RD Congo. Un député incarcéré pour avoir dit sa part de vérité…

RD Congo. Un député incarcéré pour avoir dit sa part de vérité…

« La grande responsabilité de la violence en Ituri revient au Président de la République, il trompe beaucoup. Le Chef de l’Etat se permet d’aller au Tchad enterrer Idriss Déby alors qu’en Ituri on a égorgé plus de 15 personnes, à Beni on en a égorgé beaucoup. Moi je commence à douter que le Chef de l’Etat ait vraiment le souci de la population iturienne. Il a promis le cantonnement (des miliciens, ndlr) rien, il a promis le désarmement rien, il avait dit qu’il viendrait rester ici rien, tout ce qu’il promet il ne le fait pas. Le jour où le Président de la République viendra ici je vais le lui dire en face. » C’est en ces termes que s’exprimait l’honorable Jean-Bosco Asamba, le député provincial d’Ituri devant sa base électorale, bien avant l’arrivée du président congolais à l’Est du pays. Il a été aussitôt convoqué à l’auditorat militaire et jeté comme un malfrat dans la prison de Bunia depuis le lundi 28 juin 2021. Pour quel délit? Au nom du crime d’avoir porté outrage au Chef de l’Etat. Les paroles sont trop crues certes mais on s’attendrait à ce que le Chef de l’Etat réponde à pareilles critiques par des ACTES concrets d’instauration de la paix à l’Est, prouvant ainsi le contraire à ce député. Hélas ! Malgré l’état de siège, les derniers événements en cours à l’Est du pays semblent marqués par une escalade encore plus grande de violence aveugle et meurtrière sur les pauvres civils. En arrêtant ce député sans avoir pris les précautions juridiques de lever son immunité, le régime de Kinshasa ne risque-t-il pas de renvoyer l’image d’un pouvoir qui n’honore plus les garanties offertes par la constitution et sur la liberté d’expression et sur l’immunité d’un élu dans l’exercice de ses fonctions. Et qui pis est, cet avertissement glaçant du gouvernorat militaire de l’Ituri qui, commentant cette arrestation, ne laisse que très peu de marge de manœuvre au respect de droits citoyens : « cette arrestation doit servir d’exemple à ceux qui se livrent parfois ds des propos déplacés contre l’armée. » Le plus caucasse dans l’enchaînement de tous ces événements, c’est que les véritables criminels siégeant au sein même des institutions se sentent protégés par le parapluie du pouvoir tandis que ceux qui osent lever la voix pour défendre l’intérêt supérieur du pays subissent menaces et incarcérations. Est-ce la meilleure démonstration d’un état de droit où dire la vérité devient un crime impardonnable de lèse-majesté? Par Germain Nzinga