Des possibilités illimitées : créer plus d’emplois pour les jeunes dans les pays émergents et les pays en développement

TRIBUNE. « Définir, c’est limiter » a dit Oscar Wilde. Pourtant, les économistes doivent parfois utiliser des définitions pour appréhender la portée d’un problème et trouver les moyens de lever les obstacles à la réussite. C’est particulièrement vrai pour les jeunes dans les pays émergents et les pays en développement. Nous savons qu’ils sont essentiels au développement économique et à la croissance. Ils représentent environ un tiers de la population en âge de travailler dans un pays émergent ou un pays en développement moyen. Nous savons aussi que la jeunesse mondiale est confrontée à des marchés du travail difficiles et à des pénuries d’emplois. Dans un pays émergent ou un pays en développement moyen, quelque 20 % des 15 à 24 ans ne travaillent pas et ne font pas d’études contre 10 % en moyenne dans les pays avancés. Le coût social et économique de cet écart est considérable. La confiance dans la société tend à être moindre dans les pays où le niveau d’inactivité des jeunes est plus élevé, ce qui augmente les risques de conflits sociaux. Une récente étude des services du FMI montre que si le sous-emploi des jeunes dans un pays émergent ou en développement moyen était aligné sur celui du pays avancé moyen, le taux d’emploi de la population en âge de travailler augmenterait de 3 points de pourcentage et la production de 5 %. C’est le genre de changement dont les jeunes, et tous les pays, ont le plus grand besoin. Des politiques qui fonctionnent pour la prochaine génération Comment peut-on y parvenir ? Une éducation plus longue et meilleure constitue une réponse partielle, mais qui ne suffira pas. Dans les pays émergents et les pays en développement, trop de jeunes bien formés peinent à trouver de bons emplois. Inspirée de nouvelles analyses utilisant à la fois des mégadonnées macroéconomiques et microéconomiques (des dizaines de millions de points de données individuels), notre étude publiée aujourd’hui mentionne une série de mesures qui peuvent contribuer à résorber l’écart avec les pays avancés. Elles amélioreront les perspectives d’emploi pour tous, mais surtout pour les jeunes non scolarisés. Trois mesures en particulier méritent d’être privilégiées : Premièrement, promouvoir l’égalité femme–homme sur le lieu de travail : la persistance d’importants écarts entre hommes et femmes est en grande partie à l’origine des moins bons résultats du marché du travail pour les jeunes dans les pays émergents et les pays en développement. En moyenne, près de 30 % des jeunes femmes n’y sont ni en activité ni scolarisées, soit presque deux fois plus que de jeunes hommes. Une partie, mais pas la totalité, de cette différence peut s’expliquer par les conséquences économiques de la maternité. Toutefois, la législation a également un rôle à jouer. En effet, lorsqu’elle protège les femmes de la discrimination dans l’emploi, leurs taux d’emploi et d’activité s’améliorent sans nuire aux hommes. Par exemple, si l’Afrique subsaharienne renforçait la protection juridique des femmes en la portant au niveau moyen de celle dans les pays émergents d’Europe et d’Asie centrale, nous estimons que les taux d’emploi et d’activité des jeunes femmes augmenteraient de 10 % à 15 %, ce qui réduirait sensiblement l’écart femme–homme. Deuxièmement, un meilleur fonctionnement des marchés du travail : ne pas fixer des règles excessivement strictes, s’assurer que les indemnités de licenciement ne sont pas trop coûteuses et établir un salaire minimum pas trop élevé par rapport au salaire moyen, toutes ces mesures vont de pair avec une amélioration des taux d’emploi et d’activité des jeunes qui ne suivent pas d’études – en particulier des jeunes femmes. Une étude de l’histoire récente des réformes du salaire minimum en Indonésie le confirme. Dans les provinces indonésiennes qui ont relevé le salaire minimum officiel, par rapport au salaire moyen, de 10 % de moins que les autres provinces, le taux de chômage des jeunes a été inférieur de 1 à 1,5 point de pourcentage. Ces mesures ont bénéficié le plus aux jeunes femmes ; elles ont également entraîné une forte hausse du nombre des emplois formels (qui sont généralement plus productifs et souhaitables) offerts aux jeunes des deux sexes. Troisièmement, une plus grande ouverture des marchés de produits : les gouvernements peuvent favoriser le dynamisme des marchés en intensifiant la concurrence et en encourageant l’entrepreneuriat. Dans le monde entier, beaucoup trop de jeunes n’ont pas accès aux capitaux et aux crédits nécessaires au lancement de leur entreprise ou à son expansion si elle existe déjà. Une baisse des coûts de lancement d’une jeune pousse, un allègement des formalités administratives pour les entreprises et une plus grande ouverture aux marchés internationaux s’accompagnent d’une amélioration des résultats en matière d’emploi des jeunes et de leur qualité. Nos recherches montrent qu’une libéralisation des marchés de produits, faisant passer la réglementation du niveau moyen de l’Asie du Sud et de l’Est à celui de l’Amérique latine et des Caraïbes, ferait augmenter de 5 % le taux d’activité des jeunes hommes Il n’y a pas de temps à perdre Les objectifs de développement durable des Nations Unies pour 2030 privilégient deux piliers pour les jeunes : réduire sensiblement leur taux de chômage et veiller à ce que ceux qui ne font pas d’études aient des possibilités d’emplois productifs et tangibles. Nous pouvons constater qu’il reste un long chemin à parcourir, mais une voie existe pour y arriver. Le plus remarquable, et ce qui est plus rare en économie, est que les propositions de politique publique susceptibles d’aider les jeunes ne nécessitent pas d’arbitrage entre eux et leurs aînés. Elles bénéficient à tous et concourent à la croissance de l’économie d’un pays de façon saine et durable. Si nous faisons les bons choix maintenant, les avantages potentiels sont vraiment illimités. Par Christine Lagarde et John Bluedorn (DG du FMI et Economiste principal au département Europe de l’institut)
L’Autriche soutient la participation des pays en développement aux négociations commerciales

L’Autriche a fait un don de 400 000 euros pour aider les pays en développement à participer aux négociations commerciales, selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La contribution du gouvernement autrichien vise à financer des programmes de l’OMC liés au commerce sur une période de deux ans (2018 et 2019) et « aider ainsi les pays en développement et les pays les moins avancés à participer plus pleinement aux négociations commerciales multilatérales », a indiqué l’organisation dans un communiqué. Concrètement, l’OMC explique que « ce don au Fonds global d’affectation spéciale pour le Programme de Doha pour le développement de l’OMC financera des ateliers de formation à l’intention des fonctionnaires à Genève et ailleurs pour les aider à mieux comprendre et appliquer les accords de l’OMC », souligne la même source. A noter que plus de 2 600 ateliers ont été organisés depuis la création du fonds en 2001 et quel’Autriche a fait un don d’environ 4 millions d’EUR aux fonds d’affectation spéciale de l’OMC au cours des 15 dernières années, peut-on lire sur le site de l’organisation. Martin KAM
Les engagements de la BM en direction des pays en développement totalisent près de 64 milliards de dollars

La Banque mondiale a annoncé que les demandes de financement qui lui ont été adressées sur l’exercice 2018 ont atteint près de 64 milliards de dollars, indiquant que les financements en appui au développement humain et au financement climatique ainsi que l’aide de l’IDA représentent un volume record. « Les engagements du groupe en direction des pays en développement ont totalisé près de 64 milliards de dollars sur l’exercice 2018 (clos le 30 juin), avec une hausse record des volumes en appui au développement humain et au financement climatique ainsi que de l’aide de l’IDA », a récemment indiqué l’institution financière internationale. En détail, la Banque mondiale a noté que ses financements à l’appui du développement humain ont connu une hausse sans précédent de 74 %, rappelant que ceux-ci couvrent les secteurs de l’éducation, de la santé, nutrition et population, ainsi que la protection sociale et l’emploi. « La part du développement humain dans le total des engagements du Groupe de la Banque mondiale a augmenté de manière remarquable au cours de l’exercice, de 16 % en 2017 à 25,2 % aujourd’hui », a estimé la BM soulignant que cette évolution traduit la volonté accrue des Etats d’investir dans le renforcement de leur capital humain. Dans un communiqué, la BM a indiqué que l’exercice 2018 confirmait l’engagement du Groupe en faveur de l’action climatique. La banque en veut pour preuve que 32,1 % des financements ont intégré cet aspect. Ainsi, il ressort que « le Groupe a déjà dépassé l’objectif qu’il s’était fixé en 2015 : faire en sorte que 28 % de son volume de prêts soutienne l’action climatique à l’horizon 2020 ». Avec un niveau record de financements pour le climat à 20,5 milliards de dollars (sur le dernier exercice), l’institution internationale a indiqué qu’elle continuait d’intensifier son soutien aux pays en développement. L’objectif étant de « réduire les émissions de gaz à effets de serre et d’accroître la résilience des populations aux conséquences de plus en plus graves du changement climatique », a affirmé la BM. Représentant 45 % des financements sur l’exercice 2018, le niveau record de la part des prêts à l’agriculture de la Banque mondiale (BIRD/IDA) aura des effets connexes positifs sur le climat, a estimé le groupe. A en croire la Banque mondiale, il mettra ainsi à profit le rôle potentiel du secteur dans la lutte contre le changement climatique, toujours plus pressante. A noter aussi que les chiffres rendus publics font apparaître que « le volume total de prêts du pôle agriculture et alimentation a lui aussi fortement augmenté, pour atteindre 4,65 milliards de dollars de nouveaux engagements de la BIRD et de l’IDA, contre 2,5 milliards sur l’exercice 2017 », peut-on lire dans le communiqué. Se réjouissant de toutes ces évolutions, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a assuré qu’« avec une augmentation historique du capital de 13 milliards de dollars au cours du dernier exercice, nos actionnaires ont renforcé notre force de frappe, ce qui va nous permettre d’affronter les défis les plus importants de notre temps et d’aider nos pays clients — et leurs habitants — à concrétiser leurs plus hautes aspirations». Pour le patron de la Banque mondiale, il ne fait aucun doute que « cette augmentation de capital constitue un éloquent vote de confiance dans le personnel du Groupe de la Banque mondiale, qui travaille sans relâche et dans le monde entier à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée partout dans le monde. » En ce qui concerne les engagements des deux institutions du Groupe que sont la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l’Association internationale de développement (IDA), il ressort que ceux-ci ont respectivement totalisé 23 milliards de dollars sur l’exercice 2018 (contre 22,6 milliards de dollars lors de l’exercice précédent) et atteint un niveau record de 24 milliards de dollars au cours de la première année de la 18e reconstitution des ressources de l’IDA (IDA-18). A signaler que le Groupe est également constitué de la Société financière internationale (IFC) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA). Selon des données préliminaires non auditées, « sur l’exercice 2018, l’IFC a engagé près de 11,6 milliards de dollars d’investissements à long terme pour son propre compte et mobilisé environ 11,6 milliards de dollars auprès d’autres sources de financement », apprend-on de même source. Tandis que les engagements bruts totaux de la MIGA ont doublé depuis l’exercice 2013 pour atteindre 21,2 milliards de dollars pour 161 projets dans 64 pays. Alain Bouithy
L’ascenseur économique au point mort depuis 30 ans dans les pays en développement

Les nouvelles générations bénéficient-elles davantage d’opportunités que celles qui les ont précédées ? Telle est la question que s’est posée la Banque mondiale dont un nouveau rapport dresse un tableau réaliste mais nuancé de la mobilité économique et de l’inégalité des chances dans le monde en développement. Dans ce rapport, paru récemment sous le titre «Des progrès satisfaisants ? La mobilité économique d’une génération à l’autre à travers le monde», l’institution financière internationale a indiqué que la mobilité économique est au point mort depuis 30 ans dans les pays en développement. En effet, il ressort que dans ces pays «des générations de pauvres sont pris dans l’engrenage de la pauvreté, lié au contexte dans lequel ils sont nés, et ne sont pas à même de gravir l’échelle économique du fait de l’inégalité des chances». A noter que cette étude, qui examine l’évolution de la mobilité économique entre les parents et leurs enfants à travers le prisme de l’éducation, «un atout qui influence de façon déterminante les revenus d’un individu tout au long de sa vie», précise la BM, s’est intéressée particulièrement aux personnes nées entre 1940 et 1980. En outre, elle s’est appuyée sur une nouvelle base de données mondiale dédiée à la mobilité intergénérationnelle couvrant le chiffre record de 148 pays dans lesquels vivent 96% de la population mondiale. Pour mieux comprendre les évolutions et les moteurs de la mobilité des revenus et ses liens avec la mobilité du niveau d’éducation, l’institution a indiqué qu’elle a également passé au peigne fin les données existantes concernant 75 pays. Plus globalement, il est apparu qu’en moyenne, «la mobilité ascendante depuis le bas de l’échelle est en baisse et le nombre de personnes qui restent bloquées dans la moitié inférieure augmente dans les pays en développement». En outre, selon toujours les données récoltées, la possibilité de gravir des échelons diminue pour les individus issus de familles pauvres dans de nombreux pays où le niveau de vie moyen reste très faible comparé à celui des pays à revenu élevé, a noté la BM. Signalons également que l’examen de l’évolution de la mobilité économique à travers le prisme de l’éducation a montré que 46 des 50 pays ayant les taux de mobilité ascendante les plus faibles appartiennent au monde en développement. Qu’à cela ne tienne, les auteurs du rapport ont noté que les écarts entre les genres se réduisent. En effet, si les filles ont déjà dépassé les garçons dans l’enseignement tertiaire dans les pays à revenu élevé, l’étude a fait apparaître qu’elles les rattrapent dans le monde en développement. Ce qui fait dire à la Banque que dans un avenir assez proche, la proportion de filles ayant un niveau éducatif supérieur à celui de leurs parents dépassera cette proportion chez les garçons à l’échelle mondiale. Quoi qu’il en soit, «l’aptitude à gravir l’échelle économique indépendamment de la situation socioéconomique des parents contribue à la réduction de la pauvreté et des inégalités», a souligné le rapport. Mieux, il a assuré qu’elle pourrait aider à stimuler la croissance économique en donnant à chacun la possibilité d’utiliser ses talents, soulignant que «les personnes vivant dans des sociétés plus mobiles se montrent plus optimistes pour l’avenir de leurs enfants, ce qui est de nature à engendrer une société dans laquelle les aspirations et la cohésion sont plus fortes». Pour la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, il est impératif d’investir dans les enfants dès leur plus jeune âge pour qu’ils soient bien nourris et reçoivent une éducation de qualité. La patronne de la BM estime que «nous devons faire en sorte que les communautés locales soient un lieu où les enfants puissent grandir, apprendre et prospérer en toute sécurité et donner des chances égales à tous en créant de bons emplois et en améliorant l’accès aux financements». Alain Bouithy
L’emploi vulnérable touche trois travailleurs sur quatre dans les pays en développement

Travailler pour gagner à peine de quoi survivre. L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié récemment un nouveau rapport soulignant la réalité quotidienne des millions de personnes à travers le monde qui, bien qu’ils travaillent, vivent (encore) dans la pauvreté. Des millions de personnes à travers le monde travaillent mais vivent dans la précarité, a déploré l’agence onusienne soulignant la réalité quotidienne des travailleurs pauvres. Une réalité insoutenable voire un paradoxe que l’agence onusienne a déploré en appelant à intensifier les efforts pour réduire les inégalités et améliorer la situation des travailleurs pauvres qui affrontent une réalité quotidienne difficile. Le rapport « Emploi et questions sociales dans le monde – Tendances 2018 », qui fait état de 1,4 milliard de travailleurs qui évoluent dans l’emploi vulnérable, cite de nombreux cas de travailleurs pauvres observés notamment dans les pays en développement. Comme l’a indiqué Stefan Kühn, auteur principal dudit rapport, «l’emploi vulnérable touche trois travailleurs sur quatre dans les pays en développement. On estime que près de 1,4 milliard de travailleurs occupaient un emploi vulnérable en 2017. Chaque année, il faut leur ajouter 17 millions de personnes supplémentaires.» Si la pauvreté au travail continue de reculer, il insiste toutefois sur un fait : « Comme pour l’emploi vulnérable, les progrès stagnent». Par ailleurs, en 2017, l’OIT a noté que l’extrême pauvreté au travail restait largement répandue, avec plus de 300 millions de travailleurs des pays émergents et en développement ayant un revenu ou une consommation par habitant de moins d’1,90$ par jour. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le rapport ne se fait pas d’illusion sur la situation des travailleurs pauvres. Et pour cause, de manière générale, l’agence constate que la réduction de la pauvreté au travail progresse trop lentement pour suivre le rythme d’accroissement de la main-d’œuvre dans les pays en développement où le nombre de personnes concernées par l’extrême pauvreté au travail devrait dépasser 114 millions en 2018, soit 40% du total des personnes employées. Si l’auteur principal du rapport admet que de nombreux pays émergents ont accompli des progrès considérables dans la réduction de l’extrême pauvreté au travail, assurant qu’elle devrait continuer à reculer, avec une réduction du nombre de travailleurs extrêmement pauvres de 10 millions par an en 2018 et 2019, force est de constater que du chemin reste encore à faire pour véritablement parler d’un recul définif. Selon les observations de Stefan Kühn, « la pauvreté modérée au travail, dans laquelle les travailleurs vivent avec un revenu situé entre 1,90 et 3,10$ par jour, est toujours répandue et concernait 430 millions de travailleurs dans les pays émergents et les pays en développement en 2017». C’est dire qu’il va falloir déployer davantage d’efforts pour, un tant soit peu, réduire les inégalités et assurer de meilleures conditions de vie et de travail aux millions de personnes vivant dans cette situation.
Les pays en développement appelés à reconsidérer leurs relations avec les banques internationales

Les pays en développement vont probablement devoir reconsidérer la valeur des banques internationales et leur rôle capital pour accéder au crédit mondial et accélérer la croissance économique, tout en continuant à gérer les risques, a indiqué un rapport de la Banque mondiale paru récemment. Dans sa nouvelle publication (Global Financial Development Report 2017/2018: Bankers without Borders), l’institution financière internationale a affirmé que les restrictions de plus en plus nombreuses auxquelles sont assujetties les banques étrangères dans les pays en développement depuis la crise financière mondiale de 2007-2009 entravent le potentiel de croissance de ces pays en limitant l’accès des entreprises et des ménages à des financements indispensables. Comme l’a rappelé la BM dans son rapport, «la crise de 2007-2009 et la récession économique qui s’en est suivie ont suscité une vaste réévaluation des avantages et des coûts des activités bancaires internationales». Face à la montée des incertitudes autour des avantages de l’ouverture, de nombreux pays se sont alarmés de l’expansion récente des grands établissements internationaux et ont restreint l’activité des banques étrangères, a-t-elle relevé soulignant que ces restrictions ont concerné près de 30% des pays en développement. A en croire l’institution de Bretton Woods, les restrictions qui en ont découlé ont eu pour conséquence de porter un coup d’arrêt au «processus de mondialisation des services financiers et à l’essor des prêts extraterritoriaux qui avaient marqué la décennie précédente». Elles ont eu aussi pour conséquence de priver nombre d’économies de l’accès au crédit mondial, au détriment des entreprises et des ménages. Si les activités bancaires internationales présentent un risque de contamination de l’instabilité, en particulier pour les pays qui n’ont pas de réglementations et d’institutions solides, le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a estimé qu’«il est indispensable d’atténuer ce risque». En revanche, il a rappelé que «sans concurrence bancaire, les pauvres ne seront pas en mesure d’avoir accès à des services financiers essentiels, de nombreuses entreprises seront dans l’impossibilité de s’ouvrir à de nouveaux marchés, et la croissance dans les pays en développement piétinera». Pour Asli Demirguc-Kunt, directrice de la recherche à la Banque mondiale, si l’ouverture aux banques internationales n’est pas une garantie de stabilité ou de développement financiers, «de nombreux travaux de recherche montrent qu’avec les bonnes politiques et les bonnes institutions en place, cette ouverture peut conduire à une plus grande compétitivité, contribuer à amortir les chocs économiques au niveau local et accroître l’accès à des capitaux indispensables pour stimuler la croissance». Pour la Banque mondiale, il ne fait aucun doute que la finance bancaire est essentielle à l’existence d’un secteur privé dynamique, et en particulier à l’essor des petites et moyennes entreprises. Elle a soutenu dans un communiqué que «les pays en développement peuvent optimiser les avantages que procure un système bancaire renforcé et, en même temps, se protéger contre les risques». Pour y parvenir, l’institution financière a expliqué que les pays en développement doivent améliorer le partage de l’information par le biais des centrales de risque, veiller à une application stricte des droits de propriété et des régimes des contrats, et garantir une supervision rigoureuse des banques. Enfin, la BM a assuré que la présence de banques étrangères et l’ouverture financière, conjuguées au bon fonctionnement des marchés financiers, auront des incidences systémiques positives, à condition de prendre des mesures appropriées. Allusion à une meilleure stabilité financière, une concurrence accrue et une plus grande résilience aux chocs économiques. Selon la BM, au lendemain de la crise de 2007-2009, plusieurs banques des pays en développement ont rempli le vide laissé par les banques des pays riches en étendant leurs opérations à l’étranger, au point qu’elles représentent désormais 60% des nouveaux établissements bancaires depuis la récession. «Une tendance qui a conduit à une hausse des relations bancaires entre pays en développement et à une régionalisation des opérations bancaires internationales», a-t-elle constaté. Pour autant, la BM a relevé que le volume total des actifs des plus grandes banques du monde a néanmoins augmenté de 40%. Ce qui, a-t-elle expliqué, tendrait à indiquer que les efforts de régulation déployés depuis la crise ne sont pas parvenus à régler le problème du too big to fail, à savoir les banques «trop importantes pour faire faillite».
La réduction des risques, principal attrait des investissements étrangers

Attirer les investissements directs étrangers (IDE) est une préoccupation permanente pour de nombreux pays en voie de développement qui ne cessent d’initier des politiques à même d’attirer cette manne très convoitée. La course aux IDE est telle qu’une compétitivité sournoise s’est installée parmi les pays désireux de stimuler l’investissement et la croissance de leurs économies respectives. Dans un récent rapport sur les facteurs de compétitivité des investissements dans les pays en développement (Global Investment Competitiveness Report 2017–2018), la Banque mondiale s’est justement intéressée aux principaux facteurs à même de déclencher des investissements directs étrangers (IDE). Selon l’étude qu’elle a menée auprès de 750 cadres d’entreprises multinationales, l’environnement des affaires prévisible, les réglementations efficaces et la stabilité de la situation politique constituent les principaux facteurs pouvant déclencher les IDE. L’analyse des résultats de cette enquête a fait ressortir que les acteurs internationaux privilégient la stabilité politique, la sécurité, l’environnement macroéconomique et l’attractivité du cadre réglementaire au moment de procéder à des investissements dont on sait qu’ils peuvent jouer un rôle capital dans la croissance et la création d’emplois. Pour Anabel Gonzalez, directrice principale du pôle mondial d’expertise en commerce et compétitivité du Groupe de la Banque mondiale, « les facteurs décisifs des choix des multinationales concernant leurs investissements dans les pays en développement résident dans un cadre juridique et réglementaire propice à l’activité économique des entreprises, ainsi que dans des conditions politiques, sécuritaires et macroéconomiques saines », a-t-elle précisé. Selon cette experte, en conjuguant une enquête auprès d’investisseurs internationaux à une analyse des politiques d’investissement, le rapport a permis de mieux comprendre comment les pays en développement, et en particulier les Etats fragiles, peuvent réduire les risques associés à leurs économies et déclencher un afflux d’IDE. Comme l’a relevé l’institution financière internationale dans un communiqué, le rapport étudie l’impact des investissements directs étrangers sur les possibilités de croissance des entreprises locales et évalue le rôle des exonérations d’impôts et autres incitations fiscales dans l’attractivité d’un pays. L’étude analyse aussi les caractéristiques des IDE provenant de pays en développement et revient sur l’expérience d’investisseurs étrangers dans des pays en situation de conflit et de fragilité, a précisé la BM. Ainsi, la Banque mondiale a noté qu’« en combinant le point de vue direct des investisseurs potentiels à des travaux de recherche et d’analyse approfondis, le rapport met en évidence l’importance d’un climat d’investissement propice et à faible risque, pour les multinationales comme pour les entreprises locales». Elle a également ajouté que les recommandations de réforme avancées devraient aider les pays à attirer des investissements étrangers au service du développement. Ted Chu, économiste en chef de la Société financière internationale (IFC) a toutefois rappelé que « le rapport sur la compétitivité des investissements dans le monde ne se contente pas d’étudier les grandes tendances de l’investissement étranger : il analyse en profondeur les principaux leviers des IDE ». Selon lui, le rapport propose également des recommandations concrètes et exploitables qui aideront les pays en développement à tirer parti des investissements internationaux. Fruit d’un travail conjoint de la Société financière internationale (IFC) et du pôle mondial d’expertise en commerce et compétitivité du Groupe de la Banque mondiale, le rapport a été dévoilé le 25 octobre en marge du Forum sur la compétitivité des investissements. Avaient été conviés à cette rencontre, plusieurs cadres d’entreprise, des donateurs partenaires, des universitaires et de hauts responsables de pays en développement ayant engagé des réformes majeures dans leurs politiques d’investissement.
Les pays en développement, principaux moteurs de la croissance mondiale en 2017

Les Nations unies plaident pour un environnement économique international propice au développement durable Le produit mondial brut devrait augmenter de 2,7% en 2017 et de 2,9% en 2018, a annoncé l’Organisation des Nations unies (ONU). Ce qui représente une légère baisse par rapport aux prévisions du mois de mai dernier, ont indiqué les Nations unies dans un récent rapport intitulé « Situation et perspectives de l’économie mondiale 2017 ». En dépit de la reprise annoncée, les Nations unies restent prudentes quant à l’évolution de l’économie mondiale qui ne serait pas encore, selon elle, sortie de sa période de lente croissance, caractérisée par des investissements limités, un commerce en berne et une croissance atone de la productivité. « Cette modeste reprise constitue davantage une stabilisation économique plutôt qu’une reprise vigoureuse et soutenue de la demande mondiale. La légère augmentation de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) prévue pour les économies développées en 2017 est largement déterminée par la fin du cycle de déstockage aux Etats-Unis et par des politiques de soutien additionnelles au Japon », expliquent les experts de l’ONU. Après deux années consécutives de décroissance, les économies en transition devraient connaître une croissance de 1,4 % en 2017, alors que celle des pays exportateurs de matières premières devrait s’accélérer légèrement du fait de la stabilisation des prix de ces produits et de la réduction des pressions inflationnistes, antérieurement provoquées par les fortes dépréciations des taux de change. Selon le rapport, les pays en développement continuent d’être les principaux moteurs de la croissance mondiale, avec une contribution de plus de 60% à la croissance du produit mondial brut pour la période 2016-2018. Grâce à une demande intérieure forte et à des politiques macroéconomiques favorables, l’Asie de l’Est et l’Asie du Sud continueront de croître plus rapidement que les autres régions, peut-on lire. A propos des pays développés, l’ONU note qu’ils devraient connaître une légère amélioration de la croissance en 2017, malgré le faible niveau d’investissements et les incertitudes en matière de politique générale. En ce qui concerne la croissance du PIB des pays les moins avancés (PMA), elle devrait demeurer largement en deçà du seuil de 7% fixé dans les objectifs de développement durable. Elle devrait passer d’environ 4,5% en 2016 à 5,2% et 5,5% en 2017 et 2018, respectivement. L’ONU avertit toutefois que ces perspectives restent sujettes à d’importantes incertitudes et à des risques de baisse qui pourraient compromettre l’accélération modérée de la croissance actuellement projetée. Quoi qu’il en soit, l’ONU estime que les faibles investissements sont à la base du ralentissement de la croissance mondiale. « La croissance des investissements s’est considérablement ralentie dans plusieurs des grandes économies développées et en développement, ainsi que dans de nombreuses économies en transition », a-t-elle constaté. Cette situation a mené au ralentissement de la croissance de la productivité dans la plupart des économies développées et dans de nombreux pays en développement et en transition. Dans ce rapport, il ressort aussi que la diminution de la croissance du commerce mondial a été à la fois un facteur contributif et un symptôme du ralentissement économique mondial. Selon l’organisation, le volume du commerce mondial n’a augmenté que de 1,2% en 2016, le troisième taux le plus bas au cours des 30 dernières années. « Les facteurs cycliques – tels que la composition de la demande mondiale et le climat d’incertitude accrue – continuent de freiner la croissance du commerce mondial. De plus, un certain nombre de changements structurels, qui avaient favorisé l’expansion rapide du commerce mondial dans les années 1990 et 2000, ont commencé à décliner, auxquels s’est ajouté le ralentissement de la libéralisation des échanges », a-t-elle constaté. A noter que l’économie mondiale n’a progressé que de 2,2% en 2016. Ce qui représente le taux de croissance le plus faible depuis la Grande Récession de 2009, ont commenté les Nations unies.