Maroc. Les performances économiques de 2021 ne sont qu’un rattrapage qui est par sa nature temporaire

ECONOMIE. «Les performances (économiques) enregistrées en 2021 ne sont qu’un rattrapage qui est par sa nature temporaire», a affirmé le Centre marocain de conjoncture (CMC) dans sa dernière publication mensuelle «Maroc Conjoncture» n° 344 précisant qu’elles interviennent après des résultats médiocres observés en 2020. «Elles ne peuvent être en aucun cas considérées comme des résultats qui peuvent se prolonger dans le temps», a estimé le CMC dans ce spécial portant sur «L’instabilité des marchés : Quel programme de soutien au pouvoir d’achat?». Aussi, selon l’Observatoire privé et indépendant, «l’économie marocaine pourrait-elle connaître une décélération de son rythme de croissance au cours des prochaines années pour retourner progressivement à la normale», a-t-il prévenu dans ce nouveau numéro. Selon le Centre spécialisé dans l’analyse et le suivi de la conjoncture, la prévision et l’évaluation d’impact, «ce ralentissement prévisible contribuera à atténuer les tensions sur l’offre et les pressions inflationnistes, notamment avec un reflux des prix des produits alimentaires, qui ont atteint des niveaux élevés en 2021». Rappelons que la crise et ses effets négatifs n’ont pas épargné l’économie marocaine qui a en effet été frappée par un choc récessif sans précédent en 2020. Fort heureusement que «la reprise a été au rendez-vous l’année suivante», comme l’a relevé le CMC dans sa publication. Un retour qu’on a pu observer dans d’autres économies du monde touchée également par cette crise. Si l’accélération de la croissance en 2021 a pu bénéficier du ralentissement de la pandémie, de la bonne campagne agricole et de la relance de la demande extérieure, force est de constater qu’elle est restée fragile et inégale, a fait remarquer le CMC de même source. Aussi, bien que cette tendance à l’amélioration ait permis au marché de travail de se ressaisir, force est de constater qu’elle n’a pas été «en mesure de réduire substantiellement le chômage», a fait savoir le Centre qui note, en outre, que cette même «dynamique n’a pas été suffisante également pour réduire la pauvreté». Par ailleurs, même si elle reste modérée, l’inflation a connu une nette accélération par rapport à 2020, a poursuivi le CMC. Qu’à cela ne tienne, l’Observatoire privé et indépendant a toutefois noté que «l’économie marocaine a, aussi, réalisé d’autres résultats positifs» au cours de cette période. Le Centre en veut pour preuve qu’«elle est parvenue, grâce à une gestion judicieuse de ses finances, à contenir le déficit budgétaire dans des proportions modérées comparativement à d’autres pays semblables et à ne pas recourir aux marchés internationaux pour couvrir ses besoins de financement depuis décembre 2020». Quoi qu’il en soit, pour les experts du CMC, « ces résultats sont un révélateur de la capacité de l’économie marocaine à s’adapter aux changements qui s’opèrent dans son environnement et à saisir les opportunités qui s’offrent à elle pour améliorer ses performances, ses structures productives et éviter à la population marocaine de voir son niveau de vie se détériorer». Dans sa publication «Maroc conjoncture», le Centre marocain de conjoncture a toutefois estimé que les pouvoirs publics doivent s’efforcer de développer à l’avenir davantage les piliers de la compétitivité future. «C’est dans ce sens qu’une attention particulière doit être accordée au développement des investissements internationaux, à l’amélioration de la productivité ou encore aux termes de l’échange entre le Maroc et le reste du monde en vue de préserver les acquis d’avant la crise et de faire de la crise une opportunité pour améliorer sa compétitivité», a-t-il expliqué. Selon toujours le CMC, «les pouvoirs publics doivent également faire en sorte que l’inflation reste à un niveau bas, stable et prévisible pour préserver la valeur de la monnaie nationale et le pouvoir d’achat des ménages», a-t-il conclu. Alain Bouithy
DEPF: Les performances comparées des 12 régions du Royaume du Maroc

L’examen des efforts consentis au niveau des 12 régions du Royaume en matière d’ancrage aux Objectifs de développement durable (ODD) met clairement en relief les capacités différenciées de ces régions à atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030, a relevé dans une étude la Direction des études et des prévisions financières (DEPF). « Un tel constat témoigne de la persistance des disparités territoriales, qui affectent non seulement les perspectives des régions vulnérables mais se répercutent aussi sur le développement du pays dans son ensemble», a souligné ce département relevant du ministère de l’Economie et des Finances. L’étude, intitulée « Inégalités régionales sous le prisme des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 », s’inscrit dans le cadre de la contribution de la DEPF au débat national sur la question de la réévaluation du modèle de développement. Dès lors, ce document « se veut une contribution additionnelle de la DEPF au débat à l’œuvre sur le modèle de développement national, particulièrement dans sa dimension territoriale », a précisé la DEPF. Axée sur une approche analytique similaire à celle adoptée par les Nations unies pour l’élaboration de son SDG index, l’étude a permis de cerner la dynamique de convergence des 12 régions du Royaume en termes de progrès accomplis dans les domaines économique, social et environnemental et de gaps à rattraper en la matière », a indiqué le département dans sa note de synthèse. L’approche analytique, qui se base sur un indice synthétique des objectifs de développement durable (ISODD), intégrant 56 indicateurs relevant de 11 ODD, a ainsi permis de relever les performances remarquables affichées par les régions de Laâyoune-Sakia El Hamra et de Dakhla-Oued Eddahab, qui se positionnent respectivement au premier et au deuxième rangs au titre de l’ISODD. Pour les analystes de la DEPF, « ces performances traduisent dans leur substrat l’ampleur des efforts de développement consentis par les pouvoirs publics en faveur de cette partie intégrante du territoire national, notamment en ce qui concerne les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures ainsi qu’en matière de lutte contre la pauvreté et de promotion de la durabilité environnementale ». La région de Casablanca-Settat, qui se positionne au troisième rang au niveau de l’ISODD, se distingue, de par son positionnement économique de choix, par ses performances dans les domaines de l’énergie, de l’industrie et des infrastructures. Ainsi, « la région occupe des positions, somme toute, favorables au titre de certains volets clés du développement humain dont notamment l’amélioration des conditions de vie de ses habitants ». Pourtant, si l’on en croit la DEPF, cette région demeure néanmoins pénalisée, en particulier, au niveau des indicateurs liés à la qualité de l’environnement au même titre que la santé et le bien-être des populations. Dans son rapport, la DEPF relève que les régions comme Guelmim-Oued Noun et Souss-Massa figurent parmi les régions dont les performances demeurent dans l’ensemble encourageantes. Ce n’est pas le cas pour d’autres régions, à l’instar de Drâa-Tafilalet et de Béni Mellal-Khénifra qui « peinent à s’inscrire dans une réelle dynamique de convergence leur permettant de rattraper le gap qui les sépare des régions performantes », selon l’étude. S’il s’est avéré que les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et de Marrakech-Safi ont le plus progressé au point de se hisser, respectivement, à la 6ème et à la 9ème positions en 2014, force est de constater que certaines régions à l’instar de Rabat-Salé-Kénitra et de l’Oriental ont vu leur positionnement s’affaiblir. En effet, entre 2004 et 2014, ces deux régions ont perdu de précieuses places pour se situer respectivement au 7ème et au 10ème rangs. Au regard des enseignements portés par cette étude, la DEPF estime que le nouvel élan insufflé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, pour accélérer l’opérationnalisation de la déconcentration administrative, serait opportun pour résorber les multiples entraves qui s’opposent à un développement régional harmonieux. Ce n’est qu’ainsi, a-t-elle soutenu, que « le Maroc pourrait mobiliser à bon escient les multiples potentialités de ses territoires et en faire autant un vecteur de cohésion sociale qu’un puissant levier de compétitivité structurelle de son économie ». Alain Bouithy