La stratégie militaire russe entrera dans les annales de l’histoire de la guerre, dixit Bernard Wicht

TRIBUNE. Comme je ne cesse de le relever, les médias occidentaux et leurs « experts maison » se trompent à propos des objectifs poursuivis par la Russie en Ukraine. On croirait même qu’ils ne comprennent tout simplement rien du tout. Quand on a suivi l’intervention de Vladimir Poutine annonçant le déclenchement de l’opération spéciale en Ukraine, quand on pense à la mise en alerte de la force de dissuasion russe au troisième jour du conflit, au flou entourant les manœuvres de l’armée russe sur le théâtre ukrainien, notamment aux alentours de Kiev et de Kharkiv, on comprend que les Russes jouent sur le terrain de la perception et de la ruse, qui semblent constituer le centre de gravité de leur stratégie militaire en Ukraine. Pour rappel, le concept de ruse a longtemps été une composante essentielle de l’art militaire « russe » dès l’époque des Tsars et même à l’époque de l’URSS. On n’a donc pas besoin de faire West Point ou Saint-Cyr pour appréhender, sans nécessairement tout comprendre, les contours de la stratégie russe en Ukraine. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les analyses de la grande majorité des experts occidentaux sur le conflit ukrainien laissent à désirer. De deux choses l’une : soit ces experts (surtout militaires) sont nuls, ou alors le désir de voir l’Ukraine gagner la guerre leur fait dire tout et n’importe quoi. Pour Bernard Wicht, expert en stratégie militaire suisse, l’absence de culture militaire dans les médias occidentaux explique, en partie, l’illusion d’une résistance ukrainienne victorieuse alors que les objectifs opérationnel (destruction de l’armée ukrainienne) et stratégique (sidération de l’UE et de l’OTAN) de la Russie sont déjà largement atteints. Pour l’expert, qu’on ne pourrait ni ne saurait soupçonner d’un quelconque penchant pro-Poutine, « la manœuvre entreprise par l’armée russe depuis le déclenchement » de l’opération spéciale « entrera probablement dans les annales de l’histoire comme un modèle du genre. » Par Patrick Mbeko
Les élucubrations des médias et experts occidentaux sur la stratégie militaire russe en Ukraine

TRIBUNE. Depuis le début de l’intervention russe en Ukraine, on entend tout et son contraire. Les médias occidentaux et leurs experts maison expliquent que l’armée russe connaît des problèmes. Tout en admettant ne pas connaître la stratégie poursuivie par Vladimir Poutine, ils osent quand même affirmer que celui-ci a misé sur une « guerre-éclair » qui a échoué. Mais qu’en est-il en réalité ? Sans prétendre connaître tous les détails de la stratégie militaire de la Russie, un constat se dégage à la lumière des faits observés jusqu’à présent : Moscou tient absolument à limiter les dégâts humains lors de son offensive militaire. Plusieurs raisons expliquent cela, à commencer par le fait que pour beaucoup de Russes, y compris l’élite au pouvoir, les Ukrainiens sont considérés comme des frères. Vladimir Poutine lui-même l’a dit plus d’une fois. Dans ce contexte, ordre a été donné à l’armée russe de manœuvrer avec prudence pour ne pas causer d’énormes dégâts humains et matériels. Ceci permet, entre autres, de comprendre pourquoi l’armée russe se montre assez mesurée depuis le début des opérations militaires en Ukraine. L’affirmation selon laquelle la progression des militaires russes est bien moins rapide qu’envisagée, que Moscou est « frustré » par la résistance de Kiev, relève du verbiage et de la propagande de guerre à laquelle se livrent les Occidentaux depuis le début de la crise. Bien entendu, le régime de Kiev résiste et l’armée russe a perdu des hommes. Cela fait partie de la guerre, mais il ne faut pas se raconter des histoires : les Russes ont la réputation d’être de redoutables artilleurs et s’ils décident d’appliquer à l’Ukraine la même médecine qu’ils ont appliquée aux indépendantistes tchétchènes lors de la seconde guerre de Tchétchénie, c’est tout le pays qui va disparaître des radars de notre humanité commune. Tous les experts sérieux le savent, et comme l’a déclaré le secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, lors de son passage en Lituanie: « L’armée russe est capable de broyer les forces armées ukrainiennes ». Les experts et stratèges occidentaux, qui arpentent les plateaux de télévision pour affirmer que la Russie est en train de s’enliser en Ukraine, racontent leur vie, à défaut d’étaler leurs fantasmes et/ou leurs lacunes en matière d’analyse stratégique. Ce qui est particulièrement cynique dans cette affaire, c’est le fait que les Occidentaux envoient les Ukrainiens à la mort en leur faisant croire qu’ils peuvent résister au rouleau compresseur russe. C’est une incitation au suicide, un jeu pervers auquel se livre malheureusement le président Volodymyr Zelensky, devenu le « chouchou », pour ne pas dire le guignol d’une cause dont les enjeux dépassent de très loin les frontières de l’Ukraine. Un responsable européen aurait déclaré que l’OTAN va se battre jusqu’au dernier ukrainien. Volodymyr Zelensky, qui semble confondre son ancien métier de comédien à la fonction de chef d’État, réalise-t-il seulement que les intérêts de l’Ukraine ne sont pas ceux de l’Alliance atlantique ? Les humoristes doivent certainement avoir des raisons que la raison d’État ignore… Par Patrick Mbeko