La crise de la dette des pays en développement s’est aggravée

La crise de la dette des pays en développement s’est aggravée

Le poids du service de la dette dans les pays pauvres atteint un niveau sans précédent depuis 2000, a annoncé la Banque mondiale dans un nouveau rapport sur la dette internationale. En effet, «la crise de la dette à laquelle sont confrontés les pays en développement s’est aggravée», a indiqué le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass. Selon le constat établi par la Banque mondiale, « Les pays les plus pauvres éligibles aux financements de l’Association internationale de développement (IDA) consacrent aujourd’hui plus d’un dixième de leurs recettes d’exportation au service de leur dette extérieure à long terme, publique ou garantie par l’État, peu après le lancement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) ». Comme le font remarquer les experts de l’institution financière internationale, il s’agit d’un niveau sans précédent depuis 2000. D’après le rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale, rendu public récemment, toutes les économies en développement, à revenu faible ou intermédiaire courent des risques croissants liés à leur dette. Il est à rappeler que la dette extérieure de ces pays s’élevait à 9.000 milliards de dollars à fin 2021, soit plus du double de son montant d’il y a dix ans, après calcul des experts de l’organisation financière. Il se trouve que la dette extérieure totale des pays IDA a presque triplé durant la même période pour s’élever à 1 000 milliards de dollars, ont constaté les auteurs du rapport qui marque (reconnait-on) une avancée dans la transparence de la dette. La crainte est que « la hausse des taux d’intérêt et le ralentissement de la croissance mondiale risquent de faire basculer un grand nombre de pays dans une crise de la dette, sachant qu’environ 60% des pays les plus pauvres sont actuellement exposés à un risque élevé de surendettement ou sont déjà surendettés », a indiqué la Banque mondiale. Ainsi, d’après les auteurs dudit rapport, les paiements du service de la dette extérieure à long terme publique et garantie par l’État des pays éligibles à l’IDA s’élevaient à 46,2 milliards de dollars, à la fin de l’année 2021. Ce montant équivaut à 10,3% de leurs exportations de biens et services et de 1,8 % de leur revenu national brut (RNB), des pourcentages en nette augmentation par rapport à 2010, alors qu’ils étaient respectivement de 3,2% et 0,7%. Des prévisions du rapport, il ressort que le service de la dette des pays IDA devrait augmenter de 35% pour atteindre plus de 62 milliards de dollars en 2022. Ce qui devrait constituer l’une des plus fortes progressions annuelles de ces deux dernières décennies, annonce le rapport soulignant que la Chine devrait représenter 66 % des paiements dus au service de la dette publique bilatérale dans les pays IDA. Même si, à première vue, les indicateurs semblent avoir évolué favorablement en 2021, le rapport constate que la situation est différente pour les pays IDA, dont le ratio dette/RNB reste supérieur au niveau antérieur à la pandémie, à 25%. A cela s’ajoute le fait que les perspectives économiques se sont considérablement détériorées et, comme cela a été constaté, la croissance mondiale a fortement marqué le pas cette année. Par ailleurs, « alors que le monde est confronté à un resserrement général des politiques monétaires et budgétaires sans précédent depuis 50 ans, le risque d’une récession planétaire l’année prochaine s’est amplifié », a fait savoir la Banque mondiale soulignant que la dépréciation des devises a aggravé la situation de nombreux pays en développement dont la dette est libellée en dollars. Ainsi que le soutiennent les auteurs du rapport, autant dire que l’amélioration du ratio dette/RNB en 2021 est probablement temporaire. L’évolution de la situation de la dette est telle que David Malpass estime qu’« une approche globale est nécessaire pour résorber la dette, accroître la transparence et faciliter une restructuration plus rapide, afin que les pays puissent privilégier les dépenses qui soutiennent la croissance et réduisent la pauvreté ». À défaut, le président du Groupe de la Banque mondiale prévient que « de nombreux pays et leurs gouvernements seront en butte à une crise budgétaire et à l’instabilité politique, et des millions de personnes sombreront dans la pauvreté». Quoi qu’on dise, «l’opacité de la dette est la raison pour laquelle tant de pays glissent aveuglément dans une crise de la dette», a soutenu Indermit Gill, premier vice-président et économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale persuadé que  des données complètes et transparentes améliorent la gestion de la dette. D’après lui, celles-ci «rendent plus fiables les analyses de viabilité et elles facilitent la mise en œuvre des restructurations de la dette afin que les pays puissent retrouver rapidement la stabilité et la croissance économiques». Et de conclure : «à long terme, aucun créancier n’a intérêt à dissimuler les montants de la dette publique.» Alain Bouithy

8% des familles des pays les plus pauvres sont contraintes d’emprunter de l’argent pour financer la scolarité de leurs enfants

8% des familles des pays les plus pauvres sont contraintes d’emprunter de l’argent pour financer la scolarité de leurs enfants

Le nouveau Rapport mondial de suivi sur l’éducation 2021/2, présenté mardi 14 au Forum RewirEd à Dubaï, révèle qu’à l’échelle mondiale, une famille sur six doit épargner pour acquitter les frais de scolarité, tandis que 8 % des familles de pays à revenu faible ou intermédiaire sont contraintes d’emprunter de l’argent pour financer la scolarité de leurs enfants. Dans certains pays comme l’Ouganda, Haïti, le Kenya et les Philippines, 30% des familles doivent emprunter pour financer l’éducation de leurs enfants. Le rapport appelle les gouvernements à honorer leur engagement à garantir un accès gratuit à un an d’enseignement pré-primaire et à douze ans d’enseignement primaire et secondaire pour tous. De nouvelles données ont permis de constater que les coûts de l’éducation pèsent de manière disproportionnée sur les ménages dans les pays les plus pauvres. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les ménages assument 39 % du coût de l’éducation, le gouvernement prenant en charge le reste, contre seulement 16 % dans les pays à revenu élevé. L’éducation publique a encore de nombreux coûts cachés. Environ un tiers des dépenses d’éducation des ménages dans les pays à revenu faible et intermédiaire provient des ménages ayant des enfants scolarisés dans des écoles publiques. Une analyse portant sur une centaine de pays à revenu faible ou intermédiaire entre 2009 et 2020 a révélé qu’en moyenne, 3,2 % des dépenses financières des ménages étaient consacrées à l’éducation. Au Ghana, la part des dépenses consacrées à l’éducation est non seulement la plus importante au monde, mais elle est également passée de 8,9 % en 2005/06 à 13,1 % en 2016/17. Une grande partie des coûts est due aux uniformes et aux autres fournitures scolaires, qui représentent près des deux cinquièmes du montant que les ménages consacrent à l’éducation dans 15 pays à revenu faible ou intermédiaire. « Nous avons sous-estimé à quel point les familles paient encore pour l’éducation alors que, selon les gouvernements, celle-ci devrait être gratuite », déclare Manos Antoninis, directeur du Rapport mondial de suivi sur l’éducation. « En outre, l’impact de la COVID-19 a encore réduit les budgets familiaux. En conséquence, beaucoup n’ont tout simplement pas les moyens d’acquitter les frais de scolarité. Les Etats doivent se pencher de plus près sur les montants que les familles déboursent. Ils doivent s’attacher à garantir la gratuité de l’enseignement au point d’accès – et à faire en sorte que les plus pauvres ne soient pas privés d’un enseignement de qualité. » Le Rapport GEM met en garde contre le fait que, sans amélioration de la réglementation, les choix en matière d’éducation privée, tels que les écoles privées ou les cours particuliers, font augmenter ces coûts pour les ménages. Si 3,2 % des dépenses des ménages sont consacrées à l’éducation en moyenne dans le monde, ce chiffre atteint 6 % dans les pays où le pourcentage d’écoles privées est élevé, comme Haïti et le Liban, et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne, dont le Rwanda, l’Ouganda et la Zambie. Les coûts font que certaines possibilités d’éducation sont inaccessibles aux personnes défavorisées. Ainsi, alors que les ménages les plus pauvres ne déboursent pratiquement rien pour l’éducation en Argentine, au Costa Rica, aux Philippines et en Zambie, les 20% les plus riches dépensent entre 0,5% et 1,7% du PIB de leur pays. De nombreux ménages paient également pour des cours particuliers de complément, notamment pendant les fermetures d’écoles, ce que beaucoup de personnes parmi les plus défavorisées ne peuvent se permettre. En Égypte, en proportion des dépenses moyennes par habitant, parmi les élèves qui suivent un enseignement secondaire général, la moitié environ était consacrée aux cours privés par les plus riches et un tiers par les plus pauvres. Au Myanmar, 42% des dépenses des ménages consacrées à l’éducation étaient affectées au soutien scolaire. Pourtant, à l’heure actuelle, près de la moitié des pays ne réglementent pas du tout cette pratique. Aujourd’hui, moins de trois quarts des pays réglementent le montant des frais facturés par les écoles privées, qui contribuent à la charge supportée par les ménages. La plupart des établissements secondaires privés tirent au moins 80 % de leurs revenus des droits d’inscription dans 28 des 51 systèmes éducatifs des pays à revenu intermédiaire supérieur et à revenu élevé. Dans les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur, les parents en situation de grande précarité ont recours à diverses stratégies pour faire face aux dépenses liées aux écoles privées. Les parents les plus précaires au Kenya et dans d’autres pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur doivent souvent se rabattre sur des écoles non homologuées et moins chères, mais dont les équipements sont souvent médiocres et l’enseignement de moins bonne qualité. Recommandations : Redoubler d’efforts pour garantir l’accès gratuit et financé par des fonds publics à une année d’enseignement pré-primaire et 12 années d’enseignement primaire et secondaire. Les Etats doivent mesurer les dépenses d’éducation à l’aide d’enquêtes sur les revenus et les dépenses des ménages. En effet, les Etats ne prêtent souvent attention qu’aux seuls paiements formels. Ils détournent souvent le regard d’autres coûts moins bien documentés qui aggravent les inégalités, tels que les cours particuliers de complément. L’efficacité des politiques qui ont pour but de concentrer les ressources sur les apprenants défavorisés doit être évaluée et non présupposée. Renforcer la capacité des Etats à surveiller et à appliquer les réglementations. Les Etats doivent établir une relation de confiance avec les prestataires non étatiques, en les encourageant à se faire homologuer, en éliminant l’arbitraire des règles et en leur communiquant des incitations adaptées pour qu’ils gèrent efficacement leurs écoles dans l’intérêt des apprenants. Global Education Monitoring (GEM) Report, UNESCO.

IDA -2019: La communauté internationale réaffirme son soutien aux pays les plus pauvres du monde

IDA -2019: La communauté internationale réaffirme son soutien aux pays les plus pauvres du monde

Une alliance mondiale de partenaires du développement a annoncé récemment son engagement à entretenir la dynamique de la lutte contre l’extrême pauvreté, en mobilisant 82 milliards de dollars au profit de l’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres. Dans un communiqué, le Groupe banque mondiale explique que cette enveloppe de financement, dont plus de 53 milliards de dollars sont destinés à l’Afrique, aidera les pays à répondre aux besoins de leur population, stimuler la croissance économique et renforcer la résilience aux chocs climatiques et aux catastrophes naturelles. « En prenant cet engagement aujourd’hui, nos partenaires montrent qu’ils sont plus que jamais déterminés à mettre fin à l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée dans les pays les plus pauvres et les plus vulnérables du monde », déclare David Malpass, président du Groupe de la Banque mondiale. « Nous les remercions pour cette nouvelle preuve de confiance dans les capacités de l’IDA à produire des résultats de développement bénéfiques pour celles et ceux qui en ont le plus besoin. » Les pays bénéficiant de l’aide de l’IDA abritent désormais les deux tiers de la population pauvre mondiale (pratiquement 500 millions d’individus). Grâce à ce financement, l’IDA va pouvoir étoffer ses interventions en appui à la création d’emplois et la transformation économique, la bonne gouvernance et la responsabilisation des institutions. Elle pourra également accompagner les pays confrontés aux défis du changement climatique, des inégalités hommes-femmes et des situations de fragilité, de conflit et de violence — en particulier dans la région du Sahel, autour du lac Tchad et dans la corne de l’Afrique. L’IDA entend réaffirmer son aide aux mesures visant à faciliter la croissance et l’intégration régionale, y compris à travers des investissements dans des infrastructures de qualité. Le guichet de l’IDA consacré au secteur privé continuera de contribuer aux efforts de la Société financière internationale (IFC) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) pour mobiliser, malgré un environnement difficile, les capitaux privés nécessaires face à l’ampleur des besoins dans les pays en développement. Les ressources de l’IDA sont reconstituées tous les trois ans ; cette 19e reconstitution couvre la période courant du 1er juillet 2020 au 30 juin 2023. Ces nouveaux financements viendront appuyer des projets qui parviennent à changer profondément la donne pour les populations : des services essentiels de santé, de nutrition et de population au bénéfice de plus de 370 millions de personnes ; des accouchements dans de bonnes conditions de sécurité pour 80 millions de femmes, grâce à du personnel médical qualifié ; l’élargissement de l’accès à Internet haut débit pour 50 à 60 millions de personnes ; la vaccination de 140 millions d’enfants ; une meilleure gouvernance dans 60 pays grâce au renforcement des capacités statistiques ; une augmentation de 10 GW de la capacité de production d’énergie renouvelable. Afin de renforcer l’équité et la croissance économique, l’IDA s’attèlera également à des enjeux de développement plus larges, qu’il s’agisse d’améliorer la soutenabilité de la dette et la transparence, d’exploiter le potentiel transformateur des technologies de paiement numérique et de les adapter, de renforcer l’État de droit, d’investir dans le capital humain en créant des débouchés pour tous — y compris les personnes handicapées — ou de redoubler d’efforts pour déployer une couverture santé universelle. Parallèlement à toutes ces priorités, l’IDA attachera une importance accrue à l’anticipation des crises, au renforcement de la résilience et au soutien des plans d’action nationaux face au changement climatique. Cinquante-deux gouvernements ont contribué au succès de cette nouvelle reconstitution des ressources de l’IDA, sachant que d’autres engagements devraient se concrétiser prochainement. Les remboursements de prêts de l’IDA, les contributions de la Banque mondiale et les fonds levés sur les marchés des capitaux sont également venus abonder cette reconstitution. Grâce à ce modèle de financement unique en son genre, l’impact sur le développement des actions de l’IDA est nettement supérieur celui qu’obtiendrait n’importe quelle autre institution agissant seule. Avec CM