Après GANGA Edo, le chanteur kinois Jeannot BOMBENGA est désormais le musicien congolais le plus âgé et à la plus longue carrière

Né le 25 août 1934 à Wanga dans la région de l’Equateur (RDC), Jeannot BOMBENGA, est ce musicien emblématique de la chanson congolaise qui peut se vanter de la plus longue longévité dans la pratique de la musique congolaise moderne : un talent immense, reconnu unanimement. A 86 ans d’âge et 65 ans de carrière musicale, Jeannot BOMBENGA a marqué l’histoire de la rumba des soixante dernières années, notamment sa capacité à s’entourer des jeunes talents. Avec son groupe « Vox Africa », Il a surtout collaboré efficacement avec les plus grands, de la famille African Jazz. Il était temps de redécouvrir cet admirable vocaliste, qui a mis depuis 65 ans, un talent original, un goût et une compétence rares, au service d’une musique qu’il a aimé avec passion. Il s’est caractérisé dans le processus de la revalorisation du patrimoine musical national. La dislocation en 1959 de l’orchestre Jazz Africain du clarinettiste Edo Clary Lutula, dont faisait partie le chanteur Jeannot Bombenga, lui donne l’opportunité de créer son propre orchestre dénommé Vox-Africa (« La Voix de l’Afrique »). Il se fait entourer, naturellement des dissidents de Jazz Africain, parmi lesquels : Casimir Mitshipule « Casino », Franklin Boukaka qui constituaient le noyau dur du groupe. Au fil des années, Vox Africa qui est devenu un des groupes favoris des kinois, va marquer sa présence par la sortie régulière des chansons à succès. Plein d’ardeur et de motivation Vox Africa remporte au mois d’Août 1967, le 2eme prix du concours national de la chanson dédiée à la Conférence de l’OUA (organisation de l’unité africaine) qui se tenait cette année-là à Kinshasa à partir du 14 Septembre 1967. La composition de Bombenga intitulée « Congo nouveau, Afrique nouvelle » sera l’évènement congolais de cette année 1967. Elle sera, en effet, retenue comme générique du journal télévisé de la RNTC (Radiotélévision nationale congolaise) et apportera une note particulière à la réussite des manifestations organisées en marge de la conférence. Appartenant à « l’école African Jazz », Bombenga fait considérablement évoluer la « Rumba-Rock » classique, d’une part en la prêtant aux différentes variantes du rythme African Jazz élaborées et d’autre part, en ouvrant la porte à la Rumba originale de l’OK Jazz des années 1956/57. Bombenga est considéré en fait comme le premier à faire la symbiose des deux genres de la Rumba. Il est aidé en cela par une pléiade des musiciens qui se sont relayés au fil des années, parmi lesquels : Franklin Boukaka, Samule « Sam » Daniel « Dalias » (chanteur) André Damoiseau, Casimir Mitshipule « Casino », Nedule « Papa Noël »,Jacques Mambau « Jacky » (guitaristes) Jean-Pierre Kurayum (bassiste) Bonseme « Bosmet », Ruben Nsiku (saxophonistes), « Jean Trompette », Jean de la croix Tshibambe, (trompettiste), Antoine Kaya, Makirimbia (percussionnistes), Benjamin Tambu (harmoniste), Michaux (drumiste), Germain « Franco » (marcassite), Sumbukeni , Biolo, Samule « Sam », Sylis Makwamu, etc. Vox Africa et Joseph Kabaselle = African Jazz (Nouvelle formule) Ces musiciens et leur chef Jeannot Bombenga ont apporté beaucoup à Joseph Kabaselle, lorsqu’en 1964, ils volent à son secours, après l’éclatement de l’African Jazz en 1963, pour fusionner Vox-Africa/Joseph Kabaselle et donner à cette fusion l’appellation : African Jazz (nouvelle formule) ; Notons que c’est à cette occasion qu’Antoine Nedule « Papa Noël », Jacques Mambau, Jojo Bukasa, ont claqué la porte des Bantous pour rejoindre Kabaselle. La collaboration Kabaselle et Bombenga n’ira pas très loin, car la séparation des deux amis intervient le 3 Juin 1967 et met fin à l’existence définitive de l’African Jazz. Jeannot Bombenga, qui a toujours la maîtrise de ses musiciens, redonne naissance à son groupe Vox-Africa. Toutefois, en dépit de cette séparation, on peut dire que l’African Jazz (nouvelle formule) avec le duo chant Kabaselle-Bobenga, avait agréablement marqué sa présence par les recherches sonores, et la fabrication des chansons de très bonne qualité accessible au grand public, et où l’accent était mis sur les harmonies vocales des deux ténors. Citons, quelques-unes parmi les grands succès : « Nzambe Mungu », « Soki nabanzi Bobenga », « Ilunga Zephe », « Mokolo ba ko visé yo libanda» et « Jolie Nana ». Comme bon nombre de groupes des années 60, Vox Africa n’a pas survécu au-delà des années 70. Par contre Jeannot Bombenga, qui est encore en vie, peut être considéré comme le véritable héritier de « L’Ecole African Jazz ». Il a accumulé dans le domaine de la chanson des grandes richesses, que la jeunesse de l’heure devrait prendre comme acquis, les entreteniren les enrichissant. Car Jeannot Bombenga, on le sait a décidé de mettre fin à sa carrière. Jeannot Bombenga a mis un terme à sa carrière Fatigué par le poids de l’âge et surtout à cause de son mauvais état de santé Jeannot Bombenga a mis depuis l’année dernière, un terme à sa carrière musicale professionnelle, réservant, toutefois l’occasion de se produire occasionnellement, lorsque le besoin l’exige. Son intervention à l’occasion du concert d’adieu, se passe de commentaire : «J’ai fait mon temps dans la musique. Cet art noble a fait de moi une icône, personnalité dans mon pays. J’ai écrit et chanté des très belles chansons qui sont des références dans le répertoire de la rumba congolaise. Dieu m’a fait grâce de vivre jusqu’à cet âge. L’heure a sonné pour moi de laisser aussi la place aux enfants, aux jeunes de continuer ce travail-là où nous nous sommes arrêtés », a confié l’artiste à la presse. Une défection inattendue mais bien belle. « Nkolo azala na yo papa Jeannot, abakisela yo lisusu, mibu ebele » Clément Ossinondé
Manuel Mayungu d’Oliveira : Il y a un peu plus de 31 ans que le célèbre musicien congolais, d’origine angolaise a rejoint le panthéon des grands monuments de la musique congolaise

Il était l’homme de la « Polka Piké », inoubliable danse bantoue qui s’inspire des références et influences Kongos. Plus qu’un chanteur ou guitariste, Manuel Mayungu s’était inscrit, de son vivant déjà, dans le patrimoine congolais. Pour tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître ou de l’admirer sur scène, tous sont en mesure de fredonner l’un de ses tubes des années 50 aux éditions Ngoma : « Basi banso tapale », « Chérie Bondowe », »Elongi ya chérie » évidemment, ou « Mwasi kitoko kulala na nkuala », pour n’en citer que quatre. Retour sur la vie d’un monstre sacré, à l’œuvre foisonnant, qui avec son groupe « San Salvador » a fortement marqué l’histoire de la musique congolaise moderne. Né en 1915 à San Salvador (Mbanza Kongo) au nord de l’Angola et mort le 12 janvier 1988 à Luanda, dans la capitale angolaise Manuel Mayungu d’Oliveira est l’un des plus célèbres auteurs de la musique congolaise des années 50 et 60. En 1921, alors que le jeune Manuel n’avait que six ans, ses parents s’installent à Matadi (Congo Belge) où très tôt Manuel Mayungu se spécialise en menuiserie après avoir enchainé des petits boulots au port de Matadi. Plusieurs années après c’est la musique qui l’attire. Il découvre la guitare à 22 ans, et pour ses premiers pas c’est auprès d’un maître-guitariste belge, puis auprès des guitaristes « coast-men » (matelots ouest-africains en escale au port de Matadi) qu’il acquiert un solide bagage théorique et pratique, grâce à laquelle il développe son doigté guitaristique. A partir de l’année 1937, Manuel d’Oliveira fréquente les jeunes originaires d’Angola passionnés de la musique comme lui, et se produisent en public. Il connait désormais une bienveillante audience et une réputation flatteuse à travers les milieux musicaux de Matadi et de Boma. 1944 – Création du groupe « San Salvador » Excellent musicien, Manuel Mayungu d’Oliveira parvient à fonder en 1944 à Matadi son propre groupe musical qu’il nomme, « San-Salvador » (Mbanza Kongo) en souvenir de la capitale du Royaume du Kongo qui portait ce nom. (Lequel royaume regroupait les deux Congo et l’Angola) Le groupe « San Salvador » était constitué par le quatuor Edouard Bila, Henri Freitas, Georges Edouard Dula et le chef du groupe Manuel Mayungu d’Oliveira. Tous ont particulièrement appris à jouer la guitare auprès des musiciens ouest-africains qui exerçaient le métier de « krou-boy » (matelots) dans les navires accostant à Matadi et à Luanda. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à maitriser la technique de jouer la « Polka piqué », rythme qui en dehors de la Rumba, était la spécialité du groupe. 1947 – Le Groupe « San Salvador » s’installe à Léopoldville (Kinshasa) Pour développer le savoir faire du groupe, Léopoldville la capitale demeure le lieu privilégier. Il approfondit l’apprentissage de la langue « Lingala », se produit tôt dans les bars et cabarets, où il rencontre ses premiers grands succès et surtout une préparation de l’accès au studio d’enregistrement. 1948 – Adhésion de Manuel D’Oliveira et son groupe San Salvador aux éditions « Ngoma » En 1948, Manuel D’Oliveira accède au studio musical « Ngoma » de l’éditeur grec Nico Jeronimidis. Ses premières chansons en kikongo, en lingala et en portugais sont absolument remarquables. Comme : « Umbanzanga moyo », « No me digas no », « Yoka biso ban ‘Angola », « Maria Tchebo », « Mwasi kitoko kolala na nkuala », « Elongi ya chérie lokola mwinda », « Chérie Bondowe »… qui évoquent souvent la beauté de la femme congolaise. Dans certaines de leurs chansons la présence de l’organiste belge des éditions Ngoma ; Gilbert Warnant au Solovox est très marquante. Chef du groupe, et membre influent des éditions Ngoma, Manuel Mayungu D’Oliveira va composer sans relâche et obtient une large audience auprès du public. Enfin, Manuel Mayungu d’Oliveira, c’est près de 44 ans de carrière, plus d’une centaine de chansons interprétées et enregistrées, des dizaines de succès populaires… Parmi eux nous en avons sélectionné 38 entre 1948/1952 aux éditions « Ngoma » qui ont contribué à faire du guitariste-chanteur un mythe, une figure de l’histoire de la musique congolaise : 110-« Muasi kitoko akolala na nkuala » / »Maria Tchebo »-111–« Basi banso tapale »/ »Mama abuti biso »-112–« Na Angola basi bazali mingi »/ »Ticketébungi »-113-« Meno nluta kwame »/ »Avo se mokema ya ndumba »-114-« Mbula ya sala kwame »/ »Umbanzanga » 115 -« Ozola yela »/ »Ndumba yadisompa kwame »116-« Omambu yavangwa »/ »Okuntadilanga ne kunzeyeko » 117–« Elisa muasi kitoko moyibi »/ »Basi na Kinshasa botiaki tembe » – 118 -« Mbamba solo olingi naboma »/ »Elongi ya chérie lokola mwinda »119-« Bana Boma »/ »Kifunga ntumbu ya mulenda » 131-« Bino banso yaka toyemba »/ »Obango Filomèhe » -132 « Edumbanga yabondela » / »Mono kwenda kwame nkwenda kwame » – 212-« Yo mobali ya tembe »/ » Ata nasali yo boni » 213-« Otoko mpene eblondia »/ » Omono i djoko » – 214-« Nutul’omwiwi« ; « Mu Léo kwenda » 241-« Biguini, biguini »/ » Ayi olele » 379–« Djibola Ngoma »/ » Gabi-Gabi eyamba » 380-« Djole nwaba »/ » Ngai na boyi » 1095-« Tin Tin »/« Boni boni muana oyo ». 1984 – Manuel D’Oliveira – Retour au pays natal : l’Angola Manuel d’Oliveira qui éprouve une certaine nostalgie depuis l’accession à l’indépendance en 1975 de son pays l’Angola, décide d’aller passer ses vieux jours à Luanda. Il est accueilli avec beaucoup de dignité par les autorités angolaises qui le décore en 1987 de la médaille du mérite angolais pour avoir honoré plusieurs années durant la culture traditionnelle « Kongo » de Mbanza Kongo, (San Salvador ) voire de toute l’Angola durant son exil de 63 ans au Congo-Belge et en République Démocratique du Congo. Une de ses chansons célèbres exprime ce long exil : « Ticket ebunga » (perte du de retour). Manuaku Pépé Felly (guitariste-solo), petit-fils de Manuel d’Oliveira. Le célébrissime guitariste-solo Manuaku Pépé Felly n’a pas seulement hérité du talent de son grand-père, mais tout au long de sa carrière a enchainé des œuvres à succès, les uns derrière les autres. Il a véritablement l’ADN de la scène et il lui revient tout droit de son grand père Manuel d’Oliveira. Manuel Mayungu d’Oliveira s’en est allé le 12 janvier 1988, après une mort suspecte dont on a attribué à un poison. Il est mort à Luanda en Angola, sans avoir connu les honneurs qu’auraient pu lui réserver ses nombreux fans de Kinshasa et de Brazzaville. Clément Ossinondé
Franklin Boukaka vivant, 47 ans après sa mort

Il y a lieu de supposer que l’engagement révolutionnaire de Franklin Boukaka a été certainement au centre des sévices qui ont entrainé sa mort dans la nuit du 23 au 24 Février 1972. Ses chansons dérangeaient. 47 après sa mort, Franklin Boukaka est toujours l’icône de la chanson, dit de révolte. Artiste de l’Afrique et du monde, son manifeste le plus engagé : une passion pour la liberté, pour l’amour des hommes, pour la vie. Avec un sens de la « Rumba » étonnant, et des échappées dans le verbe, la poésie virgilienne. Difficile, en ce quarante-septième anniversaire de la mort de Franklin, de ne pas avoir une grande pensée pour lui. Lui que les siens ont définitivement enterré et longtemps tenu écarté de l’histoire du Congo et de l’Afrique. L’engagement militant de Franklin Boukaka Franklin Boukaka, nous ne cesserons de le dire était un artiste libre, quelqu’un qui a compté et qui comptera énormément pour l’Afrique. Il a longtemps affirmé son africanité pour ensuite engager la lutte pour le rôle de la culture africaine dans la lutte de libération et de l’unité africaine à travers la chanson. Il convient de reconnaître en Franklin Boukaka sa passion pour le phénomène culturel qui se manifeste à travers la musique pour atteindre une dimension de masse à tous les recoins de l’Afrique. Il était convaincu que peu d’activités de la vie sociale pouvaient exercer autant d’influence et susciter autant d’intérêt que la musique. Artiste engagé, Franklin Boukaka a surtout gardé une conscience aiguë des problèmes de son pays, de l’Afrique, et du monde. Il a mis dans toutes ses interprétations, une intelligence et une sensibilité qui l’on fait comparer aux grands noms africains qui avant lui avaient situé le nouvel acte culturel qui devait se situer au centre du nouveau combat pour l’authenticité et le développement des valeurs africaines. Qui était Franklin Boukaka ? Fils d’un ancien musicien Aubin Boukaka de l’ensemble musical « La Gaieté » et d’une mère chanteuse-animatrice des veillées mortuaires et des fêtes de réjouissances populaires, Yvonne Ntsatouabaka, François Boukaka alias Franklin est né le 10 octobre 1940. Ainé de huit enfants dont 3 garçons et 5 filles, il a fréquenté l’école laïque de Bacongo (actuelle Joseph Nkeoua) Il rate l’école militaire général Leclerc et se retrouve aussitôt après au petit séminaire de Mbamou qu’il suspend à mi-chemin avant d’atterrir à Ngoma –Tsétsé puis terminer ses études à Brazzaville. La carrière musicale de Franklin commence en 1955 lorsqu’ il fait ses premiers pas dans le groupe « SEXY JAZZ » fondé par Miguel Samba, Siscala Mouanga et Aubert Nganga. En 1957, alors que Miguel Samba et Siscala Mouanga intègrent l’orchestre Cercul Jazz, Franklin, lui choisit le groupe « Sympathic Jazz » et participe à la tournée que fait cet ensemble au Cabinda et à Léopoldville. Mais, il n’y reste pas longtemps, car à Léopoldville, Franklin Boukaka, Michel Boyibanda et Jean Mokuna « Baguin » qui disposait d’un petit équipement musical, forment l’orchestre NEGRO BAND. Franklin Boukaka n’y passe que quelques mois, avant de se joindre au clarinettiste Edo Clary Lutula, Jeannot Bobenga, Tabu Ley, Mutshipule « Casino », André Kambite « Damoiseau », Papa Bouanga, Charles Kibonge, et autres au sein de l’orchestre JAZZ AFRICAIN qui a le mérite d’exploiter merveilleusement les toutes premières et belles compositions de Tabu Ley : « Mwana mawa », « Catalina cha cha et « Marie José » 1959, Le JAZZ AFRICAN est en déroute et perd tous ses musiciens, c’est la dislocation. Jeannot Bobenga, Franklin Boukaka et l’ensemble des musiciens de l’ancien Jazz Africain, à l’exception de Tabu Ley créent le VOX AFRICA. Franklin Boukaka et Jeannot Bobenga vocalisent sur des thèmes qui manquent souvent au firmament de la Rumba. 1959 ne s’achèvera pas, quand Franklin Boukaka va devoir dire adieu à Kinshasa pour intégrer le Cercul Jazz. Une légende. Et qui à la vie dure. Plusieurs années après l’effritement de ce qui fut l’un des plus beaux de la Rumba ; Franklin Boukaka opte pour un groupe simplifié, le groupe « Les SANZAS » avec l’accompagnement de trois sansistes avec lesquels il exploite son talent et sert à ses admirateurs, les mélodies de la rumba, du cha cha cha, Boucher, Jazz, Zebola et Boléro. C’est le début d’une carrière internationale à travers le monde et une production phonographique qui expose la nouvelle direction choisie par le groupe : celle d’une variété des rythmes, alimentée par le bon gros « boucher » qui rend cette musique dansable. Le plus grand succès phonographique de Franklin Boukaka, demeure sans conteste « Le Bucheron » réalisé avec Manu Dibango. Franklin qui ne s’éloigne pas de ses convictions à la révolution prolétarienne, chante dans cet album : « les immortels » qui retrace la mémoire des héros révolutionnaires à travers le monde, Dans « Le Bucheron », il peint la douleur du bas peuple. Puis dans « Nakoki », il s’émeut devant les nouvelles réalisations économiques du Congo après l’indépendance. Ils fustigent la gabegie des politiques et des mauvais citoyens, Autant de maux qui fait de Boukaka un véritable combattant au front de la résistance. Que soit réveillée à jamais la mémoire de Franklin Boukaka. Clément Ossinondé
Lutumba Simaro premier musicien congolais à être solennellement immortalisé de son vivant

Deux moments uniques dans l’histoire de la musique congolaise et africaine, car depuis toujours, les artistes sont honorés, – pour ceux qui ont la bonne étoile – qu’après leur mort. Pour Lutumba Simaro, ces deux évènements sont inédits, car ils viennent couronner ses 80 ans d’âge et 60 ans de vie musicale. C’est également l’occasion qu’a choisi l’artiste pour mettre fin à la scène. En effet, Simaro a bel et bien déposé sa dernière guitare, le 23 mars 2018 au cours de son dernier concert avec l’orchestre « Bana OK » dans la salle Showbuzz à Kinshasa. Ce soir là, le poète et virtuose guitariste Lutumba Simaro a remis officiellement, son instrument de prédilection à Jean-Pierre Kambila Kankwende, Directeur du cabinet adjoint du Chef de l’Etat chargé des questions politiques. Entre-temps que s’est-il passé ? 1 – L’avenue Mushie dans la commune de Lingwala, à Kinshasa porte désormais le nom du poète Lutumba Simaro. Ainsi en a décidé le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, sur instruction du Chef de l’Etat congolais. 2 – Il a été inauguré le vendredi 27 Juillet 2018, un buste à l’effigie de Lutumba Simaro, érigé au croisement des avenues Nyangwe et Libération, (ex-24 novembre), dans la commune de Lingwala à Kinshasa. Ce monument en honneur de l’artiste-musicien a été réalisé par l’artiste plasticien Assane Tshamala Mpoyi. Le chef-d’œuvre est le fruit d’une initiative populaire des natifs de la commune de Lingwala qui ont voulu honorer l’un des leurs de son vivant. Il est fait en bronze et mesure 1,10 m de longueur et 90 m de largeur. Avaient pris part à cette inauguration, plusieurs autorités du gouvernement national et provincial, parmi lesquelles Jean-Pierre Kambila, directeur de cabinet adjoint à la présidence de la République, le ministre provincial de la culture et des arts, le bourgmestre et des notables de la commune de Lingwala. Représentant le chef de l’État Joseph Kabila Kabange, le directeur Jean-Pierre Kambila a eu l’insigne honneur à dévoiler le buste devant une assistance constituée de nombreux artistes, opérateurs économiques , culturels et la population de Lingwala, commune dans laquelle Lutumba Simaro Masiya est né et y habite depuis 80 ans (19 mars 1938 – 19 mars 2018). « Lutumba Simaro – Itinéraire et univers musical » – est le titre d’un livre paru en 2015 aux éditions L’atelier Beaudley (Rétro histoire et mémoire) dans lequel on découvre Lutumba Ndomanuono Simon dit « Simaro Masiya » dans tout son univers présenté par les éminents auteurs : Herman Bangi Bayo – Jeannot Ne Nzau Diop – Mfumu Di Fua Di Sassa – Manda Tchebwa – Matondo Kubu Turé – Mfumu et le mot introductif de Hugues Ngouelondelé. Aussi, pour l’essentiel : – Lutumba Simaro est l’un des plus grands auteurs-compositeurs de la chanson congolaise des deux rives du fleuve Congo. Discret au début à l’ombre tutélaire de Luambo Franco, et écrasé par la concurrence de Mujos et Kwamy, il met un certain temps avant de s’affirmer comme une valeur sûre de la chanson congolaise. La chanson « Licencié » au début des années 60, annonce la couleur. Mais, il faut attendre « Santa Guiguina », pour qu’il commence à occuper complètement le devant de la scène (Herman Bangi Bayo). – Lutumba Simaro, c’est environ 100 à 150 chansons, avec très peu de déchets. La qualité est, sans conteste, la caractéristique première des œuvres de cet artiste talentueux, auteur-compositeur hors paire. Ses œuvres ont été crées, pour l’essentiel, dans l’OK Jazz, Vévé, l’éphémère orchestre Mi, Bana OK et parfois en solo. Ce l’on peut dire, c’est que la densité de son œuvre a conduit les mélomanes, les chroniqueurs et autres à l’affubler d’épithètes comme philosophe, poète ou moraliste (Mfumu di fua disassa). Des milliers de kinois à la commune de Lingwala Alors qu’on célèbre encore le 80e anniversaire de la naissance et la fin des 60 années de la carrière musicale de Lutumba, des milliers de kinois se rendent régulièrement à Lingwala pour visiter le buste de Lutumba « Simaro Masiya » pour rendre hommage au poète. Clément Ossinondé.