Togo : la croissance durable et inclusive dépendra de la productivité agricole et du commerce

Togo : la croissance durable et inclusive dépendra de la productivité agricole et du commerce

Le Togo a réalisé d’indéniables progrès dans certains domaines, mais n’a pas encore tiré pleinement parti de son potentiel pour parvenir à une croissance durable et inclusive, constate le récent Mémorandum économique du Togo publié par la Banque mondiale. Selon l’étude intitulée, ‘’À la recherche d’une croissance durable et inclusive’’ le Togo pourrait augmenter la productivité agricole et la compétitivité des échanges ainsi que sa participation aux chaînes de valeur mondiales et exploiter les possibilités économiques des villes pour atteindre une croissance durable. Le rapport souligne la faible productivité agricole, le potentiel économique inexploité des villes et les faibles niveaux de compétitivité commerciale et de participation aux chaînes de valeur mondiales, comme principaux facteurs contributifs. « Comme les efforts dans le secteur agricole ces dernières années ont produit des résultats en deçà des attentes du gouvernement et des marchés, le Togo devra adopter de nouvelles approches pour assurer des rendements agricoles plus solides et accélérer son processus de transformation structurelle », souligne Urbain Thierry Yogo, économiste principal à la Banque mondiale et auteur principal du rapport. Alors que l’agriculture fournit directement ou indirectement les deux tiers des emplois du pays, la productivité du travail demeure faible dans la plupart des exploitations. Depuis de nombreuses années, l’augmentation de la production agricole dépend en grande partie du défrichement systématique de terres additionnelles et non de l’amélioration significative des rendements. « Il faut inverser cette tendance dans le secteur agricole en améliorant et renforçant l’investissement dans la recherche, l’usage des nouvelles technologies pour la maîtrise de l’eau et la gestion des ressources agricoles clés, et la promotion de l’agro business » ajoute Thierry Yogo. L’étude mentionne, par ailleurs, que le potentiel de croissance des villes du Togo reste peu exploité. La population togolaise vivant en zone urbaine a beaucoup augmenté au cours des dernières décennies mais les revenus par habitant ont peu évolué. De plus, le secteur manufacturier ne s’est pas développé parallèlement à l’urbanisation. Le rapport souligne aussi qu’en tant que petite économie avec une base industrielle et un secteur privé assez limités, le Togo doit accroître ses échanges de manière à pouvoir réduire la pauvreté. Bien que les produits togolais soient relativement diversifiés, la plupart des articles exportés sont des produits primaires non transformés. « Le développement d’industries locales contribuera à la transformation des matières premières et la promotion des chaînes de valeur. Ce qui permettra la création d’emplois de qualité pour une croissance économique forte et partagée », souligne Hawa Wagué, représentante résidente de la Banque mondiale pour le Togo. 

L’expansion des superficies irriguées stimulerait la productivité agricole en Afrique

L’expansion des superficies irriguées stimulerait la productivité agricole en Afrique

Il existe un vaste potentiel d’intensification de l’irrigation, en particulier en Afrique subsaharienne, qui permettrait d’accroître les rendements des cultures et d’améliorer la résistance aux chocs climatiques, indique un récent rapport du Panel Malabo Montpellier présenté à Rabat. Selon la nouvelle étude, intitulée « Water-Wise: Smart Irrigation Strategies for Africa » (Utilisation judicieuse de l’eau : des stratégies intelligentes d’irrigation pour l’Afrique), l’extension de l’irrigation sur 47 millions d’hectares en Afrique stimulerait la productivité agricole, les moyens de subsistance et la croissance économique. Ce qui permettrait aux agriculteurs africains de produire deux fois plus de denrées alimentaires, soutiennent les auteurs de ce document. « C’est en aidant davantage d’agriculteurs à accéder aux systèmes d’irrigation et à les utiliser que les pays africains pourront atteindre leurs objectifs de réduction de la faim et de promotion de la sécurité alimentaire », souligne le rapport lancé lundi 17 à l’occasion du Forum du Panel Malabo Montpellier. Mettant ainsi l’accent sur l’argument de rentabilité du développement de l’irrigation, le document relève que dans les régions les plus vulnérables d’Afrique, l’agriculture irriguée permet également aux agriculteurs de prolonger la saison agricole, d’augmenter leur productivité et leurs revenus et d’améliorer leurs moyens de subsistance. Pour s’en convaincre, l’étude met en avant les réussites de six pays africains dans lesquels l’augmentation des niveaux d’irrigation a permis d’améliorer et de prolonger les récoltes, d’augmenter les revenus et d’améliorer les perspectives des agriculteurs, relève le Panel Malabo Montpellier dans un communiqué. Après analyse des bonnes pratiques appliquées en Éthiopie, au Kenya, au Mali, au Maroc, au Niger et en Afrique du Sud, « les auteurs du rapport ont constaté que les rendements des cultures irriguées peuvent atteindre le double ou plus des rendements des cultures pluviales sur le continent », note-t-il rappelant que seulement 6% des terres cultivées sont irriguées en Afrique, contre 14% en Amérique latine et 37% en Asie. Citant le cas du Niger, l’un des pays où le rythme d’expansion de l’irrigation est le plus rapide, il est apparu que « l’agriculture irriguée parvient à générer jusqu’à 20 % du produit intérieur brut (PIB) agricole », constate le panel. Autre exemple, celui du Malawi. Coprésident du Forum de Malabo Montpellier, le Dr. Saulos Klaus Chilima note que ce pays dont il est le vice-président « s’est engagé à accroître la superficie des terres arables irriguées et a déjà vu les revenus augmenter de 65% dans les zones où les agriculteurs participent à des programmes d’irrigation ». D’une manière générale, les auteurs du rapport en sont venus à penser que « les avantages économiques de l’expansion des superficies irriguées sont deux fois plus importants que les coûts liés au changement climatique ». Pour arriver à cette conclusion, les auteurs du rapport ont pris la peine d’analyser plusieurs points communs entre les pays ayant connu des progrès significatifs dans l’expansion de l’irrigation. Ainsi, « ils en ont tiré neuf recommandations pouvant aider d’autres pays à atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et de nutrition fixés par l’Agenda 2063 de l’Union africaine et par la Déclaration de Malabo. L’une des recommandations consiste à « mettre en place des institutions gouvernementales efficaces dédiées à cet effet et d’augmenter de manière significative les financements publics des programmes d’irrigation », selon le Dr. Ousmane Badiane, coprésident du Panel Malabo Montpellier. Le directeur Afrique de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) estime aussi que « les interventions visant à faciliter l’accès au financement et à renforcer les compétences en matière d’exploitation, de réparation et d’entretien des équipements sont quelques-uns des facteurs clés qui ont permis aux pays de réaliser des progrès considérables. » En outre, le partenariat avec le secteur privé et les communautés agricoles ainsi que l’amélioration de la réglementation pour une utilisation sécuritaire et durable de l’eau en sont d’autres facteurs déterminants et doivent aussi faire partie de pistes à suivre. Pour rappel, le Panel Malabo Montpellier est un groupe d’experts internationaux issus des domaines de l’agriculture, de l’écologie, de la nutrition et de la sécurité alimentaire qui déterminent des choix politiques permettant d’accélérer les progrès vers la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique. Coprésidé par Dr. Ousmane Badiane, directeur Afrique de l’IFPRI et Pr. Joachim von Braun, directeur du Centre de recherche pour le développement de l’Université de Bonn, « il identifie concrètement les domaines dans lesquels des progrès et des changements positifs ont été réalisés sur l’ensemble du continent et évalue les caractéristiques particulières des pays les plus performants », souligne-t-on. En outre, « il identifie ensuite les innovations institutionnelles les plus importantes ainsi que les interventions en matière de politiques et de programmes qui peuvent être reproduites et multipliées par d’autres pays ». Alain Bouithy