernisation du secteur de l’énergie à travers le Programme d’amélioration de la fiabilité, de l’efficacité et de la gouvernance énergétiques tunisiennes (TEREG). Doté d’un budget de 430 millions de dollars, dont 30 millions de financement concessionnel, ce programme quinquennal vise à soutenir la Tunisie dans la mise en place d’un approvisionnement électrique durable, fiable et abordable. Il contribuera à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, à renforcer la performance de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) et à améliorer la gouvernance globale du secteur. Aligné sur la stratégie de transition énergétique actualisée du gouvernement, le programme TEREG vise à renforcer les performances opérationnelles et financières de la STEG, à attirer les investissements privés et à réduire l’intensité carbone de la production d’électricité, tout en garantissant un accès fiable à l’électricité pour les ménages et les entreprises. Il appuie des réformes ambitieuses destinées à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, à améliorer l’efficacité énergétique et à moderniser l’ensemble du secteur de l’électricité. « En favorisant le développement des énergies renouvelables, le programme TEREG contribuera à renforcer la position de la Tunisie dans le domaine des énergies propres, à créer des opportunités économiques et à assurer la sécurité énergétique à long terme, souligne Alexandre Arrobbio, chef des opérations de la Banque mondiale pour la Tunisie. Ce projet illustre la solidité de notre partenariat avec la Tunisie et appuie ses objectifs de développement durable. Il s’inscrit dans la continuité de notre engagement de longue date dans le secteur énergétique tunisien et vient compléter des initiatives en cours, telles que le Projet d’intégration électrique Tunisie-Italie (ELMED), le Projet d’amélioration du secteur énergétique, ainsi que les services de conseil de la Société financière internationale (IFC) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), en cohérence avec le Cadre de partenariat avec la Tunisie et les engagements du pays au titre de l’Accord de Paris. » Le programme TEREG devrait permettre à la Tunisie de progresser vers ses objectifs de mobilisation de 2,8 milliards de dollars d’investissements privés pour l’ajout de 2,8 gigawatts de nouvelles capacités solaires et éoliennes d’ici 2028, tout en générant plus de 30 000 emplois, principalement durant la phase de construction des projets d’énergie renouvelable. Il contribuera également à dimuner les coûts d’approvisionnement en électricité de 23 %, à améliorer le taux de recouvrement des coûts de la STEG, qui passerait de 60 % à 80 %, et à réduire les subventions de 2,045 milliards de dinars du budget de l’État. « Il s’agit du premier projet à bénéficier du Cadre d’incitations financières de la Banque mondiale, un projet par ailleurs récompensé pour son envergure et ses bénéfices à long terme, en reconnaissance de son impact sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, explique Amira Klibi, spécialiste senior de l’énergie à la Banque mondiale et chef d’équipe du projet. Les réformes soutenues par le programme, notamment la réduction des pertes techniques et commerciales et l’augmentation de la part des énergies renouvelables, devraient permettre d’améliorer de manière pérenne les performances opérationnelles et financières du secteur, rendant l’électricité plus abordable et plus fiable pour les ménages et les entreprises à travers tout le pays. » BM
Accroître la collaboration régionale pour renforcer les systèmes de santé en Afrique centrale

Libérer les opportunités d’emploi grâce à des investissements régionaux qui renforcent la sécurité sanitaire et favorisent une création d’emplois inclusive La Banque mondiale a approuvé l’élargissement à l’Afrique centrale d’une initiative régionale à fort impact, contribuant à renforcer la préparation et la réponse aux urgences sanitaires dans quatre pays. La troisième phase du Programme de sécurité sanitaire en Afrique de l’Ouest et du Centre (HeSP, de son acronyme anglais), bénéficie de 280 millions de dollars de dons et de crédits de l’IDA, complété par un don supplémentaire de 10 millions de dollars du Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF). Le projet apportera un soutien ciblé au Cameroun, à la République centrafricaine, à la République du Congo, au Tchad ainsi qu’à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) afin de soutenir la coordination régionale. Le programme vise à accroître la collaboration régionale et à renforcer les capacités des systèmes de santé en matière de prévention, de détection et de réponse aux urgences sanitaires, notamment pour les épidémies, les chocs sanitaires liés au climat et les maladies zoonotiques. Il s’appuie sur les enseignements tirés de crises passées telles qu’Ebola et la pandémie de COVID-19, et s’aligne sur les stratégies nationales de santé et les engagements mondiaux, notamment l’Accord de Paris et les Objectifs de développement durable. Le financement supplémentaire du GFF complétera le programme en aidant le Cameroun dans la prévention des interruptions des services essentiels de santé pour les femmes, les enfants et les adolescents, et en renforçant la résilience des soins de santé primaires face aux chocs. « La région est confrontée à une convergence de défis, notamment la fragilité, les déplacements, la porosité des frontières et l’évolution des conditions météorologiques qui augmentent les risques d’urgence sanitaire et mettent à rude épreuve des systèmes de santé déjà fragiles », explique Trina Haque, directrice régionale pour le développement humain à la Banque mondiale. « Le programme HeSP répond à ces besoins urgents en investissant dans la surveillance, les réseaux de laboratoires et les agents de santé de première ligne, tout en promouvant une prestation de services inclusive et résiliente. Il aidera les pays à passer d’une riposte réactive aux crises à une préparation proactive. » En outre, le programme appuiera l’élaboration de plans d’urgence nationaux et régionaux, renforcera les systèmes de laboratoires et de surveillance, et développera la formation des professionnels de santé, notamment des femmes, en épidémiologie et en sciences vétérinaires. Il financera également des infrastructures de santé vertes et résilientes et promouvra des approches « Une seule santé » qui intègrent la santé humaine, animale et environnementale. « Le HeSP est plus qu’une initiative sanitaire : ce programme constitue un moteur pour le développement régional », souligne Marina Wes, directrice par intérim de la Banque mondiale pour l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest et du Centre. « En favorisant la collaboration transfrontalière et l’harmonisation des systèmes de santé, le programme aura des retombées positives en matière de commerce, de mobilité et de cohésion sociale. Il créera des milliers d’emplois dans les secteurs de la santé, de la logistique et des infrastructures, en particulier pour les jeunes et les femmes dans les zones mal desservies. » S’appuyant sur cette vision, le programme renforcera les capacités nationales et régionales en investissant dans un personnel de santé diversifié, en développant les systèmes de laboratoires et de surveillance, et en modernisant les infrastructures essentielles. L’accent mis sur l’inclusion des femmes et l’engagement local garantira que les opportunités d’emploi bénéficient pleinement aux travailleurs de première ligne ainsi qu’aux communautés les plus vulnérables, tout en renforçant la résilience institutionnelle et en protégeant les emplois existants dans la région. Le programme HeSP s’inscrit dans une approche programmatique à phases multiples, dotée d’une enveloppe de financement totale de 688 millions de dollars, couvrant huit pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Les forêts du bassin du Congo recèlent un potentiel inexploité qui se chiffre en milliers de milliards de dollars : un nouveau rapport préconise des investissements stratégiques

Le bassin du Congo, qui abrite la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde, revêt une importance capitale pour les six pays qu’il traverse mais également pour la planète. Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, les forêts de la région sont non seulement essentielles à la stabilité du climat et à la biodiversité, mais aussi un pilier de la résilience économique. La valeur des services écosystémiques forestiers a presque doublé en seulement deux décennies, passant de 590 milliards de dollars en 2000 à 1 150 milliards de dollars en 2020. Sur la même période, la valeur totale des actifs forestiers a grimpé de 11 400 milliards de dollars à 23 200 milliards de dollars. D’après le rapport, la gestion et la conservation des forêts ainsi que la disponibilité des données varient considérablement à travers la région. Des pays comme le Gabon et la République du Congo se distinguent en intégrant la durabilité des forêts dans leurs plans de développement nationaux, et en affichant des taux de déforestation relativement faibles ainsi que des indicateurs d’un forte biodiversité. Le Cameroun et la Guinée équatoriale sont en train de renforcer leur gouvernance forestière et d’expérimenter des politiques qui prennent en considération la valeur des écosystèmes. De leur côté, la République démocratique du Congo et la République centrafricaine font face à des pressions complexes, notamment une croissance démographique rapide et une exploitation forestière, minière et agricole informelle, qui menacent la résilience des écosystèmes forestiers. Le nouveau rapport intitulé Bassin du Congo, comptes écosystémiques forestiers et recommandations politiques, qui vient compléter un ensemble de rapports nationaux, offre un aperçu de la manière dont les forêts peuvent être pleinement intégrées dans la planification macroéconomique afin de soutenir la diversification économique et les stratégies de financement climatique. Ses conclusions montrent qu’il est possible de tirer parti du secteur forestier pour créer de nouvelles opportunités, qu’il s’agisse de l’écotourisme communautaire, de la surveillance des forêts, de la transformation et valorisation des produits forestiers non ligneux ou du financement climatique basé sur les résultats. Soit autant de perspectives qui font évoluer le discours sur le développement vers la durabilité et la résilience à long terme. « Pour la première fois, les pays du bassin du Congo ont élaboré une comptabilité exhaustive des écosystèmes forestiers qui montre la valeur réelle de leurs richesses naturelles, souligne Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du centre. Si elles sont gérées de manière durable, ces forêts peuvent devenir de puissants moteurs du développement durable, contribuant à créer des emplois, à soutenir une croissance climato-intelligente et à renforcer les économies locales. » Le rapport met en évidence un profond déséquilibre : les forêts du bassin du Congo génèrent plus de 1 000 milliards de dollars en services écosystémiques mondiaux, dont plus de 90 % proviennent de la régulation du climat, contre seulement 8 milliards de dollars de gains nationaux en 2020, provenant principalement du bois, de la viande de brousse, des produits alimentaires de la forêt et de l’écotourisme. « Nous ne pouvons gérer que ce que nous pouvons compter. C’est pourquoi la comptabilité des écosystèmes forestiers du bassin du Congo sera essentielle pour permettre aux pays de valoriser pleinement leurs forêts au service du développement et de l’emploi, déclare Valerie Hickey, directrice du pôle Changement climatique de la Banque mondiale. Sans compter qu’elle pourra également les aider à promouvoir les nombreux avantages de leurs activités de conservation pour le reste du monde. » BM
République du Congo : un engagement renforcé en faveur des réformes de gouvernance nécessaires à une croissance inclusive et durable

Le Groupe de la Banque mondiale a approuvé (récemment, Dnr) le troisième financement à l’appui des politiques de développement pour la gestion budgétaire et la croissance inclusive en faveur de la République du Congo. D’un montant de 80 millions de dollars, cette opération vient soutenir les efforts de réforme entrepris par les autorités pour renforcer la mobilisation des recettes et la gestion des finances publiques et créer des conditions plus propices à une croissance inclusive et durable. Il s’agit de la dernière d’une série de trois opérations couvrant la période 2022-2025, en appui au Plan national de développement 2022-2026 du gouvernement, dont l’objectif est de bâtir une économie solide, résiliente et diversifiée. « Les réformes soutenues par ce programme de financements sont essentielles pour renforcer la gestion budgétaire et la gouvernance en République du Congo, mais aussi pour promouvoir la diversification économique et améliorer le bien-être de la population, souligne Cheick Fantamady Kanté, directeur de division de la Banque mondiale pour la République du Congo. Cette opération marque une étape importante dans notre collaboration avec la République du Congo. » Ce troisième financement a pour priorités de soutenir des réformes permettant de renforcer la mobilisation des recettes issues des secteurs pétrolier et non pétrolier et d’améliorer la gestion des finances publiques. Il vise également à accompagner la mise en œuvre de réformes destinées à soutenir les chantiers de la diversification économique et de l’inclusion, en agissant sur plusieurs leviers : intensification de la concurrence, amélioration de l’environnement des affaires, développement du capital humain, protection des populations les plus vulnérables et accès amélioré à l’électricité. Cette dernière opération s’appuiera sur les résultats de deux précédentes, qui ont permis de mettre en œuvre avec succès des réformes qui se sont traduites par des progrès significatifs et des réalisations tangibles. Par exemple, les améliorations apportées à la politique et à l’administration fiscales ont permis d’augmenter sensiblement les recettes provenant tant du secteur pétrolier que des autres secteurs. Ainsi, les impôts ordinaires perçus sur le secteur pétrolier, exprimés en pourcentage du PIB pétrolier, ont triplé sur la période 2023-2024 par rapport à 2018-2020, tandis que les versements effectués par la compagnie pétrolière nationale ont fortement progressé. Par ailleurs, des prestations sociales ont été versées à 23 000 bénéficiaires, dont une large majorité de femmes BM
Banque mondiale : des réformes sont nécessaires pour stimuler la croissance, créer des emplois et réduire la pauvreté dans la CEMAC

La région de la CEMAC a connu une croissance économique plus forte en 2024, avec un taux de 3,0 % contre 2,0 % en 2023. La huitième édition du Baromètre économique de la CEMAC souligne cependant que la croissance régionale reste modeste et fortement dépendante du secteur pétrolier et des autres matières premières. Ces secteurs ne créant pas suffisamment d’emplois pour la population en croissance rapide au sein de la région, de nombreux jeunes sont en situation de chômage. Selon le rapport, en 2024, les réserves, la situation budgétaire et la balance commerciale de la région se sont détériorées en raison de la baisse des prix du pétrole, ce qui souligne la forte exposition de la CEMAC à la volatilité des marchés des hydrocarbures, le pétrole représentant plus des deux tiers du total des biens exportés par la région. Les pressions inflationnistes ont continué à diminuer progressivement, mais le niveau élevé de chômage et le manque de croissance et d’opportunités économiques continuent d’aggraver la pauvreté. Selon les estimations de la Banque mondiale, un tiers de la population de la CEMAC était en situation d’extrême pauvreté en 2024, soit environ 22 millions de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour (en parité de pouvoir d’achat de 2017). La croissance régionale devrait rester modérée, à 2,9 % sur 2025-2027. La CEMAC est riche en ressources minérales, en hydrocarbures, en bois et possède un grand potentiel agricole. Conjugués à une population jeune et à un niveau élevé d’urbanisation, ces facteurs pourraient constituer la base d’une croissance économique accélérée et d’une création plus forte d’emplois si des réformes étaient adoptées et mises en œuvre pour renforcer les infrastructures et créer un environnement plus attrayant pour les investissements du secteur privé. Les pays de la région sont confrontés à des risques importants, notamment des chocs commerciaux mondiaux, une demande atone de produits de base, des coupes dans l’aide au développement, des coûts élevés du service de la dette et d’autres fortes pressions sur les dépenses publiques. « Pour favoriser une croissance plus robuste, créer plus d’emplois, développer le commerce intrarégional et mondial et sortir davantage de personnes de la pauvreté, les pays de la CEMAC doivent créer de meilleures conditions pour que les entreprises locales puissent se développer, investir et embaucher davantage de personnes, ainsi que développer leurs exportations », déclare Robert Utz, économiste principal pour la CEMAC à la Banque mondiale et auteur principal du rapport. « Il serait essentiel que les pays de la CEMAC accélèrent les réformes prévues dans les plans économiques régionaux, y compris le Programme de réformes économiques et financières de la CEMAC (PREF-CEMAC II) et le prochain Programme économique régional », explique Cheick Fantamady Kanté, directeur de division pour le Cameroun, le Congo, le Gabon, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale à la Banque mondiale. Alors que la CEMAC fait face aux incertitudes qui pèsent sur l’environnement commercial et financier mondial, il serait essentiel d’accélérer les réformes pour tirer le meilleur parti possible des ressources naturelles, renforcer la gestion des finances publiques, créer de meilleures conditions pour les entreprises et soutenir les plus vulnérables pour s’engager sur une trajectoire de développement plus solide, bénéficiant à l’ensemble des populations de la région. BM
Banque mondiale : 100 millions de dollars de financements concessionnels pour transformer la mobilité urbaine à Dakar et dans les villes secondaires

La Banque mondiale a approuvé un financement concessionnel de 100 millions de dollars par l’intermédiaire de l’Association internationale de développement (IDA) pour soutenir la transformation de la mobilité urbaine au Sénégal dans l’agglomération de Dakar. Le Projet de mobilité urbaine durable à Dakar représente la première phase d’un programme global soutenant l’engagement du pays en faveur du développement territorial et de la croissance durable. Le projet mettra en place un système de transport intégré reliant le réseau express d’autobus (BRT) et le train express régional (TER) à des réseaux de bus restructurés, tout en structurant et professionnalisant les opérateurs de transport informels et en améliorant la gestion du trafic dans l’ensemble de la zone métropolitaine. Le projet appuiera également les études préparatoires pertinentes pour la mise en place d’une deuxième ligne de réseau express d’autobus et d’infrastructures essentielles pour la mobilité urbaine dans les villes secondaires. « Cette opération témoigne de l’engagement ferme du Groupe de la Banque mondiale à soutenir la trajectoire de développement du Sénégal, telle qu’elle est décrite dans la Vision 2050. En transformant la mobilité urbaine à Dakar, ce projet ouvrira des perspectives économiques à 3,8 millions de personnes tout en permettant à des milliers de travailleurs du secteur informel de trouver un emploi structuré bénéficiant d’une protection sociale et de meilleurs parcours professionnels, explique Keiko Miwa, directrice de la division Sénégal de la Banque mondiale. Grâce à des partenariats public-privé stratégiques, cette initiative soutient la vision du gouvernement d’une croissance inclusive en mettant en place des systèmes de transport intégrés qui améliorent le développement territorial et renforcent la connectivité entre Dakar et les pôles économiques régionaux. » L’approche technique est centrée sur la restructuration des lignes de bus prioritaires en un réseau hiérarchique qui s’intègre aux systèmes de transport en commun existants. La professionnalisation des opérateurs informels par le biais de programmes structurés de formation et de renouvellement du parc porte à la fois sur la qualité du service et l’inclusion économique. L’initiative intègre des normes de résilience climatique dans la conception des infrastructures, y compris des systèmes de drainage améliorés et des solutions fondées sur la nature pour faire face aux risques d’inondation. Le déploiement d’autobus à faibles émissions sur les corridors prioritaires, combiné à l’amélioration systématique de la gestion de la circulation, soutiendra la transition du Sénégal vers un développement urbain durable tout en réduisant l’empreinte environnementale du secteur des transports, conformément aux objectifs de croissance verte du pays. L’opération réduira considérablement la durée des trajets sur les principaux corridors tout en jetant les bases des phases futures du développement de la mobilité urbaine, y compris l’extension potentielle à des pôles régionaux et à des corridors de transport en commun supplémentaires. BM
Les flux d’IDE vers les économies en développement tombent à leur plus bas niveau depuis 2005

Les obstacles au commerce et à l’investissement mettent en péril le financement du développement L’investissement direct étranger (IDE) stimule la croissance économique et contribue à améliorer les niveaux de vie, mais, selon une nouvelle étude de la Banque mondiale, les flux d’IDE vers les économies en développement ont atteint leur niveau le plus bas depuis 2005, sur fond de hausse des obstacles au commerce et à l’investissement. Ces obstacles mettent gravement en péril les efforts déployés à l’échelle mondiale pour mobiliser des financements en faveur du développement. En 2023, dernière année pour laquelle des données sont disponibles, les économies en développement n’ont reçu que 435 milliards de dollars d’IDE, soit le niveau le plus bas depuis 2005. Une tendance à la baisse parallèle à celle des flux d’IDE vers les économies à revenu élevé, qui ont également chuté à un niveau sans précédent depuis 1996, pour s’établir à 336 milliards de dollars en 2023. Les flux d’IDE vers les économies en développement ne représentaient en 2023 que 2,3 % du PIB, soit environ la moitié de leur niveau record en 2008. « Cette situation est le résultat de choix de politique publique, souligne Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale. Ce n’est pas une coïncidence si les IDE tombent au plus bas alors que la dette publique, elle, grimpe à des niveaux records. L’investissement privé devra désormais relancer la croissance économique, et il se trouve que les IDE sont l’une des formes d’investissement privé les plus productives. Or, ces dernières années, les gouvernements se sont employés à ériger des obstacles à l’investissement et au commerce alors même qu’ils devraient s’attacher résolument à faire tomber ces barrières. C’est un travers dont il faut se départir. » Du 30 juin au 3 juillet, Séville (Espagne) accueillera la 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement (FFD4). Représentants de gouvernements, d’institutions internationales, d’organisations de la société civile et du secteur privé se réuniront pour se pencher sur les moyens de mobiliser les financements nécessaires à la réalisation des principaux objectifs de développement mondiaux et nationaux. Le nouveau rapport de la Banque mondiale présente les politiques à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs alors que la croissance économique est au ralenti, les dettes publiques au plus haut et les budgets d’aide étrangère fortement réduits. L’assouplissement des restrictions à l’investissement constituera à cet égard une première étape indispensable : la moitié de toutes les mesures liées aux IDE annoncées depuis le début de cette année par les gouvernements des économies en développement ont consisté en des restrictions, une proportion jamais atteinte depuis 2010. « À l’approche de la Conférence sur le financement du développement, la forte baisse des IDE vers les économies en développement devrait sonner l’alarme pour la communauté internationale, ajoute Ayhan Kose, économiste en chef adjoint du Groupe de la Banque mondiale et directeur de la cellule Perspectives. Il est indispensable de mettre fin à ce ralentissement, non seulement parce que c’est une nécessité économique, mais aussi parce que c’est essentiel pour créer des emplois, instaurer une croissance soutenue et plus largement réaliser les objectifs de développement. Cela passera à la fois par des réformes nationales qui améliore le climat des affaires et par une coopération mondiale résolue qui permette de relancer les investissements transfrontaliers. » Selon l’étude, la conclusion de traités d’investissement s’accompagne généralement d’une hausse de plus de 40 % des flux d’IDE entre les États signataires. Or, seuls 380 nouveaux traités d’investissement sont entrés en vigueur entre 2010 et 2024, soit à peine un tiers du nombre enregistré dans les années 1990. De même, les pays les plus ouverts au commerce reçoivent généralement des flux d’investissement plus importants : l’étude fait état d’une hausse de 0,6 % des IDE pour chaque augmentation d’un point de pourcentage du ratio des échanges rapportés au PIB. Là encore, le nombre de nouveaux accords commerciaux signés au cours de la dernière décennie a diminué de moitié, pour passer d’une moyenne de 11 par an dans les années 2010 à six seulement dans les années 2020. En 2023, les IDE représentaient environ la moitié des financements extérieurs reçus par les économies en développement. Ils peuvent agir comme un puissant moteur de croissance économique : l’analyse des données de 74 économies en développement entre 1995 et 2019 montre qu’une augmentation de 10 % des flux d’IDE entraîne une augmentation de 0,3 % du PIB réel après trois ans. Et cet impact est même près de trois fois plus élevé, pour atteindre jusqu’à 0,8 %, dans les pays possédant des institutions plus solides, un meilleur capital humain, une plus grande ouverture au commerce et un secteur informel moins prépondérant. De même, l’incidence de la hausse des IDE est bien moindre dans les pays qui ne présentent pas ces caractéristiques. Par ailleurs, les IDE tendent à être concentrés dans les plus grandes économies. Entre 2012 et 2023, environ deux tiers des flux d’IDE vers les économies en développement étaient dirigés vers 10 pays seulement, la Chine représentant près d’un tiers du total, le Brésil et l’Inde environ 10 % et 6 % respectivement. Les 26 pays les plus pauvres ont quant à eux reçu à peine 2 % du total. En outre, près de 90 % du volume total d’IDE vers les économies en développement étaient originaires d’économies avancées, dont la moitié environ provenant de deux sources seulement : l’Union européenne et les États-Unis. Le rapport identifie trois axes d’action prioritaires pour les économies en développement. Premièrement, redoubler d’efforts pour attirer des IDE. Pour commencer, les pays devraient assouplir les entraves à l’investissement qui se sont multipliées au fil des dix dernières années. Ils devraient aussi relancer les efforts d’amélioration du climat de l’investissement, au point mort dans nombre de pays depuis dix ans. Le rapport montre en outre qu’une situation macroéconomique solide — une croissance saine et des gains de productivité du travail — contribuent également à accélérer les flux d’IDE. Une augmentation de 1 % de la productivité du travail, par exemple, est associée à une augmentation de 0,7 % des apports d’IDE. Deuxièmement, amplifier les retombées économiques des IDE. La promotion de l’intégration commerciale, l’amélioration des institutions, le renforcement du capital humain et l’encouragement