Exposition « Maroc en héritage » : un dialogue sensible entre la matière et l’intime

Présentée à la Galerie Bab Rouah, l’exposition réunit les univers du sculpteur Paul Beckrich et de l’artiste peintre Nadia Chellaoui ARTS. L’exposition Maroc en Héritage, présentée à la Galerie Bab Rouah, du 5 au 19 juin, s’impose comme un événement majeur de la scène artistique contemporaine. Imaginée et produite par la Galerie Rikia Ferrer, cette exposition propose une rencontre inédite entre deux univers créatifs distincts mais profondément complémentaires : la sculpture de Paul Beckrich et la peinture de Nadia Chellaoui. Ce projet curatorial, porté par la galeriste Rikia Merius, tisse un lien subtil entre le patrimoine culturel marocain et la création contemporaine, offrant au public une expérience immersive et poétique. Le costume marocain comme langage visuel Au cœur de cette exposition, le costume traditionnel marocain s’érige en véritable fil conducteur. Loin d’être une simple référence folklorique, il est abordé comme un langage visuel à part entière, un vecteur de mémoire et un espace d’interprétation contemporaine. Les deux artistes s’en emparent avec des approches singulières, révélant la richesse et la vitalité de ce patrimoine vivant. Paul Beckrich, sculpteur français reconnu pour sa maîtrise du raku et du bronze, développe une lecture plastique et structurelle du costume. Ses personnages, souvent richement vêtus, témoignent d’un travail minutieux sur les drapés et les étoffes. L’artiste interroge la présence, la matière et la dimension symbolique du corps vêtu, figeant le mouvement dans une atmosphère intemporelle. Ses œuvres, nourries par ses voyages et ses influences culturelles variées, dialoguent avec l’histoire et la matière, offrant une vision poétique et silencieuse de l’identité humaine. Face à cette approche sculpturale, Nadia Chellaoui, artiste peintre marocaine, privilégie une exploration sensible et introspective. Son travail, ancré dans un expressionnisme contemporain, place la figure humaine, et plus particulièrement la femme, au centre de sa réflexion. À travers la couleur et le geste, elle traduit des émotions profondes telles que l’amour, la solitude et l’introspection. Le costume devient alors le support d’une recherche d’authenticité et de vérité intérieure, reflétant son attachement à son environnement culturel. Une mise en résonance poétique La force de Maroc en Héritage réside dans la complémentarité de ces deux écritures artistiques. Le commissariat de l’exposition s’attache à révéler les liens et les nuances entre le regard extérieur de Paul Beckrich, porté vers l’ailleurs, et l’expression intime de Nadia Chellaoui, ancrée dans sa culture. Cette mise en résonance crée un dialogue fécond où la sculpture et la peinture se répondent, où les formes et les couleurs racontent une histoire commune. L’exposition invite le spectateur à un voyage sensible entre traditions, cultures et imaginaire. Elle souligne la capacité du patrimoine marocain à inspirer des formes artistiques plurielles et contemporaines. En réunissant ces deux artistes, la Galerie Rikia Ferrer réussit le pari de proposer une lecture renouvelée de l’héritage culturel, tout en affirmant sa vision profondément humaine et universelle de l’art contemporain. Maroc en Héritage est une célébration de la rencontre, un hommage à la beauté de la diversité et une invitation à contempler l’art comme un pont entre les peuples et les mémoires. Un écrin chargé d’histoire Le choix de la Galerie Bab Rouah n’est pas anodin. Ce lieu emblématique du patrimoine culturel marocain offre un cadre architectural et historique qui résonne avec les œuvres exposées. L’espace lui-même devient un acteur du dialogue artistique, amplifiant la dimension patrimoniale et symbolique de l’exposition. La Galerie Rikia Ferrer, fondée en 2013 en Alsace, démontre ici sa capacité à créer des ponts culturels, affirmant sa volonté de favoriser les échanges entre la France et le Maroc. Pour Rikia Merius, d’origine marocaine, cet événement revêt une importance toute particulière, marquant un retour aux sources tout en célébrant l’universalité de l’art. A la Galerie Bab Rouah à Rabat Du 5 au 19 juin 2026
Arts plastiques. La plasticienne Nada Iraqui revisite le patrimoine marocain

Dans ses derniers travaux, l’artiste peintre Nada Iraqui revisite les splendeurs du patrimoine immatériel marocain dans toutes ses facettes. Joyeuse fête de couleurs, de formes et de lumières, l’œuvre de cette plasticienne est le résultat d’un travail de longue haleine et une recherche renouvelée sur les couleurs, les signes et les symboles. Elle a réalisé des peintures sublimes de grand format, des portraits, des paysages, des scènes d’intérieur d’un genre nouveau, sur toile ou papier. Le patrimoine marocain est très riche. Entre costumes, musiques, peintures, traditions, littérature et cinéma, cet élan émouvant ne date pas d’aujourd’hui. Pour mieux approcher cette histoire, il faut remonter le temps et l’espace. Cet élan s’adresse directement aux cœurs autant qu’aux esprits, reste à ne surtout pas chercher à en plaquer un exotisme quelconque. Mais, il faut se laisser tout simplement immerger. C’est le cheval de bataille de l’artiste-peintre marocaine Nada Iraqui qui ne cesse de mettre en lumière ce patrimoine et appelle à travers ses toiles à le sauvegarder afin qu’il ne soit pas suspendu dans le temps et l’espace. Ses travaux ne dérogent pas à cette règle. Au contraire, depuis ses débuts, il y a si longtemps, cette artiste a choisi de mettre l’accent sur les spécificités patrimoniales d’un Maroc qui marie bien authenticité et modernité. Le tout est porté très haut par sa prédilection pour la liberté de création. Ses travaux lui ont permis de trouver des voies nouvelles. Il s’agit d’un panorama iconographique impressionnant qui revisite notre beauté environnante et nous donne la possibilité de contempler les repères authentiques de notre mémoire collective. Dans ce sens, on citera ses œuvres portant sur le caftan dans ses multiples formes. Pour cette plasticienne, peindre est un moyen d’évasion, d’expression et de partage. Son art est toujours en mouvement, en effervescence et remet constamment en cause les règles établies. Elle y a trouvé la sérénité et les muses de la création. La peinture s’est imposée à elle il y a quelques années comme moyen d’expression alternatif, faisant appel à d’autres sens et permettant d’exprimer différemment ses émotions. Le tout est porté très haut par sa prédilection pour la liberté de création. Ses travaux lui ont permis de trouver des voies nouvelles. «Je ne pense pas qu’il y ait une démarche différente dans telle ou telle création. Le point nodal est la recherche d’équilibre de la subtilité. Entendons-nous bien, nous parlons de création et non de reproduction du visible. Prenons un exemple concret: l’humour ! Si c’est lourd, ce n’est pas drôle. Il faut doser le second degré pour accéder à la subtilité qui va déclencher le rire. L’abstrait va utiliser des symboles; moi je mets l’humain en symbole! La démarche est la même au départ; il faut qu’il y ait une lisibilité de l’œuvre pour que l’impact soit efficace. Et bien souvent, le titre peut guider le spectateur, mais là aussi il doit être subtil. La peinture doit avoir une résonnance dans l’âme et non dans le mental, même s’il y a une réflexion de l’intellect, la première impression doit être l’écho de l’âme», indique Nada Iraqui. Il faut dire que la composition chez elle est considérée comme une mise en scène, mais très sérieuse, si l’on peut dire, où c’est l’occasion pour l’artiste de projeter ses intimes sensations, son moi profond. C’est ce qu’elle essaie de montrer à chacune de ses expositions que ce soit au Maroc ou à l’étranger. En juillet dernier, Nada a exposé à Essaouira dans le cadre du Festival Cœur à cœur. Mais bien avant, ce membre du collectif Les fous d’arts a dévoilé ses œuvres en Espagne, à Monaco ou encore au Carrousel du Musée du Louvre à Paris pour défendre les qualités esthétiques et stylistiques de son œuvre et par là même représenter l’art contemporain marocain et son image sur la scène internationale. L.M