A propos du complexe de Balthasar ou du sexe et de son double

PARLONS-EN. La toile continue d’être secouée depuis une semaine, par le scandale d’un haut cadre équatorien-guinéen nommé Balthasar qui est accusé non seulement d’avoir couché avec plus de quatre cents femmes pour la plupart des épouses mariées civilement et mères de famille mais d’avoir tout filmé et stocké en des archives qui ont été, l’on ne sait comment, larguées sur les réseaux sociaux. Un branle-bas moral indescriptible tel ces enfants encore mineurs mineurs qui pourront désormais tomber sur une vidéo de leur mère dans les bras d’une autre personne que leur père; tel cet époux cocu au risque d’une crise cardiaque en voyant sa femme avec un inconnu. Et pire que ça, ces images pornographiques, immondes et immorales qui lèsent les valeurs morales africaines. Imaginez une seule fois que ce monsieur soit porteur d’une maladie sexuellement transmissible et qu’il réussisse à contaminer toutes ses partenaires d’occasion qui à leur tour vont répandre le venin mortel auprès de leurs époux qui entretiennent à leur tour des deuxièmes ou troisièmes “bureaux”, pour un pays comme la Guinnée-Équatoriale peuplé seulement de 1 million 400 mille habitants , c’est en somme la sécurité même d’une nation qui est en mise en jeu. Le débat est houleux et beaucoup d’internautes stigmatisent les nombreuses femmes mariées qui ont l’air consentantes. C’est le lieu de blâmer la banalisation du sexe fort répandu ces jours-ci de la part des femmes africaines et leur sexualité devenue volage et qui leur font tourner le dos aux valeurs africaines et de la dignité séculaire de l femme africaine. Mais pour ma part, je préfère ne pas rester trop naïf sur la perversité narcissique de ce monsieur qui utilise une stratégie de manipulation et de domination parmi ses proches non pour des raisons de connexion ou des plaisirs sexuels mais surtout pour satisfaire ses besoins de pouvoir et de domination. L’objet de mon post c’est justement de souligner la dimension SPIRITUELLE de ce scandale dans ce sens que l’activité sexuelle en Afrique noire renvoie à des fonctionnalités multiples mais codées pratiquement invisibles au regard du commun des mortels. Car en réalité il existe une intrication entre la sexualité, le pouvoir et l’”occultisme» en Afrique noire. Sur ces entrefaites, l’activité sexuelle de la part de détenteurs de pouvoirs politiques ou économiques renvoie à des « doubles dans un univers parallèle ». Cette activité sexuelle est strictement liée à la « pratique occulte » du pouvoir, faisant ainsi de la sexualité un paradigme de l’assujettissement de l’autre, de viol de son imaginaire, une modalité de la possession de l’autre et de la dépossession de sa force vitale. Ce complexe dit de Balthasar (en référence à son tristement célèbre auteur) revient ainsi à cette conviction culturelle largement répandue parmi les africains de croire renforcer ses positions politiques ou économiques via la pratique sexuelle sur beaucoup des femmes : qu’elles soient vierges consacrées ou mariées civilement ou religieusement ( c’est-à-dire liées par un pacte avec un tiers). Coucher avec une femme de ces trois catégories, toujours selon eux, a le bénéfice de briser un pacte sacré en vue de voler sa sacralité pour son propre intérêt. Il se pose ici la question de l’« essentialisation » du sexe, au sens où le sexe et l’« occulte » partagent en commun l’enjeu de la dimension politique comme matrice du discours sur le pouvoir. Le concept de complexe de Balthasar créé dans ce contexte reste dans une logique « d’échafaudage » intellectuel du complexe de l’invisible et de l’occulte lié à l’intense activité sexuelle aussi bien dudit ressortissant équatorien-guinéen que de tous les africains pétris de cette croyance et qui font des dégâts incalculables auprès de la gent féminine. Ce complexe met en exergue une grande intrication entre conquête et/ou conservation du pouvoir en Afrique noire et l’occultisme par le biais du sexe féminin. La notion de double( sorcellerie) devient intéressante dès lors qu’elle nous permet d’appréhender la face cachée de l’activité sexuelle en Afrique, son contexte fantasmatique et son univers de violence. On voit se dessiner les contours d’une « inversion sexuelle » encastrée aussi bien dans la quête d’augmentation de son pouvoir que dans un univers de violence et d’insécurité sur autrui. D’une part l’homme qui couche avec plusieurs femmes croit dynamiser son pouvoir dans le champ politique ou économique dans ce sens que le sexe de la femme est censé lui conférer des capacités surnaturelles. D’autre part la femme vierge, mariée ou consacrée( les trois statuts de sacralité féminine) subit une violence physique et morale (sexe physique sans aucune dimension affective et la diffusion des images pornographiques sans son consentement). La femme consentante ou pas se trouve chosifiée et réduite à une quelconque fontaine où puiser les forces surnaturelles pour renforcer le pouvoir de l’autre.. Et cette mentalité culturelle n’est pas qu’en Guinée Équatoriale. Elle est partout en Afrique même en République Démocratique du Congo où, à maintes reprises, l’on voit des grands dignitaires du régime filmer leurs ébats sexuels et les balancer par plusieurs subterfuges, sur les réseaux sociaux. La même mentalité s’est trouvée renforcée par une grande expansion des sciences occultes en Afrique noire. Ceci dit, l’on aura tort de prendre en dérision Bathasar, l’auteur de ce scandale car les Balthasar, il en existe des millions en Afrique noire et en RDC. On est tous prévenus des dérives magico-politiques en voie de coloniser notre univers culturel africain et de transformer en monstres, beaucoup d’africains prêts à sacrifier l’honneur des mères africaines sur l’autel de leurs intérêts égoïstes. Germain Nzinga
Du « tabac » dans le sexe : au Sénégal, une pratique dangereuse pour les femmes

Assise dans la cour d’une grande maison, Fatou* ouvre délicatement un sac en plastique. A l’intérieur, des dizaines de sachets laissent s’échapper une forte odeur de tabac. Chacun contient quelques grammes d’un produit semblable à du terreau. « Vous sentez cette odeur ? Elle n’a pas changé depuis une semaine : c’est le signe que le produit est de bonne qualité », affirme cette habitante de Sédhiou, une petite ville de Casamance, dans le sud du Sénégal. Depuis quelques années, de plus en plus de femmes de la région consomment ce produit, qu’elles surnomment « tabac » en raison de sa composition. « Il m’a permis de soulager mes maux de ventre. Mais il sert aussi à traiter les douleurs aux articulations et l’anémie, à lutter contre la fatigue et à faciliter l’accouchement », assure Fatou, qui le vend à d’autres habitantes de Sédhiou. D’après elle, le produit permettrait même de soigner l’infertilité : « Je connais une femme qui n’a jamais réussi à avoir d’enfants durant dix ans. Elle est tombée enceinte après avoir commencé à le consommer. » C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé Rokhaya*, la quarantaine, à tester le produit. « Des gens m’ont dit que ça allait m’aider à avoir des enfants », confie-t-elle à l’intérieur de sa maison, à la nuit tombée. Mais le produit est loin d’avoir eu l’effet escompté : « J’en ai mis une petite quantité sur les lèvres du sexe, car les femmes l’utilisent comme ça généralement. Mais au bout de cinq minutes, j’ai commencé à vomir et à avoir des vertiges : j’ai cru que j’allais mourir ! Depuis, je ne l’ai plus jamais remis dans mon sexe. » Rokhaya raconte qu’elle continue pourtant à utiliser le « tabac » lorsqu’elle a des crampes aux pieds, en le mélangeant avec du beurre de karité, ou encore pour nettoyer des plaies. « C’est comme une drogue » A Sédhiou, d’autres femmes décrivent des effets secondaires semblables : vomissements, étourdissements, diarrhée… L’une d’elles confie avoir fait une « nuit blanche » après avoir consommé le produit, qu’elle décrit comme « chaud et piquant ». « Ma langue est devenue lourde, j’ai eu le corps abattu, comme si j’étais anesthésiée : c’était comme une drogue », se souvient cette femme. Même son de cloche du côté de Rokhaya : « C’est comme la cigarette : certaines femmes ne peuvent plus s’en passer. » Plusieurs femmes de l’entourage de Rokhaya utilisent ce produit. L’une d’elles s’approvisionne auprès de trois fabricantes qui vivent dans un village voisin et viennent le vendre à Sédhiou. Elles ont commencé à fabriquer le produit trois ans plus tôt, après l’avoir découvert à Kandiénou, un petit village proche de la frontière avec la Guinée-Bissau, d’où il serait originaire. « Pour le produire, il faut piler des feuilles de tabac et deux autres plantes, le kankouran mano et le koundinding, jusqu’à obtenir une poudre. Ensuite il faut mélanger le tout, rajouter un peu d’eau et laisser reposer. Puis nous mettons le produit dans des petits sachets en plastique : c’est très rapide », détaille l’une d’elles. D’autres disent que de la soude serait aussi ajoutée. Lire la suite sur Lemonde Afrique