Facebook marocain, le phénomène « Reviens, pries»

PARSONS-EN. Depuis quelque temps, alors que je surveillais Facebook, j’ai commencé à voir régulièrement des publications d’une campagne de jeunes intitulée « Reviens, pries». Cela amène évidemment à réfléchir et à s’interroger sur les fondements et les objectifs de cette campagne. « Reviens, pries», est-ce un ordre direct ? Ou indirect sous forme de conseil? Ou est-ce un processus de culpabilisation? Quoi qu’il en soit, un ordre ou un conseil, cette campagne n’a aucune autorité ni légitimité car la prière est une question de libre choix du croyant mais c’est aussi un projet totalement spirituel dont l’investissement est totalement personnel et personne ne peut être désignée comme intermédiaireentre le croyant et le Créateur. À la lumière de cette campagne « Reviens, pries », je peux présenter deux scénarios : 1- La prière comme un ensemble de mouvements mécaniques Dans ce contexte, puisqu’il est nécessaire d’accomplir un certain nombre de prières par jour, afin d’en tirer des bénéfices virtuels ou plutôt de se débarrasser de la culpabilité, cette campagne pourrait avoir un sens, car la campagne elle-même est un acte mécanique et ceux qui l’entreprennent espèrent également récolter d’hypothétiques bonnes actions et se débarrasser des sentiments de culpabilité selon leur propre compréhension du hadith : «Celui d’entre vous qui voit un mal, qu’il le change avec sa main, et s’il n’en est pas capable, alors avec sa langue, et s’il n’en est pas capable, alors avec son cœur, et c’est la plus faible chose de sa foi ». Mais ceux qui sont à l’origine de cette campagne ont commis une grave erreur en jugeant les autres et en supposant que les autres manquent leurs prières. Ce qui est encore plus grave, c’est qu’ils considèrent comme « un mal » de ne pas prier selon leur compréhension, comme s’ils prenaient la place du Créateur. 2- La prière comme processus spirituel La prière dans sa forme originale est un projet spirituel dans lequel le croyant travaille et remplit un rendez-vous avec son Créateur avec une telle conviction qu’il n’a pas besoin d’une campagne de sensibilisation genre « Reviens, pries », car il s’agit d’une histoire d’amour entre le croyant et son Seigneur. Malheureusement, ces types de campagnes et d’interventions sont le résultat d’un enseignement erroné de la religion, où la forme est plus importante que le fond. Si, dans l’enseignement de la religion, nous nous concentrions principalement sur les aspects spirituels de tous les principes, comme l’amour et le respect, je n’aurais pas eu l’occasion de voir cette campagne « Reviens, pries » sur les pages Facebook. Docteur Jaouad-MABROUKI Psychiatre, psychanalyste de la société arabe.