FRANCE-CAMEROUN. Christophe Guilhou, l’ambassadeur de France au Cameroun, entre deux feux

DIPLOMATIE. Entre la diplomatie culturelle, sportive, économique et politique, Christophe Guilhou, tout en laissant le champ libre aux USA, paraît hésitant sur l’attitude à adopter pour faire fléchir Yaoundé sur des dossiers urgents, notamment la pacification des zones anglophones et l’affirmation de la présence des entreprises françaises au Cameroun.

Dans certains milieux d’hommes d’affaires français voire diplomatiques à Yaoundé, l’on en vient à regretter Gilles Thibault, le prédécesseur de Chistophe Guilhou. « Thibault était plus fin connaisseur des micmacs du palais d’Etoudi, à Yaoundé, et du landerneau politique national ». Lâche, d’un ton sec, l’un des plus camerounais des français à Douala. À l’actif de l’ancien ambassadeur de France au Cameroun, commente notre source, la libération de Maurice Kamto et ses camarades du Mrc, ainsi que des séparatistes anglophones, peu avant la tenue du dialogue national à Yaoundé.

Bien plus, Pierre Castel, pdg du groupe éponyme, dont la SCBC, sa filiale camerounaise, était menacée par un redressement fiscal fantaisiste et à tête chercheuse, d’une centaine de milliards de FCFA, a failli mettre la clé sous le paillasson, au profit de la probable suppléante chinoise Tsingtao, dont l’installation devait être soutenue, en sous-main, par certains puissants politiques et économiques camerounais. N’eût été Gilles Thibault, fort de ses entrées au palais d’Etoudi, ce redressement fiscal n’aurait pas été ramené à 13 milliards de FCFA.

« Il savait mettre la pression sur Biya pour donner un coup d’accélérateur à la pacification des zones anglophones, où des entreprises françaises, adjucataires d’importants travaux de reconstruction, ne peuvent toujours pas se déployer », renchérit un observateur du landerneau politique national. Thibault, dans le cadre de la résolution de la crise anglophone, croît savoir un analyste, était sur le point d’associer feu Idriss Deby Itno ou Denis Sassou Nguesso, considérés comme les seuls Chefs d’Etat francophones que Biya écoute…

Les hommes d’affaires français au Cameroun, qui sont en fait les véritables modulateurs de la politique extérieure de la France dans ce pays, ne goûtent guère les méthodes de Christophe Guilhou, qu’ils trouvent plus culturel(défilés de mode souvent en compagnie de son épouse iranienne, visites des chefferies en pays bamilékés) dans son approche diplomatique au Cameroun, un pays dans lequel la France doit jouer un important rôle face à la concurrence américaine, canadienne, allemande, britannique et suisse. Mieux, il faut préparer l’après Biya- au moment voulu par Dieu- dans un apaisement qui rassure la sous-région voire le Nigéria voisin.

Plus à la rencontre des chefferies à l’ouest du Cameroun que celles des zones anglophones affectées par une guerre violente à huis clos, le chef de la diplomatie française a Yaoundé donne l’impression d’un ambassadeur peu au fait des réalités camerounaises. Est-ce parceque, après Djibouti, Guilhou occupe son premier véritable poste en Afrique noire où les réalités sont têtues ? Est-ce parceque Paris veut jouer au « service minimum » en se réfugiant derrière le principe de « non-ingérence, non-indifference », institué par Lionel Jospin en 1997 et réactualisé par Emmanuel Macron? S’interroge un diplomate en poste à Yaoundé.

Une chose est sûre, des diplomates occidentaux accrédités au Cameroun ont beau fustiger « ces enfantillages diplomatiques qui n’honorent pas la France », appelée à jouer un grand rôle au Cameroun, Christophe Guilhou n’en a cure. Il semble que, d’après certaines indiscrétions, le Chef de mission diplomatique de la France au Cameroun ne bénéficiait plus de la traditionnelle audience mensuelle que lui accorde souvent le Chef, pendant 45 mn, pour échanger sur des questions importantes.

Par Alphonse Ndongo (Fb)

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