
LIBRES PROPOS. J’ai été frappé par les confusions que font certaines gens sur le combat engagé par des Africains contre la mainmise de la France sur ses ex-colonies. Nombre de personnes – et parmi elles des cadres et intellectuels – s’exclament que ça ne sert à rien de « quitter un maître (la France) pour un autre maître (la Russie) ».
Et c’est de la que vient la confusion, la mauvaise foi ou l’ignorance.
Dans les rapports entre pays, il y a l’impérialisme, la coopération, les accords bilatéraux ou multilatéraux.
Si l’impérialisme (une sorte de néocolonialisme) est contraignante, en ce sens qu’elle impose à un pays tiers la domination d’un pays plus fort sur sa gouvernance et ses choix politiques et économiques, la coopération se caractérise par le libre choix d’un état, de partenaires économiques et politiques.
Dans le cas de l’Afrique francophone subsaharienne, il y a cette chape de plomb de la France dans tous les aspects de la vie des ex-colonies dont certaines excédées ont décidé de s’en défaire. C’est le cas du Mali, du Burkina-Faso et du Niger qui ont résolu de fédérer leurs énergies à l’intérieur de l’alliance des États du sahel (AES). Mais puisqu’il leur fallait trouver les moyens militaires de résister à une offensive française de reconquête d’un pré carré perdu, ils se sont alliés à la Russie avec qui ils ont des accords de défense.
La différence ici est nette : ce sont les États de l’AES qui ont sollicité et signé des accords précis avec un pays puissant. C’est un choix souverain et non imposé. Ce sont des accords bilatéraux qui peuvent etre rompus selon le bon vouloir des parties en présence. Ce qui n’a rien, absolument rien à voir avec les rapports de maître à esclave qui existaient avec l’ancienne métropole.
Quand la France signe des accords avec les États-Unis, s’est-elle trouvée un maître ? Quand l’union européenne a des accords de défense avec les États-Unis, est-elle sous le joug de l’oncle Sam ? Les nombreux accords multilatéraux entre les pays occidentaux et asiatiques consacrent-ils une dépendance esclavagiste entre ces pays ? Non ! Ils sont l’expression de coopérations voulues et qui tiennent compte des intérêts des différents acteurs.
Pourquoi donc quand ce sont les Africains qui décident de se choisir des partenaires, l’on veut nous faire croire qu’on tombe de Charybde en Scylla en terme de soumission ? Pourquoi veut-on nous donner mauvaise conscience ? Les Africains n’ont-ils pas le droit de coopérer avec qui ils veulent et selon leurs conditions?
Il n’a d’ailleurs jamais été question de rompre les amarres avec qui que ce soit, mais de revisiter les rapports avec la France et l’Union européenne. Aucun pays ne pouvant vivre en autarcie, le challenge n’est pas et n’a jamais été de biffer un pays de notre espace politique, culturel et économique. Il s’agit de fixer des règles « win-win » entre partenaires éventuels qui se respectent et qui tiennent compte des intérêts des uns et des autres.
Il fallait sortir des fameux accords coloniaux esclavagistes de défense et économiques qui maintiennent nos pays dans une précarité sans nom et dans une administration locale factice sous haute surveillance de la France qui a inondé nos pays de bases militaires et de multinationales chargées de s’assurer de maintenir ce système de vases communicants qui lui assurent la primauté sur nos ressources minières, énergétiques et un marché économique et financier captif.
La prochaine étape sera assurément de délester la France de cette autre grosse arnaque qu’est la gestion de notre monnaie. Malgré les résistances farouches de ses relais locaux.
Avec l’éveil des consciences, les dernières barrières tomberont et l’envol de ce continent sera inéluctable pourvu que l’on remodélise les mentalités corrompues et égoïstes de certaines élites claniques, tribalistes, népotistes et peu enclines à la rigueur de gestion. Et pour cela, il faut se doter de lois rigides et salutaires pour extirper de notre gouvernance les aspérités diverses et autres délits d’initiés.
ISIDORE SRÔBOIS ALLAH
Journaliste – Libre penseur de gauche – Souverainiste.



