RDC. Kabila a parlé : cinq petites observations
1.Mon attention a d’abord été attirée par le profil de sa communication politique AVANT et PENDANT son discours télévisé. Cette annonce « Le président Kabila va s’adresser à la nation à 19:00 » trahit tout le message subliminal. En tant que qui s’est-il adressé hier à la nation??? Comme simple citoyen? Comme opposant ? Comme sénateur à vie ?
Par ces effets d’annonce solennelle de son discours, Joseph Kabila semble s’arroger des prérogatives qui ne sont plus les siennes et, dans sa tête, il se prend encore pour le “Boss” du Congo. Kabila n’a jamais quitté le pouvoir. Même après sa tentative échouée de glissement, il n’a jamais renoncé à reprendre le poste qu’il avait laissé « momentanément ».
Le comprendre, c’est déjà se mettre en position de deviner son projet politique à court et à moyen-terme.
2.Dans un contexte géopolitique plus élargi, Kabila qui dispose désormais des relais puissants dans l’administration Trump a tenu à prendre position publiquement, deux semaines avant la signature de l’Accord USA-RDC-RWANDA. Par ce discours, il envoie des signaux pour vouloir donner au décideur américain (donneur des ordres dans la crise congolaise) des garanties d’un politicien modéré, doublé d’un militaire, plus aguerri pour garantir un cadre sécuritaire sans faille au prochain grand business des américains sur les ressources minières congolaises.
3.Il me semble que ses communicateurs ont tenu à lui faire adopter un discours qui montre sa posture d’homme d’état. Pourtant en s’adressant à une nation agressée et endeuillée par des massacres en dizaine de milliers de ses filles et fils par des hordes sans foi ni loi, dans un pays dont le 1/3 du territoire est sous occupation d’une armée étrangère, Joseph Kabila n’a prononcé aucune condamnation contre cette invasion de l’armée étrangère ni exprimer une quelconque once de compassion envers des familles endeuillées. Aucune déclaration expresse qui le placerait dans la posture d’un “Père de la Nation”. Sa trop grande réserve sur la condamnation des agresseurs définit avec précision pour quel camp il travaille.
4.S’il en appelle au pacte citoyen et au redressement national, il n’a pourtant pas reconnu la responsabilité qui est la sienne dans le chaos actuel que connaît le pays. La grave crise actuelle est la résultante directe de ses choix politiques de 2018 et de la stratégie qui était la sienne de mettre des bâtons dans la roue de son dauphin. Le Souverain primaire est loin d’ajouter foi à celui qui a violé la vérité des urnes en lui imposant une solution extra-électorale, conflictogène et porteuse de tant de souffrances pour le peuple.
La dictature et la tyrannie qu’il demande de stopper ont été et restent ses méthodes de gouvernance. Un dictateur peut-il conseiller un autre dictateur?
La belle rhétorique de son discours dont les grandes lignes se retrouvent dans ses discours à la Nation de 2015 et 2016 ne saurait effacer les 18 ans de crimes et des dérives autoritaires, avec sa volonté opiniâtre de glisser pour un troisième mandat anticonstitutionnel; avec des manifestants pacifiques massacrés avec l’aide de… rebelles de M23; avec des opposants assassinés et des richesses pillées comme jamais dans l’histoire de ce pays. Sa posture d’homme d’état adoptée dans ce speech d’hier n’est qu’une “façade”. L’homme reste ce qu’il a été et la moindre distraction de la part du peuple congolais à ce sujet coûtera très cher aux générations futures.
5.En analysant en détail son discours, on est également surpris de retrouver mot pour mot la rhétorique de Kigali et de M23 pour pouvoir justifier les atrocités commises à l’Est de la RDC. Sa proposition à restaurer le circuit bancaire des territoires occupés veut normaliser une occupation étrangère du territoire congolais. Son appel à neutraliser tous les groupes armés est un coup d’épée dans l’eau.
Pourquoi? Parce que tout confirme qu’il est lui-même à la tête de certains de ces groupes armés qui tuent et massacrent les congolaises et des congolais. Comment donc un chef rebelle voudra-t -il neutraliser ses propres troupes rebelles qui occupent encore Bunagana, Goma et Bukavu et qui restent son unique espoir pour reconquérir le pouvoir par la force ?
Que conclure ?
Le discours à la nation de Kabila s’avère être une forme fort policée d’un plan plus secret et plus violent de reconquérir le pouvoir. Nous sommes en présence d’une guerre d’intérêts entre deux politiciens. Plus qu’un simple projet d’insurrection dont l’accuse Félix Tshisekedi, il faut plutôt lire derrière les belles paroles fédératrices de Kabila, sa volonté de gagner les cœurs et les esprits de congolais, de ranger derrière lui les hommes en armes dans une stratégie bien planifiée de se présenter comme ce politicien rassembleur, sage et patriote et ce, avant qu’il ne déclenche sa campagne militaire de grande envergure qui pourra l’amener à prendre le pouvoir à Kinshasa avant le 30 juin 2025, conformément à l’annonce qu’en avait faite son lieutenant Corneille Nanga. Il faut savoir lire entre les lignes pour ne pas être victime de surprises désagréables.
Germain Nzinga

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