Maroc. Les exonérations fiscales de l’agriculture, de l’immobilier et de l’enseignement privé ne sont pas justifiées

Maroc. Les exonérations fiscales de l’agriculture, de l’immobilier et de l’enseignement privé ne sont pas justifiées

OXFAM Maroc passe au crible les exonérations fiscales accordées à l’immobilier, l’agriculture et l’enseignement privé dans un nouveau rapport qui balaie d’un revers de main la pertinence des avantages dont profitent ces trois secteurs. Dans ce document intitulé « Les exonérations fiscales, le GRAND manque à gagner: Agriculture, Immobilier, Enseignement privé », l’organisation internationale a tenu à vérifier les conditions théoriques et pratiques plaidant en faveur de la mise en place d’un cadre incitatif. En effet,  en vue d’analyser la pertinence des exonérations fiscales accordées à l’immobilier, l’agriculture et l’enseignement privé, elle a procédé à une évaluation des trois secteurs afin d’apprécier la situation justifiant l’octroi d’exonérations fiscales. Après analyse, il s’est avéré que « les secteurs exonérés n’affichent en réalité aucune situation justifiant les dépenses fiscales qui leur sont accordées », a relevé OXFAM Maroc dans son étude. Comme l’a fait remarquer Asmae Bouslamti, responsable de programme Justice sociale et de genre à Oxfam au Maroc, citée dans un communiqué de l’organisation, « l’étude montre que les exonérations fiscales n’ont pas d’impact significatif dans les décisions des entreprises d’investir ou de recruter ». En ce qui concerne l’immobilier, l’organisation internationale constate que le premier argument relatif à la présence d’un handicap économique est difficilement recevable pour ce secteur. Ensuite, selon les auteurs de l’étude, ce secteur affiche une concentration de l’offre sur quelques grandes villes avec une rencontre avec l’offre qui ne nécessite aucun effort particulier. Ce n’est pas tout. Le rapport estime en outre que l’immobilier « ne peut guère être considéré comme étant un secteur nécessitant une discrimination positive du moment qu’il représente tout de même près de 47% de l’investissement global de l’économie marocaine, ce qui implique une forte capacité capitalistique ne nécessitant pas de discrimination positive pour pouvoir émerger ». Evoquant le point sur la compétition fiscale extérieure, OXFAM Maroc rappelle que « ce secteur est l’un des secteurs non échangeables en raison de l’absence d’une concurrence extérieure et ne peut, de ce fait, en aucun cas faire objet de la compétition fiscale ». Il est important de relever ici que « le rythme de croissance de la valeur ajoutée immobilière est passé de 4% entre 2007 et 2013 à plus de 5,5% entre 2013 et 2019 malgré une baisse des exonérations de l’ordre de 40% entre les deux périodes », selon Asmae Bouslamti. Et de constater : « l’arsenal incitatif colossal n’a pas donné lieu à une vague d’investissement ou de recrutement significativement supérieure en comparant les secteurs incités et ceux qui le sont moins ». S’agissant de l’agriculture, les «handicaps économiques» pouvant justifier les exonérations fiscales sont liés à la sécheresse et aux problèmes du foncier (exiguïté d’exploitation, morcellement excessif, multiplicité des statuts). Les auteurs rappellent que ce secteur bénéficie de toutes sortes d’aides financières directes dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA) et que celles-ci oscillent entre 80% et 100% du coût d’investissement (installation du matériel d’irrigation moderne, amélioration foncière etc.) en vue de surmonter ces handicaps. Outre le fait que les aides financières directes comblent, en principe, les insuffisances du secteur, OXFAM Maroc rappelle que ce secteur a bénéficié d’une exonération totale des revenus et des bénéfices agricoles sur la période 1984-2014 en raison des difficultés climatiques ayant marqué le début des années 1980. Une situation remise en question dans le contexte actuel notamment avec une valeur ajoutée agricole ayant quasiment doublé de valeur entre 2005 et 2018. S’agissant de la compétition fiscale, il est vrai que l’agriculture marocaine est en compétition avec plusieurs pays de la méditerranée sur certains produits. Mais il n’a pas échappé à l’organisation que le Maroc dispose des meilleurs indicateurs en termes d’avantages comparatifs dans l’agriculture par rapport à ses concurrents. Pour rappel, l’organisation internationale avait publié l’année dernière son rapport sur l’analyse de la politique fiscale au Maroc dont l’objectif est de contribuer à une réflexion profonde quant aux problématiques d’injustice sociale et d’inégalités engendrées par le système fiscal afin d’améliorer la prise en compte de ces questions. Quant au secteur de l’enseignement privé, outre le fait s’être concentré sur les grandes villes et sur certaines catégories de la population,  l’organisation estime qu’il ne nécessite aucune discrimination positive. « D’abord puisqu’il est en « concurrence » avec un secteur de service public, mais surtout puisqu’il est plus convoité par les populations ayant un niveau de revenu relativement élevé, ce qui renforce les inégalités sociales ». En fin de compte, OXFAM soutient dans son rapport qu’il est plus judicieux d’orienter les exonérations fiscales vers d’autres secteurs affichant des handicaps économiques en raison d’une défaillance étatique, ou vers d’autres secteurs nécessitant une discrimination positive pour leur permettre d’émerger dans un environnement difficile. A propos de l’utilisation des exonérations fiscales comme moyen d’action dans le cadre d’une compétition fiscale régionale, l’organisation est persuadée que « cette pratique reste dangereuse et peut impacter négativement l’image du pays ». Elle rappelle d’ailleurs qu’elles sont critiquées par la Cour des comptes, pour laquelle ces dérogations doivent être appuyées par des études préalables suffisamment étayées. Aussi, à en croire OXFAM Maroc, « le Maroc pourrait même se trouver dans l’obligation de faire marche arrière comme ce fut le cas lorsque le pays fut placé sur la liste grise de l’Union Européenne, ce qui a nécessité l’application d’un taux unifié de 15% aux sociétés de service ayant le statut de Casablanca Finance City, au lieu d’un taux réduit de 8,75% pour leur chiffre d’affaire à l’export, lors de l’adoption de la LF2020 ». Comme le souligne Abdeljalil Laroussi, responsable de Plaidoyer et Campagnes à Oxfam au Maroc : « il ne faut pas perdre le temps ni le chemin, l’urgence est d’abandonner les privilèges fiscaux qui renforcent l’économie de rente et d’opter pour une évaluation de la productivité sociale et économique des exonérations accordées ». Pour ce dernier, également cité dans le communiqué, « la politique fiscale doit jouer son rôle correctif, réduire les inégalités et alimenter les caisses de l’état afin d’entamer avec courage et responsabilité les chantiers annoncés dans le cadre du nouveau modèle de développement… » Alain Bouithy

Oxfam Maroc: Lancement des 16 jours d’activisme 2021 sous le slogan : SAKTINCH_wbl3onf_ma9ablinch #Refusons_Accusons_Agissons

Oxfam au Maroc célèbre les 16 jours de cette année avec fierté des acquis du mouvement féministe au Maroc dans la lutte contre les violences fondées sur le genre et avec une inquiétude de la situation de ces violences accentuées par le contexte pandémique. Chaque année, la campagne d’Oxfam à travers le monde appelle à une action mondiale pour rappeler que, partout dans le monde, les inégalités entre les femmes et les hommes sont à la fois la cause et la conséquence des violences faites aux femmes et aux filles. « Au Maroc, les violences faites aux femmes et aux filles prennent plusieurs formes : physique, psychologique, économique et légale, en particulier lors d’un divorce, confie Saïda* à Oxfam. Mon mari m’a contrainte à divorcer parce que je n’acceptais pas qu’il ait une seconde épouse. Avec ma petite fille, il m’a forcée à quitter la maison, qui était à lui officiellement. En dépit des lois, les mentalités n’évoluent que très lentement… » Oxfam au Maroc et ses partenaires à travers leurs travaux et actions de proximité ont fait le constat d’une augmentation alarmante des violences contre les femmes au cours des derniers mois, dans le contexte de la pandémie Covid 19. Les résultats d’un de nos derniers rapports à venir[1],  ont ressorti une recrudescence, en particulier des violences physiques, psychologiques, sexuelles et économiques, ainsi que de la violence domestique, alimentées par l’insécurité économique des ménages exacerbée par une vie confinée. Malheureusement, nous assistons à une nette régression en matière d’égalité entre les sexes et de droits des femmes. Il est temps à ce que les préoccupations d’égalité des sexes soient pleinement intégrées dans nos réponses à court terme et dans notre redressement à long terme, afin de construire des sociétés plus égalitaires et plus résilientes pour sortir de cette crise et parvenir à un future à égalité. Cette année, la commémoration du 30ème anniversaire des 16 jours d’activisme coïncide avec la célébration des 30 ans d’Oxfam au Maroc. Une série d’activités seront ainsi organisées tout au long de cette campagne afin de mettre en évidence l’engagement d’Oxfam pour un Maroc égalitaire et juste qui assure des opportunités d’épanouissement pour les femmes, les jeunes, les personnes migrantes et celles qui habitent les régions marginalisées. Un pays où les femmes et les hommes ont les mêmes chances d’évolution, d’accès et d’exercice de droits dans un environnement inclusif, libre de violence et non discriminatoire. Le slogan de cette année « #Massaktinch_ wbl3onf_Ma9ablinch » appelle toutes les femmes et les filles, les survivantes et les témoins, ainsi que les allié.e.s à refuser, accuser et agir contre les violences faites aux femmes et aux filles : #Refusons_Accusons_Agissons. De plus amples informations, notamment sur les activités à venir, les documents de plaidoyer, et les études réalisées, seront bientôt diffusées sur les pages Facebook et LinkedIn d’Oxfam au Maroc. [1] Un rapport sur « les violences contre les femmes à l’aune de la loi et du contexte pandémique » sera rendu public dans les semaines à venir, durant les 16 jours d’activisme.