
TRIBUNE. « Si en 2021 douze ministère et institutions avaient connu le dépassement budgétaire, en 2022 il y en a eu vingt neuf », constate l’ancien ministre Stève Mbikayi. « À la veille des élections, cette dérive budgétaire inédite implique la volonté de certains gestionnaires de se servir de la caisse de l’État pour préparer la campagne électorale », déplore-t-il dans une nouvelle tribune.
« La reddition des Comptes 2022
Un dépassement budgétaire est notamment la résultante des facteurs économiques dus à des estimations inexactes du budget. En dépit des estimations erronées, il y a la dérive des objectifs…
Dans le cas qui concerne notre pays, il y a surtout l’absence du plan de contingence qui entraîne des coûts inattendus échappant à tout contrôle. Plus les années passent plus le phénomène s’accentue. Si en 2021 douze ministère et institutions avaient connu le dépassement budgétaire, en 2022 il y en a eu vingt neuf. AN 145%, Sénat 184%, présidence 190%, Ministère du Budget 335%, Ministère des finances 182%…(Odep).
À la veille des élections, cette dérive budgétaire inédite implique la volonté de certains gestionnaires de se servir de la caisse de l’État pour préparer la campagne électorale. Plus grave, notre chambre (AN) qui est l’autorité budgétaire est dans la danse. La Chambre Haute (Sénat), un home de vieillards sans aucun impact sur la vie de la Nation est parmi les heureux fossoyeurs. L’autorité budgétaire qui devait sanctionner étant de plein pied dans cette mégestion, il y a lieu de comprendre pourquoi les ministres de Budget et celui des Finances sont à l’aise. Les chats et les souris sont sur la même piste esquissant le même pas de danse au même rythme. Le ministre de Budget sensé faire respecter les prévisions budgétaires est le Chef d’orchestre.
En français facile, ce dépassement budgétaire signifie que les crédits alloués au social de la population sont détournés par les institutions politiques. Les secteurs à caractère social, éducation, santé, agriculture… sont relégués au second plan. Leurs crédits sous-utilisés et des centaines des dossiers bien gardés au frigo du ministère des Finances.
Quand dans certaines écoles les élèves se mettent à même le sol, dans beaucoup d’hôpitaux il manque des lits et des médicaments, les paysans manquent des intrants, certaines routes de desserte agricole disparaissent …l’argent prévu pour eux dans le budget de l’État est détourné en faveur des institutions politiques et de leurs animateurs.
Un député national ne doit pas nécessairement être de l’opposition pour constater et condamner ce fléau. Bien au contraire, étant sensé avoir bénéficié de la confiance du peuple, la majorité parlementaire devait être plus regardante.
Au vu du scandale constaté dans la reddition des comptes de 2022, le ministre de budget et celui des finances devaient tomber. Or, dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, les motions de méfiance contre ces ministres les plus forts du gouvernement n’aboutissent jamais. Comprenez pourquoi. Les syndicats et d’autres organisations de la société civile comme groupes de pression devaient monter au créneau pour exiger des sanctions. Hélas!
À l’époque où nous fûmes syndicalistes, nous aurions saisi la balle au bond pour une démonstration de force. Nul ne peut nous dénier cette intrépidité dont nous faisions montre. Entant que majorité parlementaire, nous devons discipliner nos ministres. Châtier nos propres enfants pour prétendre redemander la confiance du peuple.
À voir le record de complaisance battue par notre chambre pendant cette législature, il y a lieu de craindre que logiquement seuls moins de 10% des députés reviennent à l’AN après 2023.
Dans une Assemblée Nationale où l’opposition est pratiquement inexistante, la majorité parlementaire devait jouer les deux rôles dans l’intérêt de la population. Soutenir le pouvoir et sanctionner certains gestionnaires quand c’est nécessaire.
Continuer à être éternellement la caisse de résonance de l’Exécutif ne nous honore pas. Un courant doit exister au sein de notre majorité parlementaire pour sauver l’honneur du système en dénonçant le mal sans acharnement et en exigeant des sanctions pour ceux qui le méritent.
Face à certains scandales, la flagornerie hideuse doit avoir des limites. Même dans le MPR Parti – État , il y avait des tendances et des notes discordantes. Les maux étaient dénoncés ».
Par Steve Mbikayi