Le travail forcé sévit dans les quatre coins du monde

Le travail forcé sévit dans les quatre coins du monde

Le travail forcé constitue une violation sérieuse des droits fondamentaux de l’Homme, a rappelé à maintes reprises l’Organisation internationale du travail (OIT). Il représente en outre un enjeu économique majeur en alimentant le fléau de la criminalité, en perpétuant la pauvreté, et en portant préjudice aux entreprises légitimes, a souligné l’agence onusienne. Les profits annuels tirés du travail forcé s’élèvent à 236 milliards de dollars Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il est important de noter que les profits annuels tirés du travail forcé s’élèvent à 236 milliards de dollars. Ce qui représente une hausse de 37% par rapport à 2014. Comme le rappelle Isabel Piquer, chargée de la communication et de l’information publique à l’OIT à Genève, cette hausse est alimentée à la fois par une augmentation du nombre de personnes victimes du travail forcé – environ 27,6 millions – et par l’accroissement des profits illégaux générés par leur exploitation. D’après le rapport de l’OIT, qui  a consacré récemment une émission sur la dimension économique du travail forcé, sur « les Voies de l’OIT » (le podcast de l’agence qui explore les défis, les évolutions et les enjeux qui façonnent le monde du travail), environ 28 millions de personnes  sont victimes de travail forcé dans le monde. Citant le rapport de l’OIT, financé en partie par la France, Isabel Piquer ajoute également que l’exploitation sexuelle commerciale forcée représente plus des 2/3, 73% de ces profits illégaux, suivis de l’industrie, des services, de l’agriculture et finalement du travail domestique. Un constat donc très effrayant d’autant plus qu’«il y a toujours un nombre alarmant de personnes en travail forcé. C’est-à-dire de personnes qui travaillent sous une menace, qui n’ont pas choisi ce travail et qui ne peuvent pas le quitter, qui ne peuvent pas dire non à ce qui leur est imposé »,  a expliqué Michaëlle De Cock, responsable de l’unité de recherche du Département des Principes fondamentaux de l’OIT et coautrice du rapport de l’OIT « Profits et pauvreté: La dimension économique du travail forcé ». Il pèse ainsi sur ces personnes « une menace quelconque, ça peut être une menace physique, une menace sur la famille, tout type de menaces leur est imposé et les empêche de refuser cela. C’est ce dont on parle quand on évoque le travail forcé », a-t-elle souligné. Il est important de préciser que dans le travail forcé, on distingue plusieurs formes. Commentant le dernier rapport de l’organisation, Michaëlle De Cock précise qu’« ici, on s’est intéressé uniquement au travail forcé imposé par des privés. C’est-à-dire qu’on a laissé de côté les 4 millions personnes victimes de travail forcé imposé par les Etats ». Dans cette économie privée, poursuit-elle, on distingue le travail forcé qui a lieu dans les formes classiques du travail, que ce soit dans l’industrie,  l’agriculture,  la pêche,  les services, du travail forcé dans la prostitution forcée et toutes les formes d’exploitation sexuelle imposées essentiellement à des femmes, mais aussi à des enfants et des jeunes hommes et des jeunes femmes. Pour mieux évaluer le profit tiré de cette exploitation, les auteurs dudit rapport ont mesuré l’écart entre ce que les victimes auraient dû toucher si elles avaient été en travail décent, et combien elles ont eu. La différence étant ce qui est volé aux victimes. En ce qui concerne l’exploitation sexuelle, précisons qu’il ne s’agit pas du montant que les victimes auraient dû toucher. «Ce qu’on a mesuré, c’est combien touchent ceux qui les exploitent, les proxénètes, tous les gens qui exploitent ces personnes en prostitution forcée. Donc quel est le profit qu’ils font, moins la toute petite partie qui va aux victimes », a fait savoir Michaëlle De Cock. Il est important de savoir, en outre, que les profits illégaux annuels sont les plus élevés en Europe et en Asie centrale, suivies par les Etats arabes, les Amériques, l’Afrique, l’Asie et le Pacifique. Neuf travailleurs sur 10 victimes de travail forcé Pour Anousheh Karvar, déléguée du gouvernement français auprès de l’OIT, « il faut absolument lutter au niveau national et au niveau international contre ce fléau ». Dans ce cas, estime-t-elle, il est important de mettre l’accent sur les entreprises. Et pour cause, «neuf travailleurs sur 10 victimes de travail forcé se trouvent dans le secteur privé, 86% très précisément». Pour l’ancienne présidente de l’Alliance 8.7 (Partenariat mondial contre le travail des enfants, le travail forcé, la traite des êtres humains et l’esclavage moderne), « il est très important de lutter contre la concurrence déloyale des entreprises qui font appel au travail forcé contre les autres qui ont des pratiques vertueuses », estimant que c’est aussi un élément économique important pour que la concurrence  entre les entreprises soit loyale. A signaler que le chiffre présenté dans le rapport de l’OIT « est conservatif, parce que c’est uniquement la partie des salaires, on pourrait dire, ou des revenus volés aux victimes.  On n’a pas, dans ce rapport-là, estimé quelle est la partie, par exemple, des taxes non payées, des charges sociales non payées. Tout ça vient en plus dans les profits », a tenu à souligner Michaëlle De Cock comme pour dire que les pertes sont beaucoup plus importantes qu’elles ne paraissent. Revenant notamment sur la question du recrutement et des frais de migration, soulevée par Anousheh Karvar, Michaëlle De Cock a indiqué: « Nous avons réussi à mesurer que les personnes en situation de migration internationale pour le travail étaient trois fois plus à risque d’être au travail forcé que les gens qui résident dans le pays ». Ce qui est évidemment  énorme. Trois fois plus. Dans le rapport de l’OIT, « nous avons mesuré pour ces migrants internationaux un autre chiffre, qui est combien, de nouveau, est volé à ces personnes-là par des frais de recrutement abusifs ». Alors que l’OIT recommande que personne ne paie pour être recruté, « nous avons pu mesurer, grâce à toutes les données collectées, qu’il reste encore une énorme partie de frais fictifs, parfois imposés aux migrants pour aller travailler. Ça fait partie des profits qui, de nouveau, vont dans la poche de la personne qui les exploite au détriment des

Les profits annuels tirés du travail forcé s’élèvent à 236 milliards de dollars, selon un rapport de l’OIT

Les profits annuels tirés du travail forcé s’élèvent à 236 milliards de dollars, selon un rapport de l’OIT

Le travail forcé dans l’économie privée génère 236 milliards de dollars de profits illégaux par an, selon un nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Le montant total des profits illégaux tirés du travail forcé a augmenté de 64 milliards de dollars (37 pour cent) depuis 2014, une hausse spectaculaire qui a été alimentée à la fois par une augmentation du nombre de personnes forcées à travailler et par des profits plus élevés générés par l’exploitation des victimes. Le rapport de l’OIT, Profits et pauvreté: La dimension économique du travail forcé  estime que les trafiquants et les criminels génèrent près de 10 000 dollars par victime, contre 8 269 dollars (ajusté après inflation) il y a dix ans. C’est en Europe et en Asie centrale que les profits illégaux annuels tirés du travail forcé sont les plus élevés (84 milliards de dollars), suivis par l’Asie et le Pacifique (62 milliards de dollars), les Amériques (52 milliards de dollars), l’Afrique (20 milliards de dollars) et les États arabes (18 milliards de dollars). Lorsque les profits illégaux sont exprimés par victime, les profits illégaux annuels sont les plus élevés en Europe et en Asie centrale, suivis par les États arabes, les Amériques, l’Afrique et l’Asie et le Pacifique. L’exploitation sexuelle commerciale forcée représente plus des deux tiers (73 pour cent) du total des profits illégaux, alors qu’elle ne représente que 27 pour cent du nombre total de victimes du travail forcé dans le secteur privé. Ces chiffres s’expliquent par l’énorme différence de profits par victime entre l’exploitation sexuelle commerciale forcée et les autres formes d’exploitation du travail forcé non étatique – 27 252 dollars de profits par victime pour la première contre 3 687 dollars de profits par victime pour la seconde. Après l’exploitation sexuelle commerciale forcée, le secteur où les profits illégaux annuels tirés du travail forcé sont les plus élevés est l’industrie, avec 35 milliards de dollars, suivie des services (20,8 milliards de dollars), de l’agriculture (5 milliards de dollars) et du travail domestique (2,6 milliards de dollars). Ces profits illégaux correspondent aux salaires qui reviennent de droit aux travailleurs, mais qui restent dans les mains de leurs exploiteurs, en raison de leurs pratiques coercitives. “Le travail forcé perpétue les cycles de pauvreté et d’exploitation et porte atteinte à la dignité humaine. Nous savons aujourd’hui que la situation n’a fait qu’empirer. La communauté internationale doit s’unir d’urgence pour prendre des mesures afin de mettre fin à cette injustice.»Gilbert F. Houngbo, Directeur général de l’OIT En 2021, 27,6 millions de personnes ont été soumises au travail forcé un jour donné. Ce chiffre correspond à 3,5 personnes pour mille habitants dans le monde. Entre 2016 et 2021, le nombre de personnes soumises au travail forcé a augmenté de 2,7 millions. «Les personnes soumises au travail forcé sont soumises à de multiples formes de coercition, la rétention délibérée et systématique des salaires étant l’une des plus courantes. Le travail forcé perpétue les cycles de pauvreté et d’exploitation et porte atteinte à la dignité humaine. Nous savons aujourd’hui que la situation n’a fait qu’empirer. La communauté internationale doit s’unir d’urgence pour prendre des mesures afin de mettre fin à cette injustice, protéger les droits des travailleurs et défendre les principes d’équité et d’égalité pour tous», a déclaré le Directeur général de l’OIT, Gilbert F. Houngbo. Le rapport souligne le besoin urgent d’investir dans des mesures d’application pour endiguer les flux de profits illégaux et tenir les auteurs pour responsables. Il recommande de renforcer les cadres juridiques, de former les responsables de l’application des lois, d’étendre l’inspection du travail aux secteurs à haut risque et d’améliorer la coordination entre l’application du droit du travail et du droit pénal. Le rapport souligne qu’il n’est pas possible de mettre fin au travail forcé uniquement par des mesures d’application de la loi et que ces mesures doivent s’inscrire dans le cadre d’une approche globale qui s’attaque en priorité aux causes profondes et protège les victimes. Le Protocole de 2014 à la convention sur le travail forcé, 1930 , et la recommandation (n° 203) sur le travail forcé (mesures complémentaires), 2014 , fournissent un cadre stratégique pour une action globale. OIT.

Lutte contre le travail des enfants et le travail forcé: la communauté internationale appelée à redoubler d’efforts

Lutte contre le travail des enfants et le travail forcé: la communauté internationale appelée à redoubler d’efforts

Les délégués à la IVe Conférence mondiale sur l’élimination durable du travail des enfants, organisée à Buenos Aires en Argentine du 14 au 16 novembre courant, ont invité la communauté internationale à redoubler d’efforts pour lutter contre le travail des enfants et le travail forcé. La rencontre s’est achevée avec l’adoption de la Déclaration de Buenos Aires appelant à agir pour accélérer les efforts visant à mettre fin au travail des enfants d’ici à 2025 et au travail forcé d’ici à 2030, et à créer davantage d’emplois décents pour les jeunes à travers le monde, a indiqué l’Organisation internationale du travail (OIT). Dans un communiqué rendu public récemment, l’agence onusienne a indiqué que les délégués ayant pris part à cette réunion ont pris près d’une centaine d’engagements concernant des mesures concrètes en faveur de l’élimination du travail des enfants et du travail forcé, ainsi que de la création d’emplois de qualité pour les jeunes. Selon l’OIT, la Déclaration de Buenos Aires rappelle qu’on dénombre environ 152 millions de garçons et de filles victimes du travail des enfants, dont 73 millions employés dans les pires formes de travail des enfants. En outre, 25 millions de personnes continuent d’être assujetties au travail forcé, dont 4 millions d’enfants, et au moins 71 millions de jeunes sont au chômage dans le monde. Dans le document final, la Conférence exhorte les gouvernements, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les acteurs concernés à adopter la série de principes et de mesures qu’elle énonce. De même source, il est rappelé que «le travail des enfants, en particulier sous ses pires formes, et le travail forcé, sont de graves violations des droits de l’homme qui portent grandement atteinte à la dignité humaine. Ils sont tous deux la cause et la conséquence de la pauvreté, des inégalités, de la discrimination, de l’exclusion sociale et d’un accès insuffisant à l’éducation». L’OIT a indiqué que les mesures, qui couvrent l’essentiel de la Déclaration, sont réparties en trois catégories: politique et gouvernance; connaissances, données et contrôle; partenariats et innovation. « La ratification des engagements internationaux en vue de l’élimination du travail des enfants d’ici à 2025 et du travail forcé d’ici à 2030, tels que définis dans le Programme de développement durable pour 2030 , est un point de départ», selon l’organisation assurant que la Déclaration prend aussi acte du soutien apporté à l’Alliance 8.7 qui fut créée pour remplir les objectifs du Programme pour 2030 en lien avec le travail des enfants et le travail forcé. Pour rappel, la Conférence était organisée par le gouvernement argentin, avec l’appui de l’OIT, et rassemblait des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, ainsi que de la société civile et des organisations régionales et internationales.

Entrée en vigueur du Protocole de l’OIT sur le travail forcé

Entrée en vigueur du Protocole de l’OIT sur le travail forcé

La lutte contre le travail forcé et l’esclavage moderne vient de franchir une étape historique avec l’entrée en vigueur du Protocole sur le travail forcé de l’Organisation internationale du travail (OIT). Adopté par la Conférence internationale du travail en 2014, le Protocole sur le travail forcé de l’OIT est entré en vigueur, vendredi 9 novembre, un an après sa deuxième ratification. Mais à ce jour, seuls neuf pays l’ont ratifié. Il s’agit du Niger, de la Norvège, du Royaume-Uni, de la Mauritanie, du Mali, de la France, de la République tchèque, du Panama et de l’Argentine, qui accueillera en novembre 2017 la prochaine Conférence mondiale sur le travail des enfants et le travail forcé à Buenos Aires. Comme la plupart des pays du monde, le Maroc a ratifié la convention historique sur le travail forcé de 1930. Mais il n’a toutefois pas encore ratifié l’actuel Protocole qui, précise l’OIT, « complète la convention en lui ajoutant de nouveaux éléments, notamment pour s’attaquer aux causes profondes afin que l’esclavage puisse être éradiqué une fois pour toutes ». Le document demande aussi, par ailleurs, aux employeurs d’exercer leur vigilance pour éviter de recourir à l’esclavage moderne dans leurs pratiques commerciales ou leurs chaînes d’approvisionnement. Quoi qu’il en soit, le Maroc devrait le faire pour des raisons évidentes. Et pour cause, on ne peut pas prétendre protéger les personnes les plus vulnérables de sa société et, en même temps, traîner des pieds pour ratifier un protocole censé changer la vie de millions d’hommes et de femmes victimes du travail forcé. Il n’en demeure pas moins que l’entrée en vigueur dudit Protocole est une excellente nouvelle pour les millions d’hommes et de femmes victimes du travail forcé d’autant plus que tous les pays qui l’ont ratifié doivent désormais remplir leurs obligations et rendre des comptes sur les mesures prises. En effet, comme l’indique l’OIT, les pays qui ratifient le Protocole devront garantir que tous les travailleurs de tous les secteurs sont protégés par la législation. Ce n’est pas tout. « Ils devront renforcer l’inspection du travail et d’autres services qui protègent les travailleurs de l’exploitation. Ils devront aussi prendre des mesures supplémentaires pour éduquer et informer la population et les communautés sur des crimes comme la traite d’êtres humains », ajoute-t-elle, soulignant que le travail forcé génère 150 milliards de profits illégaux par an. Dans une déclaration conjointe avec les dirigeantes de l’Organisation internationale des employeurs (OIE) et de la Confédération syndicale internationale (CSI), le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, a rappelé que le « Protocole de l’OIT sur le travail forcé impose aux pays de prendre des mesures efficaces pour prévenir et éliminer le travail forcé, et pour protéger les victimes et leur donner accès à la justice». Pour rappel, 21 millions de personnes dans le monde sont victimes du travail forcé. Il s’agit pour la plupart « des ouvriers agricoles, des migrants, des travailleurs domestiques, des marins, des femmes et des filles obligées de se prostituer et d’autres qui sont aussi victimes de pratiques abusives, exploités et peu voire pas rémunérés ». Dans le but de sensibiliser l’opinion à ce phénomène et de convaincre au moins 50 Etats de ratifier le Protocole d’ici à 2018, l’agence onusienne a lancé une campagne internationale dénommée « Campagne 50 for Freedom », et ce en partenariat avec la CSI et l’OIE.