Congo -Livre: L’heure de la vengeance à Ouenzé

Congo -Livre: L’heure de la vengeance à Ouenzé

Patrick Serge Boutsindi revient avec un nouveau livre, consacré à un fait vécu à Ouénzé dans le cinquième arrondissement de Brazzaville. Etienne Ngalou et Bonaventure Ewolo étaient tous deux natifs d’un quartier de Ouenzé, dans le cinquième arrondissement de Brazzaville, en République du Congo. Ils se vouaient une haine inextricable depuis leur rencontre sur les bancs de l’école, au collège Gompo Olilou. Leurs chemins allaient se séparer après leur examen du baccalauréat, au lycée de la Révolution, avant qu’ils ne se croisent à nouveau, dix ans plus tard, et que leurs chamailleries de cours d’école et leur rancune ne refassent surface, à l’âge de trente ans. Dans ce nouveau recueil de nouvelles, l’auteur nous parle des ambitions des uns et de la jalousie des autres dans une Afrique qui tarde à s’unir et à se développer comme les autres continents du monde. Patrick Serge Boutsindi est né au Congo-Brazzaville et vit à Montigny-Lès-Metz (Moselle). Il a déjà publié plusieurs recueils de nouvelles dont L’Avis des Ancêtres (2000), Le Mbongui (2005), L’Homme qui avait trahi Moungali (2009), Jour des Funérailles à Poto-Poto (2013) et quatre romans : L’Enfant Soldat (2001), Kakou et Mégane (2007), Une Fille du Congo (2010), Clément Ossinondé

L’AVEU(1) premier recueil de nouvelles de Prestige Itsoukou

L’AVEU(1) premier recueil de nouvelles de Prestige Itsoukou

Une série de onze nouvelles qui, en dehors de la dernière qui apparait atypique, s’interpellent les unes les autres. On peut y remarquer une isotopie qui pourrait signifier quelques vécus quotidiens de l’auteure. Les textes de L’aveu se fondent sur les réalités congolaises qui reviennent sans cesse à travers les aventures des héroïnes. Les relations affectives entre la mère et l’enfant, le milieu hospitalier, l’idylle que vivent certaines héroïnes souvent anonymes, tels sont les principaux centres d’intérêts que l’on peut découvrir dans ce recueil de nouvelles. Mère et enfant : de l’amour à la haine Dans L’aveu, se remarque une relation mère-enfant qui donne une autre signification à l’amour maternel. Aussi, pour la survie de son enfant, l’héroïne dans « Torture » affronte et les hommes en armes qui ont investi le quartier pour aller récupérer ses enfants restés seuls à la maison : Amour et Emeraude. Dans cette ville où les hommes politiques se battent à travers leurs milices, les femmes bravent tous les dangers pour la survie de leurs enfants. Si l’héroïne n’est pas grandement inquiétée pour Amour et Emeraude, tel n’est pas le cas d’une autre femme qui a aussi fui l’enfer de la ville avec son enfant et qui ne peut rien faire devant la menace et la brutalité des hommes en armes. Elle préfère mourir à la place de son enfant : « S’il vous plait, c’est une enfant. Ne lui fais pas du mal ! Tuez-moi si vous le voulez, mais laissez-lui la vie sauve » (p.14). Mais c’est avec compassion de la femme va assister impuissante au martyre de son enfant : « C’est ainsi que l’un d‘eux (…) la poussa violemment contre le mur. (…) s’en suivit un bruit sec au contact de sa boîte crânienne avec le tableau et celle-ci s’écroula, baignant dans une flaque de sang » (p.17). Pendant ces pénibles moments, les femmes, pour l’amour de leurs enfants, expriment un courage exceptionnel. Devant sa fille qui a subi la loi des armes, la mère reçoit une balle dans la jambe en voulant aller pleurer son enfant baigné dans le sang. Et cela va traumatiser l’héroïne en pensant combien elle aime ses deux enfants qui par hasard du destin auraient subi le même sort. L’amour de la femme pour son enfant devant le danger se remarque aussi dans « Retours » où l’héroïne subit la méchanceté de sa famille maternelle après la mort de sa mère. Et la mort de sa mère révèle le merveilleux dans ce texte : cette dernière revient pour sauver sa fille menacée par son oncle considéré comme le sorcier de la famille. C’est avec difficulté que l’enfant sera à son tour, mère, à la grande surprise de sa famille, une surprise réalisée par sa défunte mère : « Retiens ceci, ils ont une idée du mois de l’accouchement et ont prévu de surprendre ton mari (…). Aussi ton enfant naîtra avant terme et ce sera une surprise pour eux » (p.89). Mais cet amour de la femme pour l’enfant prend un sens contraire pour se transformer en haine dans « Regrets » à travers la souffrance de l’héroïne qui subit le courroux de sa mère pour être née fille. Elle se souvient tristement de son calvaire de la part de ses parents, étant la cinquième fille de ses parents qui souhaitaient et attendaient un garçon à sa place. Heureusement que la haine de la mère sera comblée par l’amour de sa tante qui la prend avec elle, compte tenu de la violence de ses parents : « Ce jour-là [ma tante] me conduisit aux urgences chirurgicales. (…). Ce fut un soulagement pour l’enfant maltraité que j’étais » (p.24). Traumatisée, l’enfant sera aux bons soins de sa tante jusqu’à sa réussite scolaire et professionnelle quand elle réussit à son diplôme d’infirmière d’Etat. L’instinct maternel, c’est aussi l’attention de la mère de Patrick dans la troisième nouvelle. Le milieu hospitalier dans quelques textes de L’aveu La majorité des personnages de L’aveu reflète une partie de la vie de l’auteure quand on se réfère à la présentation de celle-ci sur la quatrième de couverture de l’ouvrage : « Elle étudie (…) en Russie en formation de médecine générale ». Aussi, dans les récits à narration autodiégétique, se révèle dans la fiction une confusion du je-narré avec le je-narrant. Dans « Regrets », l’héroïne est une infirmière d’Etat. Dans « Patrick », l’héroïne principale s’avère être le docteur Thérèse qui s’occupe du petit Patrick. Dans « Pityriasis versicolor », l’héroïne sera soignée par un médecin dermatologue sur initiative de son grand-père car son père et sa mère ayant été trompés par la médecine dite traditionnelle : « J’avoue que vous avez trainé avant de venir en consultation. Votre petite-fille est touchée par le Pityriasis versicolor » (p.43). Dans « La maison de la vallée », Léa Pambou, une infirmière, tombe amoureux d’un jeune professeur d’anglais. Le milieu hospitalier, c’est aussi l’univers de « L’expulsé » dans lequel vit la jeune anesthésiste Alice qui attend un enfant et qui sera conduite aux urgences par son mari au moment où elle sent des malaises. Dans « Âmes sœurs » se révèle un triste souvenir d’une femme fauchée accidentellement par un médecin et qui sera conduite à l’hôpital qu’elle découvrira pour la première fois : « Déjà, on m’avait immobilisée et placée sur une civière. Le masque à oxygène, une voie d’abord, avec une perfusion de Gelofusine. (…). Là, j’étais convaincue que j’étais vraiment touchée, car jamais, je n’avais été hospitalisée » (p.71). Quelques aventures idylliques dans L’aveu Certaines nouvelles de l’ouvrage nous révèlent des liaisons amoureuses entre l’homme et la femme. Nous avons dans « La maison de la vallée », une femme et deux hommes qui se trouvent au carrefour de l’amour. Trompée par Ernest qui s’est présenté à elle comme célibataire, et qu’elle aime, Léa découvre la perfidie de l’homme quand elle se voit agressée par la femme de ce denier : « Voleuse de mari (…), tu

La littérature congolaise en mouvement : L’absurdité de la vie, premier recueil de nouvelles de Ludovic Julien Kodia

La littérature congolaise en mouvement : L’absurdité de la vie, premier recueil de nouvelles de Ludovic Julien Kodia

A Paris-Belleville, le 29 janvier 2018, l’incontournable Virginie Robert des éditions L’Harmattan m’a fait parvenir le recueil de nouvelles de Ludovic Julien Kodia intitulé L’absurdité de la vie paru en octobre 2017. L’absurdité de la vie se présente comme un ensemble de six récits où l’univers de la chanson originale et originelle des deux rives du majestueux fleuve Congo est mis en relief. S’y découvrent aussi des textes de chanson qui fait la part belle aux mélodies de la grande école musicale African Jazz. D’un côté l’African Jazz nouvelle formule avec Kallé Jeff, Damoiseau, Bombenga Wewendo, Kouka Mathieu, Franklin Boukaka. De l’autre côté  Pascal Sinamoy dit Rochereau1 qui deviendra plus tard Tabu Ley, Roger Izeidi Mokoy, Nico Kasanda Wa Mikalaye, Déchaud Muamba, Willy Mbembé, Depouissant, Fracasseur, Mwena Laye… formant l’Africain Fiesta après l’éclatement de l’African Jazz original. Des récits où chanson et écriture s’harmonisent dans un mariage sémiotique et sémantique pour donner une autre signification à la littérature congolaise dans le coulé narratif. Six merveilleuses nouvelles fondées principalement sur la chanson où éclatent la poésie et la philosophie, en majeure partie, empruntées du terroir kongo. Deux critiques, Pierre Ntsemou et Noël Kodia-Ramata ont donné leur point de vue à propos. L’inspecteur Pierre Ntsemou qui apparaît comme l’un des plus talentueux des préfaciers de la nouvelle génération avec une trentaine de présentations à son actif a écrit : « Voici un recueil de nouvelles dont la particularité tient de la consistance de l’auteur à mettre en relief dans chacun de ses six (6) textes, son amour obsessionnel de sa mère, Louzabéta. Ce personnage, puisqu’il en a fait un pour ses besoins de la narration fictionnelle, est au centre de gravité de chaque nouvelle, même si la trame narrative ici et là change par l’intrigue autour de laquelle est bâtie l’histoire – prétexte choisi habilement par l’auteur pour amener le lecteur à partager cet amour maternel. L’enfant qu’il demeure dans les souvenirs ne voudrait pas voir cet amour être conjugué au passé, mais plutôt au présent permanent et éternel » (p.7). Quant à Noël Kodia-Ramata, ces six nouvelles sont « des sublimes micro textes qui pourraient se lire comme un macro texte où l’amour maternel effacé trop tôt dans la vie de l’auteur n’échappe pas au lecteur. Un amour avalé trop tôt par le destin inachevé d’une femme chère à l’auteur, car nommée presque dans tous les textes sur fond des chansons, véritables merveilles et pépites des années 60-70. Bref ! Une autre technique d’écrire les nouvelles qui pourrait étonner certes les lecteurs dans un premier temps pour les accepter ensuite, car, ce qui est nouveau prend du temps pour être accepté. Mais dans la création artistique, c’est bien le nouveau qui compte. La métamorphose de la musique de Rochereau devenu par la suite Tabu Ley, de l’African Jazz à l’Afrisa International en passant par l’Africain Fiesta 66, l’African Fiesta National, est un exemple patent qui montre cette évolution. Et c’est de ce côté que l’artiste devient immortel » (p.82-83). Aux lecteurs d’apprécier ce premier recueil de nouvelles « musicales » de Ludovic Julien Kodia2. Un recueil où le thème de l’amour, dans les méandres de la société congolaise des deux rives (amour idyllique, amour maternel, amour patriotique), se découvre au fur et à mesure que le lecteur avance d’un récit à un autre. Noël Kodia-Ramata Notes 1 Admirateur de l’école Africain Jazz, je rencontre, à l’âge de 13 ans, pour la première fois, mon idole Rochereau, lors d’un concert de l’Africain Fiesta au bar « Super Jazz » de Poto- Poto en faisant le « nguembo » (manière d’assister à un concert depuis le haut d’un arbre ou d’un toit environnants). 2 Ludovic Julien Kodia est déjà auteur de trois romans : Mes larmes coulent en silence, éd. Edilis, 2005, Côte d’Ivoire, réédité chez Edilivre, 2014, Paris, Destin cruel, éd. Edilivre, 2011 et De l’amour à la haine, éd. Edilivre, 2014.

Makandal dans mon sang1 d’Alfoncine Nyélénga Bouya, un recueil de nouvelles socio-philosophiques

Makandal dans mon sang1 d’Alfoncine Nyélénga Bouya, un recueil de nouvelles socio-philosophiques

Quatorze nouvelles qui tirent l’essentiel de leurs aventures dans quelques souvenirs du natal de l’auteure et qui s’apparentent à certains moments aux contes koyo de son terroir. Se greffent à ces souvenirs des récits autobiographiques qui pourraient rappeler ses séjours en Haïti. Car ces textes nous présentent des narratrices qui rapportent leur propre vécu quotidien. Dans ces micro-récits qui constituent Makandal dans mon sang, se découvrent particulièrement le Congo natal de l’auteure (plus précisément son terroir koyo du département de la grande Cuvette congolaise) et quelques réalités sociales d’Haïti où l’écrivaine a passé une grande partie de sa vie. Et ces textes poussent le lecteur à réfléchir sur plusieurs thématiques dont les plus explicites apparaissent plus philosophiques que sociaux. On voit comment l’homme et la femme se trouvent confrontés à des réalités sociales qui influencent leur vécu quotidien et qui les poussent à cogiter sur leur destin. Certains personnages de Makandal dans mon sang s’avèrent atypiques quand ils sortent de l’ordinaire diégétique en épousant le fantastique comme dans « Les Yeux du cœur » où se développe un dialogue surréaliste. Dans ce texte, le cœur qui se « détache » de l’héroïne apparait comme un autre personnage. Plongée dans ces quatorze textes qui promènent le lecteur tantôt au Congo, tantôt en Haïti. Le terroir natal Déjà dans le premier texte « Madanm, on a coupé ! » qui présente l’héroïne avec son domestique, se dégage le souvenir paternel qui rappelle à cette dernière une coupure d’électricité quand elle était encore enfant au pays. Une coupure de courant qui avait mis son père dans tous ses états. Mais cet homme qui a bravé l’administration coloniale, va tripatouiller le transformateur et rétablir l’électricité, à la grande stupéfaction de la famille et d’un de ses voisins : « Il arriva à portée du transformateur (…) puis d’un geste sec, il tira sur une manette qui émit un bruit. La lumière revint » (p.16). Si le Congo constitue l’univers événementiel dans « Le chemin de détour » à travers le personnage de Ngatsélé qui revient dans les souvenirs de l’auteure avec le personnage-narratrice en séjour à Pilate, c’est surtout au niveau des textes qui s’apparent au conte que se manifeste grandement l’image du terroir natal. Les récits tels « Engondo et l’appel du fleuve » et « Mousse de pierre », épousent le style du conte par le merveilleux et le fantastique qu’ils développent. Dans ces textes, sont mises en exergue la culture et la tradition koyo du Congo septentrional. Engondo, mère des triplées de père inconnu est accusée de sorcellerie par les autres femmes du village. Aussi, dans ce texte, se manifeste le côté conte quand, à la fin du récit, l’héroïne déclare qu’elle a entendu l’appel de l’esprit des eaux pour rejoindre le père de ses enfants : « Aujourd’hui, je quitte ce village avec mes filles, je vais rejoindre mon époux ! (…). Mon époux le fleuve » (p.63). Et c’est dans le même style que Nyélénga Bouya construit « Mousse de pierre » qui nous présente Okwélé, déjà mère de trois enfants, qui donne naissance à une quatrième fille qui surprend la famille. Cette nouvelle enfant recouverte de mousse inquiète son père qui refuse de l’accepter : « Une fille même recouverte de mousse soyeuse je n’en veux pas ! (…) hurla-t-il les yeux exorbités » (p.174). Mais les conseils de l’accoucheuse Omenga vont pousser les parents à échanger de décision car pour cette dernière, ce bébé serait une chance pour la communauté. Dans ce texte, le lecteur se trouve confronté à l’occurrence de la matière pierre qui accompagne les deux principaux personnages : l’enfant est « née dans une case en pierres, sur un lit de pierres » (p.169). Dans l’exercice de son métier, la matrone travaille avec de la pierre : « De ses mains expertes de manipulatrice de pierres, la matrone se mit à masser (…) le ventre de la parturiente » (p.169). Pendant l’accouchement, la matrone « a installé la parturiente, les deux jambes écartées, les pieds posés chacun sur une grosse pierre » (p.169). L’enfant qui naît n’est autre qu’une pierre comme on peut le constater dans cet échange entre l’accoucheuse et l’accouchée : «Le voici ton bébé ! triompha l’accoucheuse / Encore une pierre ? gémit l’accouchée » (p.172). La pierre aurait-elle une présence mystique et mythique dans la cosmogonie koyo ? Cela est à voir du côté d’Owando, d’Ombélé et d’Ikonongo, trois importantes contrées koyo de la Cuvette. A travers ces deux contes, l’image du terroir est surtout marquée par l’aquatique de la région symbolisée par la présence du fleuve ainsi que les noms de certains personnages qui appartiennent aux peuples de la contrée tels Oménga, Okwélé, Otanga, Ongagna. Aussi la dernière nouvelle « L’Ékôbà et le fruit de la liberté » nous donne un bel exemple de ces patronymes qui définissent la réalité koyo : « L’Ékôbà saisit la main d’Otanga (…) ferma la porte laissant Ongagna debout à l’extérieur » (p.229). Haïti ou le prolongement du moi de l’auteure Haïti, c’est le pays de Jacques Roumain où Nyélénga Bouya a retrouvé une partie de ses racines pendant sa vie professionnelle. Aussi, se définit une sorte d’autobiographie de sa part dans les textes qui mettent en exergue Haïti et où le je-auteure se confond au je-narratrice comme dans certaines nouvelles telles « Ceux de Lot Bò Dlo » et surtout « Makandal dans mon sang ». Haïti se retrouve dans le cœur de l’héroïne de « Ceux de Lot Bò Dlo » qui, au cours du voyage par avion, remarque une Haïtienne bizarrement vêtue en provenance de Paris ; une femme qui se croit plus occidentale qu’haïtienne : « Le contraste entre sa chevelure de feu et les stries jaunâtres de se épaules décapées par des produits éclaircissants achève de me renverser » (p.35). Contrairement à cette femme qui tente de renier son africanité, il y a dans « Danse avec le tambour » une image typiquement africaine où le tam-tam