Côte d’Ivoire. Ouattara et la promesse perpétuelle

LIBRES PROPOS. Lors de sa dernière prestation de serment, Alassane Ouattara s’est engagé – une fois encore – à transmettre le pouvoir à une génération plus jeune. Il l’a dit avec emphase, avec gravité, presque avec émotion, comme s’il prononçait un acte de foi. Mais, à force d’entendre les mêmes déclarations revenir à intervalles réguliers, les Ivoiriens ont compris que ces paroles ne sont que des promesses recyclées, de simples formules de circonstance destinées à rassurer, à apaiser ou à détourner l’attention. Car ce n’est pas la première fois que Ouattara promet de céder la place. Ce n’est pas la deuxième fois non plus. Ceux qui suivent sa trajectoire politique connaissent la rengaine par cœur. À chaque nouveau mandat, à chaque crise politique, à chaque remaniement majeur, revient ce même engagement, toujours solennel, toujours présenté comme une décision définitive et toujours renié. Un proverbe latin le dit si bien: « Semel malus, semper malus. » (une fois méchant, toujours méchant) On pourrait, à propos de Ouattara, adapter cette sagesse en disant: « Qui a menti une fois, mentira deux, mentira trois fois. » L’homme semble incapable de se défaire de cette sale habitude: promettre beaucoup, tenir peu et espérer que les Ivoiriens oublieront entre-temps. Car le président du RDR n’en est pas à son premier reniement, et tout porte à croire qu’il n’en est pas à son dernier. Un mensonge devenu slogan Parmi les grands classiques de ses promesses, l’un des plus célèbres demeure: « Je serai le président de tous les Ivoiriens. » Cette formule, répétée comme un mantra depuis son accession au pouvoir, est devenue avec le temps un symbole d’hypocrisie politique. Car jamais la Côte d’Ivoire n’a été aussi divisée qu’aujourd’hui. Jamais les fractures régionales, identitaires et politiques n’ont été aussi profondes. Jamais une partie du peuple ne s’est sentie aussi exclue, marginalisée, suspectée ou considérée comme illégitime. Pour beaucoup, cette promesse n’était qu’un artefact de communication, une phrase destinée à séduire la communauté internationale, à rassurer les chancelleries étrangères, à soigner l’image d’un régime qui, dans les faits, a construit sa force sur la violence, l’exclusion et le clientélisme. Le discours de prestation de serment, censé ouvrir une nouvelle ère, n’a donc été qu’une longue litanie de mensonges, une succession de phrases creuses prononcées avec un sérieux presque théâtral, comme si l’homme lui-même croyait encore maîtriser l’art du camouflage verbal. C’est à croire que Ouattara excelle davantage dans cet exercice – la manipulation par la parole – que dans la gestion d’un pays qu’il tient d’une main tremblante et méfiante depuis maintenant près de quinze ans. L’homme sait ce qui l’attend s’il quitte le pouvoir Ceux qui s’interrogent sur la longévité du régime trouvent la réponse dans une réalité simple: Ouattara ne quittera jamais le pouvoir volontairement. Il ne le fera pas parce qu’il sait précisément ce qui l’attend. Le pouvoir, pour lui, n’est pas seulement une fonction mais un bouclier, une armure, un refuge contre les conséquences de ses choix politiques, économiques et sécuritaires. Il sait que, sans les privilèges, sans la protection institutionnelle, sans le contrôle de l’appareil sécuritaire, il s’expose à des turbulences judiciaires et politiques dont il ne sortira pas indemne. Il sait qu’une alternance véritable poserait immanquablement la question des responsabilités dans les crises successives qui ont ensanglanté la Côte d’Ivoire depuis les années 2000. Il sait que, tôt ou tard, la vérité devra être dite et que le pouvoir actuel ne pourra pas éternellement cacher les zones d’ombre, les abus, les privilèges indus et les décisions contestables. Quitter le pouvoir, pour lui, ce n’est pas seulement céder une fonction. C’est perdre son immunité. C’est exposer son héritage. C’est prendre un risque existentiel. C’est pourquoi il fait tout pour prolonger son règne, quitte à piétiner la parole donnée, la Constitution, la morale et même le simple bon sens. Une génération sacrifiée pour prolonger un règne Il parle de « génération plus jeune » mais, dans les faits, tout est fait pour empêcher son émergence. Le régime a méthodiquement détruit ou affaibli toute figure politique capable d’incarner un renouvellement crédible. Il a écarté, poursuivi, neutralisé ou absorbé les forces susceptibles de remettre en cause son hégémonie. Les jeunes leaders ont été domestiqués, transformés en figurants applaudissant un homme qui refuse obstinément de passer le témoin. Même au sein de son propre camp, il a méthodiquement empêché qu’un successeur légitime émerge. Les rares noms évoqués comme héritiers potentiels sont systématiquement discrédités ou remplacés par d’autres. Aucun dauphin sérieux ne peut prospérer dans un système où le chef ne tolère pas la possibilité d’être remplacé. 2030: vers un cinquième mandat déguisé ? Tout porte à croire que le scénario de 2020 se répétera. Ouattara laissera planer le doute, dira qu’il est fatigué, qu’il veut partir, qu’il souhaite transmettre, puis, au dernier moment, expliquera qu’il n’a pas le choix, qu’il doit assurer la stabilité, qu’il doit protéger les Nordistes et les Musulmans, qu’il accomplit un sacrifice pour le pays. Ce discours, il l’a déjà servi. Et il le resservira. Cet homme rempilera en 2030, sauf si un événement incontrôlable – comme la mort – l’emporte avant cette échéance. Le pouvoir est devenu son oxygène, sa forteresse, son refuge ultime. Rien, absolument rien, n’indique qu’il est prêt à lâcher prise. Les Ivoiriens l’ont compris. Ils ont vu les promesses défiler, les serments être annulés, les engagements être reniés. Ils ont compris que ses mots n’ont plus de valeur, que ses engagements ne sont que des outils politiques, que ses déclarations ne sont que des stratégies de gouvernance. Et ils savent aujourd’hui que la seule manière pour Ouattara de quitter le pouvoir sera d’y être contraint – soit par les limites biologiques, soit par un basculement politique qui, pour le moment, semble encore hors de portée. Un pays pris en otage par le mensonge politique Le problème n’est plus seulement Alassane Ouattara. Le problème, c’est ce que le pays devient lorsqu’on se laisse gouverner par un homme pour qui la parole n’a plus de poids. Un
ET SI LES DEUX “CC” TOMBAIENT…

PARLONS-EN. J’ai eu tort de prendre pour fait isolé, la révolution populaire qui a fait fuir le président de Madagascar. En réalité elle s’inscrivait dans une chaîne de secousses politiques semblables à véritable tremblement de terre en Afrique noire. Si les régimes gerontocratiques du Cameroun et de Côte-d’Ivoire arrivaient à s’effondrer ( ce qui devient une forte probabilité), l’onde de choc pourra s’étendre au Congo Brazzaville, balayant du coup les derniers bastions de la domination française en Afrique. Mais il ne s’agit pas que de la France. Il importe de lire le profil des forces obscures derrière ces raz-de-marée politiques et celui du nouveau parrain politique qui a pris poste à Antananarivo. Je crois comprendre que ce qui se passe présentement dans ces pays africains dépasse la simple sphère de révolutions populaires de la rue. Il se déroule en réalité une guerre plus larvée entre l’OTAN d’une part et la Russie et la Chine de l’autre. Chaque fois que tombe un régime africain, c’est tout un système international séculaire qui tombe pour être remplacé par un autre. Un autre épiphénomène de crise à observer concerne la sous-région de Grands Lacs. La rue en Tanzanie est également entrée en ébullition et elle est décidée à chasser la présidente Sania Suluhu accusée de despotisme et d’autoritarisme à outrance. Sa chute accéléra indubitablement le déclin d’un autre vieux dictateur dans l’Ouganda voisin, lui aussi fatigué du poids de ses 81 ans mais qui tient à rempiler pour un septième mandat. Ne soyons plus naïfs comme en 2010 avec le printemps arabe activé par qui l’on sait pour faire tomber les régimes de Tunisie, d’Egypte, de Yémen, de Libye et de Syrie. Le jeu politique était au-delà de nos petites attentes car téléguidé de dehors pour renforcer la domination occidentale dans la zone Nord-africaine et le bassin de la Méditerranée. En Afrique de l’Ouest tout comme en Afrique de l’Est se déroule ce combat de titans par pays africains interposés. Voilà pourquoi il faut déjà que les élites africaines regardent plus loin et s’imposent l’effort de se dessiner déjà le tableau politique en perpective après ces révolutions de rue. Car la chute précipitée et généralisée de ces vieux dictateurs peut être voulue par les ennemis de l’Afrique qui anticipent les événements futurs et cherchent à atténuer l’extension du désamour africain vis-à-vis de l’Europe, en choisissant délibérément de provoquer des fausses rébellions en vue d’imposer “leurs pions” qui perpétueront l’ancien système de domination. C’est avec ce regard critique que j’analyse le rapprochement de Zelensky avec Kinshasa et qui n’est pas à prendre à la légère. Ce laquais des forces otaniennes est utilisé comme canal de passages des armes et munitions à distribuer au Soudan et en RDC pour contrer le plan de Moscou à s’emparer de leurs réserves minières au cœur de l’ Afrique centrale. La récente démarche diplomatique d’Emmanuel Macron pour réunir Kagame et Tshisekedi partage également l’objectif de garder le contrôle sur la zone d’influence de la région interlacustre. Deux approches géostratégiques en scène : d’une part la stratégie de Poutine de vouloir affaiblir ses adversaires non par une attaque frontale contre eux mais plutôt par un siphonage de leurs sources de ravitaillement en minerais stratégiques. Et à ce propos, aucun pays africain n’est à l’abri. Et celle de l’OTAN d’être consciente d’avoir perdu la guerre d’Ukraine et qui précède les événements pour ne pas perdre l’Afrique. Le rapprochement Kiev-Kinshasa doublé de la coopération bilatérale dans le domaine militaire en devient ici un modèle illustratif. Par Germain Nzinga
Médias: l’Afrique vue d’ailleurs (Revue de presse de la semaine du 01 au 08 Juin 2025)

Dimanche 08 Juin 2025. -RT FRANCE : Le groupe Wagner a annoncé sur son compte Telegram la fin officielle de sa mission au Mali, affirmant que ses combattants avaient rempli leurs objectifs et qu’ils rentraient désormais en Russie : « Toutes les capitales régionales du Mali sont revenues sous le contrôle des autorités. Nous avons aidé le Mali à construire une armée disciplinée et bien équipée. Le peuple et les autorités du pays sont reconnaissants à la SMP Wagner pour son travail. Nous avons accompli notre mission. Et nous rentrons chez nous. » -LA LIBRE BELGIQUE: Depuis deux coups d’Etat en 2020 et 2021 qui ont porté au pouvoir la junte dirigée par le général Assimi Goïta, le Mali a rompu l’alliance avec l’ancien colon français pour se tourner militairement et politiquement vers la Russie. « Officiellement, Wagner arrête sa présence au Mali. Mais Africa Corps prend le relais », a indiqué une source diplomatique au Sahel à l’AFP dimanche. Samedi 07 Juin. RFI: -La Conférence des chefs d’État et gouvernement de la communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) a prolongé samedi d’une année supplémentaire la présidence du président de Guinée équatoriale sur fond de tensions entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. -La Commission électorale juge impossible de réviser la liste des électeurs avant le scrutin du 25 octobre. Le porte-parole répète tout de même les demandes de l’opposition : « Nous devons maintenir la pression pour obtenir des élections inclusives, transparentes et démocratiques. Cela exige un audit de la liste électorale et la réinscription du président Tidjane Thiam de notre parti sur la liste électorale. » Vendredi 06 juin. DW: -Les forces de la RDC sont désormais installées à Beni, au nord de Goma, où la résistance contre la rébellion du M23 s’organise. Les dernières positions de l’armée se situent en territoire de Lubero, où l’armée se prépare à toute éventualité, tandis que les négociations se poursuivent à Doha et à Washington entre le gouvernement congolais et la coalition AFC-M23. -Martin Fayulu a plaidé pour un « dialogue social » et a appelé le président Tshisekedi à rencontrer les responsables religieux, porteurs d’une proposition de pacte social. Selon Martin Fayulu, le président Tshisekedi a promis de répondre rapidement à cette demande. LE POINT AFRIQUE: L’arrestation, en pleine nuit, du rappeur Tchalla Essowè Narcisse, alias Aamron, le 26 mai, n’en finit plus de secouer le Togo. Artiste engagé, critique acerbe du pouvoir, sa disparition brutale de la scène publique a mis le feu aux poudres. Depuis, les appels à sa libération se multiplient. Les autorités, elles, restent de marbre. FRANCE 24: En RD Congo, le président Félix Tshisekedi s’est entretenu avec l’opposant Martin Fayulu. Une rencontre qui intervient 72 heures après l’appel lancé par Martin Fayulu.. L’opposant avait tendu la main au chef de l’Etat pour tenter une sortie de crise et faire face à la menace d’explosion du pays. Jeudi 05 Juin. LEPOINT AFRIQUE: À moins de cinq mois du scrutin présidentiel, vingt-quatre partis d’opposition – réunis sous la bannière de la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI) – continuent de contester l’inéligibilité de certains de leurs leaders, plaidant en faveur d’une révision de la liste électorale. XINHUA: Cinq membres des Forces de défense et de sécurité du Bénin, dont deux policiers et trois militaires, ont perdu la vie mercredi soir lors d’une attaque contre le commissariat de police de Tanougou, dans la commune de Tanguiéta, située dans le nord-ouest du pays, ont rapporté jeudi les médias locaux. Mercredi 04 Juin -LEMONDE AFRIQUE : Les crises qui ravagent la RDC depuis plus de trente ans sont entretenues par une impunité enracinée et un silence mondial persistant, menant au conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale, que l’on peut estimer à 6 millions de vies perdues. Mardi 03 Juin. LA LIBRE BELGIQUE : Le procureur général près la Cour de cassation en République démocratique du Congo, Firmin Mvonde, ne connaît pas la crise. Moins d’une semaine après avoir obtenu la levée de l’immunité parlementaire du ministre de la Justice Constant Mutamba, il pourrait obtenir cette semaine le droit de poursuivre l’ex-tout-puissant ministre des Finances Nicolas Kazadi, redevenu député. Martin Kam
Laurent Gbagbo à TV5MONDE : « Je comprends et partage la colère des anti-troisième mandat »
Côte d’Ivoire : la candidature de Ouattara dénoncée à Paris (RT France)
Guillaume Soro au JDD: Alassane Ouattara entraîne la Côte d’Ivoire dans un tunnel d’incertitudes

La candidature d’Alassane Ouattara à un troisième mandat présidentiel « entraîne la Côte d’Ivoire dans un tunnel d’incertitudes, qui risque de l’atteindre également », a déclaré Guillaume Soro au Journal du dimanche (JDD). Pour l’ancien Premier ministre de la Côte d’Ivoire, exclu de la liste pour le scrutin présidentiel d’octobre, le président sortant ‘ »viole la Constitution ivoirienne », a-t-il affirmé dans un entretien accordé à notre confrère. « C’est une forfaiture. Il est clairement écrit qu’on ne peut se présenter une troisième fois. D’ailleurs, il n’a cessé de répéter au cours du mois de mars dernier – propos validés par ses juristes – qu’il n’était pas autorisé à faire un troisième mandat », a-t-il poursuivi soutenant que « c’est clairement une atteinte à l’indépendance de la Côte d’Ivoire ». Tout aussi grave à ses yeux, « M. Ouattara a estimé que, sur les 25 millions d’habitants, personne n’était suffisamment apte à diriger le pays, ce qui est une insulte au peuple de Côte d’Ivoire, aux militants et aux responsables de son propre parti », a-t-il fustigé. Quant à sa candidature à cette même présidentielle, il affirme la maintenir parce que la Constitution lui donne le droit de se présenter. « J’ai la dictature contre moi mais le droit avec moi. Une parodie de procès a été organisée à mon encontre afin de me rayer de la présidentielle, mais la Cour africaine des droits de l’homme a cassé la décision du tribunal d’Abidjan. Je suis convaincu d’être en bonne position pour gagner cette élection », a-t-il lancé. Adrien Thyg
Franck Hermann Ekra: « On a mal à notre Côte d’Ivoire »(TV5Monde)
3e mandat de Alassane Dramane Ouattara: le point de vue de Nathalie Yamb