Opinion – L’Afrique doit tirer parti du Fonds pour la réponse aux pertes et dommages afin de renforcer la résilience de ses villes

Opinion – L’Afrique doit tirer parti du Fonds pour la réponse aux pertes et dommages afin de renforcer la résilience de ses villes

TRIBUNE. La question du changement climatique et de ses répercussions, en particulier sur les villes africaines, est un sujet crucial qui nécessite une attention urgente.   Chaque jour, l’Afrique subit les conséquences d’un phénomène dont elle n’est pas responsable. Alors que 7 des 10 pays les plus vulnérables au changement climatique se trouvent en Afrique, ce continent n’émet qu’environ 4 % des gaz à effet de serre, et sa contribution historique est encore plus faible, selon le rapport 2022 de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat mondial. Les vagues de chaleur, les fortes pluies, les inondations, les cyclones tropicaux et les sécheresses prolongées, qui sont quelques-uns des effets du changement climatique, ont des conséquences dévastatrices sur les communautés et les économies, et de plus en plus de personnes sont menacées à travers le continent. Les villes africaines en pleine expansion sont les plus touchées par cette vulnérabilité et ces conséquences. Selon le rapport de l’OCDE, l’Afrique est l’un des continents les moins urbanisés au monde, mais elle abrite la région qui connaît l’urbanisation la plus rapide : l’Afrique subsaharienne (ASS). La région compte une population urbaine de 500 millions de personnes, soit environ 40 % de la population du continent, et un taux de croissance urbaine deux fois supérieur à la moyenne mondiale, avec 4,1 % par an, contre 2,1 % en moyenne mondiale. D’ici 2050, on estime que plus de 60 % des Africains vivront dans des zones urbaines. Cette croissance urbaine accélérée accentue encore les défis existants, tels que l’insuffisance des infrastructures, l’accès limité aux services de base, le chômage et la pénurie de logements. Selon les rapports 2024 de l’African Cities Research Consortium et de Brookings, environ 56 % de la population urbaine africaine vit dans des quartiers informels, où s’ajoutent à cela l’insécurité foncière et l’accès limité aux services d’infrastructure essentiels tels que l’assainissement, l’eau et l’énergie. Une crise climatique Il est largement reconnu que le changement climatique aura une incidence sur la trajectoire de développement socio-économique de l’Afrique, menaçant la réalisation des objectifs de développement durable à l’horizon 2030 et des objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Selon les propres termes du secrétaire général des Nations unies, António Guterres, « l’Afrique est en première ligne de la crise climatique. Il est temps d’agir. Nous devons investir dans des solutions durables pour protéger nos populations et notre planète ». Mais tout n’est pas perdu. L’une des récentes évolutions mondiales en matière de politique climatique a été la création du Fonds pour la réponse aux pertes et dommages (FRLD), qui vise à fournir un soutien financier aux pays vulnérables touchés par les catastrophes climatiques. Créé lors des négociations de la COP27, ce fonds recèle un potentiel considérable pour les pays africains, en particulier dans le contexte du développement urbain et des défis auxquels sont confrontées les villes en pleine expansion à travers le continent. Il pourrait constituer un outil puissant pour faire face à la fois aux conséquences immédiates des catastrophes climatiques et aux besoins à long terme en matière de développement urbain durable en Afrique, grâce au principe « reconstruire en mieux ». Tout d’abord, le Fonds pourrait être affecté à des efforts de secours et de reconstruction immédiats, tels que la reconstruction de logements, l’amélioration des systèmes de drainage pour atténuer les inondations et la garantie d’un accès à l’eau potable et à l’assainissement. Par exemple, le financement pourrait soutenir la mise en place d’infrastructures capables de résister aux catastrophes naturelles, telles que des logements résilients et abordables et d’autres infrastructures urbaines résilientes au climat. Il est essentiel, dans toutes les activités que le Fonds soutiendra, de garantir la résilience au climat et de remédier aux principales pénuries d’infrastructures qui exacerbent la vulnérabilité. De tels projets permettraient de créer des villes plus durables, mieux équipées pour faire face aux effets de plus en plus marqués du changement climatique, tout en offrant des opportunités économiques grâce à la création d’emplois. Deuxièmement, le Fonds pourrait être utilisé pour autonomiser les communautés locales, en particulier les populations marginalisées des bidonvilles urbains et des quartiers informels, qui sont souvent les plus durement touchées par les catastrophes climatiques. Il est essentiel d’aider ces acteurs à s’adapter et à se développer pour garantir une résilience durable. De même, l’économie informelle, qui représente une part importante de l’économie urbaine africaine, ne doit pas être laissée pour compte. Enfin, le Fonds pourrait être utilisé pour soutenir des initiatives de renforcement des capacités telles que la formation des dirigeants locaux, le renforcement des systèmes de gestion des catastrophes et la création de partenariats climatiques significatifs. Réinventer les villes africaines Cela dit, le Fonds pour la réponse aux pertes et dommages a le potentiel de jouer un rôle transformateur dans le développement urbain des villes africaines, en particulier dans l’atténuation et l’adaptation aux effets du changement climatique. La concrétisation de ce potentiel dépendra de la configuration du Fonds et des critères utilisés pour évaluer les projets, ainsi que de leur adéquation avec les réalités africaines en termes de disponibilité des données et des capacités. Elle dépendra également d’une planification minutieuse et d’une collaboration efficace afin de garantir que le Fonds profite à ceux qui en ont le plus besoin. Il s’agit là d’une occasion unique non seulement de lutter contre les conséquences du changement climatique, mais aussi de repenser les villes africaines comme des modèles de durabilité et d’inclusivité pour l’avenir. Par le Dr Muhammad Gambo Responsable des politiques, de la recherche et des partenariats à la Banque de développement Shelter Afrique.

12 villes africaines se disputent le titre de ville la plus dynamique du continent sur le plan culturel

Johannesburg est la ville la plus dynamique d’Afrique sur le plan culturel, selon l’indice de vibration créative pour l’Afrique (CVIA), qui classe la manière dont 12 villes africaines soutiennent et favorisent les arts, la culture et les industries créatives. L’index fournit une présentation exhaustive de l’environnement des artistes et des entrepreneurs créatifs à Johannesburg, Kinshasa, Dakar, Nairobi, Tunis, Marrakech, Luanda, Accra, Le Caire, Lagos, Harare et Dar-Es-Salam. Les villes ont été classées en fonction de la disponibilité et de l’accès aux lieux et équipements culturels, des politiques culturelles qui soutiennent les arts et de la capacité des villes à promouvoir la culture. Johannesburg est la ville la mieux classée pour avoir créé l’environnement le plus propice à la créativité, suivie du Caire et de Lagos. En revanche, Marrakech, Tunis et Kinshasa sont les villes les moins favorables. Le CVIA vise à stimuler la croissance du secteur en mettant en évidence le panorama de soutien aux arts, de la culture et des industries créatives, ainsi que la capacité des secteurs à créer des emplois, à assurer la cohésion de leur communauté et à favoriser l’engagement de la jeunesse. L’indice fournit des données indispensables aux investisseurs, aux bailleurs de fonds, aux entrepreneurs créatifs et aux autres parties prenantes du secteur en offrant des informations précieuses sur les insuffisances du secteur de la création et de la culture. À cet égard, l’indice sert d’outil de prise de décision pour les parties prenantes des industries créatives et culturelles. Les prochaines mises à jour de l’index incluront des villes supplémentaires et suivront les changements dans les villes déjà cartographiées. Le CVIA est financé par l’organisation de changement narratif Africa No Filter et le British Council. Le Fonds arabe pour les arts et la culture et le Forum des villes mondiales de la culture font partie du comité consultatif du projet en apportant une contribution technique. Moky Makura, Directrice exécutive d’Africa No Filter, a déclaré : « La disponibilité et l’accès aux arts, à la culture et à la créativité sont de plus en plus la marque d’une ville prospère et d’une économie développée. Pour nous, à Africa No Filter, c’est aussi un baromètre du soutien et du cadre fournis aux conteurs africains pour leur permettre de partager leurs histoires, d’élargir leur public et de développer leur viabilité en tant qu’artistes. Nous voulions comprendre à quel point le secteur créatif africain est culturellement dynamique, afin de savoir si les histoires africaines sont entendues. Cet indice mettra en lumière l’état du paysage créatif en Afrique et nous aidera à plaider en faveur d’un soutien accru aux conteurs sur le continent. Nous avons commencé avec 12 villes seulement, mais notre objectif est de le faire dans toutes les grandes villes du continent ». Sandra Chege, responsable de Arts Kenya, a déclaré : « Nous sommes ravis de collaborer avec Africa No Filter et le Creative Economy Practice de CcHUB pour développer cet important indice. Nous sommes impatients de participer aux conversations et aux réflexions générées par ce projet sur la manière dont les acteurs culturels peuvent renforcer l’infrastructure culturelle des villes d’Afrique afin de créer un environnement plus favorable aux praticiens de la création et de la culture. » Ojoma Ochai, Directeur Associé au Creative Economy Practice at CcHUB, a déclaré : « Le classement des villes n’est pas la principale valeur ajoutée. Ce qui est plus important, c’est l’utilisation des mesures comparatives pour mettre en valeur les bonnes pratiques, inspirer le dialogue et stimuler le soutien au secteur. »

Les villes africaines et les diasporas à l’honneur de Station Africa, le salon dédié aux opportunités en Afrique

Les villes africaines et les diasporas à l’honneur de Station Africa, le salon dédié aux opportunités en Afrique

Dernier né des grands rendez-vous à Paris liés à l’Afrique, Station Africa (28-29 avril 2023) entend ainsi se démarquer par son format et positionnement : le premier salon dédié aux diasporas et à tous ceux qui ont cœur à investir ou s’investir avec impact pour une Afrique plus résiliente sur le plan économique, humain et environnemental.  Placé sous le haut parrainage de l’AIMF (Association Internationale des Maires francophones), l’évènement est produit par Impact Diaspora basée à Dakar (1ere startup en Afrique spécialisée dans l’engagement des diasporas), soutenu par la Mairie de Paris, TRACE TV (et d’autres partenaires à suivre). Pensée comme un hub, la plateforme Station Africa agrège et met en lumière un écosystème d’acteurs publics et privés, à même de venir renforcer l’engagement des diasporas et tous ceux qui cherchent à agir avec Impact en Afrique. Et aux premières rangs : plus de 20 Maires de grandes métropoles africaines (Casablanca, Tunis, Dakar, Bamako, Abidjan, Brazzaville, Yaoundé, Port Louis…) et du monde (Paris, Genève, Québec, Bruxelles….) ont déjà confirmé leur présence sous la forme de pavillons pays, bien décidés à promouvoir des programmes ad hoc, nouer des contacts stratégiques tout en capitalisant sur de précieux retours d’expériences. Aux côtés de ces 15 pavillons pays (regroupant les collectivités locales, agences publiques d’investissement, tourisme, banques…), les visiteurs auront le choix parmi une centaine d’autres exposants et intervenants ainsi organisés : un pavillon « France et international » regroupant tous les institutionnels engagés pour l’Afrique et les diasporas (avec des programmes actifs dans ce sens), un pavillon « diasporatech » (startups offrant des services orientés vers les diasporas et/ou l’Afrique : fintech, healthtech, tourisme…), l’Académie TRACE pour se former aux métiers porteurs en Afrique et un cycle de conférences et talks pour des échanges éclairants avec des acteurs du développement d’Afrique et d’ailleurs… Les exposants potentiels peuvent se faire connaitre avant le 25 février 2023.

Afrique. Le digital accélère le processus de transformation des collectivités et des villes

Afrique. Le digital accélère le processus de transformation des collectivités et des villes

MAROC. Comment les villes africaines peuvent-elles concilier développement durable, modernisation et innovation ? Tout bien considéré, c’est à cette question lancinante et à bien d’autres que les acteurs de la transformation digitale en Afrique et les responsables des collectivités territoriales du continent ont tenté de répondre récemment à Casablanca. C’était lors du Digital African Tour (DAT)- Edition 2022, «un événement itinérant qui réunit depuis plusieurs années des responsables IT des villes, des collectivités territoriales et des décideurs autour de la transformation digitale des pays et des entreprises», a souligné le président de cet important rendez-vous et des ATDA, Mohamadou Diallo.   «L’idée autour de cette rencontre, c’est de voir comment le digital peut aider à accélérer le processus de transformation et de modernisation des villes et des collectivités territoriales», a-t-il relevé soutenant que «le digital peut aider à transformer ces villes et ces collectivités territoriales». Sur la nouveauté de cette édition, organisée par la revue panafricaine «Cio Mag» dont il est le président fondateur, sous le thème «Villes africaines, comment concilier développement durable, modernisation et innovation», Mohamadou Diallo a déclaré que le DAT a choisi cette année de mettre en avant les collectivités territoriales et les villes. Ce qui n’était pas le cas lors des précédentes éditions  au cours desquelles étaient mis en avant les directeurs de cellules d’information, les entreprises et les utilisateurs. Au cours de cette édition, les participants ont examiné les problématiques liées à l’urbanisation rationnelle des villes africaines et évoqué les pistes de réflexion pour le développement durable, la modernisation et l’innovation des villes africaines. Les échanges ont notamment été axés sur la «stratégie numérique & gouvernance : quelles tendances pour les collectivités africaines ?», «Le numérique, une clé pour le renforcement de l’attractivité et la compétitivité des villes et des territoires en Afrique» et «Co-contruire la Smart City : de la réflexion stratégique au modèle de financement : quelles spécificités pour l’Afrique ?». Les débats ont également porté sur les données personnelles et publiques, notamment comment rétablir la souveraineté et la confiance par le traitement et le stockage en terre africaine ; les datacenters, la cybersécurité et le haut débit, rôle et importance dans l’attractivité numérique et économique des territoires. Les participants ont en outre porté attention aux questions liées à la gestion des déchets en tant que défi majeur pour l’Afrique, au «Futur des mobilités africaines : le digital est-il garant de l’avenir ?», aux «Energies renouvelables en Afrique : comment bâtir des territoires connectés et respectant l’environnement ?» ainsi qu’au thème «Connectivité, innovation et digital : pour une ville intelligente et inclusive». Pour bien comprendre les enjeux de la transformation digitale des territoires, point central de cette rencontre, il est important de relever ce constat : la crise de Covid-19 a précipité le basculement, quasi-forcé, vers le numérique. Comme l’avaient relevé les organisateurs, quelques semaines plus tôt, le basculement a été tel que ce mouvement a touché « les collectivités territoriales où le digital est de plus en plus au service de la gouvernance, du développement économique local et de la création d’emplois, surtout pour les jeunes ». Ainsi, par la force des choses, le digital s’est imposé au cœur du processus de transformation des collectivités. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le DAT Maroc 2022 a été l’occasion de mieux comprendre les stratégies « smart » mises en place par de grandes villes africaines comme Benguerir, Berkane, Casablanca ou encore Dakar et Kanel au Sénégal.  «Nous sommes très heureux et honorés de participer à cette rencontre autour du digital. Et en tant que porte d’entrée de l’Afrique, vous comprenez aisément notre présence au Maroc », a confié le maire de Dakar, Barthélémy Dias. « Aujourd’hui, Dakar aspire à être une ville digitale, une ville connectée, une smart city et c’est la raison pour laquelle nous sommes venus participer à cet échange, espérant pouvoir rencontrer les partenaires techniques et financiers, découvrir des potentialités et surtout les mettre à la disposition des Dakaroises et Dakarois, permettre à des jeunes de pouvoir bénéficier de formations des éventuellement d’emploi», a-t-il poursuivi. «A Dakar, nous avons depuis une dizaine d’années lancé un programme  consistant à changer à peu près 25.000 points lumineux et à les transformer en led. Certes pour une économie d’énergie, mais aussi pour pouvoir créer des prédispositions pour que, d’ici quelques années, Dakar puisse aussi accueillir entre autres le Li-Fi, qui permet d’avoir accès à internet à travers des points lumineux ». Maire de Kanel, commune rurale située à 670 km au nord de Dakar, Mamadou Sadio Diallo a, de son côté, confié : «Nous sommes venus dans cette belle ville de Casablanca pour écouter, apprendre, et s’il y a possibilité pour exposer notre petite expérience sur la manière de traitement des déchets» Alain Bouithy