Taata Ndoundou : Pasteur de l’Eglise protestante, évangélique et Ngunza au regard de la tradition koongo (1er mai 1911/6 janvier 1986)

Taata Ndoundou : Pasteur de l’Eglise protestante, évangélique et Ngunza au regard de la tradition koongo (1er mai 1911/6 janvier 1986)

Taata Ndoundou est certainement le pasteur le plus charismatique que l’église protestante et évangélique ait connu depuis sa fondation au Congo-Brazzaville. Daniel Ndoundou est né le 1er mai 1911 dans le village de Kindamba qui est situé dans le district de Mfouati dans le département de la Bouenza au Congo-Brazzaville. Il est fils de Nsemi Mboko et Bouanga Boua Mboukou. Dès son jeune âge, Daniel Ndoundou est très proche de son oncle maternel, le nommé Noé Nsemi qu’il accompagne de village en village pour ses prédications. Son oncle fera d’ailleurs partie des premiers congolais élevés au grade de pasteur durant les années 1940 au Congo-Brazzaville. Daniel Ndoundou est élève de l’école catholique au moment de l’avènement du mouvement de Simon Kimbangou. Très tôt, il quittera cette école avec quelques camarades pour intégrer le mouvement de Réveil qui sera constitué autour de la personne du prophète Simon Kimbangou. Daniel Ndoundou est un enfant pas comme les autres. Il aime se recueillir, prier, méditer puisqu’il a souvent des visions et certaines d’entre elles, comportent des révélations sur son destin. Il en fait part à sa mère qui l’exhorte à la loi du silence en lui recommandant notamment de garder ses expériences et de beaucoup prier. C’est ainsi qu’à l’occasion de son baptême en 1923, le jeune Ndoundou adopte le nom de Daniel pour s’identifier au prophète Daniel qui, dans l’Ancien testament est défini comme un homme indépendant et courageux, somme toute, comme un prophète. Daniel Ndoundou est consacré pasteur à Dolisie le 16 juin 1946, le même jour que l’un de ses collègues le nommé Jean Yayaka. Au sein de l’église protestante et évangélique, le pasteur Daniel Ndoundou sera l’un des dirigeants du mouvement de Réveil. En effet, entre les années 1920 et 1940, le Congo-Belge et le Congo-Français avaient été gagnés par un mouvement de Réveil qui, en milieu Koôngo donna lieu, à l’avènement des églises comme le Kimbanguisme, le Ngounzisme ou le Matsouanisme. Et le pasteur Daniel Ndoundou réussit très habilement à intégrer au sein de l’église protestante, évangélique quelques principes ou rites dominants des églises autochtones tournées essentiellement vers les croyances ancestrales. L’une des grandes figures de l’église protestante et évangélique au Congo-Brazzaville en la personne du pasteur Buana Kibongui, s’opposa ouvertement aux pratiques de taata Ndoundou, les considérant, peut-on dire, moins attrayantes, à la connaissance de la parole de Dieu en disant notamment que : « Le pasteur Daniel Ndoundou insistait sur les manifestations spirituelles tandis-que moi, je mettais l’accent sur la nécessité de connaître la Bible pour mieux vivre les manifestations spirituelles. » La théologie de taata Ndoundou comporte trois aspects fondamentaux : elle est fondée sur la médecine révélée qui est associée à la culture traditionnelle qui, elle-même consacre en son sein, des diagnostics et des traitements sur la base des révélations avec des remèdes fabriqués à base aussi des plantes. Il y a aussi, l’usage de l’eau en procédant effectivement, à des bains de purification, comme le fit majestueusement en son temps, taata Simon Kimbangou en invitant ses adeptes, à ce type de rites à Nkamba, la nouvelle Jérusalem. Cette même théologie offre en dernier lieu, une place non négligeable à l’interprétation des rêves. Et pour taata Ndoundou, il était normal que Dieu parle à ses fidèles à travers les rêves d’autant plus que les récits précédant la naissance du Christ en sont une parfaite illustration. C’est à ce titre que, le pasteur Daniel Ndoundou consacrait dans le cadre de son ministère une grande partie de son temps à la cure d’âme personnelle et aux prières d’intercession comme dans les assemblées Ngunza. Il accordait une grande importance aux manifestations spirituelles. Un élève pasteur de 1965 à 1969 appelé Patrice Demba raconte la force spirituelle du pasteur Ndoundou qui, de surcroît lui conférait la qualité d’un véritable prophète dont les actes de guérison étaient le plus souvent en parfaite conformité avec ses paroles. « tata Ndoundou avait prié pour une femme qui n’avait plus d’utérus. Il lui dit : « Ta foi est grande. Tu auras encore des enfants » tata Buana nous dit : « Ce que dit tata Ndoundou n’est pas vrai car cette femme n’a plus d’utérus. Elle ne pourra plus avoir d’enfants. » plus tard, cette femme mit au monde des jumeaux. C’est pour des choses comme ça que nous respections plus tata Ndoundou. » C’est là, une des caractéristiques de taata Ndoundou, homme d’église ou pasteur de l’église protestante, évangélique dont le nom fait aussi partie de l’égrégore Koôngo, en raison de son remarquable ministère de guérisons ou de miracles et de sa dimension charismatique qui lui confère, entre autres et ce, incontestablement la qualité d’un véritable Ngunza. TAATA NDUENGA

De la définition du Principe de la volonté d’après la tradition Koongo

De la définition du Principe de la volonté d’après la tradition Koongo

Est appelée volonté toute faculté de déterminer librement et donc sans contrainte ses actes et de les accomplir. C’est, peut-on dire, l’expression de l’être dans son désir du vouloir faire ou de ne pas faire. Pour le philosophe allemand Schopenhauer, la volonté, plus précisément la volonté de vivre est le principe universel de l’effort instinctif par lequel tout être réalise le type de son espèce, et lutte contre les autres êtres pour maintenir la forme de vie qui est la sienne. C’est ainsi que la volonté individuelle n’est pour lui qu’une manifestation de ce vouloir vivre. Dans le même ordre d’idées, dans « Par de-delà le Bien et le Mal » Nietzche, considère que dans toute volonté il y a d’abord une pluralité de sentiments, le sentiments de l’état dont on veut sortir, celui de l’état où l’on tend, le sens de ces directions elles-mêmes, « à partir d’ici », « pour aller là-bas », enfin une sensation musculaire accessoire qui, même sans que nous remuions bras ni jambes, entre en jeu comme machinalement sitôt que nous nous mettons à « vouloir ». A ce propos, il existe diverses expressions dans la Tradition Koòngo, pour exprimer l’idée de volonté, du désir ou du vouloir être. Au sens strict du terme, la volonté est, à la fois, d’après la linguistique Koòngo, mouvement et liberté que recouvre la notion de Nda. En effet, le Nda est mouvement ou expression du mouvement dans l’être. Ainsi, We-Nda, exprime le mouvement de l’être ou son déplacement psychique ou corporel d’un endroit à l’autre mais une telle faculté n’est toutefois accessible qu’en l’absence de toute contrainte de sorte que la volonté, chez les Koòngo n’est concevable que, quand elle rime avec l’idée de liberté. Par exemple, Ku-Nda Nzaàmbi, marque ou exprime en Koòngo toute volonté de l’être dans son désir d’élévation ou d’union avec Dieu ou la conscience universelle. Ici, le préfixe de ku est la désignation du lieu d’accomplissement de la volonté de l’être qui, en l’occurrence est le nda, c’est-à-dire, l’univers de la pensée du désir ou de la volonté. Toutefois, dans la linguistique ou tradition Koòngo, la volonté au sens profond du terme est bien plus qu’un effort instinctif qui découlerait chez l’être. Ce n’est pas seulement une sensation musculaire qui entrerait machinalement en jeu. En tant que Être ou Muùntu, toute volonté humaine obéit à une sorte de commandement qui relève de l’ordre des choses qui sont sous l’empire de la loi de l’amour ou du désir de quelque chose. D’où d’ailleurs la traduction de cette notion de volonté en langue Koòngo par le mot Luzolo ou Zola. Mu zola ku zwa kima yayi, dira-t-on en langue kikoòngo, c’est-à-dire, je désire être en possession de cette chose, je la veux, je tiens absolument l’avoir ou l’obtenir. C’est comme si, dans la Tradition Koòngo, toute volonté est désir d’accomplissement et consisterait en une expression du mouvement ou de l’action dans l’être à l’effet d’être en possession de ceci ou de cela. C’est, peut-on dire, une direction ou un but tendant en la réalisation d’une chose en passant plus précisément d’un endroit à l’autre. Dans son lexique « Français-Kikongo » publié aux imprimeries Gounouilhou en 1914, Henri Galland, n’a pas tout à fait tort en définissant la volonté, le vouloir et le désir par Luzolo et Zola lesquels termes en langue Koòngo, traduisent l’idée générale de la volonté mais qui, toutefois n’est concevable que, si elle est en rapport avec la notion de liberté ou de bien-être. Au fait, en langue Koòngo, le désir ou volonté s’inscrit dans l’espérance ou l’amour de quelque chose que l’on veut. C’est ainsi que, le terme Nzo-lolo qui, étymologiquement décrit la maison de l’amour ou du désir voire du vouloir être traduit philosophiquement en langue Koòngo, le sentiment du désir d’accomplissement qui s’opère dans « l’agir » ou mouvement en l’absence bien évidement de toute contrainte. En somme, la volonté est, dans la tradition Koòngo, la mise en jeu de cette puissance dont est dotée un être ou le Muùntu et qui, en se situant dans le Nzo ou espérance lui permet de disposer ou non de quelque chose au final pour le bien de soi ou de l’autre voire pour l’environnement dans lequel on est situé. Par exemple, Luzolo lwa nsi ou Luzolo ya bwala ! est bien plus que l’amour que l’on a pour son pays ou sa patrie. Il est aussi volonté qui s’inscrit dans la dynamique du désir ou du bien-être voire du développement sans cesse de celle-ci. C’est à ce titre que la conception de la volonté chez les Koòngo se rapprocherait de celle du philosophe allemand Emmanuel Kant, d’après laquelle, la volonté s’inscrit dans la tendance de l’être vivant à agir, dans son caractère dynamique et désirant : elle relève, dit-il, de la faculté de désirer, c’est-à-dire d’être par ses représentations cause des objets de ses représentations, faculté qui, dit-il encore, « s’appelle la vie ». Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (alias Taàta N’dwenga) Koòngologue