RD Congo. Pour revenir sur l’attaque de Bukavu…

1. Arrêtez de confondre les Mai Mai avec les rebelles de Bukavu. La méthode de Mai Mai est celle de guerre éclair. Ils frappent des positons stratégiques de l’ennemi et battent en retraite. Les Mai Mai, les vrais, les patriotes, ceux qui ne sont pas encore infiltrés par l’ennemi, ne se pavanent pas en tirant en l’air dans les rues avec leur kalachnikov. Eux sont réputés être affublés de gris gris et être drappés sous un accoutrement atypique aux fins de ne pas être identifiés. Ils ne se promènent point dans la rue avec des mégaphones. La libération visée par les Mai Mai ne se proclame point au micro mais se conjugue avec des stratégies militaires connues de tous pour déstabiliser les positions de l’adversaire.

2. Les rebelles de Bukavu chaussés de botte comme jadis en 1996 étalent tout le contraire. En sus, vu leur mode opératoire d’hier, il s’est avéré qu’ils semblent être de minables civils parmi lesquels ont pu être identifiés des ferailleurs, des petits commerçants, des taximen kivutiens, à qui ont été enseignés très rapidement les premiers rudiments de maniements des armes. C’est plausible que ce soit dans les prochains jours que nous risquons d’être surpris par l’attaque surprise des véritables tueurs et égorgeurs.

3. Dans une zone fortement militarisée et par les FARDC et par les soldats de la MONUSCO qu’est Bukavu, l’on se pose sérieusement la question de savoir d’où pouvaient venir ces assaillants sinon de l’intérieur même de la ville. Mais alors s’est-on un seul instant demandé où ils ont pu acquérir des armes? Qui les a entraînés à les manier? Leur commanditaire serait-il le pouvoir en place pour légitimer un énième état de siège dans le Nord-Kivu ou susciter des motifs d’en créer un nouveau dans le Sud-Kivu? Ou encore le commanditaire ne serait-il pas l’éternel ennemi congolais depuis 1996 dont est connu de tous le mode opératoire de créer le chaos en RDC pour mieux faire avancer ses pions?

5. De toute évidence, les deux hypothèses d’un commanditaire intérieur et celui extérieur ne se repoussent pas. Au contraire elles se télescopent dans ce jeu subtil d’alliances politiques et de coopérations militaires contre-nature qui ont fait des populations civiles congolaises leurs cibles principales. Dans ce contexte, l’attaque de Bukavu ne sert juste que d’un essai militaire préalable pour tester les forces de résistance tout comme la réaction pro ou contre des populations civiles locales.

6. Dans leur déclaration du 7 octobre dernier, ces assaillants [CPCA-A64] de Bukavu évoquent notamment la fraude électorale de 2018, l’inaction du Gouvernement et la passivité du régime incompétent de Tshilombo face aux agressions du Rwanda et de l’Ouganda. Ce n’est là qu’une pure DIVERSION dont a fait usage le Mouvement23 (M23) qui déjà en 2012 ( juste un an après le scrutin présidentiel) exigeait faussement le rétablissement de “la vérité des urnes” en faveur du candidat congolais Etienne Tshisekedi alors que le CNDP dont ils étaient l’émanation directe avait fusionné avec la plate-forme de Joseph Kabila qu’ils avaient largement soutenu durant les élections contre le même Tshisekedi.

Mutatis mutandi, les revendications tenues par le CPCA-A64 relèvent de la simple stratégie militaire consistant à ruser l’adversaire. Elles font juste semblant de s’attaquer à ce qui le soutient et les régit pour juste distraire l’attention des congolaises et des congolais. Pour preuve, ce mensonge de M23 sera dévoilé au grand jour, quelques semaines plus tard, par le rapporteur des crimes de guerre des États–Unis, Stephen Rapp signalant que les autorités rwandaises étaient bel et bien inculpées de “soutien et incitation » à ces milices de M23 accusées des crimes de guerre.

6. Le pouvoir de Kinshasa se trompe largement de croire que le fameux Accord de raffinage de minerais congolais aidera à tempérer les ardeurs rwandaises. Kinshasa a tort de croire que Kigali peut se contenter de la petite part du gâteau qu’il lui offre. Lui a besoin de contrôler TOUT le Congo, son peuple et ses dirigeants, son sol tout comme son sous-sol. Et il tient à le faire via des méthodes violentes et meurtrières à l’image de ces abattoirs humains en préparation et dont la lettre ci-dessous fait mention. Pour le moment, la stratégie consiste à faire pourrir la situation intérieure, à exacerber les frustrations des populations en vue de les capitaliser à leur dessein politique et d’obtenir le soutien de populations locales lors de la prochaine et véritable campagne militaire. L’attaque-test d’hier matin leur en a donné une idée précise.

Par Germain Nzinga

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