Maroc. Le HCP compte faire du NMD le référentiel stratégique de contextualisation et d’analyse des ODD

Faire le point sur les activités du Haut-commissariat au plan (HCP) à travers son programme d’actions entre 2022 et 2025. Tel est l’objet de la rencontre tenue lundi au siège de l’organisme public à Rabat. Le Haut-commissariat au plan se doit de continuer à consolider sa culture institutionnelle, marquée par une exclusive allégeance aux valeurs de la science et une rigoureuse conformité opérationnelle à la pratique internationale, mises l’une et l’autre, au service des objectifs de développement de notre pays, a d’emblée martelé le haut-commissaire au plan, Ahmed Lahlimi Alami. Une fois cela dit, le haut-commissaire au plan est entré dans le vif du sujet en évoquant en premier le point sur le Nouveau modèle de développement (NMD) dont le HCP compte faire « le référentiel stratégique de contextualisation et d’analyse des ODD ». Des ODD qui déclinent un véritable modèle de développement, a-t-il souligné. Avant d’indiquer : « Aujourd’hui, le référentiel stratégique de nos activités d’enquêtes et d’études s’enrichit et se structure par les orientations économiques, sociales, environnementales et territoriales retenues par le NMD et actées par SM le Roi, que Dieu l’Assiste, comme une base du pacte national de développement de notre pays ». Pour Ahmed Lahlimi Alami, il ne fait aucun doute que « le NMD offre, dorénavant, le cadre stratégique et normatif de notre contextualisation du modèle international des ODD dans le but d’aboutir à une convergence dynamique des objectifs des deux modèles ». C’est donc dans ce contexte que le Haut-commissariat a « engagé une analyse rigoureuse du NMD pour en tester la cohérence interne et dégager les indicateurs et indices nécessaires au suivi et à l’évaluation des politiques publiques à la lumière de cette convergence », a-t-il fait savoir. Au cours de son intervention, le haut-commissaire au plan s’est aussi exprimé sur la nécessité d’«actualiser notre connaissance des structures économiques, sociales et environnementales de notre pays. Ainsi qu’il l’a relevé, « un état des lieux de notre appareil de production et de nos échanges économiques, sociaux et culturels avec notre environnement régional et international, permet, seul, de faire un bilan circonstancié des performances de nos politiques publiques et de planifier les ressorts de notre croissance économique, de notre cohésion sociale et de notre rayonnement culturel aux horizons dont les échéances deviennent de plus en plus contraignantes ». Autre point également abordé, celui consistant à réaliser de grandes enquêtes nationales de structure. A cet effet, il a annoncé que « des enquêtes de structure, particulièrement lourdes, sont en cours de préparation ou déjà amorcées, certaines à caractère économique et d’autres à vocation sociale, et seront couronnées par le grand chantier du recensement général de la population et de l’habitat ». A noter que ces enquêtes couvrent l’ensemble du territoire national avec des échantillons suffisamment larges et permettront d’éclairer la situation au niveau des unités administratives les plus pertinentes, comme il l’a précisé. Selon Ahmed Lahlimi Alami, ces enquêtes porteront sur les structures économiques pour apporter une actualisation des données sur l’investissement, la production et la consommation intermédiaire des entreprises ; l’informel afin de permettre de mieux cerner la sphère informelle qui traverse l’ensemble des activités économiques et sociales du pays et mieux connaître les mécanismes actuels de son extension ou les modes opératoires de son insertion dans le paysage de l’économie et de la société ainsi que sur les Institutions sans but lucratif (ISBL) pour donner une information plus circonstanciée sur la société civile dans notre pays pour en évaluer la contribution à la richesse nationale et appréhender ses caractéristiques socioéconomiques. Il a, par ailleurs, ajouté que les enquêtes à caractère social s’articuleront autour des dimensions suivantes des niveaux de vie des ménages, de la famille marocaine, de l’emploi du temps des Marocains ainsi que du recensement général de la population et de l’habitat. Le programme d’activité prévoit également de promouvoir la régionalisation de l’échange institutionnel de l’information statistique et économique. A titre de rappel, dans la perspective d’un «Maroc des régions», le HCP a entamé, depuis 2017, un grand chantier de mise en place des bases de données statistiques régionales. «Ces bases de données, qui comportent des plateformes dédiées aux indicateurs ODD, permettront aux différents acteurs régionaux et locaux d’élaborer leurs programmes de développement et de suivre et évaluer leurs réalisations », a expliqué le haut-commissaire au plan rappelant en outre que l’organisme dont il a la charge a amorcé le chantier de l’institutionnalisation des échanges de données produites par les unités déconcentrées de l’administration publique. Dans le cadre de son programme d’activité, il est aussi question de continuer à enrichir notre arsenal d’outils dédiés à nos analyses économiques et sociales et de parachever le processus de digitalisation de notre modèle de gestion. Sur ce dernier point, il sied de rappeler que le HCP a amorcé le processus de digitalisation depuis 2004. « Nous avons ainsi digitalisé l’ensemble de nos lignes de produits et services et mis en place une plateforme collaborative permettant des échanges documentés… Certaines enquêtes de conjoncture économique sont ainsi passées au mode internet (CAWI) avec l’ambition d’une généralisation de ce mode à l’ensemble des enquêtes entreprises », a-t-il relevé. Et d’ajouter qu’un processus d’automatisation des échanges de données, à travers une plateforme dédiée, est amorcé avec certains des partenaires du HCP. Derniers points et non des moindres du programme : élargir la gamme des modes de dissémination de nos produits et rénover notre site institutionnel et continuer à promouvoir le mode de partenariat pour valoriser nos relations extérieures. Sur ce dernier point, Ahmed Lahlimi Alami a regretté le fait que « jusqu’à présent, pour une raison ou une autre, les gouvernements n’ont souvent pas su percevoir l’intérêt de renforcer l’évaluation, par une institution indépendante, de leurs politiques économiques et sociales, et sur sa contribution à en améliorer les performances et l’attractivité auprès des partenaires internationaux ». S’inscrivant dans le cadre stratégique du nouveau modèle de développement et des objectifs du développement durable, cette rencontre a été organisée en perspective de la réforme institutionnelle du HCP. Alain Bouithy
Maroc. Pour le FMI, les besoins de financement substantiels découlant des réformes liées au NMD ne seront pas satisfaits par une croissance plus rapide du PIB

« Le Nouveau Modèle de Développement (NMD) contient plusieurs recommandations utiles pour renforcer la compétitivité des entreprises marocaines, améliorer la gouvernance, dynamiser le capital humain et construire une société plus inclusive », a salué le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport sur le Maroc rendu public en février dernier. Dans ce document publié au titre de l’article IV, l’organisation internationale va plus loin en soutenant que « la mise en œuvre des réformes structurelles proposées dans le rapport NMD pourrait produire un modèle économique plus développé et plus inclusif ». Dans son analyse, le FMI est revenu à maintes reprises sur un mot cher à l’Union socialiste des forces populaires (USFP), qui en a d’ailleurs fait un de ses chevaux de bataille : Réformes. Et d’estimer qu’« une mise en œuvre prudente des réformes sera essentielle à leur succès ». Sauf que et, quand bien même les réformes déjà en cours et celles suggérées dans le rapport sur le nouveau modèle de développement auraient le potentiel de créer une trajectoire de croissance plus forte, plus inclusive et durable pour le Maroc, le Fonds monétaire reste dubitatif quant à la réalisation des objectifs visés par le NMD. Etant donné les besoins de financement potentiellement importants associés à ces réformes, l’impact incertain sur la production potentielle et l’étroitesse de l’espace budgétaire, le FMI estime qu’« une conception et un ordonnancement soigneux sont nécessaires, sur la base d’un plan de financement adéquat et dans un cadre macroéconomique cohérent et stable ». Une inquiétude à peine masquée et des orientations que partage à bien des égards l’USFP qui n’a eu de cesse d’attirer l’attention du gouvernement en place sur certains aspects de ces questions. Le parti de la Rose, qui ne manque aucune occasion de fustiger toutes déviations pouvant mettre à mal la faisabilité des objectifs fixés par le Nouveau modèle de développement, a très tôt soutenu que « l’instauration du nouveau modèle de développement est une question stratégique qui exige de nous l’audace dans l’exposé, la créativité dans les moyens et le renouvellement dans l’approche » (Mémorandum présenté à la Commission spéciale sur le modèle de développement). Il faut dire que l’USFP est resté « attaché au modèle qui traite des grands disfonctionnements et qui puise sa force dans les principes majeurs de la social-démocratie, fondés sur l’incitation de la cadence économique compétitive, l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyennes et citoyens et le renforcement de la tendance régionale », comme cela a été rappelé dans un document politique élaboré par la Commission préparatoire du 11ème Congrès national de l’USFP. Dans ce document, le parti de la Rose a expliqué que ces objectifs ne sauraient être atteintes que « dans le cadre d’un contrat économique à portée sociale et avec une nouvelle génération de réformes de toutes les politiques publiques en cours ». A propos toujours des réformes, il est important de rappeler que l’USFP avait explicitement appelé dans son Mémorandum présenté à la Commission spéciale sur le modèle de développement à « des réformes audacieuses pour que l’économie et les investissements soient au service de la production et l’industrialisation, tout en se focalisant sur les investissements permettant la création de postes d’emploi, et ce dans le but de créer une dynamique économique à même de promouvoir le développement ». Dans ce même document, la formation politique estime qu’il est « nécessaire d’apporter des changements radicaux dans de nombreux domaines, tels que la mise en place d’un nouveau système fiscal plus juste et plus équilibré, l’encouragement des petits et moyens investissements avec des incitations réelles et concrètes, l’abolition de la spéculation, du monopole, le profit illicite et la concurrence déloyale et d’autres mesures qui entraîneraient des changements réels dans les domaines de la fiscalité, de la finance et de l’investissement ». Dans le même objectif, l’USFP soulignait également l’importance primordiale de réformer, d’étendre et de développer les systèmes de protection sociale. Le parti de la Rose estime au final qu’« il est nécessaire et même urgent de prendre des initiatives audacieuses ». Ce qui semble loin d’être le cas avec le gouvernement actuel. Pour revenir sur le rapport de l’organisation internationale, « le principal défi politique du Maroc est de trouver le juste équilibre entre le maintien de la reprise, le financement des réformes structurelles et la réduction de la dette publique », comme l’avait laissé entendre le FMI dans son dernier rapport. Cependant, quand bien même la mise en œuvre effective de ces réformes puisse considérablement stimuler la croissance potentielle du Maroc, le FMI constate que « l’ampleur et le calendrier de leur impact économique sont entourés d’une grande incertitude et les besoins de financement substantiels découlant des réformes ne seront probablement pas satisfaits par une croissance plus rapide du PIB ».Le Fonds préconise ainsi que des mesures budgétaires structurelles soient conçues pour créer l’espace budgétaire nécessaire pour financer ces réformes et préserver la viabilité budgétaire. L’institution affirme qu’« une réforme fiscale globale qui élargit l’assiette fiscale, améliore la progressivité du système et explore de nouvelles taxes telles qu’une taxe sur le carbone ou de nouvelles formes d’imposition de la richesse, ainsi qu’un examen des dépenses publiques qui hiérarchise et rationalise les dépenses seraient des éléments clés de cette stratégie ». Comme le rappelle le FMI, le rapport commandé par Sa Majesté Le Roi propose un projet global de réformes visant à doubler la PIB par habitant d’ici 2035, réduisant la part des emplois informels de 70 % actuellement à 20 %, doublant le taux de participation des femmes au travail à 45 % et l’augmentation des énergies renouvelables de moins de 10 à 40 % de la consommation d’énergie. Tout en approuvant pleinement les réformes en cours du système de protection sociale, les entreprises publiques et le système éducatif, le rapport « souligne également la nécessité de profondes réformes des cadres de gouvernance et de réglementation qui éliminent les goulots d’étranglement et les distorsions limitant la concurrence sur les marchés de produits, qui conduisent à entraver la compétitivité internationale du Maroc, encourager l’informel et réduire la confiance dans le secteur public et le système judiciaire ». Mais au-delà des objectifs très ambitieux fixés dans ledit rapport,