Maroc/Dr. Issam El Maguiri : L’IA fait émerger un nouvel humanisme pour la profession comptable

L’intelligence artificielle donne des ailes à la profession, la durabilité lui montre la voie et les talents en sont le moteur «L’intelligence artificielle, la transition durable et la formation des talents ne sont plus des thèmes périphériques» pour la profession comptable marocaine, affirme Dr. Issam El Maguiri soulignant qu’« elles deviennent les fondations d’un nouveau contrat social et professionnel». Loin de subir les changements imposés par la révolution numérique et les impératifs de durabilité, la profession a choisi de les anticiper et d’en devenir l’architecte, assure-t-il. Pour cet expert-comptable, ancien président de l’Ordre des experts-comptables (OEC), «l’intelligence artificielle n’est plus une promesse abstraite» dans la mesure où elle transforme déjà le cœur des métiers de la profession, automatise les tâches répétitives, fiabilise les contrôles et libère l’esprit critique et le jugement professionnel. Responsable de la publication de la revue du 10e Congrès de l’Ordre des experts comptables, organisée du 13 au 14 novembre derniers à Rabat sur le thème «IA, durabilité, talents : La stratégie gagnante», Issam El Maguiri note que «l’expert comptable devient un superviseur augmenté, garant de la conformité de l’éthique et contribue à la souveraineté numérique nationale ». Ce, de la tenue juridique à la veille réglementaire, de la data analytics à la supervision des risques. L’IA amplifie la valeur du discernement humain Par conséquent, il apparaît clairement que l’IA est « loin d’être un substitut», mais «agit comme un partenaire exigeant» qui amplifie la valeur du discernement humain et oblige à la rigueur. De l’avis de l’expert, l’intelligence artificielle permet aussi d’ouvrir «la voie à une gouvernance plus réactive, à des missions prédictives ainsi qu’à un conseil en toute matière enrichi par la donnée et la modélisation». Pour autant, faut-il s’inquiéter de cette mutation technologique? S’il reconnaît que ce changement pose des questions éthiques profondes, comme la transparence des algorithmes, la responsabilité en cas d’erreur, la protection des données et biais systémiques, Dr. Issam El Maguiri soutient que «l’enjeu est de conserver la maîtrise humaine sur la machine ». Et pour cela, estime-t-il, il est important que l’IEA soit expliqué, audité et gouverné. Quoi qu’il en soit, «l’expert comptable, par sa culture du contrôle et de la preuve, est idéalement placé pour en devenir le garant. (Aussi) dans un monde où la confiance se dématérialise, il demeure le dépositaire de la responsabilité», rappelle-t-il. En ce qui concerne la durabilité, qui bouleverse le sens même de la performance, il apparaît aujourd’hui que «les entreprises ne se jugent plus à la seule aune de leurs résultats financiers, mais de leur impact sur l’environnement, la société et la gouvernance», fait-il remarquer relevant dans ce cas que l’ESG devient le nouveau langage de la transparence et l’expert comptable son traducteur naturel. Qu’il s’agisse du reporting extra-financier, de l’analyse des risques climatiques, d’audit carbone ou d’évaluation d’impact, il apparaît clairement que ses missions s’étendent à la mesure du long terme. Bien que l’économie durable ne soit pas une contrainte, elle constitue cependant «une opportunité – celle de réconcilier performance et responsabilité. Et l’IEA, bien utilisé, peut en devenir un accélérateur : modélisation énergétique, optimisation et conservation des ressources, gouvernance prédictive, économie circulaire. » S’agissant des talents, il explique que l’IA redéfinit la nature des compétences et du rôle de l’humain mais ne remplacera pas ce dernier. Et pour cause: «Le savoir-faire technique ne suffit plus, il faut le marier à la créativité, à la pensée critique, à la communication et à la conscience éthique». Pour lui, le talent de demain sera hybride, capable de dialoguer avec les algorithmes, de comprendre les enjeux ESG et de donner du sens à la donnée. Et surtout, explique-t-il, «les jeunes générations, en quête d’équilibre des sens, ne rejettent pas l’exigence, elles rejettent l’absurde». L’expert comptable de demain sera le stratège du futur Dr. Issam El Maguiri en est persuadé: l’IA peut rendre la profession à la fois plus désirable et plus vivable, à condition d’être intégrée dans une culture d’apprentissage, de confiance et d’innovation. Il en arrive à la conclusion que «c’est un nouvel humanisme professionnel qui se dessine, celui d’une profession à la fois technologique, durable et humaine ». En dépit de toutes ces évolutions, «l’expert comptable de demain sera le stratège du futur». Il participera à la souveraineté numérique du Maroc, accompagnera la transition écologique et sociale et participera à la formation des talents qui verront vivre cette ambition. Par ailleurs, poursuit-il, si «l’intelligence artificielle donne des ailes à la profession, la durabilité lui montre la voie et les talents en sont le moteur», a-t-il conclu assurant qu’ensemble, ils réinventeront la profession comptable marocaine, capable d’allier performance et responsabilité, vitesse et sagesse, innovation et humanité. Alain Bouithy
10e Congrès de l’Ordre des experts-comptables : IA, durabilité et talents, les piliers d’une profession en pleine transformation (Maroc)

L’essor de l’intelligence artificielle, l’exigence de durabilité et la rareté des talents au cœur des échanges et débats ECONOMIE. « L’expert-comptable de demain sera un architecte de la confiance, un conseiller stratégique, un accompagnateur de la durabilité », a indiqué, jeudi 13, le président de l’Ordre des experts-comptables (OEC), Faiçal Mekouar. « Il aidera les entreprises à intégrer les critères ESG, à fiabiliser leurs données extra-potentielles, à mesurer leur empreinte carbone et à valoriser la durabilité comme un levier de compétitivité », a-t-il déclaré à l’ouverture du dixième Congrès de l’Ordre des experts-comptables (OEC), en présence de la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni. Organisée sur deux jours à Rabat, cette édition est placée sous le signe de l’intelligence artificielle, de la durabilité et des talents. « Trois piliers qui changeront le monde économique de demain et au-delà le fonctionnement de notre société », a souligné le président de l’OEC. Maîtriser un tant soit peu la cadence des changements Le thème choisi pour ce 10ème congrès, « IA, durabilité, talents : la stratégie gagnante », n’est pas fortuit. Comme l’a expliqué Faiçal Mekouar dans son propos préliminaire, l’Ordre des experts-comptables a initié ce débat aujourd’hui parce que « nous vivons et subissons souvent une époque marquée par la vitesse, l’interaction en machine et l’hyperinflation des régulations pour tenter de maîtriser un tant soit peu la cadence de nos changements ».Ainsi, débattre de ces sujets apparaît d’autant plus logique qu’il est désormais acquis que « l’intelligence artificielle, par exemple, bouleverse nos manières de produire, de consommer et de décider. Elle transforme les chaînes de valeur, redéfinit la compétitivité et redistribue le pouvoir de l’information », a soutenu Faiçal Mekouar ajoutant en outre que l’IA interroge aussi notre souveraineté technologique, notre éthique et notre capacité à préserver l’humain dans un monde d’algorithme.Sur la durabilité, qui n’est plus un luxe, ni une option morale, d’après lui, débattre de ce sujet permet de rappeler qu’elle « est désormais une condition d’accès aux marchés internationaux. Autant dire un impératif de survie pour nos entreprises ».Enfin, sachant que les talents deviennent la ressource la plus rare et la plus stratégique, la transformation numérique comme la transition écologique ne se feront pas sans une révolution de compétences. Aussi, « dans un monde où les machines apprennent plus vite que nous, la vraie valorisation sera humaine », a-t-il affirmé devant un parterre de représentants des institutions publiques, institutions partenaires, confrères des ordres étrangers et professionnels précisant qu’elle se matérialisera à travers la créativité, la responsabilité et la confiance.Ainsi, deux jours durant, la disruption créée par l’intelligence artificielle et les questionnements qu’elle pose sur le futur rôle de l’homme, la contrainte de durabilité et la construction des talents de demain ont nourri les débats et les réflexions, comme l’avaient annoncé Sophia Guessous et Ahmed Chahbi, respectivement présidente du Comité scientifique et président du Comité d’organisation dans la revue du congrès. Les équations économiques ressemblent de plus en plus à des algorithmes complexes Si certains qualifient le momentum actuel de formidable et que d’autres s’inquiètent du danger d’un progrès non maîtrisé, le président de l’OEC s’est attardé sur un constat : « Les équations économiques ressemblent de plus en plus à des algorithmes complexes, interconnectés et souvent imprévisibles ».La situation est telle que, « sur la scène mondiale, les grandes puissances reconfigurent leurs priorités autour de la transition verte, de la révolution numérique et de la requalification des compétences », a-t-il fait remarquer. Il est important de préciser que ces priorités figurent dans le nouveau modèle de développement (NMD), qui a placé la durabilité environnementale, l’inclusion sociale et l’économie du savoir au cœur de notre trajectoire internationale. S’il est admis que « l’intelligence artificielle fait peur, la durabilité coûte cher et les talents de demain sont rares », concède Faiçal Mekouar. Il rappelle une vérité immuable : « L’avenir appartient toujours à ceux qui savent conjuguer raison, passion et innovation ».Par ailleurs, « IA, durabilité et talent ne sont pas trois défis séparés, mais les trois moteurs d’une même ambition, celle d’un Maroc compétitif, responsable et humain », a-t-il jugé bon de souligner. Notons enfin que la forte présence d’experts-comptables à cet important événement « témoigne de l’importance des thèmes que nous allons aborder », a estimé la présidente du Comité scientifique Mme Sophia Guessous qui a salué la qualité et la cohérence des sessions programmées dans le cadre de ce congrès ponctué par des tables rondes, des ateliers ainsi que des conférences plénières animés par des experts de renom, des visionnaires et des pionniers qui ont partagé leurs analyses et leurs expériences.A signaler que la première journée a été marquée par la cérémonie de remise des trophées de l’Ordre des experts-comptables.Alain Bouithy