
L’étroite relation qu’il y a entre la littérature et la musique demeure irréfutable. La jonction entre les deux arts ou médias, s’ancre dans une modernité apparente, tant ils demeurent le lieu privilégié d’exploration de notre inconscient sur le réel et l’irréel.
L’exploration musicale se rapporte très souvent, à la présence des traces musicales dans le texte littéraire ; aussi bien dans l’évocation de l’objet-musique, ou dans les portraits des figures musicales. À cet effet, Ferréol Gassackys s’inscrit dans le même contexte que Sylvain Bemba, Mfumu Fylla Saint-Eudes ou Clément Ossinonde dont les œuvres contribuent de façon significative à la connaissance de la musique congolaise. À la différence de ceux-ci, ou bien de tous ceux qui ont écrit ou écrivent sur la musique congolaise des deux rives du fleuve Congo, il nous plonge à son tour dans la musique baroque à travers l’évocation de la figure de Johann Pachelbel (1963-1706) dont l’œuvre reste d’actualité.
La lecture de cet ouvrage a suscité en nous des interrogations sur les motivations de cette scripturalité et la portée d’une telle évocation historique. De prime abord, l’intitulé du livre semble bien clair : Pachelbel, ce génie méconnu. La thèse de Ferréol Gassackys consiste à démontrer, d’une part, l’objet de cette méconnaissance (si réellement méconnaissance il y a), et de célébrer avec faste ce génie de Pachelbel à travers son œuvre intemporelle. L’on comprend bien évidemment qu’il tient à saluer l’immensité artistique de cette figure légendaire, son influence et la portée sous-jaccente de son œuvre. Toutefois, il y a lieu de s’interroger sur le présumé génie méconnu vu l’abandonnace d’informations que nous livre Internet sur son mythique canon en ré majeur. Ce qui en revange, suscite en nous, l’hypothèse d’une compréhension, ou d’une connaissance-méconnaissance de la figure de Pachelbel, ou de n’importe quelle icône, par rapport aux données anthropologiques et culturelles. D’où le questionnement ci-après : Qu’est-ce qui nous rapproche culturellement de Pachelbel, voire de la musique classique ? En quoi cette forme de musique presque « élitiste » influencerait-t-elle notre conscience culturelle ? Pour quoi serait-il important d’aujourd’hui d’écouter ou de parler de Pachelbel ou de sa musique pour un Congolais dès lors qu’il ignore sa culturelle originaire, ses musiques traditionnelles, lesquelles manquent de canaux de rébondissement capables de favoriser leur éclosion ?
Bref, cet ouvrage complète la bibliographie déjà abondante de Ferréol Gassackys et atteste, de surcroit, de son penchant indiscutable pour la musique, son éclectisme et sa boulimie du savoir.
Sur le plan formel, la page de couverture de cet essai de Ferréol Gassackys nous laisse apprécier le regard scrutateur de Pachelbel. Les éléments de parure que l’on retrouve sur la photo ici, illustrent le contexte sociologique de l’époque. Outre le titre qui parait déjà clair et précis, « Pachelbel, ce génie méconnu », nous retrouvons sur la même page de couverture, et ce, de façon conventionnelle, le nom de l’auteur, puis la maison d’édition (les 3 colonnes). Sauf que l’éditeur ne précise pas directement le genre littéraire auquel appartient l’ouvrage. Il s’agit d’un essai littéraire à valeur historique. L’objet principal du livre est déjà connu à travers son titre. Ferréol Gassackys défend la thèse selon laquelle le génie de Pachelbel serait méconnu. Le livre s’ouvre aussitôt par une dédicace, puis une page péritextuelle où l’auteur précise le genre de musique qu’a pratiqué Pachelbel, sa nationalité et ses tendances. S’enchainent après, des chapitres (dix sept au total) à travers lesquels l’auteur soutient sa démarche, fait assoir sa réflexion, bref exploite à son tour son propre génie dans la restitution d’une histoire aussi complexe.
C’est précisément en 2005 que Ferréol Gassackys découvre le talent inébranlable de Pachelbel lors d’un séjour à New York. Depuis lors, il s’est engagé à mieux le connaitre et à perpétuer les valeurs et la magie de sa musique. Il affirme à cet effet :
« […]Je me suis senti investi d’une mission, celle d’expliquer la résilience d’une telle œuvre musicale supérieure, en tentant de découvrir, la nature, la vie de cet homme que l’on pourrait assurement qualifier de génie dans l’ombre, tant son Canon en ré majeur pour trois violons et basse, nous accompagne de manière prodigieuse depuis plus de trois siècles » (p.12).
Ce qui semble frappant dans cette écriture de Ferréol Gassackys, c’est surtout sa connaissance de l’histoire. Cette grande connaissance qui nous avait déjà subjugué dans Frikiapèlerin des âges et Brèves réflexions sur le vertueux, l’instinctif, le truand et l’autre, nous amène à nous regarder à notre tour à travers l’histoire, à s’approprier ses enjeux et à promouvoir la lecture comme valeur essentielle du développement. L’imaginaire de Ferréol Gassackys se construit autour des réalités historiques et multiculturelles. Aussi la défense de cette figure stellaire devient-elle une possibilité d’ancrage systématique de l’auteur dans son univers passionnel qui est la musique.
Outre l’évocation historique de la figure de Pachelbel, Ferréol Gassackys nous invite également à découvrir sa simplicité digne et sa foi chrétienne. En effet, le Canon de Pachelbel est aussi lumineuse par sa mélodie envoûtante qui nous rappelle la beauté et le parfum de la vie. Sa partition harmonieuse s’empare du corps charnel pour nous exposer à un monde plus spirituel, plein de sérenité et de transcendance. Il vibre en chacun de nous, résonne tel un appel au mervelleux et à la méditation spirituelle. C’est une onde à la vie et à la spiritualité, tout en assurant une fonction thérapeutique.
Par ailleurs, c’est l’occasion pour nous de remercier l’auteur de ce livre, grâce auquel nous avons découvert la figure de Pachelbel et l’influence de son œuvre. Nous espérons que cette volonté de l’auteur de promouvoir la musique va se poursuivre dans le cadre des figures musicales congolaises qui jusque-là peine à se faire connaitre, en dépit de leurs œuvres à valeur planétaire.
Rosin LOEMBA